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" ULIERS.

De Tillem,

vent preceder les Chanoines Reguliers. Bosius dit

que

S. Au- ORIGINE gustin inspiré de Dieu , prescrivit une maniere de vivre aux NOINES REClercs, qui volontairement voulurent vivre en commun, & ne rien posseder à l'exemple des Moines. Sanétus Auguftinus titul. de divino lumine afflatus, Clericis qui sponte vellent fimul vivere & obeds nihil habere proprium , fed omnia communia exemplo Monachu- num. 6. rum Normam vivendi dedit. Enfin il y a une infinité d'Auteurs Thom Boqui disent la mesme chose , & qui conviennent qu'il n'y a factories point eu de Communautés de Clercs dans les trois premiers c. s.p. 6697 liécles de l'Eglise, & qu'elles n'ont commencé que dans le quatriéme.

En effet M. de Tillemont pretend que, pour chercher la premiere de ces Communautés, il ne faut pas remonter plus H.B. Ecclese loin qu'à faint Eusebe Evesque de Verceil , qui renferma tous to 7. 7. p. les Ecclesiastiques de cette Ville dans une mesme maison, où $32. il vêcut avec eux dans la pratique & les observances de la vie Monastique ; & comme S. Ambroise dir

, que ce fut avant for bannissement qu'il fit de fon Eglife un Monastere, il faudroit que ce fut avant l'an 355. puisque ce fut cette année-là

que

se tint le Concile de Milan, où ce saint Evesque fur exilé

pour n'avoir pas voulu souscrire à la condamnation de S. Athanase.

Mais le P. Thomassin attribuë à saint Augustin la gloire Thomass. d'avoir le premier establi des Communautés Ecclesiastiques Pifcipl. Es. après qu'il eût esté fait Evesque d'Hippone, à laquelle digni- liv. 1.6.408 té il fut elevé l'an 395. Il avouë bien que saint Eusebe lui : pourroit disputer cette gloire ; mais comme il fit prendre à son Clergé l'habit, la profession & l'estat des Moines, &

que S. Augustin la isla son Clergé dans l'estat des Ecclesiastiques, n'ažant ajoûté à la vie & à la pieté clericale, que la vie commune & la desapropriation; c'est donc à ce Saint Docteur de l'Eglise qu'il faut rapporter l'institution des Clercs quiont vêcu en commun. Les raisons que le P. Thomassin donne

Ibid. c, 434

le P. Thomassın donne pour ne rapporter l'origine des Communautés Ecclesiastiques qu'à saint Auguf- no 3.0 46 tin, font tres-fortes. Il dit que la premiere Communauté des Apostres, des Disciples & des Fidelles, ne consistoit que dans la desapropriation que plusieurs particuliers embrassoient , & dans la distribution qui se faisoit à chacun selon ses besoins; mais qu'ils ne logeoient pas, ni ne prenoient pas leur refcction en commun ;-& quoique cette communauté de biens. ait este

Ibid. c. 391

ORIGINE) confervée entre les Ecclesiastiques durant les premiers siécles; PES.CHA- & qu’on distribuoit à chacun une portion des revenus de, REGULIERS

. l'Eglise proportionnée à fon besoin, à fon rang & à son travail, que c'est cela mesme qui peut servir de preuves que les Clercs ne vivoient pas en commun; car, ajoûte-t-il, fi le Clergé eust vecu en commun, ou n'eust pas appellé les Clercs: Spurtulantes fratres on n'eust pas appelle les distributions qui fe faisoient tous les mois: Divisiones menfurnas ; on n'eust pas distingué les distributions des Prestres de celles des Clercs inferieurs, & on ne le eust pas ajugées par un privilege fingulier aux jeunes Clercs , qui s'estoient signalés par la confellion du nom de Jefus-Chrift: Sportulis.iisdem cum Presbyteris honorentur. S. Cyprien n'ordonneroit pas de faire de certaines aumosnes de la portion qui lui estoit eschuë : de quantitate mea propria. Eudebe ne diroit pas que les Novatiens attacherent à leur parti l’Evefque Natalis , en lui promettant cent cinquante pieces d'argent par mois; & les Constitutions Apostoliques ne regleroient pas lesportions inégales qui se devoient faire des biens de l'Eglise. C'est ce qui ne se voit pas, dit le P. Thomaslin, dans les Congregations où toutes choses sont communes. ,

Ce sçavant Elcrivain remarque encore que le Pape Syrice. dans la lettre à Hymerius Evesque de Tarracone, propose un grand nombre de reglemens pour la discipline du Clergé, qu'il y parle des Moines & des filles consacrées à Dieu, & de leurs Monasteres ; mais qu'il n'y a dans cette lettre aucune apparence qu'il y eust dés lors des Ecclesiastiques vivans en

