Page images
PDF
EPUB

CHEVA-
LIERS DU

INFRANCE.

graces d'une très belle Dame qu'il servoit. Seize gentils- ORD REDES hommes seulement, partie Chevaliers & partie Ecuiers y devoient être reçus. Ces Chevaliers ausi bien que le Duc de FR POR Bourbon qui en étoit le Chef, étoient obligez de porter tous les Dimanches à la jambe gauche un fer de prisonnier pendant à une chaîne;& y manquant, ils devoient donner quatre sols parisis aux pauvres. Le fer des Chevaliers étoit d'or & celui des Escuiers d'argent. Les premiers Chevaliers qui recurent cet Ordre furent les sieurs Barbazan, du Chastel, , Gaucourt, de la Huze, Gamaches , faint Remy , de Moussures, Bataille, d'Alnieres , la Fayette , & Poulargues. Les premiers Escuiers furent les sieurs Carmalet, Cochel & du Pont.

Ils faisoient ferment de s'entr'aimer comme freres, de se procurer du bien, de ne point louffrir que l'on parlât mal d'eux , & de deffendre leur honneur à quelque prix que ce fût. Leurs armes sur tout étant dediées au service des Dames qui imploreroient leurs secours, ils étoient resolus de se batre ensemble dans deux ans pour l'amour d'elles , soit à pied, ou à outrance, armés de haches , de lances , d'épées, de dagues,

& même de bâtons, le tout au choix des adversaires ; ce terme de deux ans n'étant pris pour le combat , qu'à condition qu'ils ne pourroient pas plûtôc trouver dix-sept Chevaliers ou Escuïers sans reproche,qui voulussent en venir aux mains & s'éprouver contre eux : que s'ils y étoient outrez ( c'est le terme de la fondation ) ils demeureroient entre les mains des victorieux & deviendroient leurs prisonniers , ou bien donneroient pour rançon n fer avec sa chaîne semblable à celui de leur Ordre, les Chevaliers un fer d'or , & les Ecuïers un fer d'argent, ou que s'ils se rachecoient par quelque present, les Ecuïers leur donneroient un bracelet d'argent & les Chevaliers un bracelet d'or;que s'ils y étoient assommés,

bien que par maladie ou autrement ils vinssent à mourir en ce cas leurs fers auss-bien que les chaînes seroient envoïés à la Chapelle de l'Ordre & là attachez devant l'image de la sainte Vierge ; qu'alors les Confreres pour l'ame de chaque deffunt feroient dire un service & dix-sept Messes chacun, où ils affisteroient en habit de deüil, & qu'enfin quiconque tomberoit dans quelque faute seroit challé de la Compagnie. Quoique le Duc de Bourbon fûc l'Instituteur de l'Ordre, il

ou

ORDRE DES

&

ne se reserva pas néanmoins la nomination des Chevalier su CHEVA une place vacante devoit être remplie par l'avis de la meil LIIS , leure partie ou de tous les Chevaliers ensemble. Il ne conin France serva d'autre Superiorité ni d'autre droit que celui de contri

buer plus largement qu'eux , aux dépenles qui se devoient faire à frais communs, de leur fournir les Lettres du Roi dont ils avoient beloin, & de leur faire sçavoir le jour qu'il partiroit,quand il faudroit aller en Angleterre. Mais il ordonna qu'aucundes Chevaliers sans son congé ne pourroit entreprendre de voïage ni faire autre chose qui pûc i'empêcher de fe trouver au rendez-vous, au tems du combat.

Il paroît que cet Ordre à proprement parler n'étoit qu'un combac à outrance de dix fept contre dix-sept', ou ie. Duelistes facrifioient leur vie & leur honneur pour des femmes peut

être pour des concubines , & néanmoins il fut fondé dans l'Eglise de Nôtre-Dame de Paris , en une Chapelle appellée Nôtre-Dame de Grace , au nom de la sainte Trinité & de faint Michel. Ils s'obligerent de plus , de faire peindre dans cette Chapelle une image de Nôtre Dame avec les armes de leurs maisons & y mettre un fer d'or semblable à celui qu'ils portoient, mais fait en chandelier afin d'y placer un cierge allumé qui brulât continuellement jusques au jour du combat. Ils s'obligerent encore de faire dire à neuf heures tous les Dimanches une Messe haute de la fainte Vierge & une basse à pareille heure , les autres jours , & pour

