Page images
PDF
EPUB

Dames n'étant pas en état de servir elles-mêmes les malades 5eurs BR on leur donna aussi des filles de la Communauté de Made- ^ CHA

RITA. moiselle le Gras engagées par leur profession à ce service charitable. Le nombre des filles qui y entroient s'augmentant tous les jours , elle acheta une maison au village de la Chapelle proche Paris, qu'elle trouva un lieu très commode . & très conforme à ses inclinations , tant pour avoir l'avantage de s'approcher de M. de Paul qui avoit obtenu l'an 1632. la Maison de saint Lazare pour les Prêtres de sa Congre acion, que pour y élever sa Communauté naissante dans un esprit de Seryanies des pauvres , & la former dans la , vie pauvre , humble , simple & laborieuse de la campagne, sur laquelle elle régloit leur nourriture, leurs habits & leurs Emplois. Cette sainte Fondatrice y alla loger au mois de Mai 2636. & y établit un Catechisme qu'elle faisoit elle-même aux femmes & aux filles les Dimanches & les Fêtes , avec des Ecoles où ses Filles enseignoient les enfans de leur sexe : ce qu'elles continuent encore dans les lieux où elles sont établies. Mais comme les emplois de charité se multiplioient tous les jours & augmentoient la necessité d'un commerce plus frequent avec toutes les personnes qui y prenoient part, Mademoiselle le Gras résolut , par l'avis de M. de Paul,de quiter la Chapelle & de venir loger avec sa Communauté au fauxbourg saint Denis vis à vis saint Lazare où elle loüa d'abord en 1641. une maison qu'elle acheta quelque tems après.

Ce fut dans cette Maison qu'elle commença d'exercer l'hospitalicé, y recevant un grand nombre de filles des frontieres de Picardie, qui aïant été obligées d'abandonner leurs mailons par la crainte des ennemis qui étoient entrés dans cette Province, & qui avoient assiégé la ville de Corbie , étoient venuës se refugier à Paris. Non contente de leur fournir par charité le logement & la nourriture du corps, elle voulut y ajoûter l'aumône spirituelle, par une Mission qu'elle leur procura. Cette Maison fut aussi ouverte pour les personnes de son sexe qui y voulurent faire des retraites spirituelles, à l'exemple de celles que M. de Paul avoit établies pour les hommes dans la Maison de laint Lazare. Ce Servi. teur de Dieu aïant donné commencement à l'Hôpital des Enfans Trouvés, en donna le soin à Mademoiselle le Gras & à

[ocr errors]
[ocr errors]

SOEURS de ses filles ; & l'an 1639. la ville d'Angers aïant eu recours à
LA Ç HA elle pour obtenir aussi de ses filles pour le service des mala-

des de son Hôpital , elle alla elle même faire o
ment au mois de Novembre, nonobstant les infirmités & la
rigueur de la saison...

Ce fut pendant ce voïage qu'elle apprit que la Reine Anne
d'Autriche avoit aussi demandé de ses filles pour le service
des malades de Fontainebleau. Certe Princesse entretenant
pendant le siége de Dunkerque un Hôpital pour les Soldats
malades & blessés, leur en confia encore le loin. Quoique.
Mademoiselle le Gras vîr sa Compagnie chargée de tant d'oc-
cupations dans Paris, à la campagne, & dans les Provinces,
elle ne perdit point pour cela courage ; au contraire, redou-
blant-fon zele & les soins , elle embrassa encore des emplois
dans les Roïaumes étrangers, en donnant de ses filles à la
Reine de Pologne, Louise Marie de Gonzagues , qui les
établit l'an 1652. à Varsovie. Cette ville étant pour lors affli-
gée de la contagion, fut un rude apprentissage, & une dan-
gereule épreuve pour ces charitables filles , qui à leur arri.
vée se virent chargées du soin des peftiferés. Cette Princesse:
aïant encore fondé un Hôpital dans la même ville pour y re-
cevoir les pauvres filles orphelines ou delaissées de leurs pa-
rens , en commit aussi le soin & la conduite à ces Servantes
de Jesus Christ. Elles furent pareillement chargées à Paris
du gouvernement & de l'æconomie, aussi-bien que du ser-
vice des pauvres de l'Hôpital du nom de Jelus , que l'on..
fonda l'an 1643. dans cetçe Capitale du Roïaume,pour qua--
rante pauvres de l'un & de l'autre sexe : ce qui a été l'ori-
gine de l'Hôpital Général. Il ne restoit plus à Mademoiselle
le Gras pour remplir l'étenduë de son zele, que de se char-
ger des pauvres alienés d'esprit , & renfermés dans l'Hôpital
des petites Maisons. Elle accepta cet emploi l'an 1645. sur la
priere qui lui en fut faite par l'Assemblée du grand Bureau
des pauvres, fi célébre dans Paris , par la qualité & le merite
des personnes qui la composent ; & comme il y a dans cer
Hôpital , outre les insensés, un grand nombre de vieillards,
qui y sont entretenus par ordre de ce Bureau , elle s'engagea.
encore de les faire aflister dans leurs maladies.

