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dans la fuite les Prêtres de cette Congrégation , n'aïent eu Pr*tm»» des Collèges & des Séminaires dans lesquels ils ont enseigné Ioire l' les lettres humaines & la Théologie. Quant aux Réglemens, franci« le P.de Bertille n'en fit poinc,voulant qu'il suc à la disposition du Supérieur Générai de régler & conduire laCongregation selon laprudence,conformémentaux personnes Seaux tems.

Ce 2elé Fondateur fit paroître dans cette Charge l'éminence des vertus dont Dieu l'avoit avantagé. 11 étoit à ía Congrégation un exemple d'humilité , de patience , de douceur ,-de soumission aux avis de ses Confrères , de charité envers les pauvres , les malades & les pécheurs. Quoiqu'il suivît la Cour & qu'il se cachât le plus qu'il pouvoit, il suc souvent emploie en des negotiations importantes. La Reine Marie de Medicis s'étant éloignée de la Cour fur des méeontentemens prétendus , le Roi lui envoïa le Pere de Berullepour lui persuader de revenir, & il réussit si bien dans cette commission , qu'il réconcilia leurs Majestés. Peu de tems après , il futénvoïé à Rome afin d'obtenir du Pape la dií

{>enfe nécessaire pour le mariage d'Henriette de France avec e Prince de Galles héritier présomptif de la Couronne d'Angleterrej& à son retour il conduisit en ce Roïaume ta Prirrcesse. Etant revenu en France la pureté de sa foi & son attachement pour le saint Siége-le portèrent à persuader au Roi la nécessité qu'il y avoit de réprimer l'insolence des Hérétiques en leur ôtant les places fortes qu'ils avoient dans le Ro*íaume,par lemoïen desquelles ils se íoutenoienr dans leur rébellion contre l'Eglise & contre l'Etat. Peu de tems après ee Prince & la Reine fa mere demandèrent au Pape fa promotion au Cardinalat. Urbain VI H. qui occupoit pour lors le saintSiége,n'etit pas de peine à déférer à leurs prières, aïant connu le mérite du Pere de Berulle dans le voïage qu'A avoit fait à Rome. II fut donc fait Cardinal l'an 1617. & le Pape le dispensa en même tems du vœu qu'il avoit faitde n'accepter aucun Bénéfice , lui aïant commandé par sainte Obédience d'accepter la Dignité de Cardinal.

Son humilité parut encore davantage lorsqu'il fut revêtu de cette éminente Dignité. II demeura toujours dans la modestie , la pauvreté & la simplicité d'un Prêtre de JesusChrist, gardant la même frugalité dans ses repas, ne prenant de domestiques que ceux qui lui étoient absolument neces

PaiTREi íaires &. se faisant toujours accompagner comme les autres De L'o»a. de ja Congrégation par un Prêtre de la maison. 11 ne per

