Page images
PDF
EPUB

fera à M. de Bretonvilliers , qui en prit possession au mois SemiNATde Juin. Mais sa derniere heure n'étant pas encore venuë,& RES DE S.

SULPICE. la fiévre l'aïant quitté, il se trouva en état au mois d'Août d'aller à la campagne. Ce voïage qu'il n'entreprit que pour le rétablissement de la santé, lui fut une occasion de faire plusieurs choles importantes à la gloire de Dieu. Car outre les Seminaires qu'il avoit établis à Paris, à Nantes & à Viviers, il en établit encore un quatriéme au Puy en Velay, à la priere de l'Evêque & de son Chapitre, & procura une Mission générale au Vivarets , qui en avoit un extrême besoin, aïant fait venir pour cela des Millionnaires de divers endroits , qu'il en voïa en tous les quartiers de cette Province pour y prêcher l'Evangile, & par ce moïen il rétablit en divers lieux, & sur tour à Privas, l'exercice de la Religion Catholique, qui en étoit bannie depuis plulieurs années. Etant de retour à Paris , il travailla sans relâche à perfectionner les ames que Dieu avoit confiées à la conduiie, jus. qu'à ce qu'en l'année suivante étant tombé en apoplexie, & devenu paralytique de la moitié du corps, il fut obligé de celler ces fonctions de charité. Mais aïant reçu l'an 1654. quelque soulagement à ses maux, il ne manqua pas d'emploïer au service de l'Eglise le peu de forces qu'il avoit recouvré, envoïant de ses Ecclesiastiques à Clermont en Auvergne , pour y établir un cinquiéme Seminaire ; & en donnant d'autres aussi pour aider une Colonie de François qui alloit habiter l'isle de Mont-Real dans la nouvelle France, & pour travailler en même tems à la Conversion des Sauvages. Enfin après avoir rendu de grands services à l’Eglise, il mourut le 2. Avril de l'an 1657. n'étant âgé que de 48. ans, 6. mois & 11. jours. .

Depuis sa mort l'on a encore fondé d'autres Seminaires, à Lion, à Bourges, à Avignon,en d'autres villes considerables,& même jusques dans le Canada.Ily en a environ dix ou douze qui dépendent du Superieur de celui de S.Sulpice à Paris, qui est comme Général de tous ces Seminaires. Tous les ans à certajn jour,après la Messe, qui ordinairement est célébrée dans le Seminaire de Parispar un Archevêque ou un Evêque,tous les Seminaristes,chacun à son rang,s'approchent de l'Autel & se mettent à genoux devant l'Evêque : ils renouvellent les promesses qu'ils ont faites à Dieu de le prendre pour leur he

MINAL ritage en entrant dans la Clericature, & pronocent ces paie kis DE S. role Dominus pars hæreditatis meæ , Calicis mei, tu es SULPACE.

qui reftitues hæreditatem meam mihi.

Giry, Vie de M. olieri & Hermant, Hist. des Ord. Relig. Tom. IV.

Outre le Seminaire de saint Sulpice établi à Paris , il y a encore celui de saint Nicolas du Chardonnet , qui est ausli fort célébre. M. Bourdoise , que saint François de Sales, nomma le fiint Prétre, n'étant encore que Clerc, rassembla en 1612. plusieurs de ses amis au College de Reims , dans la pensée de travailler ensemble à leur perfection, sans faire de væux, ni se lier, que par les liens communs d'une ardente charité. L'an 1620. leur petite Societé s'étant augmentée, ils vinrent s'établir auprès de l'Eglise de saint Nicolas du Chardonner. M. Froger Curé de cette Paroisse, les admit dans, fon Eglise , où ils s'aquitterent dignement de toutes les fon&tions Ecclesiastiques, jusqu'en l'an 1631. qu'ils furent érigés en Communauté par Jean-François de Gondy, premier Archevêque de Paris ; & en 1644. ils furent érigés en Se. minaire, destiné & appliqué particulierement à élever des Prêtres , & les former à toutes les fonctions de leur état, pour les envoïer ensuite dans les Provinces servir de Curés ou de Vicaires dans les Paroisses ; & l'on donna le nom de Bourse Clericale aux sommes qu’on assembloit pour ce delein. Plufieurs Dames charitables voulurent avoir part à cette æuvre de pieté: elles s'assembloient tous les trois mois dans une salle du Seminaire , où celle qui avoit été éluë Trésoriere rendoit compte des sommes qu'elle avoit reçuës. Madame de Miramion, qui s'étoit jointe à ces Dames , voïant que cet établisfement n'étoit fondé que sur des charités journalieres, que la Communauté de ce Seminaire n'étoit que dans une maison d'emprunt, dont elle n'avoit la jouissance que pendant la. vie de celui à qui elle appartenoit , & que les Lettres Patentes n'avoient été accordées à ce Seminaire qu'à condition de ne recevoir aucun legs ni fondation, à moins que le Fondateur ne s'en reservât l'usufruit; jugea bien que toutes ces circonstances étoient autant d'obstacles à la durée. Coelt pourquoi elle travailla à les faire lever, y emploïant le credit de Monsieur le Prince de Conty, qui à sa persuasion leur donna trente-six mille livres pour acheter la Maison du Se

