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NOINESSFS REGULIERES,

ce que

les Grecs ; mais il foutient que depuis le sixieme siécle , il y a DES CHA- eu en Occident des Chanoinesses qui ont esté differentes des

Moinelles, & il apporte pour preuve la fondation d'un Monastere faite par S. Fridolin dans l'Isle de Seking sur le Rhin, près de Bafle , où il mit des Chanoinesses. Comme il ne parle que sur le temoignage de Balter Moine de Seking., qui n'a escrit que dans le dixiéme siécle, en partie sur ce qu'il se souvenoit d'avoir lû dans une vie de ce faint , & en partie sur

l'on en sçavoit à Seking par tradition , cette preuve n'est pas suffisante.

Les iChanoinesses n'estoient point connuës au commencement du huitiéme siécle , puisque le Concile assemblé en Allemagne l’an 742. ordonna que les Religieux & les Religieuses se conformeroient à la Regle de S. Benoist pour la conduite de 'leurs moeurs, & le gouvernement des Monasteres & des Hospitaux : car dans ce tems-là il n'y avoit aucun Monastere foit d'hommes soit de filles, qui n'eult un Hospital, ou pour y recevoir les pelerins , ou pour y avoir soin des pauvres malades. Les decrets de ce Concile furent confirmés dans celui qui

se tint à Lestines l'année suivante 740. Le cinquiéme Canon Mabillon ,

de celui Verneüil ( selon le P. Mabillon ) & que d'autres nomment de Vernon , tenu sous le Roy Pepin l'an 755. ordonne

que dans les Monasteres de l'un & de l'autre sexe , ony ned. p. 117

vivra regulierement selon l'Ordre, c'est-à-dire , selon la Regle de S. Benoist , & je ne croi pas que les Chanoinesses voulussent appliquer pour elles ce que dit le sixiéme Canon du mesme Concile, lorsqu'il defend à une Abbesse d'avoir deux Monafteres, & de sortir du sien, à moins que ce ne soit

pour

cause d'hostilité, ou estant mandée par le Roi, & que la mesme défense de sortir, est pour les autres Religieuses qu'il appelle Moinelles : Monache vero extra Monasterium non exeant, puisque ce seroit faire une grosse injure aux Chanoinesses Regulieres de les appeller Moinesses.

Elles ne trouveront pas qu'il foit parlé d'elles dans le Capitulaire

que fit l'Empereur Charlemagne à Heristal l’an 779. Il Capirul.

y est feulement ordonné que les Moines y vivront selon la Regle, & les Religieuses selon le saint Ordre, c'est-à-dire la Regle & l'Ordre de S. Benoist ; que chaque Abbesse demeurera dans son Manastere , & qu'elle

n'en pourra avoir deux. A la fin du Capitulaire il y a une Ordonnance pour des prieres

publiques

Tom. 3.
Annal Be-

Tom. lo po

ورود

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REGULLES
RES.

publiques & des aumotnes à cause de la secheresse & de la fa- ORIGINE
mine de cette année 779. Chaque Evesque devoit chanter NOINESSES
trois Messes & trois Pseautiers, pour le Roi, pour l'armée
de France , & pour la calamité publique ; les Prestres trois
Messes, les Moines, les Moine Tes, & les Chanoines trois
Pseautiers ; & tous devoient jeuner trois jours de suite. Cha-
que Eyesque, Abbé ou Abbesse, devoit aussi nourrir juf-
qu'au tems de la moisson quatre pauvres, ou au moins trois,
deux, ou un, selon ses facultez; & dans ce Capitulaire il
n'est fait aucune inention des Chanoinesses , parce qu'il n'y
en avoit point dans ce tems-là.

