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L'ETROITE

proche de Florence, de Piftoye, & de Forêts. Les Religieux CARMESDE de cette Congregation mangent de la viande trois ou quatre OBSERfois la femaine, par privilege de Pie II. mais hors le Couvent VANCE ils ne peuvent manger que des herbes, ou autres chofes cuites avec la viande. Ils jeûnent quatre fois la femaine, depuis la Fefte de l'Exaltation de Sainte Croix jufqu'à Fafques, pendant tout l'Avent, & encore les veilles des Festes de la fainte Vierge, des Apoftres, le jour de faint Marc & les trois jours des Rogations; comme auffi tous les Vendredis de l'année. Le filence eft obfervé au Choeur, au Refectoire, au Dortoir, au Cloistre & dans les Cellules. Les Clercs ne peuvent avoir des habits neufs jufqu'à ce qu'ils foient Preftres, ou du moins qu'ils n'aïent quatre ans de Religion, auffi bien que les Freres Laics, ils tiennent leur Chapitre General tous les deux ans, conformément à un Bref de Clement VIII. Il y a auffi quelques Convents de Religieufes de cette Congregation.

Leur Regle & Conftitutions furent imprimées à Boulogne en 1602. Le Pere Clement Marie Fellini a fait l'Hiftoire de cette Congregation, imprimée auffi à Boulogne en 1691. fous le Titre de Sacrum Museum Congregationis Mantuana, qu'on peut confulter auffi-bien que Lezana, dans fes Annales. Marc. Ant. Aleg. Cafanate. Parad. Carmelitici decoris. Louis de fainte Therefe. Succeffion du Prophete Elie, & Gio-Maria Penfa, Theatro degli huomini illuftri della famiglia. di Man

toua.

CHAPITRE

XLV I.

Des Carmes de l'etroite Obfervance, comme auffi de quelques autres Reformes faites en cet Ordre.

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Ou s avons veu dans les Chapitres precedens comme les Peres Jean Soreth & Baptiste Mantoüan, eftant Generaux de l'Ordre des Carmes, avoient tâché d'établir la Reforme dans tous les Couvents de l'Ordre ; ils s'eftoient contentés auffi-bien que les Peres Martignogni, Renar, & Terraffe, qui avoient precedé Baptifte Mantoüan, dans la mefme charge, de faire obferver exactement la Regle du bienheureux Albert, avec les mitigations du Pape Eugene IV,

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OBSER

CARMESDE Il y eut neanmoins, fous le Generalat du mefme Mantoüan, L'ETROITE un Religieux plus fervent, nommé Vgolin, qui entreprit de retablir la Regle avec les declarations d'Innocent IV. laquelVANCE. le, quoique corrigée par ce Pape, comme nous avons dit, paffe pour la premiere & la primitive. Mais fes bonnes intentions n'aïant pas reüffi, fon grand deffein fut reduit à la feule fondation d'un Couvent auprès de Gennes, auquel il donna le nom de Mont-Olivet, qui ne depend que du General & qui, quoi qu'unique, prit neanmoins le titre de Congregation fous le Pontificat de Leon X.

Comme le Pere Baptifte Mantoian eftoit membre de la Congregation de Mantouë qui eftoit reformée & qu'il ne fouhaitoit pas mieux que de voir une Reforme generale dans tout l'Ordre ; il donna volontiers les mains, eftant encore General à l'eftabliffement en France, d'une Congregation de Reformés, fous le nom de Congregation d'Alby, qui ef toit gouvernée par un Vicaire Generel qu'on élifoit dans le Chapitre general de cette Congregation; c'eft pourquoi elle faifoit un corps feparé de l'Ordre; mais elle ne fubfifta pas long-tems, & elle fut reünie à l'Ordre par le Pape Gregoire XIII. l'an 1580.

