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ORDRE DU
LEVRIER
AV DCHE'
DE BAR.

A P I T R E L V I. Des Chevaliers de l'Ordre du Levrier au Duché de Bar. I 'AN 1416. plusieurs Seigneurs du Duché de Bar s’uL nirent ensemble & formerínt une Societé dont la marque étoit un Levrier aïant à son col un collier où étoient écrits ces mots tout un , qu'ils devoient porter. Ils promirent de s'aimer les uns & les autres, de garder leur parole , de dé. fendre celui d'entre eux dont ils en endroient dire du mal & de l'en avertir. Tous les ans ils élisoient entre eux un Roi & s'assembloient au mois de Novembre le jour de saint Martin & au mois d'Avril le jour de saint Georges, & fi quelqu'un avoit fait quelque faute il en étoit repris par le Roi & par cinq ou fix autres de la Socieré. Ils devoient se trouver à ces Assemblées sur peine d'un marc d'argent , à moins qu'ils n'eussent une excuse legitime. Personne ne pouvoit être reçu dans la Compagnie que par le Roi, & huit ou dix des plus distingués , & avec l'agrément du Duc de Bar, qui promic de proteger & d'aider ces Chevaliers de toutes les forces. Si quelqu'un faisoit tort ou caufoit quelque dommage à l'un de ces Chevaliers, celui qui avoit été offensé devoit en demander justice au Duc de Bar, s'il étoit son sujer, & s'il ne l'étoit pas, il devoit la demander à son Seigneur naturel, avant que de venir aux voïes de fait ; & en cas de refus , ils étoient obligés de prendre la défense de celui qui avoit reçu du dommage; comme il est plus amplement fpecifié dans les Lettres de l'établissement de cette Sociecé, dont voici la teneur.

A tous ceux qui ces presentes Lettres verront. Nous Thibaut de Blamont, Philbert seigneur de Beffroymont , Eustache de Conflans, Richard de Hermoises, Pierre de Beffroymont Seigneur de Ruffin, Regnaut du Chastelet, Evrard du Chastelet Yon fils, Manfart de Sus, Jean Seigneur d'Orne , Philippes de Noveroy , Ovy de Lendes, Jean de Laire , Jean de Seroncourt , Erlart d'Outtenger, fean de Beffroymont Seigneur de Sontois , Jean de Mavetz, - Foffroy de Bassompiere Chevaliers, Jean Seigneur de Rodemars, Robert de Sarrebruche Seigneur de commercy , Edoji ard de Grandprey, Henry de Breul , Mery de la Vaux , Jeoffroy d'Aspremont · Jean des Hermoises , Robert des

Tome VIII,

Yy

LVRIER

ORDRE DY Hermoises, Simon des Hermoises , Franque de Leuze, Aubry de

i Butt Boulanges , Henry Defpeneaut, François de Xorbey, fean de Di Bar. Lou, Hugues de Mandres , Huart de Mandres , Philibert de

Doncourt , fean de Sampigny, Colin de Sampigny, Arnoul de
Sampigny, Alardin de Monsen, Hanse de Neuclin, le Grand
Richard d'Aspremont, Thierry d'Annols , Thomas d'Outanges,
Faquenin de Nicey, da Jaquenin de Villars Escuyers.Salut,sça-
voir faisons, que nous regardans & desirans vivre en hon-
neur @en paix, avons avisé que nous ferons ensemble une
Compagnie durant l'espace de cinq ans entiers, commençans à
la datte des presentes : C'est à sçavoir que nous tous deus nom.
mez avons juré aux saints Evangiles de Dieu,& sur nos hon-
neurs , que nous nous aimerons de porterons foy á loyauté les
uns envers les autres , fe nous sçavons le mal ou domage
l'un de l'autre , que nous le detourbérons à nos pouvoirs, ale
feront sçavoir les uns aux autres , ledit tems durant , cette
presente alliance Compagnie avons juré envers tous a con-
tre tous', excepté nos Seigneurs naturels de nos amis charnels,
da durera cinq ans entiers, comme dit eft, á fe nul vouloif
quelque chose demander & requerir, nous en venrions à jour
& à droit pardevant notre tres R. P. en Dieu , notre tres re-
douté Seigneur le Cardinal Duc de Bar, Marquis du Pont ,
Seigneur de Casel, lequel notredit seigneur nous a promis
loyaument en parole de Principie de nous uider de conforter de
toute sa puissance de de son pays & de i stes les choses deffus,
envers & cöntre tous ceux qui à jour & à droit ne voulront ve-
nir l'à il appartient droit par raison, & ferons un Roi de
cette Compagnie , qui durera un an entier, & nous tous qui se-
rons de cette compagnie , porterons un Levrier, qui aura en
son col un collet , auquel sera escript, Tout ung; & tous les
"ans tienront deux journées la premiere à la faint Martin d'yo
per, áo l'autre à la saint Georges en Avril , pour sçavoir s'il y
auroit aucune faute en ladite Compagnie, a se aucune faute
il y avoit elle seroit amandée par le Roy & par six des autres
alliez , & convenra que chacun soit auxdites journées , sous
paine de payer un marc d'argent, auxquelles journées on de-
vroit envoyer se on avoit excufation foy excuser de payer sa
part des dépens, & se tenra la premiere journée à Saint Mi-
chel, & ne peut on mettre aucun en cette Compagnie que ce no
soit par l'ordonnance de mondit Seigneur,& par le Roi d'icelle,

