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ABYSSINS.

auffi-bien que celui d'Heleni, & celui d'Alleluia. Ce dernier Mo 1986 fut ainsi nommé, à ce que disent ces Moines, par

celui qui en fut le premier abbé, sur le rapport d'un ermite qui étant en oraison vit en extase & entendit des Anges qui chantoient Alleluia dans ce lieu.

Il y a aussi un grand nombre de Religieuses en Ethiopie qui sont pareillement habillées de toile de coton ou de peaux jaunes, & ne portent ni manteau ni capuce. Elles ont la tête rasée, autour de laquelle elles ont un bandeau de cuir large de deux doigts, qui passant pardessous le menton, se lie sur le front, & dont les deux boutspendent sur les épaules. Il y en a qui croyent que ce n'est que l'habillement des novices,& que les professes peuvent mettre un voile & un manteau.D'autres disent que cela n'elt permis qu'aux vieilles:elles ne sont point renfermées dans des Monasteres ; mais elles demeurent dans les fermes & les villages qui dépendent & obéissent au Mo. nastere où elles ont pris l'habit. Alvarez dit avoir vû quels ques communautés de Religieuses , qui ont néanmoins la liberté de sortir de leurs maisons pour aller où bon leur semble. Il y a de ces Religieuses qui inenent une vie assez reglée; mais il y en a beaucoup qui ne croyent pas que ce soit un defhonneur pour elles d'avoir des enfans. Schoonebek met leur institution vers l'an 1325. par la venerable mere Imata ; mais c'est apparemment fur la relation du P. Louis d'Ureta de l'Ordre de S. Dominique , qui dans l'histoire qu'il a donnée d'une province supposée de son Ordre en Ethiopie , a prétendu que presque tous les Religieux de ce pays étoient de l'Ordre de S. Dominique , & que la mere. Imata fonda un Monastere du même Ordre

pour

des Religieuses à Bedenagli, où il n'y en eut d'abord que cinquante ; mais dont le nombre augmen, ta jusqu'à cinq mille après la mort de cette pretendue fondatrice : ce qui n'est pas moins fabuleux que ce qu'il rapporte des couvents de Plurimanos & de l'Alleluia , où il met neuf mille Religieux de son Ordre dans le premier, & sept mille dans l'autre, sans compter les domestiques qui sont au nombre de plus de trois inille dans celui de Plurimanos, comme nous dirons plus au long , en parlant de l'Ordre de S. Domi. nique dans la troisiéme partie de cette histoire. Voyez Job Ludolf , hist

. Æthiop. & fon Commentaire sur la mémé histoire. Franc. Alvarez, son voyage en Ethiopie. Marmol,

Moines Description de l'Afrique. Louis d'Ureta , hift. de la fa grada ABYSSINS. orden. de Predic. en Ethiopia. & le P. le Gobien, 4. recueil des

Lettres édifiantes des Milions Etrangeres.

CHAPITRE XI I.
Des jeûnes & abstinences des Moines & des Religieuses en

Ethiopie.
C.

E que nous avons rapporté dans les Chapitres préce .

dens des jeûnes & abstinences des Moines Maronites Armeniens, Jacobites, & Coptes,est peu de chose en comparaison des jeunes & mortifications des Moines Ethiopiens, qui commencent avec les seculiers le carême de l'église universelle à la Sexagesime, & qu'ils observent très-rigoureusement, ne mangeant pendant tout le tems qu'il dure, que du pain & ne buvant que de l'eau. Il est vrai qu'ils trempent leur pain dans une espece de sauce qu'ils font avec de la graine de cauffa qui est fort cuisante à la bouche.Ils se servent encore d'une autre graine qu'ils nomment Tebba qu'ils accommodent en maniere de moutarde. Il se trouve beaucoup de cesReligieux qui par devotion ne mangent point de pain pendant tout le carême, quelques-uns même s'abstiennent d'en manger toute leur vie , & mangent seulement de l'agrinos , qui est une herbe qu'ils font cuire dans de l'eau, sans fel ni beure, & sans autre assaisonnement. Quand ils n'en peuvent pas trouver,

ils usent de quelques legumes,comme feves, lentilles , & autres semblables, qu'ils font seulement amollir dans de l'eau. Quelques-uns portent un habit de cuir sans manches ayant les bras tout nuds: plusieurs ont sur leur chair une ceinture de fer large de quatre doigts, avec des pointes qni entrent bien avane dans la chair:d'autres ne s'asseoient point pendant tout le tems du carême, mais demeurent toujours debout. Il y en a aussi qui pendant ce tems-là se vont renfermer dans des cavernes où ils vivent d'herbes & de lentilles seulement. Il y a encore beaucoup de Religieux & de Religieuses,qui tous les Mercredis & Vendredis du carême passent la nuit dans l'eau. François Alvarez dit qu'il avoit de la peine à le croite ; mais qu'ayant été avec plufieurs personnes sur le bord d'un lac, ils virent qu'il y en avoit une infinité dans ce lac,& que quelques

uns

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uns éroient dans de petites loges de pierres bâties exprès. Il MOINES y a de l'apparence que les nuits sont bien froides en ce pays-là, ABYSSINS · autrement ce ne seroit pas une mortification de rester dans l'eau pendant la nuit dans le tems du carême, dans un pays où le soleil est très-ardent en ce tems-là, & où même les fruits d'Automne de nos quartiers sont en maturité. Enfin il y en a qui se retirent dans des solitudes les plus affreuses , & des fo. rêts les plus épaisses où ils ne voyent aucun homme, fai, sant penitence dans ces lieux écartés.