LA PROVI, >DENCE DI

minaire. Non contente de cela , après avoir fait enregistrer FILLES DE les Lettres Patentes du Seminaire sans aucune restriction , Dance Opi elle donna encore dix-sept mille livres pour l'entretien de Dio. trois Ecclesiastiques ; & lorsque les Directeurs du Seminaire furent obligés de bâtir , n'aïant pas assez de logement,elle leur donna une somme considerable, & leur en procura encore davantage. Ce Seminaire a fait dans la suite de si grandes acquisitions, que l'an 1695. les Assemblées de la Bourse Clericale cefferent.

L'Abbé de Choisy, Vie de Madame de Miramio .

CHAPITRE XIX.
Des Filles de la Providence de Dieu.

[ocr errors]

Tous n'avons garde d'omettre dans cette Histoire la IV Communauté des Filles de la Providence de Dieu établie à Paris, puisqu'elle a donné naissance ou servi de modelle & d'exemple à plusieurs autres Communautés, qui par la diversité des noms & des observances, ont formé comme autant de Congregations particulieres. C'est au zele de Madame Polaillon, Marie de Lumagne, veuve de Monfieur Polaillon, Conseiller du Roi en ses Conseils, & lon Residenc à Raguse, que l'on est redevable de l'établissement de cette Communauté; où par un effet de la Providence de Dieu , l'on trouve tous les lecours de la vie & du salut,& où l'on fait profession de retirer comme dans un azile & un port assuré les jeunes filles à qui la beauté, la pauvreté, l'abandon, ou la mauvaise conduite des parens peuvent être une occasion prochaine de leur perte & de leur damnation. Madame Pofaillon aïant conçu le dessein de cet établissement, le proposa à plusieurs personnes de piecé qui l'approuverent; mais qui néanmoins lui conseillerent de ne le pas entreprendre, n'aïant pas de fonds suffisans pour soutenir cette entreprise. Mais elle leur répondit avec assurance que son fonds seroit la divine Providence, qui ne manque jamais à ceux qui cherchent veritablement à honorer Dieu. En effet cette Providence divine ne lui aïant jamais manqué, elle fut si reconnoissante des faveurs qu'elle en reçut, qu'elle ne voulut point donner d'autre nom que celui des Filles de la Providence de

DINCE DE

EU.

FILLES DE Dieu à la Communauté,qu'elle commença enfin nonobstane 19 Provi.ce que purent lui representer ceux qui lui conseilloient de Dieu n'en rien faire , après avoir obtenu au mois de janvier de

l'an 1643. des Lettres Patentes de Louis XIII. pour l'éta-
blissement de cette Maison, où elle reçut en fort peu de tems
un grand nombre de filles, les unes pour éviter le danger
qu'elles couroient de se perdre, les autres pour leur instruc-
&tion dans la Religion, ou pour apprendre à travailler , &
d'autres aussi pour leur servir de Maîtresses & les instruire.

