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déja refusé des Evêchés & des Archevêchés : & il avoit PRETRES même fait vou de n'en accepter aucun. Le Roi Henri IV. DELORAvoïant

que

son fils le Dauphin, qui lui succeda dans ses France. Roïaumes sous le nom de Louis X111. étoir déja grand , jugea qu'il ne falloit pas differer à lui donner un Précepteur, & choisit Monsieur de Berulle qu'il regarda comme le plus capable de remplir cette place ; mais il s'excusa encore de l'accepter , parce qu'il craignoit que cet emploi qui demandoit une grande application, ne l'empêchât de travailler au falut des ames , & à l'établissement d'une Congrégation qu'il avoit rélolu de former sur le modelle de celle de l'Oratoire de Rome , afin de faire refleurir l'état Ecclefiastique qui étoit déchû de sa fplendeur , par les malheurs des Guerres civiles , le mélange funeste des Heretiques , & la corruption des mæurs. Ses amis ausquels il avoit communiqué son dessein, le sollicitoient fort de commencer cet ouvrage auquel il se fentoitappellé de Dieu par de secrets mouvemens de fa grace ; mais la défiance qu'il avoit de fes propres forces le lui faisoient toûjours differer , jusqu'à ce qu'enfin après avoir consulté la volonté de Dieu par de continuelles & plus ferventes prieres, & après en avoir conferé avec de saints Personnages , & particulierement avec le Pere Cesar de Bus, & le Pere Romillon , qui alors suivoient l'Institut de l’Oratoire de Rome, il resolut de travailler à l'établissement de sa Congregation ; à condition néanmoins qu'il n'en auroit point le gouvernement , nonobstant les sollicitations de plusieurs personnes qui le pressoient d'en prendre la conduite, mais particulierement le Cardinal de Joyeuse , qui s'obligeoit même en ce cas , à fournir tout ce qu'il faudroit pour bâtir l'Eglise , & à aider en tout ce qu'il pourroit ce pieux Fondateur , qui enfin après avoir long. tems cherché par toute la France une personne d'une vertu singuliere & d'une éminente piecé qui voulut prendre cette direction , dont il auroit bien souhaité

que saint François de Sales se fut chargé, n'aïant rien oublié pour l'y engager ) fut enfin obligé de mettre la derniere main à son ouvrage, & d’en entreprendre le gouvernement pour obéïr au commandement que lui en fit Henri de Gondy Evêque de Paris , & depuis Cardinal de Retz, qui en avoit été sollicité par la Marquise de Maignelay la sour, qui avoit déja fait un fond de plus de cinquante Tome Viu.

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Pretres mille livres pour y emploïer , outre plusieurs ornemens PERONA d'Eglise qu'elle avoit déja disposés , & ausquels MademoiFrance. , 1elle Acarie, dont nous avons parlé dans un autre endroit ,

& qui se rendit ensuite Religieuse Carmelite , avoit travaillé.

Monsieur de Berulle aïant donc reçu cet Ordre de son Prélat, assembla une Communauté d'Ecclesiastiques l'an 1611. dans le fauxbourg saint Jacques à l'Hôtel du petit Bourbon , où est à present le celebre Monastere du Val-de-Grace. Les premiers qui se joignirent à lui, furent les Peres Jean Bance & Jacques Gastand Docteurs en Theologie de la Faculté de Paris, François de Bourgoing qui fut dans la suite Général de la Congregation, Paul Merezau Bachelier de la même Faculté, & le Pere Caran Curé de Beauvais. Ils obrinrent des Lettres Patentes du Roi Louis XIII. pour

leur établir sement , & l'an 1613. le Pape Paul V. approuva cette Congregation sous le titre de l'Oratoire de Jesus , & lui donna M. de Berulle pour premier Général.

