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OUVRIERS
PILUI.

qui l'obligea de se faire inscrire dans la Compagnie des Blancs qui est une Congregation ou Confrairie établie à Naples pour aslister à la mort ceux qui y sont condamnés par la Justice , afin de pouvoir aider ces pauvres miserables dans ce dernier & très important passage. Pendant que cet homme de Dieu s'appliquoit ainsi au salur des ames , deux Prêtres de la connoissance s'estimant fort heureux de jouir de sa compagnie & de former avec lui une sainte societé, l'inviterent d'aller dans un Oracoire appellé du saint Sepulchre hors la ville où ils s'assembloient de tems en tems pour y faire Oraison ; quoique Caraffa le sentit porté à ne point abandonner les pauvres , il fut néanmoins inspiré de Dieu d'accepter leur offre & d'y aller avec eux. C'étoit un Ermitage situé au pied d'une montagne de roc dans lequel on avoit taillé deux chambres qui étoient accompagnées d'une Chapelle. Caraffa s'y retira donc pour obéïr à la voix du Seigneur , bien résolu d'y continuer ses pénitences & de ne point abandonner pour cela le salut des ames. C'est pourquoi il en fortoit le matin & alloit dans la ville au quartier des Courtisanes

pour les exhorter à quitter leur vie infame. Ce qui lui aïant réüsli à l'égard de plusieurs, qui touchées par la force de ses discours & poussées par un secret mouvement de l'Esprit saint, venoient le trouver à son Ermitage pour se confesser de leurs pechés & apprendre de lui le veritable chemin du salut : il leur afligna certains jours ausquels il leur prêchoit dans sa petite Chapelle avec tant d'efficace que

le nombre de celles qu'il convertit fut si grand, qu'outre celles qu'il maria , il en remplit quatre Monasteres & leur procura de quoi sublister : enfin la charité étoit si grande qu'il alloit encore dans les villages annoncer la parole de Dieu aux pauvres païsans,dont plusieurs quitterent leur vie deréglée pour recourner à Dieu par une veritable & sincere conversion.

Le Cardinal Giesualdo Archevêque de Naples vosant les grands fruits

que

Caraffa faisoit dans la vigne du Seigneur, vou ut avoir auprès de lui un si bon ouvrier,& lui ordonna de quitter son Èrmitage pour venir demeurer à l'Eglise de Sainte Marie de tous Biens, qui étoit dans la ville. Plusieurs Ecclesiastiques qu'il dirigeoit

, le joignirent à lui pour

l'aider dans ses fonctions apostoliques ; quelques uns même voulu

rent

PIEUX

pas pour lors

rent être de ses Disciples , & abandonnerent leurs propres Ouvriers maisons pour vivre avec lui sous sa conduite. Caraffa crut que c'étoit une occasion favorable pour mieux entreprendre les Missions. Il en parla à l'Archevêque qui lui permit de vivre en commun avec ceux qui vouloient être ses Disciples, & de recevoir sous la direction les Prêtres & les Laïcs qui se présenteroient. Quoique son intention ne fût de fonder une Congregation de Prêtres, mais seulement de servir le prochain par le moïen des Missions qu'il esperoit faire avec le secours de ceux qui se joignoient à lui;il ne laissa pas d'être le Fondateur d'un Institut particulier, qui par une protection visible du Très Haut,qui l'avoit ainsi déterminé, lubsista & fur authorisé & approuvé par le saint Siége, malgré toutes les contradictions qu'il reçut,comme on le verra dans la suite.

Caraffa qui depuis un mois qu'il étoit sorti de son Ermitage avoit toûjours été occupé à accommoder l'Eglise de sainte Marie de tous Biens, l'ouyrit enfin le troisiéme Dimanche après Pâques de l'an 1601. & commença, avec huit Prêtres qui s'étoient joints à lui, à y travailler au salur du prochain , soit par les exercices de piecé qu'il y établit , soit par les frequentes exhortations qui s'y faisoient , & cela avec tant de zele & un si heureux succès, qu'outre un grand nombre de pecheurs qui changerent de vie , il y eut encore tant de Courtisanes qui voulurent faire pénitence de leur vie passée , que le Pere Caraffa fut obligé de fonder deux Monasteres pour les renfermer , l'un sous le titre de sainte Illuminée, qui s'appelle aujourd'hui le Secours ; & l'autre sous celui des Pénitentes , ceux où il en avoit déja mis ne suffisant pas pour les contenir toutes.

