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CLUNI.

RDRE DE fait bâtir ce Monastere à leurs dépens dans le Territoire de Lion,

& que l'Eglise avoit été dédiée en l'honneur de l'Apôtre saint Pierre.

Rodolphe ou Raoul étoit Roi de la Bourgogne Transjurane , Bernon l'alla trouver l'an 904. pour le prier de vouloir faire quelque bien à son Monastere de Gigni, dont les revenus étoient fort modiques. Ce Prince lui accorda le Prieuré de Beaume que Bernon & ses Religieux avoient fait rebâtir : il lui donna aussi celui de saint Lanten, & les villages de Cavanac & de Clamenci : ce qui fait connoître, dic le Pere Mabillon , que le Bienheureux Bernon n'a point été tiré du Monastere de saint Martin d'Autun , pour aller à Beaume reformer ce Monastere : mais qu'étant à Gigni, il avoic reparé Beaume qu'on croit avoir été bâti par saint Colomban. Cette concession faite par Raoul à Bernon du Prieuré de Beaume, est plûtôt une Confirmation, que

la premiere donation, puisque dès l'an 895. le Pape Formose lui avoit déja accordé ce Monastere.

Ce fur dans le Monastere de Gigni , que faint Odon Chanoine de saint Martin de Tours, qui fut dans la suite le Propagateur de la vie Monastique en France , se retira l'an 909. pour y vivre sous la conduite de Bernon , qui l'année suivante fut fait Abbé de Cluni, lorsque Guillaume le pieux Duc d'Aquitaine euc jetté les fondemens de certe Abbaïe qui a donné son nom à l'Ordre de Cluni. Il y avoir déja une Eglise en ce lieu , & même double , l'une dediée à la sainte Vierge, l'autre à saint Pierre, où quelques Prêtres celebroient les divins Offices. Cluni situé dans le Territoire de Mâcon, sur la riviere de Grosne , appartenoit pour lors à Ave, fæur du Duc d'Aquitaine qui en fit un échange avec elle , afin d'y bâtir un Monaftere où les Religieux vêcussent sous la Regle de faint Benoît , ce qu'il fit l'an 910.

Il en commit le soin au Bienheureux Bernon, & soùmit ce Monastere au saint Siege, auquel il obligea les Religieux de donner tous les ans dix Tols d'or pour l'entretien du luminaire des saints Apôtres , comme il paroît par l'Acte de la donacion qu'en fit ce Prince, oa par son testament, comme on appelloit en ce tems-là ces sortes d'Actes. Bernon, suivant l'exemple de saint Benoît, ne mit d'abord que douze Religieux dans ce Monastere qu'il amena avec lui de Gigni &

ORDRE DB
CLUNI.

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de Beaume. Tels furent les commencemens de l'Ordre de Cluni qui est devenu fi celebre dans la suite, & qui s'est fi fort étendu , que dans le douziéme siécle il y avoit près de deux mille Monasteres de cet Ordre , répandus en France, en Allemagne, en Italie, en Angleterre, en Espagne & même jusque dans l'Orient. Louis IV. dic d'Outre-mer,Roi de France, confirma la fondation de Cluni l'an 939. & le Pape Agapet I 1. l’an 946. déclara cette Abbaïe & tous les Monasteres de sa dépendance, exemts de toute sorte de jurisdiction des Ordinaires, & voulut que cer Ordre für imme

fût diatement foûmis au saint Siege.

Bernon cependant gouvernoit fes Monasteres avec tant
de sagesse & de conduite, & y faisoit observer une si exacte
discipline , qu'Abbon Seigneur de Deols en Berri , aïant
fait bâtir l'an 917. dans la Terre un Monastere en l'honneur
de la sainte Vierge & des Apôtres saint Pierre & saint Paul,
en donna aussi le soin à ce fiint Abbé, ordonnant qu'après
fa mort, les Religieux auroient la liberté d'en élire un autre,
tel qu'ils voudroient, pourvû qu'il fût de l'Ordre de saint
Benoît: ce qui fait croireau Pere Mabillon que ce Monastere
que
l'on a depuis appellé le Bourg-Dieu , ne