Quoiqu'il y ait près de deux cens ans qu'Alvarez ait écrit sa relation , où il fait un détail de ces penitences & de ces mortifications des Religieux d'Ethiopie, il semble neanmoins qu'ils n'en ayent rien diminué jusqu'à present; car M. Poncer qui y étoit en 1700. dit avoir vû dans le Monastere de la Vision de Jelus, un vieillard âgé d'environ soixante-six ans, frere du gouverneur de Tigré, qui n'avoit vêcu pendant sept ans que de feuilles d'olivier sauvage , & que cette mortification lui avoit causé un crachement de sang qui l'incommodoit beaucoup; c'est pourquoi il lui ordonna quelques remedes & lời prescrivit un regime de vie.

La maniere la plus ordinaire de jeûner parmi ces Religieux est de ne manger seulement que de deux jours en deux jours, & toûjours le soir quand le soleil est couché; mais le samedi ni le Dimanche ils ne jeûnent

point ; & comme dans chaque église il ne s'y dit qu'une messe par jour, ils ne la celebrent que le soir les jours qu'ils jeûnent, & tous y communient après quoi ils vont manger : la raison qu'ils en donnent, c'est qu'ils disent que Notre Seigneur Jesus Christ fir la Cene le loir un jour de jeûne:aux autres jours qu'on ne jeûne point, ils la disent le matin.

Ces Religieux se levent deux heures avant le jour pour dire leurs matines & ne mangent jamais de viande dans le couvent. Mais Alvarez remarque que lorsqu'ils se trouvoient avec les Portugais, ils ne laissoient pas d'en manger & de boire du vin, pourvu qu'ils n'eussent point de compagnon ; de n'en avertîc le superieur qui les auroit châtiez feverement pour cette transgrellion. M Poncer dit qu'il en a vû qui se leyoient deux fois la nuit pour chanter des pseaumes; peut-être que c'est selon les differents instituts qu'il y a en ce pays, soit de l'abbé Tecla-Haïmanot, soit de l'abbé Eustase. Tome I.

T

peur qu'il

Moines Outre le carême dont nous avons parlé qui dure cinquante Abyssins. jours ; M. Poncer dit qu'ils en ont encore trois autres, de mê.

me que le reste du peuple : sçavoir celui de saint Pierre & de saint Paul,qui dure quelquefois quarantejours & quelquefois moins, selon que la fête de pâques est plus ou moins avancée; celui de l'assomption de Notre-Dame,qui est de quinze jours; & celui de l’advent, qui est de trois semaines. François Alva. rez marque neanmoins ces carêmes d'une autre maniere

que M. Poncer. Outre le carême de la resurrection de NotreSeigneur qui commence à la sexagesine, il dit : qu'ils jeunent depuis le lundi de la Trinité jusqu'au jour de la nativité de Notre-Seigneur : que depuis ce jour-là jusqu'à la purificaciou de Notre Dame, ils ne jeûnent point, mais que les trois jours qui fuivent cette fête , ils ne mangent qu'une fois en ces trois jours , ce qu'ils appellent la penitence de Ninive. Nous aimons mieux ajoûter foi à Alvarez qui étoit plus inftruit que M. Poncer de ce qui regardoit la religion & les mæurs des Ethiopiens. Dans tous ces carêmes on ne se sert ni d’æufs, ni de beure, ni de fromage, on jeûne avec la même rigueur tous les vendredis de l'année. On ne dispense personne du jeûne , les jeunes gens, les vieillards & même les malades y sont obligés.

Mais avec tant d'austerités & de mortifications, ces Religieux font si attachés à leurs erreurs qu'ils n'écoutent point les Missionnaires qui vont chez eux pour les faire rentrer au sein de l'église. Ils se sont toujours opposés à leurs bons deffeins en empêchant que les peuples ne se convertissent. Ils leur inspirent tant d'aversion pour les Européens qui sont blancs par rapport à eux , qu'ils leur font mépriser & même hair tout ce qui est blanc;c'est pourquoi s'ils representent saint Mi. chel terrassant le Diable, saint Michel est de couleur olivâtre

qui est celle des Abyssins , le Diable est blanc. Abb Piaz-, Le pape Clement VII. afin d'attirer ces peuples à la foi orza.oper. pie

chodoxe & les rainener au sein de l'église , leur accorda en 1525. l'église de saint Etienne qu'on nomme des Indiens ou des Maures, à côté de laquelle il y a un hôpital, où ceux qui

viennent à Rome font logés & entretenus aux dépens du pa- Ibid. Trat, pe. Gregoire XIII. ordonna que lorsqu'il y auroit des Abyf. 11.cap.z. sins à Rome on leur fourniroir du palais tout ce qui leur le

roit neceflaire. Innocent XII. imitant la piecé de les prede

di Roma Tratt. :. sap. 3:

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