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Delle An.

Tore 1.

Cisteaux appellent encore Coules leurs Chappes. Non seulement les Clercs & les gens de Lettres ; mais les nobles mesme & les courtisans, portoient encore des Chapperons en. France sous le regne de Charles VII. les gens d'Eglise & les Magiftrats ont elté les derniers qui les ont conservés ; & un nommé Patroüiller aïant amené la mode des bonnets quarrés; ils ont quitté le Chapperon, qu'ils ont fait descendre de la teste sur l'épaule, & qui est resté pour marque de Docteur ou de Licentié aux Arts, en Theologie , Jurisprudence & Medecine. Ainsi il ne faut pas s'etonner si les Jesuates & quelques autres

Religieux ont porté de ces sortes de Chapperons. 119. Monas. Quant à la couleur des habits , le P. Delle

Delle remarque que comme les Religieux sont mörts au monde, & que leur prochap 1:

fession, les engage à la mortification , & à la penitence ; ils se sont habillés dès les premiers siécles de leur establissement comme des personnes qui portoient le deuil , & qui estoient dans l'affliction. C'est pourquoi dans la Syrie , dans la Pales-tine, dans la Thrace & dans la Grece, ils prenoient des ha-.. bits noirs, & dans l’Egypte des habits blancs.

Je ne parle point de la nourriture, des jeusnes,des austerités.

& des autres pratiques des Monasteres ; l'on peut voir ce qu'en. Fleuiq;, a dit M. Fleury , qui, après avoir montré la conformité qu'il y

a de ces saintes pratiques avec celles des premiers Chrestiens, pag. 5276 & mesme des anciens Païens les plus reglés, fait ainsi la

comparaison des Monasteres avec les maisons des anciens. Romains.

Je m'imagine, dit-il, trouver dans les Monasteres des veftiges de la disposition des maisons antiques Romaines, telles qu'elles sont descrites dans Vitruve & dans Palladio. L'Eglise qu'on trouve la premiere, afin que l'entrée en soit libre aux seculiers, femble tenir lieu de cette premiere salle Romains appelloient Atrium. De là on passoit dans une.cour environnée de galleries couvertes , à qui l'on donnoit ordinai..

rement le nom de Peristile ; c'est justement le Cloistre, où l'on » entre de l'Eglise , & d'où l'on va ensuite dans les autres pieces, » comme le Chapitre qui est l'Exhedre des Anciens,le Refectoire

qui est le Triclinium, & le jardin qui eft ordinairement der» riere tout le reste; eomine il estoit aux maisons antiques. .

Ce qui fait paroistre aujourd'hui les Moines fi extraordi. naires, dit encore ce sçavant Historien, est le changement :

A cexrs des Ch'er.

pag. 2;0. »

que les

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qui est arrivé dans les meurs des autres hommes , comme les édifices les plus anciens font devenus singuliers ; parce que ce font les seuls qui ont resisté à une longue suite de siécles. Et comme les plus sçavants Architectes étudient avec foin ce qui reste des battiments antiques , [çachant que leur art ne s'est relevé dans ces derniers siécles que sur ces excellens modeles: ainsi les Chrestiens doivent observer exactement ce qui se pratique dans les Monasteres les plus reguliers, pour y voir des exemples. vivants de la morale Chrestienne.

PA RA G R A P H E XI. Du gouvernement des Monasteres, tant en Orient quen

Occident. (

UELQUES difficultés qui se rencontrent entre plufieurs ques ou Superieurs Generaux des Moines d'Orient', nous obligent à parler de la forme du gouvernement qui a esté praciquée entre les. Religieux pour le maintien de l'observance Reguliere. Il est certain que li saint Pachome n'a pas esté l'auteur de la vie Cænobitique ; on lui a au moins l'obligation d'avoir le premier prescrit des loix pour le maintien de l'obfervance Reguliere , & d'avoir esté le premier Instituceur des Congregations Religieuses. Nous entendons par le mot de Congregation une lainte societé de plusieurs Monafteres ne faisant qu'un seul corps , foumis à une mesme Regle', unis par des assemblées generales qui se tiennent de tems en tems pour élire des Superieurs , & pourvoir à toutce qui peut-maintenir la regularité & le bon ordre.