7 DE BAR.

ensemble huit ou dix des plus grands d'icelle , lesquels seront ORDRE DO nimmez es Lettres de celuy qui sera commis pour sçavoir ceux LEYNIR qu'ils auroient élu. Et se aucun faifoit tort ou domage à l'un de BAR. de cette Compagnie, il devroit requerir notredit Seigneur qu'il l'eut à jour à droit s'il estoit son sujet, & s'il n'estoit com sujet, devra requerir le Seigneur de qu'il seroit frujet qu'il l'eut à jour « à droit devant que on fit æuvre de fait, en cas de refus, notredit Seigneur devroit aider la compagnie ju[ques à droit. Et nous tous serons tenus de servir à nos depen's celui à qui on feroit domage, qui ainsi auroit requis tant que le pays du Duché de Bare Marquisat du Pont durant dose pour le tems avenir : car le paravent la datte des presentes, ou paravent ce que aucun fut mis de cette Compagnie aucune guerre estoit commencée , nous ne serons point tenus d'en aider l'un l'autre, comme dit est par la maniere qui s'ensuit, c'est à sçavoir un Banneret à trois hommes d'armes, un simple Chevalier à deux, & un Escuyer à ung , huit jours après que celui à qui on feroit domage l'auroit fait sçavoir au Roy de cette compagnie, doo que ledit Roi en auroit requis, da se plas grand force y convenoit ou se devroit renforcer au regard du Roy & de fix de ladite Compagnie, & toutes ces dites alliances, nous tous avons faites& passées par le consentement dudit Seigneur Gen sa preJence , & iceluy notredit Seigneur nous a promis que se nous avions debat les uns aux autres de nous oir de garder le droit de chacune partie sans longs procès, comme bon Seigneur doit faire à ses sujets, de nous lui devons garder fon bien , Etat en honneur á proffit de toutes nos puissances, comme bons Valaux doivent faire å leurs bons Seigneurs , sans feintise ne entrepos aucun, ne pourra aucun de cette compagnie prendre ne accepter aucune autre Compagnie ou alliance au prejudice de. cette Compagnie icelle durant , finon par la volonté & confentement de notredit Seigneur. En temoing de ce nous tous avons mis nos fcels à ces presentes, á avons supplié de requis notre dit Seigneur que pour plus grande approbation de cette luy plut mettre son scel à ces présentes.Et nous Loys par la grace de Dieu Cardinal Duc de Bar, Marquis de Pont, Seigneur de Cassel, à la requeste des dessus nommez, avons fait mettre nostre scel à ces presentes. Donné à Barle derrain jour de May l'an 1416. Communiqué par M. de Clerambant. .

ORDRES DE
LA CHAUS-
SE, DE L'E-
TOLE D'OR

VENISE.