Le Pere Pierre Bouhourt fut plus heureux dans la Reforme qu'il entreprit auffi en France, au commencement du dernier fiécle,vers l'an 1604. dans le Couvent de Rennes en Bretagne; car elle fubfifte encore, s'eftant eftenduë non seulement dans plufieurs Provinces du Roïaume, mais mefme en Allemagne, en Flandres, & en Italie. Quoique ce foit le Pere Bouhourt qui en ait jetté les fondemens, elle doit neanmoins fa gloire & fon accroiffement au Pere Matthieu Thibaut qui lui a donné toute fa perfection. Ce Pere voïant d'abord les difficultés, qui fe rencontroient dans l'execution du deffein que le Pere Bouhourt avoit formé, douta du fuccés de cette entreprise, & prit la refolution de quitter l'Ordre des Carmes pour entrer dans celui des Chartreux. Comme il eftoit fur le point d'en prendre l'habit, le Prieur de la Chartreuse le Paris, qui avoit promis de le recevoir, aïant appris qu'il y avoit depuis peu des Carmes Dechauffés à Rome, ne voulut plus les recevoir & crut qu'il ne devoit pas ravir à l'Ordre des Carmes un homme fi zelé, qui ne quittoit fon Ordre, qu'à cause que la licence y eftoit grande, ne lui aïant

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L'ETROITE
OBSER-

mis de le recevoir dans celui des Chartreux, qu'au cas qu'il CARMESDY n'y eut point d'efperance de Reforme parmi les Carmes, & il lui confeilla d'entrer parmi les Dechauffés. C'eft pourquoi VAN EE. le Pere Thibaut entreprit le voïage de Rome & s'eftant prefenté au Couvent des Carmes Dechauffés pour y eftre reçu, Dieu permit que le General Henri Silvius s'oppofà à fa reception, de forte qu'il fut contraint de retourner en France, où continuant fes eftudes de Theologie qu'ilavoit interrompuës, il fut promeu aux degrés par le mefme General, en attendant les difpofitions de la volonté de Dieu fur lui.

Enfin le tems arriva que la Providence Divine avoit marqué pour le fervir de ce Pere, afin de perfectionner la Reforme que le Pere Bouhourt avoit commencée. Ce fut l'an 1607. que le Prieur de Rennes qui fouhaitoit aufli beaucoup que cette Reforme fe maintint, appella à fon fecours le Pere Thibaut quifut auffi-toft établi Maistre des Novices, & deux ans après il fut élu Prieur de ce mefme Couvent. Quelques années aprés la Reforme fut introduite dans celui de Dol & dans quelques autres. Il y eut mefme de nouveaux Couvens qui furent fondés fous la mefme obfervance, & qui formerent la Province de Touraine, compofée d'environ vingtcinq Couvents d'hommes, de deux hofpices, & de quatre Monasteres de Filles. Le Couvent de Carmes qu'on appelle communément à Paris les Billettes, depend de cette Province.

mais ce

Dès l'an 1603. dans le Chapitre Provincial de la Province de Flandre qui fe tint à Gand, & où le General Silvius prefida, l'on fit plufieurs Decrets pour y establir la Reforme. Le Pere François Potel qui fut élu Provincial dans ce Chapitre, emploïa tous fes foins pour les faire executer, fut inutilement. L'on fit de nouvelles tentatives en 1615. qui n'eurent pas un meilleur fuccès; & mefme l'an 1621. quoique le Pere Richard de faint Bafile & cinq autres Religieux fe fuffent unis ensemble pour faire reüffir cette Reforme, il s'y trouva encore tant d'oppofitions de la part des autres Religieux, qu'ils furent obligés pour lors de fe defifter de leur entreprife. Mais l'année fuivante dans le Chapitre qui fe tint à Bruges,quelques autres Religieux s'eftant joints encore au Pere Richard & à fes Compagnons. Ils élurent pour Provincial le Pere Marc Caffiau, qui avoit beaucoup de

CARMESDE zele pour les Obfervances regulieres, & qui souhaitoit paL'ETROITE reillement la Reforme. Cependant ce nouveau Provincial

OBSER

voïant les difficultés qui fe rencontroient dans l'execution de VANCE, fes bons deffeins, aima mieux quitter fon Office. Il eut pour

