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de sa dépense qui étoit très - modique & conforme à celle PRITRES d'un Religieux le plus reformé,étoit distribué aux pauvres, FLACONou emploié à d'autres æuvres pieuses , ne se reservant pour TION DU S. lui que le seul necellaire. Un de ses oncles Camerier de la MAN TR même Abbaie, lui aiant laille les meubles en mourant, il les vendit les trouvant trop riches & plus propres à parer la maison d'un Grand Seigneur que la Cellule d'un Religieux, & en distribua aufli le prix aux pauvres. Enfin après avoir passé l'année de son Novitiat dans les exercices de la pieté & de la mortification, il fut agregé au Corps de cette celebre Abbaïe par la Profession solemnelle qu'il fit entre les mains du Prieur Claustral de ce Monastere, le 11. Octobre 1627.

Après sa Profession il retourna à Avignon pour y faire ses études de Philosophie & de Theologie. Il y logeoit dans une maison de louage avec deux ou trois Ecclesiastiques qu'il entretenoit de Ion revenu , pour leur donner moïen d'achever leurs études. Quelques autres écoliers se rendoient chez lui les Dimanches & les Fêtes , & souvent les jours ouvriers lorsque le tems le permettoit,& ils s'occupoient dans un petit Oratoire qu'on y avoit dressé à divers exercices de devotion. Ils y prenoient ensemble la discipline & faisoient d'autres actions de penitence, de mortification & d'humilité ; Monsieur d'Authier les y entretenoit de bons discours pour les porter à l'amour de Dieu , en quoi il réüffit si heureusement, qu'aïant fait naîcre dans leurs cours le defir d'une plus grande perfection, ils lui témoignerent l'envie qu'ils avoient de s'engager par veu au 1ervice de la di

joïeux de leur resolution qu'il approuva, leur recommanda d'y penser serieusement devant Dieu , & de le prier instamment qu'il leur manifestât sa sainte volonté. Ils suivirent ce sage conseil , & demanderent cette grace avec tant de ferveur que ce qu'ils souhaitoient leur fut accordé. Car le 25. de Mars de l'an 1632. Monsieur d'Authier étant allé faire fon Oraison selon sa coûtume dans l'Eglise des Religieuses de sainte Claire , Dieu lui manifesta qu'il vouloit se servir de lui pour établir une Congregation de Prêtres, qui vivant en commun travaillassent à reparer, autant par la sainteté de leur vie que par leurs discours, les desordres qui s'étoient introduits dans son Eglise par le trop grand attachement

NAIRES DE

GREGATION 1.

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MENT.

- PRETRES que les Ministres de ses Autels avoient pour les biens de la
Mission, terre &les vanités du siécle : & afin qu'il ne dourât pas que
LA CON- ce ne fût sa sainte volonté, il lui fit voir en esprit un jeune
OOSTIST homme qu'il avoit choisi & destiné pour former avec lui
SACRE- cette bonne æuyre.

Monsieur d'Authier , assuré par cette revelation de la volonté de Dieu en adora les Decrets , & se retira dans la résolution de se soûmettre au plûtôt aux ordres de la divine providence, dont il implora le secours , pour être confirmé dans ce que l’Esprit Saint avoit operé en lui, ce qui lui fut accordé. Car le lendemain comme il alloit en classe , il vit avec autant d'étonnement que de joïe le jeune homme qui lui avoit été representé le jour précédent dans son Oraison. Il étoit accompagné de sa mere , qui prioit le Préfet de lui procurer une Condition , pour avoir lieu de continuer ses érudes, afin de serendre capable d'embrasser un jour l'état Ecclesiastique. Le Préfet aïant apperçu Monsieur d'Authier, se sentit interieurement presse de lui en faire la proposicion, & lui demanda s'il n'avoit pas besoin d'un Domestique; que ce jeune homme s'offroit à lui rendre service, & ne demandoit point d'autre récompense qu'un peu de tems pour étudier & s'avancer dans les sciences. Il accepia avec joïe l'offre qu'il lui faisoit , & assura la mere du soin particulier qu'il prendroit de son fils , pour lequel il auroit tous les égards possibles; afin qu'il se formât à la vertu &aux sciences.