Ce ne sont pas seulement les maisons Religieuses qui'ont formé des Congregations; plusieurs personnes leculieres', fans estre engagées par des væux.solemnels, en ont formé à leur imitation,dans lesquelles Congregations on pratique à peu prèsles mesmes choses que dans les Congregations Regulieres, comme font celles des Prestres de l'Oratoire, de la Million, des Oblats de S. Ambroise, du S.Sacrement,des Barthelemices,des Ouvriers pieux, & plusieurs autres : & l'on peut dire qu'il nese pratique presque rien dans ces Congregations qui n'ait esté pratique dans celle de Tabenne establie par S. Pachome.

nom

Thomallin

Premierement elle avoit son Abbé ou Superieur General, son Oeconome ou Procureur pour l'adminiftration du temporel. On y entretenoit l'observance par la visite qu'on failoic tous les ans dans les Monasteres; on y faisoit des assemblées generales , où on élifoit des Superieurs & Officiers, selon qu'il en estoit besoin ; & l'on se pardonnoit mutuellement les fautes qu'on pouvoit avoir commises les uns contre les autres.Chaque Monastere avoit son Superieur à qui l'on donnoit le titre de Pere & de Chef. Il avoit fous lui un Vicaire ou second pour suppléer à son deffaut. Et comme le Monastere de Pabau ou de Baum estoit le plus considerable , il fut regardé comme le Chef de l'Ordre ; quoique la Congregation retînt toûjours le de Tabenne, à cause que ce fut dans ce lieu-là que faint Pachome fonda son premier Monastere. Mais c'estoit dans celui de Baum que tous les Religieux se rassembloient à Pâques , pour celebrer la feste avec ce faint Fondateur, & où l'on tenoit les assemblées au inois d'Aoust.

Le P. Thomassin parlant du Concile de Vennes,qui deffend Difcip.de à un Abbé d'avoir plusieurs Abbaïes sous le nom de celles ou l'Egle part de Monasteres , dit: quece Concile semble ne pas approuver 49. num.9. une chose qui estoit commune à tous ces fameux & illustres 20.861. Peres des Deserts. Et considerant le grand nombre de Reli

gieux qui estoient sous la conduite de tant de saints Abbés, il dit aulli: que tous ces exemples ne permettent pas

de douter qu'un seul Abbé ne fust comine le Superieur General chargé d'un grand nombre de Monasteres , qui faisoient comme un seul corps , & une Congregation dont il estoit le Chef. Mais nous n'avons point de preuves que les Disciples de saint Antoine , de faint Macaire, & des autres Peres dont nous avons les Regles , aïent formé des Congregations. Cette pratique de faire des assemblées generales a esté particuliere à l'Ordre de saint Pachome qui en a esté l'Instituteur. Quoique cette pratique ait pris son origine en Orient, elle n'y subsiste plus depuis un très long-tems ; mais les Religieux d'Occident l'ont toûjours conservée comme celle qui pouvoit contribuer au maintien de la discipline & de la Regu-, larité , & afin de l'affermir davantage, comme les differentes Congregations qui se sont establies , se sont agrandies , & fe font estenduës en differens païs; elles se sont divisées en plufieurs Provinces, où l'on tient de pareilles assemblées Provin

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47.

In Norton

Thomalt:

ciales fous les ordres du General de toute la Congregation. Balcon.

Le P. Thomallin prétend que c'est à l'inexecution des Loix ;; ..so & des Canons , que l'on doit attribuer le relâchement qui est arrivé parmi les Grecs & les autres Moines d'Orient ; cn effet BallamonPatriarche d'Antioche qui vivoit au douziémne siécle, s'en plaignoit de fon tems , en disant que la vie commune n'ef- In Synot. toit plus observée parmi les Religieux Grecs d'Orient , quoi-Cashoz. Ci qu'eile fuften vigueur parmi les Latins.Mais je croi qu'on peut aulli l'attribuer à l'inobservance de ces saintes pratiques, de tenir des assemblées generales, aussi bien qu'au Schisme &aux Herefies que la pluspart de ces Religieux ont embrassées.