fut
pas

follmis
ni uni à Cluni ; mais que Bernon en avoit seulement le gou-
vernement , puisque les Religieux eurent la permission d'é-
lire après sa mort tel Abbé qu'ils voudroient. L'an 921. Le
Prieuré de Souvigni entre Moulins & Bourbon-l'Archem-
baut , fut aussi confié aux soins du Bienheureux Bernon,qui
après avoir gouverné le Monastere de Cluni pendant près
de dix-sept ans , mourut au commencement de l'année 927.
& y fut encerré. Quelques mois avant sa mort, fuivant en-
core l'exemple de saint Benoît, & de plusieurs fondateurs
de Monasteres qui avoient nommé leurs successeurs, il don-
na le gouvernement des Monasteres qui lui étoient sollmis
à saint Odon & à Widon qui étoit son

parent. Celui-ci eur en partage Gigni, Beaume , saint Lauten , & un autre dont on n'a plus de connoissance ; & saint Odon eut Cluni, Maffai, &'le Bourg-Dieu : ce qui fait conjecturer que Bernon n'avoit pas eu intention d'unir ses Monasteres en corps deReligion , puisque s'il eut eu cette intention , il n'en auroit

pas donné l'administration à deux Abbés differents. Odon aïant pris le gouvernement de l'Abbaïe de Cluni ,

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ORDRE DE perfectionna ce que son predecesseur avoir commencé. Il

fie achever l’Eglife, dont la Dedicace se fit avec beaucoup d'appareil & de magnificence, en presence d'un grand nombre de Prélats qui y furent invités. Après avoir mis ordre à tout ce qui regardoit les édifices materiels du Monastere, il travailla avec soin à l'édifice spirituel. Il établit dans ce Monastere une si belle discipline, que plusieurs Monasteres en France, tant anciens , que de nouvelle fondation , s'y soûmirent. L'Observance écoit si fort déchuë, sur tout dans les anciens Monasteres , tant en France, qu'en Angleterre, & en Espagne, que non seulement la regle de saint Benoît n'y étoit point observée ; mais même que l'on en ignoroit le nom : ce qui a fait croire à quelques Ecrivains contemporains de saint Odon , qu'il avoit été le premier qui avoit promulgué cette Regle : entre les autres l'anonime de Monstier-en-der qui a écrit les miracles de saint Burchaire Abbé de ce Monastere, dit qfié du tems de saint Odon, la regle de saint Benoît écoit inconnuë en France, & que l'on suivoit dans les Monasteres les observances qui étoient en pratique dans celui de Luxeuil

. Mais ces gens là , dit le Pere Mabillon , ignoroient-ils les ordonnances des anciens Conciles & des Capitulaires , qui dès le septiéme siécle avoient proposé la regle de saint Benoit pour modele, aux Moines ? & ne se resouvenoient-ils plus de ce que saint Benoît d’Aniane avoit fait dans le Concile d'Aix-la-Chapelle l'an 817. pour faire observer cette regle dans tous les Monasteres ? Si quelqu'un a merité le nom de premier Reformateur de l'Ordre de saint Benoit, continuë le sçavant Annaliste de cet Ordre , c'est sans doute saint Benoît d'Aniane qui a été General de presque tous les Monasteres de France, dont il avoit formé comme un corps de Congregation Monastique. Ce saint Abbé étant mort, & personne n'aïant herité de son zele pour le maintien de la discipline reguliere , l'Ordre de faint Benoît retourna dans le mêine cahos & dans la même confusion , où il étoit auparavant, tant à cause des guerres qui suryinrent entre les enfans de Loüis le Debonnaire,qu'à cause des frequentes incursions des Normans , qui aiand causé la ruine de la plậpart des Monasteres , y apporterent le relâchement & abolirent même jusqu'au souvenir de la segle de saint Benoît. La gloire d'être le loûtien & le restau

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CLUNI..

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repas, &

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rateur de l'Ordre de saint Benoît prêt à tomber, étoit reser- ORDRE DE
vée à saint Odilon.. En effet , à peine les coûtumes de Cluni
eurent-elles été connuës par ses Toins , qu'un grand nombre
de Monasteres voulut les embrasser i quelques-uns secon-
tenterent de les recevoir sans se foûmettre à Cluni: d'autres
s'y soûmirent de bon cœur, & formerent avec l’Abbaïe de
Cluni, cet Ordre fi illustre qui s'est si fort étendu dans la
suite par toute la terre.
Mais

pour faire connoître quelle étoit la sainteté des Re-
ligieux de Cluni, dans le commencement de cet Ordre, Tom. IV.
voici quelles étoient leurs principales Observances. Tous