Après cette derniere faveur , qui étoit comme le sceau & le comble de celle que le Ciel lui avoit faite dans l'Eglise de sainte Claire, il ne longea plus qu'à l'execution de la volonté de Dieu. C'est pourquoi aïant assemblé ceux de son Ora. toire, il leur communiqua le dessein qu'il avoit d'établir une Congregation , & en choisic neuf pour lui donner commencement. Ce jeune homme,dont nous venons de parler , fut de ce nombre; il s'appelloit fean-Jacques Lafon , natif de la ville de Carpentras, lequel de son Domestique fut un de ses premiers Compagnons , qui après avoir beaucoup travaillé en Provence, en Dauphiné, & en d'autres lieux à la sanetification des ames, & à la réformation du Clergé, mourut enfin en odeur de sainteté à Senlis , étant pour lors Curé de la Paroisse de sainte Genevieve. M. d'Authier aïant donc choisi ces neuf Compagnons, qui n'étoient encore qu'Eco,

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NAIRES DE

jers , il leur baisa humblement les pieds à tous, & leur de- PRETRES
c!ara dans un discours qu'il leur fic, l'ordre qu'il avoit reçu Mission,
de Dieu pour l'érection d'une Congregation , dans laquelle in Con-
kur pieté lui avoit fait juger qu'ils s'engageroient d'autant SRUCS 1187
plus volontiers , qu'elle étoit destinée par le Ciel même à la SACRE-
réforme des desordres causés par l'ayarice du Clergé , les
priant de s'unir avec lui dans une entreprise si fainte & fi
utile à l'Eglise. Ce discours soutenu de la grace qui operoit
en même tems dans leurs cæurs, eut tout le succès que M.
d'Authier pouvoit en attendre. Ils accepterent tous la pro-

GREGATION
DU SAINT

CRE
MENT.

entreprise. Ils remercierent la divine bonté de la grace qu'elle leur faisoit de les appeller à ce haut ministere ; & pour s'en rendre dignes ils firent , par le conseil de leur saint Fondateur, une retraite, suivie d'une confession générale qu'ils firent à un Religieux du Couvent des Carmes Déchaufés, qui les disposa au sacrifice qu'ils devoient faire à la divine Majesté.

L'aïant fixé au Jeudi-Saint 15. Avril de l'année 1632. ils s'assemblerent dans une Chapelle domestique du même Couvent pour faire leur veu, que M. d'Authier, qui n'avoit encore que 23. ans, reçut à la fin de la Melle. Ils le prononcerent l'un après l'autre , tel qu'il étoit exprimé dans une protestation par laquelle ils s'abandonnoient à la divine Providence; promettoient d'obéïr jusqu'à la mort à celui entre les mains duquel ils remettoient cet abandonnement , renonçoient à leurs propres inclinations, jugement & volonté, à tous les honneurs , dignités , richesses & contentemens, à toutes les amitiés, parentés, & généralement à toutes les créatures qui pourroient leur empêcher l'exercice de ce væu & de cet abandonnement. Ils demandoient aussi à Dieu dans cette protestation la grace d'accomplir la fainte volonté,dont esperant meriter la connoissance par un dévouement entier & parfait au faint Sacrement de l'Autel, ils s'offrirent & se consacrerent à son culte particulier, promettant de travailler de toutes leurs forces jusqu'à répandre leur sang , si l'occafion s'en présentoit, pour faire connoître , aimer & adorer ce divin Mistere de l'amour infini de Jesus Christ. Après que chacun d'eux eut prononcé certe protestation, ils reciterent le Te Deum , pendant lequel M. d'Authier les embrassa

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MISSION

M.NT.

PRETRIs tous , ensuite il leur recommanda d'envelopper d'une petite M ION peau cette protestation , que chacun avoit écrite & lignée de LA Con la main en fon particulier, avec une medaille du saint SacreSKU STIAN ment, & de la porter toûjours à leur cou le reste de leurs SACRE- jours, pour n'en perdre jamais le souvenir.

