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Moine Mingrelien.com

38.

P. Gyfart, fi

nant pour chaque onction les uns un écu, les autres plus ou MELCHI-
moins , selon leurs pechés,ce qui leur produit de grosses fom- TES,GEOR-
mes. Lorsque la sterilité de la terre ôte la subsistance des Re- MINCRE-
ligieux qui demeurent au Mont-Athos, ils vont quêter dans Liens.
les provinces pour les besoins de cette sainte montagne & re.
çoivent de grandes aumônes. Ceux qui ne sont pas dans les
Ordres sacrés y cultivent les terres & les vignes; mais les prê.
tres & les diacres, que la dignité de leur caractere exemte des
cuvres serviles, s'employent à la lecture & à copier des livres
d'Eglise. Comnene parle de plusieurs bibliotheques qui sont
dans ces Monasteres. On ne nourrit dans cette peninsule ni
poules, ni pigeons, ni autres volailles. Les brebis, les bæufs
les vaches & autres animaux à manger en sont aussi bannis, à
cause

que ces Religieux font toûjours abstinence & vivent
très-austerement.

Bernardus de Montfaucon, Paleographia Græca. Daviti,
Description de l'Afrie & de l'Europe. La Croix, Turquie Chré.
tienne liv. 1. Eugene Roger, Voyage de Terre-sainte. Copin ,
Bouclier de l'Europe

. Spon, Voyage de Grece. V veheler, Voya.
ge d'Athenes. Guiller , Athenes ancienne & moderne. Theve-
not, Voyage du Levant,

du Levant , & Phift. nouvelle des anciens ducs de L'Archipel.

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CH A P II RE X XI.
Des Moines Melchites, Georgiens & Mingreliens.
O

N appelle Melchites dans le Levant les Syriens ou Su

riens, les Coptes ou Egyptiens, & les autres nations de l'église Orientale, qui n'étant pas de veritables Grecs, ont neanmoins embrassé le sentiment commun des Grecs , & le nom de Melchites, c'est-à-dire royalistes, leur a été donné parce qu'ils ont obéi aux décisions du concile de Calcedoine avec l'empereur Marcien. Ce furent les sectaires du Levant qui donnerent ce nom aux orthodoxes qui suivoient la reli. gion de l'Empereur, le mot de Melchite venant du mot He. breu Melech. qui signifie Roi ou Prince. Mais les Melchites ne sont pas pour cela presentement orthodoxes ; car ils ont embrassé les erreurs des Grecs, & il n'y a point de Chrétiens qui soient si fort opposés à la primauté du Pape. Il y a parmi Tome I.

Сс

GIENS ET
LIENS.

MelCh1- eux des Religieux & des Religieuses qui suivent aussi avec les TES,GEOR

Moines Grecs la regle de S. Basile. Les Religieux ont deux MINGRE- beaux Monasteres à Damas,& les Religieusesen ont aussi deux

qui sont fort riches & éloignés d'une journée de la même ville. Elles gardent la clôture & ne sortent point. Les Melchites officient en langue arabe. C'est ce que j'ai appris de plu. sieurs Levantins , entr'autres de M. Marc-Joseph patriarché des Nestoriens, & de M. Saphar évêque de Mardin.

Les Georgiens suivenren partie la lecte des Armeniens, & en partie celle des Grecs. Le prince, quoique Mahometan de religion, nomme aux dignités ecclesiastiques, & y éleve ordinairement ses

parens. Leur religion n'est gueres differente de celle des Mingreliens, & les uns & les autres n'ont seulement que le nom de Chrétien, y en ayant une grande partie qui ne sont pas baptisés par l'ignorance des évèques & des prê. tres, qui, la plupart, ne sçavent pas la forme du baptême. C'est beaucoup lorsque le Catholicos, qui est le chef du clergé, sçait lire, aussi bien que les évêques qui n'ont aucun soin des ames , qui ne visitent ni leurs églises, ni leurs dioceses, & dont l'occupation ordinaire est d'être dans des festins conti. nuels & de s'enyvrer presque tous les jours. Leur principal revenu consiste en ce qu'ils retirent des femmes & des enfans de leurs vassaux qu'ils vendent aux Turcs.

Ces peuples reconnoisloient autrefois le patriarche d’Antioche ; maintenant ils obéissent à celui de Constantinople, & ontnéanmoins chacun un primat de leur nation qu'ils appellent Catholicos , & qui ont aussi chacun leur jurisdiction particuliere. Il y avoit autrefois douze évêchés dans la Mingrelie, dont il n'en reste plus que six. Les autres ont été changés en abbayes qui font: Chiaggi, Gippurias , Copis, Obburgi, Sebaftopol, qui a été ruinée par les eaux, & Anarghia.

