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somme de cent quatre mille écus. Mais il peut y avoir de l’er. ORDRES DE
reur dans le calcul de cet Auteur , ou bien il se peut faire que ERE.
comme il a mis le nombre de ces Chevaliers en chifre, l'Im-
primeur auroit mis un mille de trop, & qu'en le retranchant
il ne se trouveroit plus que cinq cens trente cinq Chevaliers,
qui est justement le nombre de ces Officiers de Chancelerie
qui prennent encore à présent le titre de Chevaliers Pies. Ce
qui prouve que c'est une faute qui s'est glissée dans l'impres-
fion ; c'est

que si le Pape avoit affecté un revenu de soixante treize mille écus , pour crois cens foixante quinze Chevaliers, il n'y auroit pas eu de proporcion gardée ; fi en augmentant le nombre des Chevaliers jusqu'à quinze cens trente cinq, il n'avoit augmenté leurs revenus que jusqu'à la somme de cent quatre mille écus.

Le même Auteur ajoûte que ce Pontife accorda à ces Chevaliers beaucoup de Privileges,& qu'entre autres, il voulat que tous ceux qui seroient agregez à cet Ordre fussent reputez nobles & leurs descendans. Il leur donna le titre de Comtes de Latran,avec pouvoir de déleguer des Juges Ecclesiastiques & Seculiers, créer des Docteurs & des Notaires, de légitimer des bâtards , & les élever à des dignitez. Ilordonna de plus que les Chevaliers Clercs seroient Notaires A postoliques, que les Laïcs seroient Chevaliers dorez,& que cellant d'être participans , c'est-à-dire de joüir du revenu affecté à l'Ordre , ils auroient toûjours le titre de Comtes de Latran, de Notaires Apostoliques & de Chevaliers dorez. Il leur permit aufli de posseder plusieurs Benefices quoique mariez, & d'exercer en même tems plusieurs Offices de cinquante écus d'or de revenu , les dispensant de ce qui seroit du à la Componende pour les Pensions ou pour les Benefices qui leur feroient donnez. Il leur étoit permis,deux ans après leur receptiondans l'Ordre,de ceder à qui bon leur sembloic la pension qu'ils en recevoient,& de tester de ce qu'ils avoient acquis de biens Ecclefiastiques , jufqu'à la somme de mille ducats pour chaque Office qu'ils auroient exercé. Ils furent déclarez Commenfaux du Pape , Scripteurs, & Cameriers Apoftoliques. Le Pape leur accorda encore la préfeance sur les autres Chevaliers, & les exempta de la jurifdiction des Ordinaires, les mettant sous la protection immediate du saint Siege. Leur obligation écoir d'executer les ors Tome VII.

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ORDRISDE
L'EPERON
D'OR.

dres du Pape dans les Croisades & dans les Conciles Généraux sans aucun émolument , eu égard aux pensions qu'ils recevoient de l'Ordre , & ils devoient aussi veiller à la def. fense des côtes de la Marche d'Anconne, & principalement de la ville de Laurette.

Mais soit que l'on veuille attribuer ces Privileges aux Chevaliers Pies ou aux Chevaliers de l'Eperon, les Chevaliers Pies n'en jouissent plus aïant été supprimés comme nous avons dit ; & tout ce que les Chevaliers de l'Eperon en ont conservé, sont les titres de Comtes du sacré Palais de Latran & de Chevaliers dorez , qui leur sont donnés dans leurs Lettres de reception. Cet Ordre même s'avilic tous les jours; car quoique les Papes le conferent quelquefois à des Ambassadeurs comme fic le Pape Innocent XI. l'an 1677. à un Ambassadeur de Venise , l'on donne aisément à Rome la croix de cet Ordre à tous ceux qui ont cinquante ou soixante livres pour païer leurs Lettres de reception. Le Pape Paul III. par une Bulle de l'an 1539. accorda à Charles, Mario, Alexandre, & Paul Sforze des Comtes de sainte Flore ses neveux, pour eux & leurs descendans de legitime mariage en ligne masculine , le droit de créer des Chevaliers de l'Ěperon, comme aussi de faire des Docteurs en Theologie , en I'un & l'autre droit & en medecine, & des Abbez titulaires: ce qui fut confirmé par ses successeurs Jules III. Grégoire XIII. & Sixte V. Le Duc de Sforze joüit présentement de ce droit, & accorde aisément des lettres de Chevalerie de l'Eperon, dont l'expedition ne coute qu'une pistolle , ce qui faic que l'on regarde avec mépris ces sortes de Chevaliers. Les Nonces, les Auditeurs de Rotte & quelqu'autres Prélats de la Cour Romaine ont aussi le privilege de créer chacun deux Chevaliers de l'Eperon d'or;c'est pourquoi l'on voit en France quelques uns de ces Chevaliers qui ont été reçus en cec Ordre par des Nonces , & j'ai eu en main les lettres d'un de ces Chevaliers de l'an 1702..que M. Fieschi pour lors Nonce en ce Roïaume accorda , &

