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ORDRIS raffe parfemée de fleurs, mais cet Auteur a fouvent inventé MILITAL de pareils colliers.

KES FAUX

IT SUPPO

Favin, Theâtre d'honneur. & le Pere Anfelme, le Palais d'honneur.

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ORDREDE

KONDE.

La pluspart de ceux qui ont traité des Ordres Militaires, LA TABLE ont cru en avoir trouvé un en Angleterre, auquel ils ont donné le nom de Table-Ronde, & qu'ils prétendent avoir été institué par le fameux Arthus Roi fabuleux de la Grande Bretagne l'an 516. qui fitChevaliers de cetOrdre vingtquatre Seigneurs de fa Cour, felon quelques-uns, & douze feulement felon d'autres; qui à certains jours de Fêtes mangeoient à une table ronde, ce qui les fit appeller les Chevaliers de la Table-Ronde. Les Anglois fe perfuadent que c'eft cette table qui fe voit encore à présent attachée aux murailles du vieux Château de Wincefter en Angleterre ; Mais Camden dit que cette table eft d'une fabrique bien plus recente. La table ronde n'étoit point un Ordre de Chevalerie ; c'étoit une forte de joute ou combat fingulier ainsi nommé; parce que ceux qui y avoient combattu venoient au retour fouper chez celui qui étoit l'auteur de la joute, où ils étoient affis à une table ronde. Il y avoit cette difference entre les Tournois, & les combats de la Table Ronde, que les premiers se faifoient en troupes, & ceux-ci étoient des combats finguliers, dont l'arme propre étoit la lance. Matthieu Paris diftingue ces deux Exercices Militaires par ces paroMath. Pales: non in haftiludio illo quod Torneamentum dicitur, fed Angl. pag. potius in illo ludo Militari qui Menfa Rotunda dicitur. Giuftiniani, hift. di tutt. gli ord. Milit. & Schoonebeck, hift. des ord. Milit.

ris,

5.66.

ORDRI DU
CIGNE.

L'on donne auffi une origine fabuleuse à un prétendu Ordre du Cigne au Duché de Cleves. Favin dit que l'an 711. Theodoric ou Thierry Duc de Cleves n'aïant qu'une fille unique nommée Beatrix lui laiffa fes Etats en mourant, & que les grands Seigneurs du païs aïant voulu s'en emparer, cette Princeffe fe retira au Château de Neubourg, près du Bourg de Nimege; où étant un jour à la fenêtre trifte & mélancolique, à caufe des perfecutions qu'on lui fufcitoit elle vit fur le Rhein un navire qui venoit à voiles déploïées, où il y avoit un Chevalier nommé Eflie armé de toutes pie

MILITAI

FAUX

ET

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ces, qui avoit pour cimier fur fon cafque un cigne blanc à OR DRES la tête élevée & couronnée, & que ce Chevalier aïant abor RIS dé au château, il offrit à cette Princeffe fes fervices, lui T SUPPOpromettant de la deffendre contre fes ennemis : qu'il fe fit connoître à elle fous le nom de Chevalier du Cigne:que Beatrix l'époufa,& qu'à caufe du cigne qu'il portoit fur fon cafque, il inftitua l'Ordre du Cigne. Il y en a d'autres qui donnent à cet Ordre prétendu une origine plus éloignée; mais auffi fabuleuse, & qui difent que Silvius Brabo qui a donné fon nom au païs de Brabant,& qui vivoit du tems de l'Empereur Jules Cefar, voïant qu'il y avoit une grande divifion entre les habitans de cette Province & leurs voifins, & craignant qu'un jour ces fâcheufes difpofitions ne vinfsent à éclater, il choifit quelques-uns des plus braves Seigneurs de fa Cour, aufquels il fit faire ferment d'emploïer tous leurs foins pour étouffer les divifions qui regnoient pour lors, & pacifier les Seigneurs qui étoient en guerre, ou qui avoient des querelles particulieres dont ils vouloient fe vanger; & qu'en cette confideration, il les fit Chevaliers, leur donnant pour marque de leur Ordre un cigne attaché à une chaîne d'or. Il y a d'autres Auteurs qui ont donné auffi une autre origine à cet Ordre, qui n'eft pas moins chimerique & que nous paffons fous filence. Favin ajoûte que l'an 1615. Charles de Gonzagues de Cleves Duc de Nemours, fous le Red'Henri le Grand Roi de France, voulut rétablir cet Ordre du cigne, comme étant propre & particulier à fa maifon ; mais que cela n'eut pas de lieu. Peut être que ce qui en empêcha l'execution furent les Fables & les chimeres fur lefquelles on fonde fon institution.

