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DE LAvisa >ION.

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gée de plusieurs péchez mortels qu'il avoit toûjours retenus Pretres par honte, & dont il ne s'étoit jamais accusé en Confession, comme il le déclara lui même en présence de plusieurs personnes , & même de la Comtesse de Joigny, qui épouvantée de tant de Confussions facriléges , & des péchés énormes de sa vie passée, & appréhendant qu'il n'en fût de même de la plâ part de ses Vallaux, exhoria Monsieur de Paula prêcher dans l'Eglise de Folleville le jour de la Conversion de saint Paul de l'an 1617. pour exhorter ses Habitans à faire une Confession générale. Il le fit, & leur en représenta l'importance & l'utilité avec des paroles si efficaces, que ces bonnes gens vinrent tous à lui pour leur Confession générale ; & la presse fut si grande qu'il fut obligé d'appeller à son fecours les Jesuites d'Amiens , qui conjointement avec lui firent un fi grand profit dans cette premiere Mission , que ce zélé Fondateur l’a toûjours regardée comme la femence de toutes les autres qu'il a faites depuis ; & par consequent comme l'origine de la Congrégation ; & tous les ans le même jour 25. Janvier, il en rendoit graces à Dieu , & recommandoit à ses Disciples de faire la même chose ; c'est pourquoi les Prêtres de cet Institut célébrent avec une devotion particuliere la fête de la Conversion de saint Paul, en mémoire de ce que leur Fondateur commença heureusement en ce jour la premiere Mission qui a été suivie de tant d'au

qui ont causé la conversion d'un très grand nombre de personnes.

Madame la Comtesse de Joigny aïant reconnu par ce premier essai qui réüllit avec tant de succès, la necessité des Missions , particulierement pour le peuple de la campagne, conçut

dès lors le dessein de donner un fonds de seize mille livres à quelque Communauté qui voudroit fecharger d'en faire de cinq ans en cinq ans dans toutes ses terres. Elle en fit parler aux Jesuites & aux Prêtres de l'Oratoire, qui ne voulant pas s'en charger lui firent prendre la resolution d'inserer dans lon Testament un article , par lequel après sa moru elle donnoit ces seize mille livres pour fonder cette Mission, au lieu & en la maniere que Monsieur de Paul le jugeroit à propos.

Quoique ce Serviteur de Dieu fût dans la maison de Monfieur de Gondy comme dans un Seminaire, tant par

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SION.

PRETRES

rapport à la liberté qu'il y avoit de pratiquer les exercices de. la plus grande pieté, que par rapport à la regularité avec laquelle on y vivoit , par les soins & l'exactitude de Madame de Gondy; néanmoins le grand desir qu'il avoit de se donner plus parfaitement au lervice de Dieu & à l'instruction du prochain, lui aïant fait prendre la resolution d'en sortir, il prit le prétexte d'un petit voïage qu'il avoit à faire,& sortit de Paris au mois de Juillet 1617. sans avoir déterminé aucun lieu où il dût s'arrêter. Mais Monsieur de Berulle qui le voïoit resolu de sortir , lui aïant proposé d'aller travailler en quelque lieu de la Bresse , où il y avoit disette d'Ouvriers Evangeliques , & particulierement dans la Paroisse de Châtillon-les-Dombes. Il suivit cet avis, & alla en ce lieu , où étant arrivé, une des premieres choses qu'il fit, fut de porter cinq ou fix Ecclesiastiques qu'il y trouva,à se mettre ensemble, & former une espece de Communauté, pour se donner plus parfaitement à Dieu & au service de son Eglise:ce qu'ils firent à sa persuasion, s'estimant trop heureux d'être associés à un si faint Prêtre, pour un sujet aussi louable & aussi utile ; mais la joïe qu'ils avoient de le posseder ne dura que fort peu de tems : car Madame de Gondy, qui, comme nous l'avons déja dit, avoir mis la conduite de sa conscience entre les mains de M. de Paul , souffrant avec peine son éloignement, fit tout ce qu'elle pût pour le faire revenir , emploïant l'autorité du Cardinal de Retz , pour lors Evêque de Paris, qui étant son beau-frere, voulut bien écrire pour ce sujet. Monfieur de Berulle s'interressa aussi pour cela ; on lui envoïa même exprès un de ses plus intimes amis , qui appuïant les Lettres, par lesquelles on le prioit de donner cette consolation à Madame de Gondy, le détermina à revenir à Paris, où il arriva au mois de Decembre de la même année 1617. & la veille de Noël il rentra dans la maison de Gondy. Il y fut reçu comme un ange venu du Ciel , particulierement de Madame de Gondy , qui dans la crainte qu'il ne la quitiât une seconde fois , lui fic promeure qu'il l'allisteroit jusqu'à la mort, comme il le fit: Dieu l'aïant voulu ainsi, pour donner commencement à la Congregation de la Mission, par