Les évêques y sont fort riches , sur tout le Catholicos,& la simonie est ordinaire parmi eux ; car le Catholicos ne consacre point un évêque , s'il ne lui donne cinq cens écus. Il ne confesse que pour une bonne somme d'argent; & il y en eut un qui ayant été mécontent de ce qu'un Visir ne lui avoit donné que cinquante écus pour s'être confeffé à lui, ne voulut pas le confesser une seconde fois qu'il ne lui eût payé auparavant la premiere confession. Il ne celebre point de Meffe qu'il ne soit assuré d'avoir cent gcus, & l'on double ordinairement cette somme lorsque c'est une Messe des morts. Comme par- MELPHI• mi les évêques il y en a qui ne sçavent pas lire, ils apprennent TES, GEORune Melle par cæur qu'ils disent, principalement aux enter- MINOREremens,après s'en être bien fait payer à l'exemple de leur Ca. LIENS, tholicos. Il y a quelques Moines qui ont le titre & le revenu d'un évêche qui leur est accordé par le prince, fans être con sacrés; mais consacrés ou non, ils ne laissent pas de faire des prêtres pour de l'argent.

Ces prelats prétendent neanmoins être plus saints que ceux de l'église Romaine, à cause qu'ils ne mangent point de viande , de même que les évêques Grecs, & ils observent avec le peuple les mêmes carêmes des Grecs. C'est dans la pratique de ces jeûnes , qu'ils observent très mal, qu'ils font confilter tous les devoirs du Christianisme. Les prêtres ne sont pas plus éclairés que leurs évêques; s'ils sçavent lire , qu'ils ayent appris une Messe par cæur , & qu'ils puissent donner à l'évêque la valeur d'un cheval , ils sont ordonnés prêtres, & se marient autant de fois que bon leur semble. L'on peut juger fi le peuple est bien instruit ayant des pasteurs fiignorans & fi vicieux : aussi n'a-t-il pas la moindre idée de la foi & de la religion, traitant de fables & de réveries la vie éternelle, le jugement universel & la resurrection des morts.

Les Georgiens observent mieux le jeûne que les Mingre. liens & font de plus longues oraisons. Le prince contraint les ecclesiastiques , & même les évêques, d'aller à la guerre. Il donne son suffrage avec les évêques dans l'éle&ion du primat, & tous élisent celui qu'il leur recommande. Ce prélat ne tient point le premier rang pour le spirituel;mais le prince est le maître ablolu pour le spirituel & pour le temporel , quoi. que Mahometan ; car le roi de Perle l'oblige d'embrasser la religion de Mahomet pour conserver la dignité dans fa famille , & les grands seigneurs du pays se servent des prêtres comme de valers, méprisent les évêques & les châtient. Les Mingreliens ont plus de respect pour les évêques, mais ils ont aussi un grand mépris pour les prêtres , à cause de leur ignorance & de leur yvrognerie , & un prêtre n'est respecté que quand il dit la Mesle.

Les religieux Mingreliens sont aussi ignorans que le reste du clergé,& ne sont pas mieux instruits des mysteres de la religion. On les appelle Beres,& ils sont habillés comme les se.

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LIING,

Melchi- seculiers avec cette difference que les seculiers ont peu de bar. TES,GSOR-be, & se rasent le sommet de la tête en forme de couronne Mingis- coupant leurs cheveux en rond au-dessus des oreilles , & que

les Religieux laissent croître leurs cheveux & leur barbe. L'habillement des uns & des autres consiste en une chemise qui descend jusqu'aux genoux & qu'ils renferment dans un caleçon ou pantalon ; & pardessus ils mettent une espece de veste fort courte, ou un feutre assez semblable à la chlamide des anciens , en passant la tête dedans, & ils le tournent comme ils veulent, du côté que vient le vent ou la pluye; car il ne couvre que la moitié du corps , & ne descend que jufqu'aux genoux. Leurs souliers ne sont que d'une semelle' de peau de buffle qui n'est point préparée, & cette semelle s'at. tache aux pieds avec une courroye de même peau qu'on lafse pardeslus : quelques-uns disent qu'il n'y a que les Religieux qui portent cette espece de veste.

L'on ne fait pas grande ceremonie pour la reception de ces Religieux. Leur vocacion vient de leurs parens qui les consacrent dès leur enfance en leur mettant sur la tête une calotce noire qui leur couvre les oreilles, leur laissant croître les cheveux, leur recommandant de s'abstenir de manger de la viande,& leur disant pour toute raison qu'ils sont Beres

. C'est ce que les enfans observent , sans sçavoir ce que c'est que d'ê. tre Beres. On les donne ensuite à d'autres Beres

pour

les élever,& ceux qui les donnent à des Moines Grecs réussissent mieux.

Les Religieux Georgiens en sçavent un peu plus que les Mingreliens,& la plûpart des Chrétiens de la Georgie sont instruits des mysteres du Christianisine dans les Monasteres, où ils apprennent aussi à lire & à écrire. Ces Religieux sont habillés comme les Moines Grecs, & fe disent, aussi-bien les Religieux Mingreliens , de l'Ordre de S. Basile.

Il y a aussi dans la Georgie & dans la Mingrelie des Religieuses. Comme les Georgiennes sont estimées les plus belles femmes de l'Asie,dès qu'une fille est un peu grande, on tâche de la dérober, & d'ordinaire elle est enlevée par quelqu'un de ses parens qui la va vendre en Turquie ou en Perse. C'est ce qui fait que les peres & meres renferment leurs filles de bonne heure dans des Monasteres, où la plûpart s'appliquent à la lecture, & y demeurent toute leur vie. L'on dit qu'après la

que

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