Il est certain que, selon le mesme balsamon, il y a eu desGe Tuinla.c-20 neraux parmi eux; car il dir que selon les Canons,iin seul Religieux ne peut pas posseder deux Abbaïes;ınais qu'il faut excepter de cette Regle les Generaux d'Ordres', parce que les Monasteres qui relevent d'eux , ne font qu'un seul Corps , & comme un seul Monastere. L'origine de ces Generaux vient apparemment des Privile

Di c.p. de ges que les Patriarches ont donnés aux Monasteres fitués dans l'Egl

. Tom. les Eveschés de leurs Patriarchats,en arborant la croix Patriar- 2.par. z. b. chale à la fondation des Monasteres qui vouloient bien se fou- "(. 37it. I. mettre immediatement au Patriarche; ce qui exemtoit cesMonasteres de la jurisdiction de l'Evefque Diocesain.Le Superieur de chaque Monastere s'appelloit Archimandrite ou Hegumene; & tous obéissoient à un Superieur General qu'on appelloit Exarque. L'on voit dans le Pontifical de l'Eglise Grecque une Formule de l'institution des Exarques & des Hegumenes. Le

per 570. Patriarche leur impofe les mains, & leur donne un mandement, ou Lettres testimoniales , qui contiennent l'obligation de leurs Charges. Par celle de l’Exarque, il paroist entr'autres choses qu'on lui confie le soin des Monasteres Patriarchaux : qu'il en doit faire la visite: qu'il doit humilier les Superieurs qui commandent aux inferieurs avec trop d'arrogance, & qui les traitent avec trop de mepris : qu'il doit impoler pénitence & chaftier les Religieux qui s'eloignent de leur devoir , & de l'obéiffance qu'ils doivent à leurs Superieurs : qu'il doit avertir les mesmes Superieurs de faire recherche des Apostats, & les ramener au Monastere : que lorsqu'un Superieur de Monastere Patriarchal sera decedé, il doit envoïerau Patriarche, pour recevoir l'imposition des mains, celui qui aura elté elu par les Re

Habert.

Thoinaff.

n. Il

Morin. de que

204.

fuprà pas .

387.

ligieux : qu'il doit faire un estat de tous les Monasteres qui relevent du Patriarche, de leursRevenus, des Vases sacrés , des Ornements:& enfin qu'il doit faire lire dans chaque Monastere ses Lettres testimoniales; afin qu'aucun des Religieux ne puisse douter de son pouvoir ; & qu'ils le reçoivent tous comine leur

pere, & non pas comme un usurpateur qui viole le droit des

gens.

Il paroist donc par ce Mandement, ou Lettres testimoniales, Ponitoreo. que ces fortes d'Exarques sont comme des Generaux pour les ofer. 1. ad Monasteres qui relevent du Patriarche. En effet M. Habert dit E14. pro qu'ils le sont effectivement , & que les Archimandrites & les pag.587. * Hegumenes ne font que leurs inferieurs.

Le P. Thomallin accorde bien quelque Superiorité generale comme à ces Exarques ; inais il ne donne que le nom de Commillion à 3.7.1.6. 37. ce Mandement ou Lettres testimoniales. Le P. Morin dit

que ces Exarques sont seulement des Viliteurs députés des Paordinai.pag.

triarches, pour faire la visite des Monafteres , & il appelle ces

Lettres testimoniales, des Lettres de delegation:mais M. HaHab.ut bert prétend au contraire qu'ils sont Superieurs ordinaires, &

non pas simples Visiteurs: Quos licet legatorum nomine reddiderit juris orientalis Interpres; ii tamen mihi videntur non taniùm ex delegatione feu commissione Patriarche inftar Periodeutarum , feu Visitatorum ad tempus, sed ut Ordinarii inftitati. Je croi que c'est le sentiment que l'on doit suivre;& comme le P.Thomaslin & le P. Morin ont renyoïé à la lecture de ces Lettres testimoniales, pour estre informé du pouvoir de ces Exarques ; j'y renvoie aussi le Lecteur, qui connoistra qu'il n'y est uniquement parlé que de ce qui concerne les Monasteres, & qu'elles ne donnent pas pouvoir à ces Exarques de presider aux Contrats de mariage, de nommer les Superieurs des Eglises exemptes , de faire rendre compte des droits du Patriarche , &.de le faire pažer

des exactions Canoniques qui lui sont duës, comme dit encore pars. 3.1. 1. le P. Thomassin.

Quant aux Archimandrites & Hegumenes , c'estoit autrefois la mesme chose; ces noms estoient donnés indifferemment aux Superieurs de chaque Monastere, comme il paroist par la souscription du Concile de Constantinople tenu l'an 586. Tous le Patriarche Mennas , auquel Hisique, Superieur du Monastere de saint Theodore,altista ; puisqu'il se qualifie dans une de ses signatures d'Hegumene, & dans l'autre d'Archimandrite.

Mais

6. 37.n..9.

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