cela de fournir de Calices , chasubles & autres ornemens necelfaires ; & que fi c'étoit le bon plaisir de Dieu qu'au combat general ils batisfepe leurs adversaires ; chacun d'eux en particulier , non seulement y fondroit sa Messe & un cierge à perpecuité ; mais encore's'y feroit représenter avec sa cotte d'armes & les autres armes qu'il avoit en combattant,& même y donneroient les bracelets des vaincus que Dieu leur auroit donnés ce jour-là ou autres de pareille valeur. Cet Ordre dura peu & même les Chevaliers ne se bacirent point au jour fixé. À la verné le Duc de Bourbon passa en Angleterre au tems porté , ou à peu près , par les Lettres de la fondation ; mais en qualité de prisonnier de guerre & non pas de Chevalier du Fer d’or”; & il y mourut après dix neuf ans de prison, Memoires communiquez par M. de Clairambaut:

CHAPIIRE

ز

ORDRE DU LEVRIER

AU D CHE'
DE BAR.

L

CH A PITRE L V I.
Des Chevaliers de l'Ordre du Levrier au Duché de Bar.

'AN 1416. plusieurs Seigneurs du Duché de Bar s’u

nirent ensemble & formerent une Societé dont la marque

étoit un Levrier aïant à son col un collier où étoient écrits ces mots tout un , qu'ils devoient porter. Ils promirent de s’aimer les uns & les autres, de garder leur parole , de défendre celui d'entre eux dont ils en endroient dire du mal & de l'en avertir. Tous les ans ils élisoient entre eux un Roi & s'assembloient au mois de Novembre le jour de saint Martin & au mois d'Avril le jour de saint Georges, & fi quelqu'un avoit fait quelque faure il en étoit repris par le Roi & par cinq ou fix autres de la Socieré. Ils devoient se trouver à cés Assemblées sur peine d'un marc d'argent , à moins qu'ils n'eussent une excuse legitime. Personne ne pouvoit être reçu dans la Compagnie que par le Roi, & huit ou dix des plus distingués , & avec l'agrément du Duc de Bar , qui promit de proteger & d'aider ces Chevaliers de toutes ses forces. Si quelqu'un faisoit tort ou causoit quelque dommage à l'un de ces Chevaliers, celui qui avoit été offensé devoit en demander justice au Duc de Bar, s'il étoit son sujet, & s'il ne l'étoit pas,

il devoit la demander à son Seigneur naturel, avant que de venir aux voïes de fait ; & en cas de refus, ils étoient obligés de prendre la défense de celui qui avoit reçu du dommage; comme il est plus amplement fpecifié dans les Lettres de l'établissement de cette Sociecé, dont voici la teneur.

A tous ceux qui ces presentes Lettres verront. Nous Thibaut de Blamont , Philbert Seigneur de Beffroymont , Eustache de Conflans, Richard de Hermoises, Pierre de Beffroymont Seigneur de Ruffin , Regnaut du Chastelet, Evrard du Chastelet Jon fils, Manfart de Sus, Jean Seigneur d'orne , Philippes de Noveroy , Ovy de Lendes, Jean de Laire , Jean de Seroncourt , Erlart d'Outtenger, Jean de Beffroymont Seigneur de Sontois , Jean de Mavetz, ú Foffroy de Balompiere Chevaliers , Jean Seigneur de Rodemars, Robert de Sarrebruche Seigneur de Commercy , Edoü ard de Grandprey , Henry de Breul , Mery de la Vaux , feoffroy d'Aspremont · Jean des Hermoises , Robert des

Tome VIII,

[ocr errors]

Di Bar.

Ordre du Hermoises , Simon des Hermoises , Franque de Leuze, Aubry de Au Dueix Boulanges , Henry Despeneaut , François de Xorbey , Jean de