Communauté. Enfin pour plus grande preuve , le P. ThomasIbid, n. 6. sin ajoûte que S. Augustin dans son livre des mours de l'Eglise

qu'il escrivit avant que d’estre Prestre, n'auroit pas manqué de donner un rang honorable aux Communautés Ecclesialtiques, s'il en avoit connu quelques-unes ; car il y fait une excellente peinture des Monalteres d'Egypte & d'Orient, habités les uns par des hommes, les autres par des filles. Il allure qu'il a connu des personnes seculieres à Rome & à Milan, qui vivoient, prioient & travailloient toutes ensemble dans une mesme maison sous la direction d'un Prestre, & qu'il y avoit de pareilles Communautés de femmes seculieres ; mais parlant des Ecclesiastiques, il ne marque point qu'ils vecussent dans des Communautés ; au contraire il admire d'autant plus leur pieté , qu'elle estoit à l'épreuve de tant de tentations qui

Ibid. n. so

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ORIGINI

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fe rencontrent dans la conversation du monde.

Quoique S. Augustin foit donc consideré comme le Pere & DIS CHAle premier Instituteur des Communautés Ecclesiastiques, il ne Riculiers: drella pas neanmoins une Regle particuliere pour son Clergé, se rid. para contentant de la Regle & de l'exemple des Apostres,quiavoient 4.1.1.c. enseigné la pratique de la vie commune & de la desapropria– 48.7. 9: cion parfaite : & comme dans la suite la plậpart des Evefques firent vivre aussi leurs Clercs en commun dans l'observance exacte des Canons des Conciles ; c'est çe qui fit qu'on leur donna le nom de Chanoines, que les Grecs donnoient aussi indifferemment aux Ecclefiastiques,

aux Moines , aux Religieuses & aux Vierges consacrées à Dieu, comme remarque Balzamon fur le Canon VI. de la premiere Epistre canonique de S. Basile à S. Amphiloque ; & par le nom de Chanoine ou de Chanoinelle, les Grecs designoient les personnes inscrites dans le Canon ou Catalogue de la Communauté.

Ce nom de Chanoine estoit encore commun à tous les Of De Veren, ficiers de l'Eglise , mesme jusqu'aux plus bas ; comme fon-Ceremonies neurs, fosfoyeurs, & autres qui estoient emploïés dans la Ma-de l'Eglise tricule ou Catalogue , in Canone , & entretenus aux depens de la Fabrique : c'est pourquoi on a aussi donné ce nom à des domestiques qui servoient & estoient nourris dans les Monasteres. Il y en a à la verité qui pretendent que le nom de Chanoine vient de Canon ; & que ce mot signifie la mesure ou quantité de sa ration de bled, de vin & autres choses necesfaires à la vie, qu'on distribuoit par jour, par semaine , par mois ou par an à chaque Clerc pour sa subsistance : proprement sa paye, sa folde, la prebende ou livrée, fa penfion, sa portion autrement exprimée par S. Cyprien, par le mot tula, le panier où les Clercs mectoient leurs vivres & leurs pro- epist

. 35.0 visions. Livrée , du Latin liberata, c'estoit ce qu'on livroit à un 66.

vivre & s'habiller , d'où on appelle encore livrée l’habit qu'un Maistre livre à ses domestiques, qu'on appelle

Ce ne fut cependant que vers le douziéme fiécle que l'on Thomaff; : revêtir l'Ordre des Chanoines du nom & de la gloire de saint comme ce Augustin , pour distinguer ceux de ces derniers liécles d'avee dessus n. 3. ceux du tems de Louis le Debonnaire, pour lesquels ce pieux Empereur qui emploïoit tous ses soins à regler & à reformer Le Clergé & les Moines , fic composer par le Diacré Amalarius

54

Clerc pour

gens de livrée.

1

DES CHA-
NOINES

7. 10.

Ibid. part.

ORIGINE une Regle qu'il fit approuver par le Concile d'Aix-la-Cha

pelle assemblé l'an 816. laquelle est à peu près la mesme que Reguliers. Celle qui avoit esté dressée par saint Chrodegand Evesque de Ibid.pari

. Mers, dont nous parlerons dans le Chapitre VIII. qui estoit 2.1.1.6.30.

tirée des saints Canons, des ouvrages des Peres, & principalement de la Regle de S. Benoilt.