Le dessein de ce faint Fondateur en établissant la Congregation,fut de former une Societé d'Ecclesiastiques qui pratiquassent la pauvreté dans l'usage de leurs biens & qui fissent profession de s'emploïer aux fonctions Ecclesiastiques, sans s'embarasser de le procurer aucun Benefice ni aucun Emploi auprès des Prélats Ecclesiastiques , ausquels il leur recommande d'être joints conformément à l'obéissance qu'ils promettent quand ils sont consacrés & élevés à l'état de la Prêtrise, & autant que la gloire de Dieu & l'interêt de l'Eglise le demandent; de même que les Jesuites le sont au saint Siege par le veu d'obéïssance qu'ils font au Pape. Il établit dans certe Congregation deux sortes de personnes , les uns comme incorporés & les autres seulement comme associés. Le Général devoit choisir parmi les premiers ceux qu'il jugeroit capables pour gouverner les Maisons de l'Institut; & les associés devoient être seulement dans la Congregation pour se former pendant un tems dans la vie & les mæurs des Ecclesiastiques : ce qui étoit le veritable esprit de cette même Congregation , dans laquelle on ne devoit point enseigner les Lettres humaines ni la Theologie, comme dans la plupart des Seminaires , mais seulement les vertus Ecclesiastiques, comme nous venons de le dire : ce qui n'a pas empêché que

TOIRE EN

dans la suite les Prêtres de cette Congregation , n'aïent eu PRETRES

DE L'ORAdes Colleges & des Seminaires dans lelquels ils ont enseigné les lettres humaines & la Theologie. Quant aux Réglemens, France. le P.de Berulle n'en fit point, voulant qu'il fût à la diiposition du Superieur Général de regler & conduire la Congregation selon la prudence,conformément aux personnes & aux tems.

Ce zelé Fondateur fit paroître dans cette Charge l'éminence des vertus dont Dieu l'avoit avantagé. Il étoit à la Congregation un exemple d'humilité,

de patience, de douceur , de soûmission aux avis de les Confreres , de charité envers les

pauvres , les malades & les pécheurs. Quoiqu'il fuivît la Cour & qu'il se cachât le plus qu'il pouvoit , il fut souvent emploïé en des negotiations importantes. La Reine Marie de Medicis s'étant éloignée de la Cour sur des mécontentemens prétendus , le Roi lui envoïa le Pere de Berulle pour lui persuader de revenir , & il réüflit si bien dans cette commission , qu'il réconcilia leurs Majestés. Peu de tems après , il fut envoïé à Rome afin d'obtenir du Pape la dispense necessaire pour le mariage d'Henriette de France avec le Prince de Galles heritier présomptif de la Couronne d’Angleterre;& à son retour il conduisit en ce Roïaume la Princesse. Etant revenu en France la pureté de sa foi & son attachement pour le faint Siege le porterent à persuader au Roi la necessité qu'il y avoit de réprimer l'insolence des Heréciques en leur ôcant les places fortes qu'ils avoient dans le Roïaume, par le moïen desquelles ils se soutenoient dans leur rebellion contre l'Eglise & contre l'Etat. Peu de tems après ee Prince & la Reine sa mere demanderent au Pape sa promotion au Cardinalat. Urbain Vill. qui occupoit pour lors le faint Siege, n'eut pas de peine à déferer à leurs prieres, aïant connu le merite du Pere de Berulle dans le voïage qu'il avoit fait à Rome. Il fut donc fait Cardinal l'an 1627. & le Pape le dispensa en même tems du veu qu'il avoit faitde n'accepter aucun Benefice , lui aïant commandé par sainte Obedience d'accepter la Dignité de Cardinal.

Son humilité parut encore davantage lorsqu'il fur revêru de cette éminente Dignité. Il demeura toûjours dans la modestie , la pauvreté & la simplicité d'un Prêcre de JesusChrist, gardant la même frugalité dans ses repas, ne prenant de domestiques que ceux qui lui étoient absolument neces

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PRITRES

ne

faires & se faisant toûjours accompagner comme les autres DE L'Oxa de la Congregation par un Prêtre de la maison. Il ne perFrance." mit pas qu'on changeât son lit , couchant toûjours sur une

paillasse, il consentit seulement que l'on mit une tapisserie & un dais de serge violete dans la salle d'Audience:cependant il