Les Missions se faisant rarement, non seulement dans la ville , mais dans tout le Roïaume , principalement à la campagne, le Pere Caraffa persuadé du fruit

que retirer en les faisant frequemment,crut qu'un Institut particulier qui s'emploieroit à les faire seroit fort utile à l'Eglise. Il en parla à ses Confreres , qui consentirent à faire ces sortes de Missions ; & après en avoir obtenu la permission de l'Archevêque de Naples, il alla à Rome pour en avoir la confirmation du Pape Clement VIII. qui l'exhorta à ne point se desister de cette entreprise, & lui ordonna de dresser Tome VIII.

G

l'on pouvoir

PIEUX

OUVRIRS des Reglemens pour ce nouvel Institut. Caraffa y travailla,

& les aïant fini avec assez de diligence, il retourna auprès du Souverain Pontife pour les faire approuver ; mais il le trouva dans des sentimens bien differens: car quelques personnes mal intentionnées aïant décrié le saint Fondateur dans son esprit, bien loin d'approuver son Institut , & les Reglemens qu'il avoit dressés, il l'auroit au contraire supprimé, si le Cardinal Giesualdo Archevêque de Naples, ne l'en avoit empêché, fçachant le grand fruit que ces nouveaux Milfionnaires faisoient dans son Diocese. Le Pere Caraffa , qui après les empressemens que le Pape luiavoit témoignés pour l'établissement de la Congregation, ne s'attendoit pas à un tel refus, le reçut comme un châtiment de ses pechés passés : c'est pourquoi étant retourné à Naples, il redoubla les prieres, ses penitences , & ses mortifications, se conformant en toutes choses à la volonté de Dieu,qui voulut encore éprouver sa constance & la fidelité par une autre mortification: car peu de tems après qu'il fut arrivé à Naples,il se vit obligé de quitter son Eglise de Sainte Marie de Tous-biens, dont quelques personnes,qui prétendoient qu'elle leur appartenoir, lui contestoient la poiression : ce qui joint aux autres difficultés

que l'on suscita à sa Congregation , lui donna le chagrin de le voir abandonné par la plupart de ses Disciples.

Caraffa ne perdit pas pour cela courage, au contraire, son zele & ses autres vertus se perfectionnant dans cet état d'humiliation & d'épreuve, il loüa une Maison proche le Conservatoire de la splendeur des Vierges , qui étoit sous sa conduite, & y continua avec trois Compagnons qui lui étoient restés, les mêmes exercices qu'il pratiquoit avant ses disgraces , qu'il continua à supporter avec tant de conformité à la volonté de Dieu,& avec une si grande soûmission aux ordres de la Providence , qu'il merita d'être consolé par l'augmentation de la Communauté,dans laquelle plusieurs Sujets d'un merite dinstingué demanderent à être reçus,du nombre delquels étoient le Pere Antoine de Collellis,qui après en avoir fait un des principaux ornemens , mourut en odeur de sainteté, & dont on imprima la Vie en 1663. Cette vie privée que le Pere Caraffa menoit dans cette nouvelle Maison , ne l'empêcha pas de travailler au salut du prochain: car outre qu'il fonda encore un Monastere pour les jeunes filles, qui à

PILUX.

cause de leur pauvreté couroient risque de perdre leur vir- OUVRIERS ginité, il s'appliqua à la conversion des Infideles ( qui se trouvoient pour lors plus de vingt mille dans Naples, où ils avoient été menés en esclavage) sans parler de les charitables soins

pour

les Catechumenes, dont il fut fait Superieur, non plus que de sa vigilance pour la conduite du Seminaire de Naples, dont aïant été fait Recteur, il entreprit la Réforme, en lui donnant de nouveaux Reglemens remplis de sagesse & de pieté.