Il ne suffisoit pas à cette zelée Fondatrice d'avoir formé. une Compagnie de Filles pour les emploïer au service des: pauvres, & de les avoir unies ensemble par les liens de la SOEURS DE charité, son amour pour ces mêmes pauvres lui aïant sugge- Rirea

LA CHA ré d'assurer & affermir pour toûjours cette æuvre de pieté, elle en écrivit en 1651. à M. de Paul, qui approuva lon dessein , & lui envoïa un memoire pour présenter à l'Archevêque de Paris , Jean-François de Gondy. Ce memoire , qui contenoit premierement la conduite que la Providence de Dieu avoit tenuë pour l'établissement de ces Filles ; secondement, leur maniere de vie jusqu'alors ; & en troisiéme lieu les Statuts & Reglemens qu'il leur avoit dressés , aïant été présenté à ce Prélat, elle obtint de lui l'approbation & l'érection de la Compagnie , dont il lui fit donner des Lettres par le Cardinal de Retz son Coadjuteur ; & ces Lettres aïant été perduës dans la suite, lorsqu'elles furent présentées au Parlement pour y être enregistrées, le Cardinal de Retz étant pour lors Archevêque, en donna de nouvelles au mois de Janvier 1655. par lesquelles il approuva cette Sociecé, avec ses Statuts & Reglemens , & l'érigea par son autorité en Congregation, sous le titre de Servantes des Pauvres,& fous la direction du Superieur Général de la Mission, & de ses successeurs, avec cette condition néanmoins qu'elles demeureroient à perpetuité sous la dépendance des Archevêques de Paris. Après que ces Lettres eurent été obtenuës,M. de Paul fit une Assemblée de toutes les Filles dans la Maison de la Communauté le 8. Août de la même année, pour faire l'Acte de leur établissement, & leur communiquer les Statuts & les Reglemens qu'il leur avoit dressés ; & après avoir pris les noms de celles qui avoient été reçuës , & qui defiroient perleverer dans l'Institut, il nomma les Officieres, dont la premiere fut Mademoiselle le Gras, qu'il pria de continuer sa Charge de Superieure pendant sa vie. Il nomma ensuite une Afiftante , une Oeconome , & une Dépensiere, & conclut par une exhortation qu'il leur fir à toutes , de rendre graces à Dieu de leur vocation, & d'être exactes & fideles à l'observance de leur Regle. Cette Congregation fut ensuite autorisée par Lettres Patentes du Roi l'an 1657. & confirmée l'an 1660. par le Cardinal de Vendôme, Legat en France du Pape Clement IX.

Tel a été l'établissement des Filles de la Charité, & la maniere dont Dieu s'est servi pour conduire à la perfection

SOEURS DIct ouvrage si utile à l'Eglise. Il ne restoic plus à la KALL HA Fondatrice que d'en aller recevoir la récompenie dans le

Ciel. Dieu la lui accorda le 15. jour de Mars de l'an 1660. étant morte le Lundi de la semaine de la l'aflion à l'âge de soixante huit ans. Son corps' fut exposé pendant un jour & demi pour satisfaire aux délirs de plusieurs Dames qui vou. lurent avoir la consolation de la voir encore après sa mort, & lui rendre les derniers témoignages de leur veneration s de leur amour. Le Mercredi luivant elle fut enterrée dans l’Eglise de saint Laurent dans la Chapelle de la Visitation de la lainte Vierge où elle faisoit ordinairement ses devotions, quoiqu'elle eût destiné la sepulture dans un cimetiere proche saint Lazare. Comme elle avoit demandé que l'on mîc proche de fon tombeau une croix avec cette devise spes mea, on en attacha une vis à vis , au mur de la Chapelle.