que nous rapporterons ici. Laurentius Fliscus Dei & sancte sedis Apoftolicæ gratia Archiepiscopus Avenionensis, fanctisimi D. N. Papæ Prelatus Domesticus c asistens,ejusdem & finĉta sedis apud Regem Chriftianissimum nuntius Apostolicus Extraordinarius. Dilecto nobis in Chriflo Domino Ludovico filio Domini Vincentii de

L'EPERON d'or.

LXIII. Martenne Domini de Puvigné ac facri Palatii á auld Late- ORDRESDI ranensis Comitis , Militis , & Equestris aureati , falutem in Domino. Singulares animi tui dores eximiæque devotionis affeétus, quem ad sanctissimum Dominum Nostrum Papam, sanEtamque Apostolicam sedem & nos, gerere comprobaris , vitaque , ac morum honestas, aliaque Laudabilia probitatis virtutum merita,qua illarum largitor altiffimus in perfona tua exuberante gratia cumulavit , merito nos inducunt, ut personam eamdem dignioris nominis titulo extollamus fingulari prerogativa decoremus. Hinc eft quod nos volentes te, præmif Jorum tuorum intuitu, specialis excellentia dignitatesublimare & cum dignis prosequi favoribus, te Ludovicum de Martenne Dominum de Puvigné Lustrali adoptione filium altissimi Potentiffimique Principis Ludovici Delphini Francia, simul altijjima ac Potentissime Principis Marie Theresia Austriace Galliarum Regina , facri Palatii & aula Lateranensis, Comitem , Militem , Equitem aureatum , authoritate Apostolica nobis uti presuli assistenti à sancta sede Apoftolica concesja, qua fungimur in hac parte , tenore presentium, facimus , creamus, instituimus , deputamus , ac aliorum comitum , Militum , co Equitum aureatorum facri Palatii & aula Lateranensis hujusmodi , numero ,ordini , & confortio favorabiliter aggregamus : decernentes , quod tu ex nunc deinceps , vestibus , cingulo , enfe, & Calcaribus aureatis , torque & aliis insigniis militaribus , nec non de omnibus & fingulis privilegiis , immunitatibus , exemptionibus, honoribus , praeminentiis , co antelationibus , quibus alii sacri Palatii & aula Lateranensis Comites , Milites , & Equites aureati ab eadem sancta fede Apoftolica creati , de jure , ufu , consuetudine , privilegio, aut alias, quomodo libet utuntur, potiuntur , o gaudent, uti , potiri , o gaudere poflis & valeas , nonobstantibus, Constitutionibus ( ordinationibus Apoftolicis cæterisque contrariis quibuscumque. In quorum omnium & fingulorum fidem & teftimonium, hoc nostrum privilegium , manu propria firmatum & per infrascriptum secretarium noftrum subjcribi,figillique noftri quo in talibus utimur, ju Jimus imprejione muniri. Datum Parisiis in Palatio no,tro. Dic 28 menjis Novembris anno 1702. L. Archiep. Averionen. & plus bas fofeph Raym. Alcorambonus secret. & scellé. Voyez pour cet Ordre Favin. Thcâtre d'honneur de cheva.

ORDRESDF serie. Bernard Giustiniani. Hist. di tutti gli ord. Militari. De
L'EPERON
D'UR. Bellay. Mennenius, Herman & Schoonebeck, dans leurs bist.

des ordres Militaires.