Ce n'elt qu'à la fin du mesme siécle que l'on commence à
découvrir quelques vestiges de Chanoinesses ; car dans le
Canon 47. du Concile de Francfort tenu sous le Regne de
Charlemagne l'an 794. il est porté qu'à l'égard des Abbesses
qui ne vivroient pas Canoniquement ou Regulierement , on en
donneroit avis au Roi, afin qu'elles fussent déposées. On troue
ve encore quelque trace de Chanoinesses au commence-
ment du neuvieme siécle. Le mesme Empereur aïant convo-
qué une assemblée de tous les Ordres à Aix la Chapelle l'an
So2. les Evesques & les Abbés s'y trouverent, & on les se-
para en deux bandes , chacune dans un lieu different. Les
Evelques examinerent en particulier si les Clercs vivoient
selon les Canons, & afin de les ramener à leur devoir ils firent
lire les Decrets des Souverains Pontifes. Les Abbés de leur
costé se proposerent la Regle de faint Benoist pour modelle,
& examinerent s'il y avoit des Abbés qui s'en efluignassend
& vécussent en Chanoines, & si dans les Monasteres où on
avoit promis de la garder , elle estoit observée ; car il y avoit
déja des Monasteres qui avoient secoué le joug de cette sainte
Regle , & où l'on ne connoissoit plus ni cette Regle ni mesme
les Canons, Enfin on examina auffi fi dans les Monasteres de
filles , on y observoit la Regle de saint Benoist , ou si on y vi-
voit canoniquement ; c'est-à-dire, à la maniere des Chanoi-
nes , dont la pluspart, comme nous venons de dire, avoient
quitté la Regle de saint Benoist, qui n'avoient que le nom de
Chanoines , & qui apparemment avoient esté imités

par

des Religieufes , qui de Benedictines estoient devenuës tour d'un coup Chanoineffes , fans sçavoir à quoi elles estoient engagées, ni quelles estoient leurs obfervances. C'est pourquoi le

H

و

Tome II.

DES CHA
NOINESSES

RES,

ORIGINE Concile de Châlons sur Saone l'an 813. se crur obligé de

prescrire des Reglemens à ces Filles qui se disoient ChanoiREGULIE- nesses : iis fanctimonialibus que le Canonicas vocant , ce qui

fait voir que le Concile , en se servant de ces termes ; regar- , doit cet Institut comme une nouveauté ; qui ne s'estoit pas introduit dans les formes, & que ces Filles prenoient le nom de Chanoinesses sans un pouvoir legitiine. Ces Règlemens. regardent principalement la clôture , le silence, la recitation de l'Office Divin , & la regularité des Abbesses; mais il n'ordonna rien

pour les autres Religieuses, parce qu'elles trouvoient dans la Regle de faint Benoist toutes les pratiques faintes de la vie Monastique. Ce Concile avoit esté encore allemblé par les ordres de Charleinagne, qui dans le mesine teins. en fit tenir quatre autres, à Mayence, à Rheims, à Tours & à Arles , mais il n'y a que celui de Mayence où il soit aufli parlé de Chanoinesses ; car dans le Canon 13. il ordonne que les Religieuses qui faisoient profession de la Regle de faint Benoist vivroient regulierement,& que celles qui n'en faisoient pas profession vivroient canoniquement : Que vero professianem fancte Regule. Benedicti fecerunt , regulariter vivant ; fin autem,Canonicè vivant pleniter, i

Ce n'estoit pas les Chanoines qui pouvoient les instruire de leurs obligations , eux qui n'avoient que le noin de Chanoines , & ne connoissoient nullement les Canons : c'est pour quoi l'Empereur Loüis le Debonnaire aïant fait assembler le Concile d'Aix la Chapelle l'an. 816.. il y fic dresser Diacre Ainalarius des Regles pources Chanoines & Chanoinesles, afin de les ramener à une vie reglée. On ne les con noissoit point pour enfans de faint Augustin ; car dans l'une & l'autre de ces Regles, on n'y fait point mention de ce saint Docteur;au comraire celle desChanoineffes eft tirée desEscrits. de S. Jerôme , de saint Cyprien s de saint Athanase, & de saint Cesaire , & il n'y est point parlé de la Regle que saint Augustin avoit donnée aux Religieuses d'Hippone,

& qu'on ne propofa point aux Chanoinesfes. Comme

par

celle prescrivit ce Concile d'Aix la Chapelle on leur permettoit de garder leur bien, à la charge de passer prokuration par Acte public à un parent ou à un ami , pour l'administrer & défendre leurs droits en Justice, & qu'on leur permettoit aussi d'avoir des servantes , cet abus fut condamné dans le Cons

par le

que leur

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