fucceffeur le Pere Jean Bavay qui eftant auparavant Superieur du Couvent de Valenciennes, s'eftoit uni avec quatre jeunes Preftres pour faire recevoir dans ce Couvent la mesmeReforme & les mefmes Observances que celles qui avoient efté introduites dans la Province de Touraine. Ces Religieux zelés implorerent d'abord l'autorité de l'Evefque d'Arras,dans le Diocese duquel le Couvent de Valenciennes se trouvoit ; ils obtinrent auffi celle du Duc d'Arfchot; & l'Archiducheffe Claire Eugenie d'Auftriche, Gouvernante des Païs - Bas, voulut bien efcrire au Pere Sebastien Franton, pour lors General, afin qu'il envoïast dans ce Couvent des Religieux de la Province de Touraine pour y introduire leurs obfervances. Les Peres Philippes Thibaut, Luc de faint Antoine, & Nicolas de Caftres recommandables par leur pieté & par leur science furent nommés par le General. Ils arriverent au Couyent de Valenciennes, le onzième du mois d'Aoust 1624. & trois jours après tous les Religieux de ce Couvent, en renouvellant leurs vœux, s'engagerent à l'obfervance de la Province de Touraine. Comme ces Religieux en embrassant la Reforme avoient quitté leurs habits noirs pour en prendre de gris obfcur, peu s'en fallut que cela ne caufaft un foulevement dans Valenciennes ; car une perfonne qui avoit l'autorité en main, voulut contraindre les Religieux Reformés, mefme par la force des armes, à reprendre leurs habits noirs; mais le Peuple s'eftant mutiné à cette occafion, l'on n'inquietta plus ces Religieux. La Reforme s'eftendit dans plufieurs autres Couvents, & il y en eut mefme cinq qui furent fondés de nouveau fous la mefme observance.

L'an 1619. le Pere Didier Placa de Catane, & le Pere Alphius Licandre, tous deux Religieux de la Province de faint Albert , entreprirent une Reforme en Sicile. Ils obtinrent les permiffions neceffaires des Supericures, & en peu de tems ils fonderent nenf nouveaux Couvents de cette Reforme en Sicile, deux dans l'Eftat Ecclefiaftique, & trois dans le Roïaume de Naples. Voïant enfuite que ces Couvents eftoient en nombre fuffifant pour former une Province sepa

rée

OBSER VANCE.

rée, ils s'adrefferent au Chapitre General qui fe tint l'an 1644. CARMES DE & lui demanderent fon confentement pour l'erection de cette L'ETROITE Province, où les Religieux eftant de differents païs pourroient apprendre les langues Orientales, afin de pouvoir aller en Million dans la Terre-Sainte. Le Chapitre y aïant confenti, le Pere Leon Bonfilius pour lors General de l'Ordre,s'adressa au Pape Innocent X. pour lui demander l'erection de cette nouvelle Province, ce que ce Pontife accorda par un Bref du 16. Fevrier 1646. & l'on donna le nom de Monte-Santo, à cette Province à caufe que le premier Couvent où la Reforme avoit efté commencée, eftoit fitué fur une Montagne ainfi appellée, proche de la Ville de meffine. Ces Reformés fe difent du premier Inftitut, parce qu'ils obfervent la Regle primitive de l'Ordre, moderée par le Pape Innocent IV. aïant renoncé aux mitigations qu'Eugene IV. y avoit faites, touchant l'usage de la viande, dont ces Religieux Reformés s'abstiennent de mefme que les Carmes Dechauffes. Comme cette Province eftoit compofée de Siciliens, de Napolitains, & de Romains ; ils avoient fouvent des differends entr'eux; c'est pourquoi ils demanderent à la Congregation des Reguliers, que leur Province fust separée en deux, ce qui leur fut accordé l'an 1709. & les deux Provinces retinrent le nom de Monte-Santo;l'une fous celui de Monte-Santo de Sicile, qui eft compofée de neuf Couvents dans le Roïaume de Sicile;l'autre fous le nom de Monte-Santo de l'Eftat Ecclefiaftique, qui comprend cinq Couvents dans les Estats du Pape, à laquelle l'on a permis d'agreger deux autres Couvents de la mefme Reforme, qui font dans le Roïaume de Naples.

Il y a encore en Italie la Reforme de Turin, ainfi appellée à caufe qu'elle a pris fon origine dans la Ville de Turin, l'an 1633. à la follicitation du Duc de Savoye Victor Amedéc. Le Pere Theodore Stratius pour lors General de l'Ordre, nomma pour fon Commiffaire le Pere Louis Bulla, Prieur du Couvent de Notre-Dame de la Place, afin de travailler à cette Reforme. Le Pere Bulla eftant mort deux ans après, le Pere Dominique de fainte Marie lui fucceda dans cette commiffion, & y reüffit fi bien, que la Reforme fut establie dans le Couvent de Turin. Elle fut cinq ou fix ans fans faire aucun progrès ; mais l'an 1639. le Marquis Doliani la fit recevoir dans le Couvent de Clarafce. Elle paffa enfuite

Tome I.

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