le moïen de cette sainte Dame, qui persistant toûjours dans la resolution qu'elle avoit prise de faire une fondation pour l'entretien & la subsistance de quelques bons Prêtres ou

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DE LA Miss
SION,

Religieux, qui allassent de tems en tems faire des Millions Pretres
dans ses Terres ; & aïant cherché par le moïen de M. de
Paul tous les moïens pour executer Ion dessein sans avoir pû
réüslir , par le refus qu'en firent plusieurs Superieurs de
Communautés , ausquels on en parla, fit enfin reflexion que
plusieurs Docteurs & autres vertueux Ecclesiastiques qui
le joignoient ordinairement à M. de Paul pour travailler aux
Millions qu'il n'avoit pas discontinué de faire depuis son re-
tour , n'auroient peut-être point de difficulté de faire une
Congregation particuliere dont l'obligation principale seroit
de faire les Missions, si elle leur fondoit une Maison à Paris
dans laquelle ils pussent se retirer, & vivre en Communau é:
ce qui seroit justement l'execution de son pieux dessein. Elle
en parla au Comte de Joigni son mari qui non seulement ap-
prouva son dellein ; mais aussi voulut s'en rendre Fonda-
teur conjointement avec elle. Ils en communiquerent tous
deux avec Jean-François de Gondi leur frere premier
Archevêque de Paris , qui non seulement approuva leur
zele ; mais considerant que son Diocèse en pourroit recevoir
de grauds biens, il voulut aussi contribuer à cette fondation
en destinant le College des Bons Enfans, qui étoit à sa dil-
position, pour le logement de ces Prêtres. Ils en parlerent
à M. de Paul qui consentit à la proposition qu'on lui fit, pre-
mierement de recevoir ce College avec la direction des Pre-
tres qui s'y retireroient avec lui,& des Missions ausquelles ils
s'appliqueroient ; secondement d'accepter la fondation au
nom de ces Prêtres ; & en troisiéme lieu de choisir lui-même
ceux qu'il trouveroit propres & disposés pour ce pieux des-
fein. La chose ainsi résoluë , fut executée le premier Mars
1624. & l'Archevêque de Paris fit expedier le 17. Avril de
l'année suivante 1625. les provisions de Principal de ce Col-
lege en faveur de M. de Paul auquel Monsieur & Madame
de Gondi donnerent quarante mille livres en argent comp-
tant pour commencer la fondation , avec pouvoir de choisir
tel nombre d'Ecclesiastiques que le revenu de la fondation
pouroit entretenir & qui seroient sous fa direction sa vie
durant : à condition néanmoins que nonobstant cette direc-
tion il resteroit dans leur Maison pour leur continuer & à
leur famille , l'assistance fpirituelle qu'il leur avoit renduë
jusqu'alors. Après cette fondation , comme s'il ne restoit

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PRETRES

SION.

plus rien à Madame de Gondi que d'aller au Ciel recevoir DE LA Mis- la couronne qui lui étoit préparée pour tous les services

qu'elle avoit tâché de rendre à Dieu,étant toute attenuée par les maladies, les peines & les fatigues que son zele & sa charité lui avoient fait entreprendre, elle mourut la veille de saint Jean-Baptiste de la même année. Après que son

