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PRETRIS Peu de tems après la mort du Cardinal de Berulle sa ConDE L'Ora gregation prit une nouvelle forme de Gouvernement. Le FRANCE. Pere Charles de Gondren qui lui succeda , fit une Affem

blée de toutes les Maisons dans celle de la ruë saint Honoré à Paris, le premier jour d'Août 1631. Ils y arrêterent tous d'une commune voix que leur état étoit purement Ecclesiastique, ne pouvant être engagés par aucuns væux ni simples ni folemnels : que ceux qui voudroient obliger les Sujets de la Congregation à faire des vaux, ou se porteroient à les embraller, encore qu'ils fussent en plus grand nombre , feroient censés se séparer du Corps , & obligés de laisser les Maisons & tous les biens temporels qui en dépendroient, à ceux qui voudroient demeurer dans l'Institut , purement Ecclesiastique & Sacerdotal,quoiqu'ils fussent en petit nombre. Il fur de plus arrêté dans cette Assemblée que la puissance & l'autorité supreme & entiere appartiendroit à la Congregation legitimement assemblée,& non pas au Général,qui ieroit obligé de suivre la pluralité des suffrages en toutes choses, sa voix n'étant comptée que pour deux ; & comme ces Assemblées qui se doivent faire tous les trois ans,alloient à de trop grands frais, ils resolurent aussi que ces frais fefoient supportés par les Maisons qui auroient eu part à la députation. Enfin appréhendant que les biens de la Congregation ne fussent dislipés par le mauvais ménage du Général, qui est à perpetuité, l'Adi mblée fur d'avis qu'on limiiât fa puissance temporelle : c'est pourquoi on lui donna trois AfŠiftans ( sauf à augmenter ce nombre dans la suite ) lesquels auroient voix décisive avec lui dans les déliberations pour les choses temporelles ; comme fondations , établissemens , emprunts , & autres choses semblables : ils ordonnerent encore que ceux qui en auroient le moïen païeroient quelques penfions, sans s'arrêter aux services qu'ils rendent; & que personne ne seroit admis dans la Congregation , qu'il n'eût un titre pour être reçu aux Ordres,à moins que le Général n'en

tautrement. Dans la seconde assemblée générale qu'ils tinrent, ils ordonnerent que ceux qui entreroient dans la Congregation, y feroient incorporés par ordre exprès du Général, trois ans & trois mois après leur premiere reception. Ce Decret fut confirmé dans quelques autres Assemblées ; mais on n'y a plus.

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d'égard présentement : & dans une autre Assemblée générale Pretres ils ont déclaré que la Congregation ne fait point de Corps : ve L'ORA ainsi il n'y a plus de Membres qui en soient inséparables, & FRANCE. ii est libre à un chacun d'en sortir quand bon lui semble.

La premiere Maison , qui est comme la Mere des autres, est celle de la ruë saint Honoré à Paris, où le Général doit faire fa residence avec ses Afiftans. Elle jouït de deux Abbaïes qui y sont unies : l'une dans l'ille de Ré, & l'autre au Diocese de Meaux. Les deux autres Maisons queces Prêtres ont dans cette Capitale de la France, sont l’Abbaïe de saint Magloire au fauxbourg S. Jacques, unie à l'Archevêché,& qui sert de Seminaire à l'Archevêque ; & celle de l'Institution au fauxbourg saint Michel,qui jouit du Prieuré de saint Paul au Bois, de 8000. livres de rente, au Diocese de Soilsons. Il y a eu jusqu'à present six Généraux de cette Congregation. Le premier a été le Cardinal de Berulle , qui eut pour successeur le Pere Charles de Gondren,mort l'an 1641. Le Pere François Bourgoing fut mis en sa place,& gouverna jusqu'à sa mort, qui arriva l'an 1662. Le Pere Jean François Senaur lui succeda,& à celui-ci le P. Louis-Abel de SainteMarthe, qui s'étant demis de cet Office l'an 1696. on élut pour Général le Pere Pierre-François d'Arcrés de la Tour , qui gouverne presentement la Congregation. Elle a donné à la France plusieurs Prélats, & un grand nombre de personnes qui se sont distinguées par leur science & par leurs écrits, dont les plus illustres sont les Peres Malbranche , Morin & Thomaslin. Cette Congregation a pour Armes les noms de Jesus & Marie , d'azur en champ d'or, l'écu entouré d'une couronne d'épines de sinople.