: CHAPITRE LVII. Murai Des Chevaliers de la Chausse, de l'Etole d'Or, de saint

Marc, es du Doge à Venise.
I 'EPOUVANTE qu’Alaric Roi des Goths répandit dans

L toute l'Italie l'an 409. donna lieu à la fondation de la
Republique de Venise. Plusieurs Familles de differents en-
droits crožant qu'elles seroient à l'abri de la fureur de ces
Barbares dans les Lagunes de Venise, s'y refugierent, & y
bâtirent des maisons dans les differentes isles qui s'y trou-
voient. Les premieres qui furent habitées furent celles de
Malamoco, Chioza & Rivalta , & les autres formerent dans
la suite la superbe ville de Venise. Elle eut premierement
des Consuls dont l'administration fut de peu de durée , &
puis après des Tribuns, qui s'élisoient tous les ans par le peu-
ple de chaque isle, qui faisoit alors une Republique separée,
à peu près comme les Cantons de la Suisse, ou les Provin-
ces-Unies des Païs-Bas. Mais parce que ces Magistrats ne
s'accordoient pas ensemble , & que les Lombards profitoient
de leurs divisions , pendant qu'ils perdoient le tems à con-
tester les uns avec les autres, le peuple ennuïé de toutes ces
longueurs , ne voulut plus obéïr qu'à un Maître. Il créa un
Duc, auquel il abandonna la souveraine Puissance, dont il
jouissoit depuis plus de deux cens soixante & dix ans. Il y en
eur trois de suite , jusqu'en l'an 737. que le peuple s'étant en-
core lassé de ces Ducs, en abolic le nom & la dignité, aïant
été si mécontent d'Ur. Sole ou Orse-Spato, le dernier de ces
Ducs,que l'on l'assassina,pour mettre plûtôt fin à son Gouver-
nement,& auquel on subitirua un Tribun des Soldats appel-
Magister Militum , & par corruption Mastro-miles , dont
la Charge étoit annuelle. L'élection se fit á Malamoco ; &
c'est ce qui a donné lieu à Schoonebeck de prendre le nom
de cette ville pour le nom du Tribun des Soldats qui fut élu,
& à qui il donne le titre de Maître des Chevaliers & de la
Noblesse,aïant suivi l'Abbé Giustiniani , qui lui donne aussi
ce titre. Mais en prenant Malamoco pour ce Maître prétendu
de ces Chevaliers & de la Noblesse , il n'a pas traduit fidelle-
ment cet Auteur, qui dit qu'après la mort d'Orse, dernier

RC.

.

Duc, le corps du Gouvernement, c'est-à-dire,ceux qui de- ORDRES DE yoient gouverner la Republique, firent leur residence à Ma- .. CHAOS

SE, DE L'E. lamoco, & qu'au lieu d'élire un nouveau Doge ou Duc, on role d'Or,

ET DES élut un Maître des Chevaliers & de la Noblesse : Pallato, il MARE corpo del governo in Malamocco, in luogo di elegere un nuo- VENISE. vo Doge , Crearono una dignita annuale con titolo di Mastroi de Cavaglieri della Nobilita. Et en effet cette ville qui étoit Episcopale, & dont le siége a été transferé à Chioza, étoit autrefois fameuse, à cause que le Doge de la Republic que de Venise y faisoit la residence : car ces Tribuns des Soldats ne durerent que cinq ans, après lesquels on récablit les premiers Ducs ou Doges."

C'est au tems du gouvernement de ces prétendus Maîtres des Chevaliers & de la Noblesse , que l'Abbé Giustiniani rapporte l'institution des Chevaliers de la Chausse, mais il n'en apporte aucune preuve:il se fonde seulement sur le nom de Magister Militum , que l'on donnoit au Chef de la Republique , qui ne signifioit que Tribun des Soldats , & qu'on appelloit par corruption, Mastro-Miles. Schoonebeck dit encore que le Chevalier Fioravanti prétend que l'institution de cet Ordre s'est faite au même tems que celle de l'Or: dre de la Bande en Espagne, c'est-à dire l'an 1368. Mais fi l'Ordre de la Bande a été institué l'an 1368. pourquoi Schoonebeck dans le Chapitre où il traite de cet Ordre en particulier, en a t-il mis l'institution l'an 1332. il devoit au moins faire remarquer l'erreur de Fioravanti, qui dit que ce fut Alfonse Roi de Castille, fils de Ferdinand & de Constance, qui en fur l'Instituteur : cependant ce Prince mourut l'an 1350. & avoit succedé à son pere Ferdinand l'an 1312. par consequent il ne peut pas avoir institué l'Ordre de la Bande l'an 1368. Mennenius prétend aussi que celui de la Chausse fuc institué sur le modelle de celui de la Bande , & qu'il fuc renouvellé l'an 1562. Mais ce qui est de certain, c'est qu'on ne sçait point quelle est l'origine de cet Ordre. Les plus an

imens aui puissent faire juger de son antiquité, sont quelques portraits de Chevaliers de cet Ordre qui se

trouvent à Venise, & qui sont peints par Gentil & Jacques · Bellini, Carpaccio, & Jean-Baptiste Conegliano. Mais comme Gentil Bellini, le plus ancien de ces Peintres, est mort l'an 1501. âgé de quatre-vingts ans', on peut mettre l'éta

Y y iij

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