Toire En. O o r r

îxance. mit pas qu on changeât Ion lit, couchant toujours lur une paillasse , il consentit seulement que l'on mit une tapisserie & un dais de serge violete dans fa salle d'Audience:cependant il ne se mit jamais fous ce dais j mais il y fit mettre un crucifix comme l'Image de celui à qui cet honneur appartenoit. Pour fa chambre il n'y voulut jamais souffrir ni dais ni tapisserie, Scelle n etoit pas plus ornée que celles des autresPrêtres de la Congrégation qui avoient en lui un parfait modelé de toutes les vertus, mais particulièrement d'une profonde humilité au milieu des honneurs de la pourpre dont il ne jouit pas long tems : car dès Tannée qui suivit sa promotion , le tems auquel Dieu voulut récompenser la fidélité de son serviteur étant arrivé il fut saisi d'une langueur qui lui ôcant l'appetit & le sommeil, le réduisit à une extrême foiblesse. II ne relâcha rien néanmoins de ses exercices ordinaires. 11 eut toujours la même attention pour tout ce qui regardoit le gouvernement de fa Congrégation & la conduite des Carmelitcs,dont il étoit aussi Supérieur, & il ne négligea point le service de la Reine mere qui l'avoit choisi pour Chef de son Conseil, pendant que le Roi portoit ses armes victorieuses au delà des Alpes. 11 ne manquoit pas de dire la Messe tous les jours avec une dévotion &. une tendresse de cœur qui en inípiroit à ceux qui i'entendoient. Mais enfin le deuxième jour d'Oclobre de Tannée 1619. étant monté à TAutel & aïant continué la Messe jusqu'à la fin de l'Evangile,il tomba, dans une si grande foiblesse qu'on fut obligé de le soutenir 8c de le faire asseoir. Etant revenu à lui il voulut poursuivre le saint Sacrifice i mais comme il étoit fur le point de prendre THostie pour la consacrer & qu'il prononçok déja ces paroles du Canon, Hanc ïgitur oblationem , il retomba dans une plus grande défaillance On lui ôta ses ornemens Sacerdotaux , & on dressa dans la Chapelle même un petit lit , fur lequel on le mit demi habillé- II y reçut en cet état tous les Sacremens de TEglife & rendit paisiblement son ame à Dieu après avoir exhorté ses Confrères à persévérer dans la pratiquede leurs saints exercices & dans la fidélité qu'ils dévoient à Dieu & à son Eglise , dont il leur recommanda les intérêts dans la personne des Hérétiques qu'ils dévoient à son exempie s'efforcer de combattre & de ramener à l'obéïssance du Pretr iaint Siège. II fut ouvert après fa mort,son cœur fut porté "oir^i au grand Couvent des Carmélites de Paris, & son corps fût Franc*. enterré dans i'Eglise de l'Oratoire de la rue saint Honoré où Dieu a fait connoître la sainteté de son serviteur par un grand nombre de miracles qui ont été faits à son tombeau: ce qui n'a pas peu contribué au grand progrès que la Congrégation de l'Oratoire a fait depuis la mort de ce saint Fondateur : car sans parler des Maisons qu'elle a dans Jes pais étrangers qui font au nombre de onze dans les Païs Bas,une à Liège , deux dans leComtat d'Avignon & une en Savoye, il y en a cinquante-huit en France , dont plusieurs ont été établies du vivant du saint Fondateur,du nombre desquelles est la Maison de l'Oratoire de la ruë saint Honoré à Paris , où il y en a encore deux autres, dont l'un est au fauxbourg saint Michel, 8c l'autre au fauxbourg saint Jacques. Les Prêtres de cette Congrégation n'avoient point de Réglemens dans les commencements , comme nous avons dir. Leur Fondateur étoit lui.même l'Oracle & le Maître de fa Congrégation & plusieurs villes leur accordèrent des établissements fur ce pied fans aucune difficulté i mais quand ils voulurent faire celui de Roiien, & qu'ils portèrent leurs Lettres Patentes au Parlement de Normandie pour les enregistrer , les Curés de la ville , & le Procureur Général s'y opposèrent, demandant qu'ils eussent à communiquer leur Règles & Statuts , fans lesquels aucune Société même Ecclésiastique ne peut 8c ne doit être reçue. Cette difficulté á laquelle les Prêtres de l'Oratoire ne s'attendoient pas les obligea à faire promptement des Reglemens qu'ils produisirent en déclarant qu'ils n'étoient point Religieux {mais seulement Prêtres Associés ensemble, dépendants immédiatement des Evêques des lieux où leur Congrégation est établie, ne travaillant que par eux , que fous eux & pour eux. Ils ajoutèrent de plus, qu'ils étoient dans l'Ordre de la Hiérarchie de I'Eglise , accomplissant tout ce que les Curés requêroient d'eux , comme confesser .administrer les Sacremens aux Paroisses fous eux , & par leur autorité expresse , & non autrement, comme les Chapelains deleurs Paroisses. Les Curés de Rouen , 8c le Parlement se contentèrent de cette déclaration, 8c leurs Lettres Patentes furent vérifiées.