Mais comme dans la suite du tems , principalement dans 4.1.1.6., l'Occident, les Chanoines s'estoient relâchés à un tel point, *49.n.3. qu'ils estoient comme abîmés dant la saleté d'une incontinence

universelle , & qu'ils acqueroient leurs benefices par un commerce infâme de symonie ; S. Pierre Damien emporté par l'ardeur de son zele, sollicita fortement le Pape Nicolas II. pour remedier à ces desordres, & bannir entierement la

pro prieté d'entre les Chanoines, qui sembloit leur avoir esté

permise

par

la Regle d'Aix-la-Chapelle, puisqu'elle ne les obligeoit point à renoncer à leur patrimoine. C'est pourquoi ce faint Pontife assembla à Rome un Concile de cent treize Evelques l'an 1059.où, après avoir condamné la symonie & le concubinage, il ordonna

que

les Clercs logeroient & vivroient ensemble, & mettroient en commun ce qu'ils recevroient de l'Eglise , les exhortant à la vie commune des Apostres, c'està-dire à n'avoir rien en propre.

La mesme chose fut ordonnée dans un autre Concile par Alexandre II. l'an 1063. ainsi ces deux Conciles aïant imposé à tous les Clercs la desapropriation & la vie commune , il fallut pour l'autoriser remonter à l'Institution de S. Augustin , dont les Clercs vivoient en commun dans une pauvreté volontaire. L'on se servit pour cela de deux discours de ce Saint, que S. Pierre Damien cite & qu'il nomme: de moribus Clericorum ; & comme il falloit opposer une Regle à une autre qui estoit celle d'Aix-la-Chapelle, l'on donna le nom de Regle à ces deux discours de saint Augustin. C'est neanmoins une dispute qui est entre plusieurs Escrivains, qui n'ont jamais pû s'accorder ensemble touchant la veritable Regle de saint Augultin, pour sçavoir si c'estoit ces deux Sermons , ou son Epiltre 109. adressée à des Religieuses. Quoiqu'il en soit, tous ceux qui suivent la Regle de saint Augustin, tant Religieux que Religieuses, ne reconnoissent point d'autre Regle que cette Epitre 109. Les Reglemens que firent ces deux Conciles pour obliger les

Chanoines

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DES CHA

que ces Cha

Chanoines à la desapropriation, ne furent pas reçus par tous

ORIGINE ceux qui prenoient ce titre , le relâchement continuoit toû- NOINES REjours parmi eux, c'est ce qui obligea quelques Chanoines de GULLERS. l'Eglise d'Avignon, de former dans le mesme siécle la Congregation de 3. Ruf. Sur la fin du mesme siécle Yves de Chartres reforma ceux de S. Quentin de Beauvais, & sa Reforme fut introduite dans plusieurs autres Eglises ; mais ils ne se disoient pas encore Chanoines Reguliers de l'Ordre de S. Augustin. Il y en avoit au contraire qui se disoient de l'Ordre de S. Silvestre Pape, & d'autres de celui de S. Urbain Pape & Martyr. Mais de içavoir quelles estoient les Regles de ces deux Papes ; c'est ce que l'on ignore. Il se

peut

faire noines qui le disoient de l'Ordre de S. Sylvestre & de saint Urbain, avoient pris ce nom à cause que leurs Eglises estoient dediées en l'honneur de ces deux saints Pontifes, de mesme que quelques Auteurs de la Vie du B. Michel Gedroc Polonois, de l'Ordre des Chanoines Reguliers de la Penitence des Martyrs, disent qu'il entra dans l'Ordre de S. Marc, à cause que

leur Monastere de Cracovie , qui est le principal de ceux qu'ils ont en Pologne, porte le nom de S. Marc l'Evangeliste.

On pourroit dire neanmoins que dès le onziéme siécle, il y avoit des Chanoines Reguliers qui avoient pris la Regle de saint Augustin tirée de son Epiltre 109. puisque Gervais Archevesque de Reims dans une Charte donnée en 1067. pour le retablissement de l’Abbaïe de saint Denys de Reims, dit : qu'il y avoit establi des Chanoines qui faisoient profession de la Regle & de l'Ordre de S. Augustin : Canonicus ibidem ad honorem & laudem Dei constitui, Beati' Augustini Regulam Ordinemque profitentes. Cela se pourroit encore prouver par une Lettre

que le Pape Urbain II. escrivit à la fin de ce fiécle à l'Abbé Roger de Soissons, où il suppose qu'il y avoit des Chanoines qui suivoient la Regle de S. Augustin : mais le P. Cha- Chaponet, ponel Chanoine Regulier de la Congregation de France , Chanoines': avouë

que ce Pape & cet Archevêque ont voulu seulement 1. 1. c. 10, parler du genre de vie conforme à celui des Clercs de faint 11, Augustin , ou de quelques Constitutions particulieres, tirées des ouvrages de ce Pere; & qu'il est certain que ce ne fut que dans le douziéme siécle que les Chanoines Reguliers commencerent à faire des væux folemnels. Quelques Eglises , ditil, commencerent dès l'an 1110. à prendre la Regle de sain Tome II.

C.

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