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L'ETOILE A
MESSINE.

L'Abbé Giustiniani dans fon Hiftoire des Ordres Mili- ORDRE DE taires nous a voulu perfuader que lorfque les Aragonois se furent rendus maîtres des Roïaumes de Naples & de Sicile l'an 1351.l'Ordre du Croiffant qui avoit été inftitué à Naples par Charles I. d'Anjou Roi de Naples & de Sicile, & dont plufieurs Seigneurs de ce dernier Roïaume avoient été honorez, perdit beaucoup de fon luftre ; mais qu'il ne fut pas aboli, qu'il fut feulement reformé par des Gentilshommes de Meffine qui formerent ensemble une Académie ou societé de foixante perfonnes qui prirent la qualité de Chevaliers de l'Etoile, il prétend que les opinions font differentes fur la

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FAUX

SIZ.

marque qui diftingue ces Chevaliers, les uns leur donnant MILITAI-S une croix à douze pointes, au centre de laquelle il y a une IT SUPPO- Etoile, & d'autres feulement une Etoile à longue queuë en forme de comette ; & il ajoûte que pour être reçu dans cette focieté, il faut être de Noble extraction & avoir de la Litterature. Mais cette Académie ou focieté eft chimerique : Carl. Bar- car l'Abbé Piazza qui a donné le Catalogue de toutes les thol. Piaz- Académies d'Italie, avec leurs noms bizares, après en avoir za Eulevo- fait une recherche exacte, ne parle point d'une Académie log. RoPart. à Meffine fous le nom de l'Etoile ou des Etoilés. Il n'en met II. qu'une en cette ville que l'on nomme de j fuccinanti, ou des forgerons. Celle de Palerme s'appelle dej Riaccefi. Il y en a deux à Catanne, l'une fous le nom de j Clari, & l'autre fous celui de j Incogniti, à Siracuse, une de gli Ebbri, & à Trapane celle della Lima.

man.

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Giuftiniani, Hift. di tutt. gli Ord. Milit.

ORDRE DE

A NAPLES.

Aubert le Mire parle auffi d'un Ordre Militaire à NaS. MICHEL ples fous le nom de faint Michel, qui fut inftitué, à ce qu'il prétend,par Ferdinand I. Roi deNaples, & dont il étoit Chef, & il ajoûte que les Chevaliers de cet Ordre portoient une robe blanche fourée d'hermines, & que leur collier étoit une chaîne d'or compofée de divers chaînons en forme d'O, joints ensemble, où pendoit une médaille dans laquelle étoit ce mot, Decorum mais il a apparamment confondu l'Ordre de l'Ermine que ce Prince inftitua, dont nous avons parlé & qui pouvoit avoir été mis fous la protection de faint Mi

chel.

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ORDRE DE
TUNIS.

Aubert le Mire,origines Equeftr. ord. & Schoonebeck, hist. des Ord. Milit.

L'Abbé Giuftiniani, Schoonebeck, & M. Herman, attribuent à l'Empereur Charles V. l'institution d'un Ordre Militaire fous le nom de Tunis,& difent que ce Prince après avoir paffé en Afrique où il rétablit l'an 1535. Muley. Hascen dans Tunis,y créa des Chevaliers fous le nom de Tunis, aufquels il donna pour marque de leur Ordre un collier compofé de plaques d'or garnies de pierreries, entre lesquelles il y avoit des pierres à feu jettant des étincelles, & au bas une bande où étoit ce mot: Barbaria, à laquelle pendoit une croix de faint André, avec des pierres jettant auffi des étincelles ; mais comme ils n'apportent point de preuves

& qu'aucun autre Historien n'a parlé de cet Ordre; on le ORDRE DI peut mettre au nombre de ceux qui font fuppofez.

Giuftiniani, Hift. di tutt. gli ord. Milit. & Schoonebeck, TIENNE. Hift. des Ord. Milit. & Herman, Hift. des Ord. de Chevalerie.