Spicileg. les jours ils disoient deux Mesles solemnelles, où chaque Religieux, d'un des Cheurs , offroit deux Hosties , quoiqu'il n'y en eût que cinq qui y communiassent les Diman . ches , & trois seulement les jours de Feries. Les autres mangeoient avant le

par forme d'Eulogie les Hosties non consacrées, qui avoient été seulement benites : mais aux Messes solemnelles des Morts , & les trois jours des Rogations , l'un & l'autre chæur offroit les Hosties. Aux Fêtes solemnelles le Diacre communioit de l'Hostie du Celebrant , & le Sous-Diacre des autres : mais les trois jours qui precedoient la Fête de Pâques , on donnoit la Communion à tous les Religieux. Si quelqu'un vouloir celebrer la Messe le Samedi-Saint, avant que l'on eût dit la Messe folemnelle, il ne se fervoit pas de luminaire à cause que le nouveau feu n'étoit pas encore beni. La preparation qu'ils apportoient pour faire le pain qui devoit servir au facrifice de l'Autel,est digne de remarque. Ils choisissoient premierement le froment grain à grain,& le lavoient avec grand soin. Etant mis dans un sac destiné uniquement pour cela , un serviteur reconnu pour homme de bien , le portoit au moulin , il lavoit les meules, les couvroit avec des rideaux dessus & deffous; & revêtu d'une aube, il se cachoit le visage d'un voile, n'y

les yeux qui paroissoient. On apportoit la même precaucion pour la farine. On ne la passoit dans le crible que lors qu'il avoit été bien lavé;& le Gardien de l'Eglise,s'il étoit Prêtre ou Diacre, achevoit le reste, étant aidé par deux autres Religieux, qui avoient les mêmes Ordres & par un Convers, nommé exprès pour cela. Ces quatre Religieux à la fin des Marines, se savoient les mains & le visage. Les trois

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aïant que

CLUNI.

ORDRE DI Premiers se revêtoient d’Aubes , l'un lavoir la farine avec

de l'eau bien claire & bien nette , & les deux autres faisoient cuire les Hosties dans le fer ; tant étoit grande la veneration & le respect que les Religieux de Cluni avoient pour la Sainte Eucharistie.

Quant à leurs exercices reguliers , le silence étoit si étroitement gardé entre eux, tant de jour que de nuit, qu'ils auroient plutôt souffert la mort que de l'avoir rompu avant l'heure de Prime : aux heures de silence ,l'on se fervoit de fignes au lieu de paroles. Depuis le treize Novembre , les Anciens restoient au cæur après Matines , & les jeunes alloient au Chapitre pour y étudier le chant. On récitoit les Pseaumes en travaillant. La Proclamation des coulpes étoic en usage parmi eux. Après Complies on ne recevoit point les Hôtes , & après ce tems-là on n'accordoit jamais aux Religieux la permission de manger.

Udalric en rapporte un exemple en la personne d'un Cellerier qui , quoiqu'il eût été occupé tout le jour à recevoir le vin qu’on amenoit pour la provision , ne put néanmoins obtenir la permission de manger après Complies. Depuis le 13. Septembre ,on ne faisoit qu’un repas, excepté aux Fêtes de douze leçons,& dans l'Octave de Noël & de l'Epiphanie, qu'on en faisoit deux. Les restes du pain & du vin quel'on desservoit au réfectoire , étoient distribués aux pauvres Pelerins. On nourrissoir outre cela dix-huit pauvres tous les jours , & la charité s'y faisoit le Carême avec une si sainte profusion , qu'en une année au commencement du Carême, il y euc fept mille pauvres , ausquels on distribua une très. grande quantité de viande sallée & d'autres semblables aumônes. Les jeunes gens y étoient élevés avec le même soin : on leur donnoit la même éducacion que les enfans des Princes auroient pu recevoir dans les Palais de leurs peres:& encore aujourd'hui on y éleve fix enfans nobles qui servent comme d'enfans de Chæur, & qui sont vêtus de l'habit Monastique. Cette exacte discipline étoit procurée par l'Abbé qui avoit fous lui un Grand Prieur , des Dorens, un Prieur Claustral , des Chantres, des Maîtres pour les enfans , un Préchantre, un Armarier qui conservoit dans une Armoire, dans le Cloître, les livres à l'usage de l'Eglise,un Chambrier qui avoit soin du vestiaire,un Apocrisiaire quiavoit la.garde

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