Phtrts Peu de cems après la more du Cardinal de Berulle fa ConToil£°E*n gregatn Pr^ une nouvelle forme de Gouvernement. Le f Xance. Père Charles de Gondren qui lui succéda, fit une Assemblée de toutes lts Maisons dans celle de la rue saint Honoré à Paris» le premier jour d'Août 1631. Ils y arrêtèrent tous d'une commune voix que leur état étoit purement Ecclésiastique, ne pouvant être engagés par aucuns vœux ni simples ni íblemnels: que ceux qui voudroient obliger les Sujets de la Congrégation à faire des vœux , ou se porteraient à les embrasser, encore qu'ils fussent en plus grand nombre , feroienc censés se séparer du Corps, & obligés de laisser les Maisons &. tous les biens temporels qui en dépendraient ,à ceux qui voudroient demeurer dans l'institut, purement Ecclésiastique & Sacerdotal,quoiqu'ils fussent en petit nom*bre. 11 fut de plus arrêté dans cette Assemblée que la puissance & l'autorité suprême & entière appartiendrait à la Congrégation légitimement assemblée,8t non pas au Général,qui ieroit oblige de suivre la pluralité des suffrages en toutes choses, fa voix n'étant comptée que pour deux 3 & comme ces Assemblées qui se doivent faire tous les trois ans,alloient à de trop grands frais , ils résolurent auíïì que ces frais feraient supportés par les Maisons qui auraient eu part à la députation. Enfin appréhendant que les biens de la Congrégation ne fussent dissipés par le mauvais ménage du Général, qui est à perpétuité, P Assamblée fut d'avis qu'on limitât fa puissance temporelle: c'est pourquoi on lui donna trois Assistans ( sauf a augmenter ce nombre dans la fuite ) lesquels auroiênt voix décisive avec lui dans les délibérations pour les choses temporelles j comme fondations , établissemens r emprunts , & autres choses semblables: ils ordonnèrent encore ue ceux qui en auroient le moïen paieraient quelques penons,fans s'arrêter aux services qu'ils rendent > & que personne ne feroit admis dans la Congrégation, qu'il n'eût un titre pour être reçu aux Ordres,àmoins que le Général n'en disposât autrement.

Dans la seconde assemblée générale qu'ils tinrent, ils ordonnèrent que ceux qui entreraient dans la Congrégation , y feraient incorporés par ordre exprès du Général, trois ans & trois mois après leur première réception. Ce Décret fut confirmé dans quelques autres Assemblées ; mais on n'y a. plus d'égard présentement : & dans une autre Assemblée générale Pritri» ils ont déclaré que la Congrégation ne fait point de Corps: 0E LXAainh il n y a plus de Membres qui en íoient ìníeparables, & Fkance. il est libre à un chacun d'en sortir quand bon lui semble.

La première Maison, qui est comme la Mère des autres* est celle de la ruë saint Honoré à Paris , où le Général doit faire fa résidence avec ses Assistans. Elle jouit de deux Abbaïes qui y font unies : l'une dans Pifle de Ré, & l'autre au DiocêledeMeaux. Les deux autres Maisons queces Prêtres ont dans cette Capitale de la France, font l'Abbaïe de saint Magloire au fauxbourg S. Jacques, unie à l'Árchevêché,8c qui sert de Séminaire à l'Archevêque j 6c celle de l'Institution au fauxbourg saint Michel,qui joíih du Prieuré de saint Paul au Bois, de 8ooo. livres de rente, au Diocèse de Soiífòns. Il y a eu jusqu'à présent six Généraux de cette Congrégation. Le premier a été le Cardinal de Berulle, qui euc pour successeur le Pere Charles de Gondren,mort l'an 164.1. Le Pere François Bourgoing fut mis en faplace,& gouverna jusqu'à sa mort.qui arriva l'an 1661. Le Pere Jean François Senaut lui succeda,& à celui ci le P. Louis-Abel de SainreMarthe, qui s'étant demis de cet Office l'an 1696. on élut pour Général le Pere Pierre-François d'Arcrés de la Tour , qui gouverne présentement la Congrégation. Elle a donné à la France plusieurs Prélats, & un grand nombre de personnes qui se sont distinguées par leur science & par leurs écrits, dont les plus illustres font les Pères Malbranche , Morin & Thomaflìn. Cette Congrégation a pour Armes les noms de Jésus & Marie, d'azur en champ d'or, l'écu entouré d'une couronne d'épines de sinople.

Germain Habert , Vie du Cardinal de Berulle. SainteMarthe , G ail. Christ Tom. IV. Giry,Vies des SaintssTom. II. aux Additions,!, Octobre. & Hermant, Histoire des Ordres Religieux, Tom. III.

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