LA CHARI Th' CHRE

Voici encore un Ordre fuppofé en France, dont Favin prétend qu'Henri III. Roi de France & de Pologne a été l'Inftituteur, & qu'il lui donna le nom de Charité Chrétienne. Il ajoûte que ce fut en faveur des pauvres Officiers & Soldats eltropiés au fervice de ce Prince: qu'il leur affigna pour leur entretien un revenu fur les Hôpitaux & Maladreries de France: qu'il leur donna à Paris une maison au fauxbourg faint Marcel; & qu'il ordonna que ceux qui feroient reçus dans cet Ordre charitable porteroient fur leurs manteaux au côté gauche une croix encrée de fatin blanc en broderie, orlée de foïe bleuë, & au milieu de la croix une lozange de fatin bleu celeste, chargée d'une fleur-delis d'or, avec ces paroles en broderie d'or autour de la croix, Pour avoir fidellement fervi. Il est vrai que l'an 1576. un Apotiquaire de Paris nommé Houel, obtint d'Henri III. le don de quelques places qui reftoient à vendre de l'Hôtel des Tournelles, pour l'érection d'un Hôpital ou d'une Maison qu'il vouloit établir fous le nom de Charité Chrétienne, tant pour recevoir les pauvres paffans honteux, que pour apprendre à un certain nombre d'enfans orphelins, nez de legitime mariage, les bonnes Lettres, la Pharmacie, la connoiffance des Simples,&c.on voulut faire d'abord cet établisfement aux Hôpitaux de la Trinité, des Petites Maisons, & des Enfans Rouges; mais il fut fait l'an 1584. dans la ruë de l'Urfine au fauxbourg faint Marcel, dans l'Hôpital dédié depuis long tems à faint Martial & à fainte Valere. Cet établissement n'a pas même fubfifté; & tout ce que Favin a dit de cet Ordre de la Charité Chrétienne est faux & fuppofé ; ce qui n'a pas empêché qu'il n'ait été suivi par M.

Herman.

Favin, Theatre d'Honneur & de Chevalerie. Herman, Hift. des Ordres Militaires & de Chevalerie.

L'ETOILE

Enfin l'on peut mettre au nombre des Ordres faux & fup- ORDRE DE pofés, celui de l'Etoile de Nôtre Dame, qui fut inftitué à DE NOTREParis l'an 1701. par un prétendu Roi d'Eifzinie. Ce Roïau- DAME. meest fitué fous la Zone Torride, à la côte d'or en Afrique.

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MILITAI

ORDRES M. du Caffe, à prefent Chef d'Efcadre des Armées Navales
RES FAUX de France, & pour lors Général des Flibustiers,étant abordé
↑ SUP- vers l'an 1686. fur cette côte, y defcendit pour y faluer le
POSEZ. Roi & y établir le commerce. L'on convint des conditions,

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on donna des ôtages de part & d'autre ; & outre ceux qui
furent donnés par les Negres pour venir en France, il y eut
un certain Aniaba, qu'ils firent paffer pour le fils du Roi
d'Eifzinie. Il vint en France fous cette qualité. Le Roi Loüis
le Grand le fit inftruire des mysteres de nôtre Religion, &
élever dans les exercices qui conviennent aux Princes: il
reçut le Baptême des mains de Monfieur Boffuet Evêque de
Meaux, & fa Majefté lui donna fon nom. Les nouvelles de
la mort du Roi d'Eifzinie, prétendu pere d'Aniaba, & de
celle d'un de fes freres qui lui avoit fuccedé, s'étant répan-
duës en France, ce faux Prince fit courir le bruit que les
peuples le demandoient pour l'élever fur le Trône. Le Roi
de France donna ordre pour l'embarquement de ce prétendu
Roi d'Eifzinie, qui pour tromper davantage, voulut mettre
fous la protection de la Ste Vierge fa perfonne & fon Roïau-
me chimerique, & inftitua l'an 1701. l'Ordre de l'Etoile de
Nôtre Dame, dont la marque étoit une croix d'or émaii lée de
blanc en forme d'Etoile,au milieu de laquelle il y avoit l'Ima-
ge de la fainte Vierge; & cette étoile étoit attachée à un ruban
blanc de la largeur de quatre doigts. Mais la pieté de cet
Impofteur étoit feinte. A peine fut il arrivé dans fon païs,
qu'il retourna à l'Idolâtrie: il reprit les manieres des Ne-
gres, qui vont toûjours tout nuds, & mit fur fa
peau noire
le ruban blanc, auquel étoit attachée cette étoile d'or. J'ai
appris d'un François qui fut un de ceux qui refterent en
ôtage parmi ces peuples, que cet Aniaba n'étoit point Prince,
ni de la famille Roïale; que fa mere avoit feulement épousé
en fecondes nôces un parent du Roi, & que ce Prince étoit
tranquille dans fes Etats lors qu'Aniaba y arriva.

Fin de la fixiéme & derniere Partie.

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