Tel fut le commencement de la Congregation du saint Sacrement , dont l'esprit & la conduire spirituelle ont toujours été conformes à ce qui étoit porté par la protestation,excepté le væu d'obéissance, que M. d'Authier" (qui ne l'avoit permis dans les commencemens que par condescendance aux desirs de ses Compagnons ) changca dans la suite en un ser. ment de stabilité qu'il avoit toûjours jugé plus convenable à une Congregation qui est purement Ecclesiastique. Ces jeu- .. nes Ecoliers se voïant engagés plus étroitement au service de Dieu , par le veu qu'ils venoient de faire, ne fongeoient qu'à pe leverer dans la ferveur de leurs exercices, & à s'appliquer plus que jamais à l'étude, afin de se rendre capables du Ministere auquel ils étoient destinés ; mais le Demon qui prévoïoit les avantages que l'Eglise devoit retirer de cette nouvelle Congregation, qu'il auroit souhaité ruiner dès son commencement , suscita contre eux des calomnies fi atroces, qu'ils furent obligés de se séparer , pour se mentre à couvert de la persecution. M. d'Au:hier étant resté à Avignon avec deux ou trois de ses Compagnons de la même ville,y acheva fa quatriéme année de Theologie, pendant laquelle il célebra sa premiere Messe le 10. Juin 1633. & reçut le Bonnet de Docteur le 8. Juillet suivant.

ll alla ensuite pour la premiere fois à Rome, soumettre au jugement de l'Eglise le dessein de la Congregation. Le Pape Urbain VIII. témoigna qu'il en étoit satisfait ; & après l'avoir exhorté à le poursuivre, il lui ordonna de s'occuper particulierement aux Millions & à la direction des Seminaires, en attendant que le faint Siege mieux informé de la bonté & de la necessité de cette Congregation, jugeâr à propos de l'affermir & de lui donner son approbation. M. d'Authier ne voïant pour lors aucune apparence d'en obtenir davantago , ne fit pas long sejour à Rome , & retourna en France. A Ton arrivée en Provence, l'Archevêque « Aix, Louis de Bretel, informé de son merite & de fa vertu , voulant le retenir dans fon Diocese, pour travailler à la réforme de fon Clergé, lui

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GREGATION

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donna l'an 1634. dans la ville d'Aix, la Chapelle de Nôté PRITRES Dame de Beauverez , avec une maison joignante pour vivre Kaikis selon son Institur. Il ne l'y eut pas plûtóc établi dans sa pre-LA CONmiere ferveur ( avec le secours de les Compagnons qui vin- D u Saint rent l'y retrouver ) qu'il en partit avec quelques-uns d'eux , SACREpour aller au village de Cadenet, ouvrir le cours de ses Mislions , suivant l'ordre qu'il en avoit reçu du Souverain Poncife. C'est en ce lieu que lui & les liens furent honorés pour la premiere fois par la voix du peuple du nom de Millionnaires du Clergé, qu'ils conserverent jusqu'à ce que leur Congregation eût été approuvée du saint Siége. Quatre mois après , au commencement de Janvier 1635. ils eurent un second établissement à Brignole, dans le même Diocese; & au mois d'Ayril de la même année, l'Archevêque d'Aix approuva leur Congregation , sous le titre de Congregation des Clercs de la Million. Ils firent un troiliéme établiflement à Marseille l'an 1638. y aïanc été appellés par l'Evêque de cette ville, François de Lomenie & par les Magistrats. L'Archevêque d'Aix confirma la même année certe Congregation, à laquelle il donna le titre de Congregation des Missionnaires du Clergé, & approuva les Statuts , qui avoient ére dressés par le Fondateur. Ce nouvel Institut failoit de li grands biens dans sa naissance, que le bruit s'en étant répandu · jusqu'à la Cour,le Cardinal de Richelieu Ministre d'Etat,resolut sur le recit qu'on lui en fit, de l'établir à Paris au College de Bourgogne, avec des revenus suffisans pour vingt- quatre Missionnaires. M. d'Authier aïant reçu ordre du Car. dinal de se rendre à Paris, le mit en chemin sur la fin du mois de Decembre 1638. avec vinge de ses Missionnaires, pour y arriver au tems qui lui avoit été marqué. Maïs aïant appris en passant par Valence la mort du Pere Joseph le Clerc du Tremblai Capucin , de qui dépendoit le succès de cet établissement, & jugeant par cette mort que le dessein en seroit échoüé, il ne pensa plus qu'à retourner en Provence. Il voulut auparavant saluer l'Evêque de Valence & de Die, Jacques de Gelas de Leberon ; mais ce Prélat croïant que la Providence n'avoit pas tant permis leur départ de Marseille pour aller à Paris, que pour demeurer dans son Diocése, il les y arrêra pour travailler à la réforme de son Clergé, & pour y prendre la conduite d'un Seminaire pour les Ordinans de

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