Germain Habert , Vie du Cardinal de Berulle. SainteMarthe, Gall. Christ. Tom. IV. Giry,Vies des Saints,Tom. II. i aux Additions,2. Oćtobre. & Hermant , Histoire des Ordres Religieux , Tom. III.

PRETRES DE LA MISSION.

B CHAPITRE X I.
De la Congregation des Prêtres de la Mission, avec la Vie

de M. Vincent de Paul leur Instituteur. .
I Es desordres causés par l'Hérésie, & la licence des ar.
L mes durant les guerres civiles dont la France fut affli-
gée sur la fin du seizième siécle & au commencement du dix-
leptiéme, étoient trop grands pour que les Prêtres de l'Ora-
toire pussent seuls y remedier i soit en faisant refleurir dans
l'état Ecclesiastique les vertus Clericales & Sacerdotales, soit
en aidant les Pasteurs à ramener au bercail les brebis que
l'Hérésie ou le libertinage en avoit fait sortir. C'est pourquoi
Dieu qui connoissant les besoins de son Eglise , ne manque
jamais de lui donner les secours qui lui font necessaires,
suscita encore dans ce Roïaume d'autres saints Personnages,
qui animés de son esprit & fortifiés par sa grace, fonderent à
l'exemple du Cardinal de Berulle, des Congregations, dont
le principal but est de travailler aux Missions , & d'inspirer
aux jeunes Clercs l'esprit de pieté & de devotion qui leur est
necessaire pour s'acquitter dignement des fonctions de leur
Ministere. Telles sont les Congregations des Prêtres de la
Mission, des Eudistes du saint Sacrement, des Missionnaires
de Lion, & quelques autres dont nous parlerons dans la
suite.

La Congregation des Prêtres de la Mission a eu pour Fondateur Monsieur Vincent de Paul. Il nâquit au village de Pouï près d'Acqs, petite ville Episcopale située aux confins des Landes de Bourdeaux, vers les monts Pyrenées. Ses parens vivoient de leur travail. Son pere se nommoit Jean de Paul, & sa mere Bertrande de Moras. Ils avoient une maison, & quelques petits heritages, qu'ils faisoient valoir par leurs mains, étant aidés par leurs enfans, qui furent fix;sçavoir quatre garçons & deux filles. Vincent, qui étoit le troifiéme, fut dès son enfance emploïé comme les autres à travailler,& particulierement à mener paître & garder les troupeaux de son pere, qui jugeant par la vivacité d'esprit que Vincent faisoit paroître dans toutes ses paroles & ses actions, qu'il pourroit faire quelque chose de meilleur que de mener

paître

DE LA Misa

paître des bestiaux , prit la resolution de le faire étudier, PRETRES dans l'esperance d'en tirer un jour quelque avantage pour sa 2014. famille. Pour cet effer il le mit en pension vers l'an 1588. . chez les Peres Cordeliers d'Acqs, moïennant soixante livres par an. Il y fit un tel progrès dans la Langue Latine , que quatre ans après le Sieur Commet , Avocal d'Acqs, & Juge de Pouï, l'aïant retiré du Couvent des Cordeliers, le reçut. . en la maison pour être Précepteur de ses enfans, afin que prenant soin de leur instruction & de leur conduite, il pût : continuer ses études, sans être à charge à son pere : ce qui lui donna le moïen de se perfectionner dans la connoissance des belles Lettres ausquelles il emploïa neuf ans, au bout desquels le Sieur Commer, qui étoit une personne de pieté, satisfait du service qu'il lui avoit rendu en la personne de ses enfans , & jugeant qu'il seroit un jour utile à l'Eglife, lui fit prendrela tonlu re , & les quatre Mineurs le 19. Septembre 1996. étant alors âgé de vingt ans.