corps eut été porté aux Carmelites de la rue Chapon , où elle avoit choisi sa sepulture, M. de Paul sortit de Paris pour aller porter cette triste nouvelle à son mari qui étoit en Provence, & a fin de lui demander son agrément pour qu'il se retirât au College des Bons Enfans:ce qui lui aïant été accordé il revint à Paris où il mit la derniere main à l'établissement de la Congregacion de la Mission , qui fut approuvée par l’Archevêque de Paris le 24. Avril 1626. M. Portail qui avoit déja demeuré quinze ans avec lui, ne le voulut point quitter en une si belle occasion. Deux bons Prêtres de Picardie nommés l'un du Coudrey & l'autre de la Salle s'offrirent ensuite à ce saint Fondateur , qui les associa tous trois à lui en execution de la fondation par un Acte passé par devant Notaires le quatre Septembre de la même année. Quatre autres Prêtres les suivirent peu de tems après,& leur Communauté s'étant augmentée confiderablement dans la suite , le Pape Urbain VIII. par une Bulle du mois de Janvier de l'an 1632. érigea cette Compagnie en Congregation , sous le titre de la Million, & permit au Fondateur de dresser des Réglemens pour le bon ordre de cette même Congregation. Pour autoriser davantage cer Institut , le Roi Louis XIII. fit expedier des Lettres Patentes au mois de Mai 1642. & elles furent verifiées au Parlement de Parisau mois de Septembre de la même année.

Dans le tems que l'on poursuivoit la Bulle dont nous venons de parler , les Prêtres de cette Congregation entrerenc dans le Prieuré de saint Lazare à Paris, qui appartenoit pour lors aux Chanoines Réguliers de la Congregation de saint Victor,qui voulurent bien consentir à la cession qui en fuc faite par leur Prieur aux conditions portées par le Concordat fait entre eux le 7. Janvier 1632. ensuite de ce Concordat &' de la démission du Prieur,l'Archevêque de Paris fit l'union de ce Prieuré comme d'un Benefice qui étoit à sa collation, à la Congregation de la Mission, ainsi qu'il paroît par

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les Lettres du dernier Decembre 1633. & elle fut confirmée Pretres par le Pape Urbain VIII. par une Bulle du mois de MarsLLA Mise de l'an 1635. Cette Maison par sa vaste étenduë,la grandeur de ses bâtimens , le nombre des Prêtres & des Seminaristes qui y demeurent & la résidence que le Général y fait , est devenuë Chef de cette Congregation, qui se rındant de plus en plus necessaire à l'Eglise, a fait dans la suite de fort grands progrès tant dans cette même ville de l'aris , où elle a obrenu le Seminaire de saint Charles, que dans le reste du Roïaume auffi-bien

que dans les païs étrangers. Le premier de ces'établissemens fur à Toul en 1635. On leur donna en 1637.la Maison de Nôtre Dame de la Rose en Guïenne. Le Cardinal de Richelieu les établit l'an 1638. à Richelieu & à Luçon. Ils obtinrent un autre établissement à Annecy en Savoye l'année suivante. Ils passerent l'an 1642. en Italie, où la Duchesse d’Aiguillon Marie de Vignerod leur fonda une Maison à Rome. Elle en fonda ausli dans son Duché d'Aiguillon & dans son Comté d’Agenois aussi bien qu'à Marseille. Ils furent appellés à Gennes l'an 1645. par le Cardinal Durazzo qui leur fonda une Maison en cette ville. Ils furent reçus en Pologne l'an 1651. où la Reine Marie de Gonzagues les établit à Varsovie : enfin elle fit un si grand progrès & en si

peu de tems que M. de Pauleut la satisfaction pendant son Généralat de voir établir vingt-cinq Maisons de son Institut, dont la derniere fût fondée à Turin l'an 1654.

Outre le bien que ce saint Instituteur a procuré à l'Eglise en lui donnant tant d'ouvriers Evangeliques par l'établissement de la Congregation, il s'est encore distingué par plusieurs autres saintes Institutions tant pour le soulagement corporel des pauvres que pour le salut de leurs ames. Car outre les Confrairies de la charité dans chaque Paroisses qui lui sont redevables de leur commencement, il a encore établi les filles de la Charité, Servantes des pauvres malades, dont nous parlerons dans le Chapitre XIV. & contribué à l'établissement de celles de la Croix dont nous parlerons aussi en son lieu. C'est lui qui a donné origine aux Compagnies des Dames pour le service de l'Hôtel Dieu de Paris, aux exercices de ceux qui doivent recevoir les Ordres aux retrai. tes spirituelles de toutes sortes de personnes qui veulent , ou choisir un état de vie ou faire des Confessions genérales ;

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