Il y a eu aussi à Naples un Ordre de l'Eperon institué par Charles d'Anjou Roi de Naples & de Sicile. Ce Prince aïant été couronné à Rome l'an 1266. en partit pour aller prendre possession du Roïaume de Naples. Mainfroy qui le lui disputoit , aïant succombé dans une Bataille, tout le Roïaume, le soumic au Comte d'Anjou, qui pour avoir plus de moïen de récompenser la Noblesse qui s'étoit déclarée pour lui,établit l'Ordre de l’Eperon , voici de quelle maniere on y étoit reçu. Le Chevalier se présentoit au jour marqué dans l’Eglise Cathedrale de Naples , & là sur un theâtre élevé où étoit le Roi, la Reine , & toute la Cour, il prénoit place dans une chaise couverte de drap de soïe verte. L'Archevêque en habit de Diacre , accompagné de ses Suffragans, le faisoit jurer sur les saints Evangiles qu'il ne porteroit jamais les armes contre le Roi, s'il n'y étoit obligé par son legitime Seigneur,& qu'en ce cas il rendroit au Roi la marque de l'Ordre , sous peine d'être reputé infâme & mis à mort, s'il étoit prisonnier de guerre : qu'il deffendroit de toutes ses forces quand il seroit requis, les Dames tant veuves que mariées & les orphelins abandonnez , si leur cause étoit juste. Deux Chevaliers des plus anciens , le présentoient ensuite au Roi qui de son épée lui touchoit l'épaule, en lui disant : Dieu te fasse bon Chevalier : puis sept Demoiselles de la Reine vetuës de blanc venoient lui ceindre l'épée : quatre Chevaliers des plus considerables lui atrachoient les éperons dorez, & la Reine le prenant par la main droite & une autre Dame la plus considerable par la gauche,elles le conduisoient fur un autre siége richement paré. Alors le Roi se plaçant à sa droite, la Reine à la gauche , toute leur Cour dans des fiéges au dessous, on servoit une collation de sucreries , par où finissoit la cérémonie. On ne sçait point quelle étoit la marque de cet Ordre. .

Des Noulis, Histoire des Rois de Sicile & de Naples, des maisons d'Anjou, pag. 138.

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ORDRE DU

S. E PRIS
CHA PIIRE L X I V.

EN FRANCE
Des Chevaliers de l'Ordre du Saint-Esprit, en France.
N:

Ous avons dit en parlant de l'Ordre du Saint-Esprit

au droit desir appellé aussi du neud, qu'Henri III.
Roi de France & de Pologne passant par Venile à son retour
de Pologne pour venir prendre poffeffion de la Couronne
de France, la Republique de Venise lui fit présent de l'O-
riginal des Statuts de cei Ordre, dont Louis de Tarante Roi
de Jerusalem & de Sicile, époux de Jeanne I. Reine de Na-
ples avoir été l'Instituteur , & lui avoit donné le nom du
Saint Esprit, à cause que le jour de la Pentecôte il avoit été
Couronné Roi de Jerusalem & de Sicile. C'est ce qui fic
naître la pensée à Henri III. d'instituer aussi un Ordre Mi-
litaire , sous le nom du Saint-Esprit , à cause que le jour de
la Pentecôte de l'année 1573. il avoit été élu Roi de Pologne,
& qu'il avoit succedé au Roïaume de France à pareil jour de
l'année suivante 1574. après la mort de Charles IX. son
frere. Monsieur le Laboureur dans ses Additions aux Me.
moires de Castelnau, dit que ce Prince añant reçu de la Re-
publique de Venise les Statuts de l'Ordre da Saint-Esprit
au droit desir institué par Louis de Tarente , résolut de
s'approprier cet Ordre, comme s'il avoit été de son inven-
tion, & qu'après avoir copié & commenté les Statuts , il don-
na ordre au Chancelier de Chiverny de les brûler ; mais que
ce Ministre se fit une conscience de faire perir un si rare
manuscrit, lequel outre le merite de son sujer & de son an-
riquité, étoit encore fort estimable pour les belles mignaru-
res en vélin ou l'on voit ce qui est contenu en chaque Cha-,
pitre de ces Statuts : que ce Livre écheut ensuite en partage
à Philippes Huraut Evêque de Chartres , fils du sieur de
Chiverny, & qu'il tomba enfin entre les mains de M. le Pré-
fident de Maisons. Ainsi selon cet Auteur l'Ordre du Saint-
Esprit de France, n'est autre chose que celui de Naples ; ce
qui ne paroît pas vrai- semblable:car si l'on compare les Sta-
tuts de l’un avec ceux de l'autre,il est facile de juger par la dif-
ference qui s'y trouve que ces deux Ordres ont été faits indé-
pendamment l'un de l'autre, la conformité qui s'y rencontre

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