"Se voïant ainsi engagé au ministere de l'Eglise , & aïant pris Dieu pour son partage, il quitta son païs du consentement de fon pere qui lui donna quelque perit secours pour aller étudier en Theologie à Toulouse, où il prit les Ordres de Diacre & de Sousdiacre en 1598. & la Prêtrise en 1600. Peu de tems après on lui donna la Cure de Tilh au Diocese d'Acqs ; mais lui aïant été contestée par un competiteur , il . ne voulut point avoir de procès & lui en laissa la possession; Dieu le permettant ainsi , afin qu'il ne fût point obligé d'abandonner ses études. Il emploïa sept ans à celle de la Theologie , après lesquels aïant été reçu Bachelier dans l'Université de Toulouse , il lui fut permis d'enseigner publiquement dans la même Université. Jusque là tout avoit réüsli selon les souhaits de Monsieur Vincent ; mais une personne l'aïant institué son heritier l'an 1605. & aïant été obligé d'aller à Marseille pour se faire païer d'une dette de cinq cens écus qui étoit de la succession, il tomba dans une disgrace, dans laquelle il ne put pas douter de la protection de Dieu sur lui par la maniere dont il s'en retira. Car comme après avoir terminé son affaire à Marseille , il fe dispofoit à retourner par terre à Toulouse, un Gentilhomme du Languedoc l'aïant engagé de s'embarquer avec lui jusqu'à Narbonne , ils rencontrerent trois Brigantins Turcs qui les

.: Tome V11).

SION.

PRETRES prirent & les menerent en Barbarie , où Vincent de Paul DE LA Mis- fur vendu à un Pêcheur, qui n'aïant pû se servir de lui à'. :: cause qu'il ne pouvoit souffrir la mer, le revendit à un Me

decin , & celui ci étant mort, il devint Esclave d'un Renegat de Nice en Savoïe , qui, bien loin d'imiter ses semblables, qui ordinairement persecutent le plus Jesus Christ dans ses membres, qui ont le malheur de tomber dans l'esclavage,

dre la liberté à son ferviteur en lui rendant à lui-même celle
de l'ame ; car se repentant de son apostasie , il se fauva avec
lui, d'une maniere d'autant plus admirable & miraculeuse,
qu'ils passerent toute la mer Mediterranée dans un esquif
que la moindre vague étoit capable d'abîmer'; mais Dieu
qui les conduisoit leur aïant fait éviter les dangers ausquels
les plus gros vaisseaux font exposés, ils ariverent à Aigues-
mortes le 28. Juin 1607. d'où ils furent à Avignon, où le
Vice Legat reçur l'abjuration du Renegat. Monsieur de
Paul étant allé à Paris l'année suivante , y lia amitié avec
Monsieur de Berulle , qui songeant pour lors à établir sa
Congrégation, le sollicita de fecharger de la Cure de Cli-
chi done Monsieur Bourgoin vouloit se défaire pour entrer
dans la Congrégation des Prêtres de l'Oratoire ; & de pren-,
dre le soin des enfans du Comte de Joigny , Emmanuel de
Gondy, General des Galeres de France, & cela en qualité
de Précepteur, dont il s'acquita si bien , que Françoise de
Silly épouse de ce Comte & mere de ces enfans, Dame d'u-
ne pieté singuliere, édifiée de sa modestie, de la discretion,
& de la charité , jugea à propos delui confier la conduite de
fon ame.

Le séjour qu'il fit dans la maison du Comte de Joigny, fur cause de l'établissement de la Congrégation de la Miffion. Car environ l'an 1616. étant allé avec la Comtesse dans une de ses terres qu'on nomme Folleville au Diocese d’Amiens , où il s'occupoit pendant son séjour à des æuvres de miséricorde, on le vint un jour prier d'aller au village de Gannes ,éloigné de Folleville de deux lieuës, pour confelfer un Païsan, qui étoit dangereusement malade. Cet hom. me avoit toûjours vécu en réputation d'un homme de bien; néanmoins Monsieur de Paul l’érant allé voir , & lui aïant fait faire une confeffion générale, trouva sa conscience char

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