se mic jamais sous ce dais ; mais il y fit mettre un crucifix comme l'image de celui à qui cet honneur appartenoir. Pour sa chambre il n'y voulut jamais souffrir ni dais ni tapisserie, &elle n'étoit pas plus ornée que celles des autres Prêtres de la Congregation qui avoient en lui un parfait modele de toutes les vertus, mais particulierement d'une profonde humilité au milieu des honneurs de la pourpre dont il ne joüit pas long tems : car dès l'année qui suivit la promotion , le tems auquel Dieu voulut récompenser la fidelité de son serviteur étant arrivé il fut saisi d'une langueur qui lui ôtant l'appetit & le sommeil , le réduisit à une extréme foiblesle. Il ne relâcha rien néanmoins de ses exercices ordivaires. Il eut toûjours la même attention pour tout ce qui regardoit le gouvernement de la Congregation & la conduite des Carmelites,dont il étoit aussi Superieur , & il ne negligea point le fervice de la Reine mere qui l'avoit choisi pour Chef de son Conseil , pendant que le Roi portoit ses armes victorieuses au delà des Alpes. Il ne manquoit pas de dire la Messe tous les jours avec une devotion & une tendresse de cæur qui en inspiroit à ceux qui l'entendoient. Mais enfin le deuxieme jour d'Octobre de l'année 1629. étant monté à l'Autel & aïant continué la Messe jusqu'à la fin de l'Evangile, il comba dans une si grande foiblesse qu'on fut obligé de le soutenir & de le faire asseoir. Etant revenu à lui il voulut poursuivre le saint Sacrifice ; mais comme il étoit sur le point de prendre l'Hostie pour la consacrer & qu'il prononçoit déja ces paroles du Canon, Hanc igitur oblationem , il retomba dans une plus grande défaillance On lui ôta ses ornemens Sacerdotaux , & on dressa dans la Chapelle même un petit lit , sur lequel on le mit demi habillé. Il y reçut en cet écar tous les Sacremens de l'Eglise & rendit paisiblement son ame à Dieu après avoir exhorcé les Confreres à perseverer dans la pratique de leurs saints exercices & dans la fidelité qu'ils devoient à Dieu & à son Eglise , dont il leur recommanda les interêts dans la personne des Herétiques qu'ils devoient à son exem

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DE L'UKA-
TOIRE EN

ple s'efforcer de combattre & de ramener à l'obéissance du PRETRES
laint Siege. Il fut ouvert après la mort,son cæur fut porté
au grand Couvent des Carmelites de Paris , & lon corps fût france.
enterré dans l'Eglise de l'Oratoire de la ruë saint Honoré
où Dieu a fait connoître la sainteté de son serviteur par un
grand nombre de miracles qui ont été faits à son tombeau :
ce qui n'a pas peu contribué au grand progrès que la Con-
gregation de l'Oratoire a fait depuis la mort de ce saint Fon-
dateur : car sans parler des Maisons qu'elle a dans les païs
étrangers qui sont au nombre de onze dans les Païs. Bas,une
à Liege , deux dans le Comtat d'Avignon & une en Savoye,
il y en a cinquante-huit en France , dont plusieurs ont été
établies du vivant du saint Fondateur,du nombre desquelles
est la Maison de l'Oratoire de la ruë saint Honoré à Paris ,
où il y en a encore deux autres , dont l'un est au fauxbourg
saint Michel , & l'autre au fauxbourg saint Jacques. Les
Prêtres de cette Congregation n'avoient point de Régle-
mens dans les commencements, comme nous avons dit.
Leur Fondateur étoit lui.même l'Oracle & le Maître de la
Congregation & plusieurs villes leur accorderent des établit-
sements sur ce pied sans aucune difficulté ; mais quand ils
voulurent faire celui de Rouen, & qu'ils porterent leurs Lec-
tres Patentes au Parlement de Normandie pour les enregis-
trer , les Curés de la ville , & le Procureur Général s'y oppo-
serent, demandant qu'ils eussent à communiquer leur Regles
& Statuts , sans lesquels aucune Societé même Ecclesiasti-
que ne peut & ne doit être reçue. Cette difficulté à laquelle
les Prêtres de l'Oratoire ne s'attendoient pas les obligea à
faire

promptement des Reglemens qu'ils produisirent en déclarant qu'ils n'étoient point Religieux ; mais seulement Prêtres Affociés ensemble, dépendants immediatement des Evêques des lieux où leur Congregation est établie , ne travaillant que par eux, que sous eux & pour eux. Ils ajoute. rent de plus, qu'ils étoient dans l'Ordre de la Hierarchie de l'Eglise", accomplissant tout ce que les Curés requèroient d'eux , comme confesser , administrer les Sacremens aux Paroisses sous eux , & par leur autorité expreffe , & non autrement, comme les Chapelains de leurs Paroisses. Les Curés de Roüen , & le Parlement se contenterent de cette déclaration, & leurs Lettres Patentes furent verifiées.

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