Depuis la mort de cette Fondatrice, ces fills de la Charité ont fait un grand nombre d'établissemens & en font tous les jours de nouveaux: il y en a présentement plus de deux cens quatre-vingt dix tant en France qu'en Pologne & dans les Païs-Bas,& on compte plus de quinze cens filles dans tous ces établissemens qui font soûmis à la principale Maison située à Paris au fauxbourg saint Denis vis à vis saint Lazare. Ces filles n'ont ordinairement aucun fond d’heritage ni de mailons en proprieté. Le logement où elles demeurent, à l'exception du Seminaire de Paris,appartient aux pauvres, ou bien aux Confrairies de Charité qui en loüent lorsqu'elles n'en ont point en propre. Elles font nouries dans les Hôpitaux où elles demeurent comme les pauvres ou des malades, & on leur donne à chacune pour leur entretien une somme forc modiqụe:ailleurs elles vivent & s'entretiennent auffi d'une somme assez modique en vertu du Contrat d'établissement stable & irrevocable. Celles qui veulent entrer dans cet Institut font reçuës au Seminaire , c'est à dire , à leur Maison du fauxbourg saint Denis sans dot. On fe contente d'une petite somme pour leur premier habit & leur ameublement, & tout ce qu'elles ont apporté leur est rendu en espece ou en valeur , si elles sortent. On s'informe avant que de les recevoir , s'il n'y a aucun reproche dans leur vie & dans leurs mæurs depuis leur bas âge , ou dans leur famille. Après avoir demeuré dans leur habit ordinaire au Seminaire pen

dant:

URS DE

dant six mois , on leur donne celui

nois , on leur donne celui de l'Institut & on les SOEURS DE forme aux exercices de pieté, à l'Observance de leurs Regles LA CHA& aux Emplois de l'Institut. Quand elles sont suffisamment

Rura. instruites & dressées en tout ce qui regarde leurs obligations , on les disperse dans les villes & les villages selon qu'il en est besoin. Après leur entrée au Seminaire elles font cing ans d'épreuves , lesquelles finies, elles sont admises à faire des væux simples seulement pour unan, & toute leur vie elles les renouvellent le vingt-cinq Mars après en avoir obtenu la permission de leurs Superieurs. Elles sont sous la direction du Superieur Général de la Congregation de la Mission qui les conduit par lui-même ou par un Directeur Prêtre de la même Congregation résidant à saint Lazare , & par les Visiteurs des Provinces. Il leur nomme des Confesseurs externes approuvés par les Ordinaires des lieux, & il les retire & les change quand il juge à propos , des Maisons où elles ont été envoïées. De tems en tems on les fait venir au Seminaire pour s'y renouveller dans l'esprit & la sainteté de leur Institut par les exercices fpirituels d'une retraite de huit jours. Outre le grand nombre de Paroiles à Paris où il y a toûjours deux ou trois Sæurs qui y résident pour avoir fóin des pauvres , elles sont encore établies à l'Hôtel Roïal des Invalides , aux Incurables , aux Petires Maisons & aux deux Maisons d'Enfans trouvés de cette ville. Elles ont encore soin de nourrir & aslister les Galeriens, & les prisonniers de quelques prisons, & de préparer & donner la collation aux pauvres malades de l'Hôtel Dieu de la même ville. La Superieure du Seminaire esté luë tous les trois ans,& peut être continuée pour trois autres années. Quant à leur habille. ment il est d'une étoffe grise, mais d'une maniere fimple & modeste & ont pour coëffure une cornette blanche.

Louis Abelly Evêque de Rhodés , Vie de M. Vincent de Paul. Gobillon , Vie de Mademoiselle le Gras. Herman, Hist. des Ordres Religieux Tom. IV. & Memoires donnés par les Filles du Séminaire de cet Institut en 1711.

Tone VIII.

« PreviousContinue »