Madame Polaillon aïant rencontré dans plusieurs des Sæurs qui travailloient à l'instruction des pauvres filles une veritable vocation au Service de Dieu & du prochain , en choisir quelques-unes pour former une Communauté sous la conduite de deux filles qu'elle avoit fait venir de Lion , dont l'une appellée Catherine Florin est morte en odeur de sainteté. M. Vincent de Paul Instituteur des Prêtres de la Mission , duquel nous avons parlé dans les Chapitres précedents, étant pour lors Superieur de cette maison de la Providence, & aïant été chargé par François de Gondy Archevêque de Paris , de l'ériger en Communauté, y fit deux visites regulieres pour reconnoître la vocation & la capacité des filles que Dieu destinoit pour former cette societé ; en forte qu'elle fut enfin commencée en 1647. par sept de ces mêmes filles, qui entre trente qu'elles étoient pour l'instruction de la jeunesse , furent choisies comme les plus propres à former cette Communauté & à soûtenir cette entreprise par des Regles certaines & par des pratiques constantes de pieté.

Comme la charité de Madame Polaillon n'avoit point de bornes, & qu'elle recevoit dans sa maison toutes les pauvres filles qui se présentoient pour y entrer , elle se trouva l'année suivante chargée de cent quatre-vingts de ces filles , & encore dans un tems où elle auroit eu plus de besoin que dans un autre, d'un fonds extraordinaire pour leur entretien ; car c'étoit dans les premiers mouvemens de la guerre de Paris , où l'incertitude de ce qui pourroit arriver , & du tems qu'elle pourroit durer , obligeoit la pluspart des personnes de retrancher leurs charités. Cependant, quoique cette pieuse Fondatrice se vît reduite à n'avoir que douze écus , pour la sublistance de ce grand nombre de filles , elle

ne

LA PROVI.

ne perdit point courage: au contraire, persuadée que la Di- FILIES DE vine Providence qui a soin des animaux les plus petits & les DANCE DI plus méprisables , n'abandonneroic pas ses servantes , elle s'a. Die u. dressa à Dieu avec une parfaite confiance, & le pria avec tant de ferveur de lui faire sentir les effets de la protection, &de lui donner les moïens de continuer cet ouvrage,dont elle le reconnoisloit l'Auteur,& qu'elle n'avoit entrepris que pour fa gloire , que le jour même il lui accorda la demande, en lui procurant une aumône extraordinaire de quinze cens livres , qui lui furent envoïées de saint Germain en Laïe, par une perionne de la premiere qualité.

Quoique cette zelée Fondatrice eût obtenu des Lettres Pa. tentes de Louis XIII. pour l'établissement de cette Communauté, comme elle ne les avoit pas fait verifier au Parlement dans le tems qu'il falloit ; elle eut recours à Louis XIV. son successeur , qui lui en accorda d'autres au commencement de son Regne, pour remedier à la surannation des premieres. Jusqu'alors cette Communauté n'avoit pas eu de demeure fixe ; mais la Reine Anne d'Autriche mere du Roi, étant persuadée de l'utilité de cette Communauté naissante,& prevoïant qu'il étoit difficile qu'elle pût sublister dans une vie exacte & reguliere, sans avoir une demeure fixe , leur donna l'an 1651. l'Hôpital de la Santé, ftué au Fauxbourg faint Marcel dans la ruë de l'Arbalétre. Cette maison des stinée pour les pestiferés, étoit une dépendance de l'Hôtel-' Dieu de Paris , où les convalefcens, hors le tems de contagion , alloient se rétablir, & où ils restoient quelque tems après leurs maladies , sous la direction des Administrateurs, & sous la conduite de quelques Religieuses de cet Hôpital, qui fut transferé & bâti hors la ville, entre Torabisoire & le Champ-de-l'Allouete.

Ce fut ainsi que cette pieuse & charitable Princesse fonda ee Seminaire de la Providence, qu'elle plaça exprès en ce lieu, contigu au Magnifique & Roral Monastere du Val-deGrace, pour l'avoir sous ses yeux, comme elle le déclara elle-même dans le Contrat de donation qu'elle leur fic de cette maison ; ne pouvant pas perdre de veuë un établissement qu'elle jugeoit devoir procurer de très grands biens L'Archevêque de Paris Jean François de Gondy donna son consentement , & permit à ces filles d'en prendre possession

Tome VIII.

« PreviousContinue »