Après avoir ainsi reglé ces Maisons, dont on lui avoit donné la conduite, & pourvû à l'entretien de celles que fa charité l'avoit porté d'établir pour servir de refuge aux pécheresses publiques qui vouloient se convertir, ou aux vierges que la pauvreté pouvoit conduire au libertinage ; il travailla à l'affermissement de la Congregation, dont il voulut que la premiere Maison fût dans un lieu solitaire, pour servir de Noviciat & de retraite aux Missionnaires : c'est pourquoi il la fit bâtir à un mille de Naples, au milieu des montagnes;& lui donna le nom de Notre-Dame des Monts. Il en fonda une autre au Diocese de Caserte, sous le nom de Notre-Dame du Mont-Agréable ou del Monte Decoro, à cause qu'elle est située dans une belle solitude. Il en fonda ausli deux autres dans la ville de Naples, l'une sous le titre de saint Georges le Majeur, & l'autre sous celui de saint Nicolas, dont les Eglises étoient anciennes, mais qui ont été rebâties depuis de fond en comble. Il alla ensuite à Rome pour avoir l’approbation de son Institut & des Regles qu'il avoit dressées. Paul V. qui gouvernoit pour lors l'Eglise, & qui connoisloit sa vertu , donna de grandes louanges à son zele, & commit la Congregation des Reguliers pour examiner les Regles qu'il avoit dressées. Ce Pape étant mort quelques jours après, & Gregoire XV. lui aïant succedé, approuva cer Institut sous le titre de Congregation des Ouvriers Pieux , & donna cet effet un Bref en 1621. L'intention du Fondateur étoit de donner à la Congregation le titre de Doctrine Chrétienne mais les Cardinaux que Paul V.avoit commis

pour

examiner l'Institut & les Reglemens du Pere Caraffe , vosant les differens exercices de pieté, & les æuvres de charité des Prêtres de cette Congregation,lui ôterent le titre de Doctrine Chrétienne , & lui donnerent celui des ouvriers Pieux.

OUYRIERS
PIEUX.

pour se retirer

Le Pere Caraffa aïant obtenu à Rome ce qu'il souhaitoit ; s'en retourna à Naples , où l’estime que l'on avoit de la sainteté de sa vie, lui attira des honneurs & des respects si opposés à son humilité, qu'il quitta cette ville dans la Maison de Nôtre-Dame du Mont- Agréable, qui en étoit éloignée de dix-huit milles , où il passa le reste de ses jours dans des mortifications & des austerités continuelles, ausquelles il joignoit un travail & un zele infatigable pour le salut du prochain. Son humilité écoit admirable, sa pauvreté extrême , sa patience , sa douceur, & la charité sans pareilles, son esprit étoit continuellement élevé vers Dieu, dont les grandeurs le ravissoient souvent en extases, dans lesquelles il recevoit de si grandes faveurs, qu'on le vit un jour entouré d'une lumiere semblable à celle du Soleil, Dieu voulant faire connoître par là la sainteté de son Serviteur , aussi- bien que par le don de prophetie & des miracles qu'il lui avoit accordé. Enfin étant accablé sous le poids de ses fatigues & de ses pénitences, il tomba malade l'an 1633. on le porta à Naples dans la Maison de saint Georges, où Dieu voulut encore éprouver sa patience par les grands maux qu'il endura pendant près de deux mois après lesquels il mourut le 8. Septembre, étant âgé de 72. ans,trente & un an après la fondation de sa Congregation.

Après la mort de ce faint Fondateur , la Congregation fut encore confirmée par le Pape Urbain VIII. mais elle n'a pas fait d'autres progrès que celui de l'acquisition de l'ancienne Eglise de sainte Balbine sur le Mont-Aventin , dans Rome , par la cession que lui en fit le Chapitre de S. Pierre en 1689. Ces Ouvriers Pieux prétendent que la cause du peu de progrès qu'ils ont fait , vient de ce que pendant la peste qui affligea la ville de Naples l'an 1653. leurs Confreres s'étant offerts au Cardinal Filomarini, alors Archevêque de cette ville , pour assister les pestiferés,ils moururent tous, à l'exception de deux Prêtres & trois Clercs.

Ces Ouvriers Pieux ne font point de veux ; ils sont gouvernés par un Général & quatre Consulteurs, qui exercent leurs Offices pendant trois ans, après lesquels ils peuvent être encore continués dans le Chapitre Général, qui se tient tous les ans. Les Maisons élisent leurs Superieurs particuliers, qu'ils nomment Recteurs. Quoiqu'ils ne fassent point de

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