Lou, Hugues de Mandres , Huart de Mandres , Philibert de Doncourt , fean de Sampigny, Colin de Sampigny, Arnoul de Sampigny, Alardin de Monsen, Hanse de Neuclin, le Grand Richard d'Aspremont, Thierry d'Annols , Thomas d'Outanges, Jaquenin de Nicey, do Jaquenin de Villars Escuyers.Salut,sçavoir faisons, que nous regardans & desirans vivre en honneur « en paix, avons avisé que nous ferons ensemble une Compagnie durant l'espace de cinq ans entiers, commençans à la datte des presentes : C'est à sçavoir que nous tous dessus nommez avons juré aux saints Evangiles de Dieu,& sur nos honneurs, que nous nous aimerons & porterons foy & loyauté les uns envers les autres , & se nous sçavons le mal ou domage l'un de l'autre, que nous le detourberons à nos pouvoirs, & le feront sçavoir les uns aux autres , ledit tems durant , & cette presente alliance & Compagnie avons juré envers tous & contre tous', excepté nos Seigneurs naturels de nos amis charnels, & durera cinq ans entiers, comme dit est, & se nul vouloir quelque chose demander & requerir, nous en ventions à jour & à droit pardevant notre tres R. P. en Dieu , notre tres redouté Seigneur le Cardinal Duc de Bar, Marquis du Pont, Seigneur de Cassel, lequel notredit Seigneur nous a promis loyaument en parole de Principie de nous aider e conforter de toute sa puissance & de son pays & de i stes les choses dessus, envers contre tous ceux qui à jour & à droit ne voulront venir l'à il appartient droit par raison , & ferons un Roi de cette Compagnie , qui durera un an entier, « nous tous qui serons de cette compagnie , porterons un Levrier, qui aura en son col un collet , auquel sera escript, Tout ung, & tous les ans tienront deux journéesla premiere à la faint Martin d'yo ver, e l'autre à la saint Georges en Avril , pour sçavoir s'il

y auroit aucune fżute en ladite Compagnie, a se aucune faute il y avoit elle seroit amandée par le Roy & pár six des autres alliez, & convenra que chacun soit auxdites journées , sous paine de payer un marc d'argent ; auxquelles journées on' devroit envoyer se on avoit excufation , soy excuser de payer sa part des dépens, á se tenra la premiere journée à Saint Michel, & ne peut on mettre aucun en cette Compagnie que ce ne Joit par l'ordonnance de mondit Seigneur,& par le Roi d'icelle,

LEVKIHR

AU DI CHE'

ensemble huit ou dix des plus grands d'icelle , lesquels seront ORDRY DO nimmez es Lettres de celuy qui sera commis pour sçavoir ceux qu'ils auroient élu. Et se aucun faisoit tort ou domage à l'un de Bar. de cette Compagnie, il devroit requerir notredit Seigneur qu'il l'eut à jour e à droit s'il estoit son sujet, do s'il n'estoit son sujet, devra requerir le Seigneur de qu'il seroit fujet qu'il l'eut à jour à droit devant que on fit æuvre de fuit, & en cas de refus , notredit Seigneur devroit aider la Compagnie jusques à droit. Et nous tous serons tenus de servir à nos depens celui à qui on feroit domage, qui ainsi auroit requis tant que le pays du Duché de Bar & Marquisat du Pont durant de pour le tems avenir: car se paravent la datte des presentes, ou paravent ce que aucun fut mis de cette Compagnie aucune guerre estoit commencée , nous ne serons point terus d'en aider l'un l'autre comme dit est par la maniere qui s'ensuit, c'est à sçavoir un Banneret à trois hommes d'armes, un simple Chevalier à deux, & un Escuyer à ung , huit jours après que celui à qui on feroit domage l'auroit fait sçavoir au Roy de cette compagnie, do que ledit Roi en auroit requis, da se plas grand force y convenoir ou se devroit renforcer au regard du Roy & de fix de ladite Compagnie , & toutes ces dites alliances , nous tous avons faites& passées par le consentement dudit Seigneur Gen sa preJence, & iceluy notredit Seigneur nous a promis que se nous avions debat les uns aux autres de nous oir de garder le droit de chacune partie sans longs procès , comme bon Seigneur doit faire à ses sujets, & nous lui devons garder fon bien , Etat do honneur & proffit de toutes nos puissances, comme bons Vallaux doivent faire à leurs bons Seigneurs, sans feintise ne entrepos aucun, & ne pourra aucun de cette compagnie prendre ne accepter aucune autre Compagnie ou alliance au prejudice de, cette Compagnie icelle durant ,finon par la volonté & confentement de notredit Seigneur. En temoing de ce nous tous avons mis nos fcels à ces presentes , & avons supplić & requis notre dit Seigneur que pour plus grande approbation de cetie luy plut mettre son siel à ces présentes.Et nous Loys par la grace de Dieu Cardinal Duc de Bar, Marquis de Pont , Seigneur de Cassel, a la requeste des dessus nommez, avons fait mettre nostre scel à ces presentes. Donné à Barle derrain jour de May l'an 1416. Communiqué par M. de Clerambaut.

« PreviousContinue »