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ORDRE DE & lui mit la couronne sur la tête. Ce nouveau Roi d'Espa2. TOISON gne fic encore des changemens aux Statuts de l'Ordre;& dans Espagne." le Chapitre qui se tint à Gand l'an 1559. il ordonna que les

manteaux noirs & les chaperons , qui n'étoient que de drap, feroient aussi à l'avenir de velours noir,& qu'ils feroient don. nez aux Chevaliers & Officiers par le Souverain : que le collier se porteroic dès les premieres Vespres de toutes les Fêtes ausquelles les Chevaliers le devoient porter aussi bien qu'à la grande Messe & aux secondes Velpres , toutes les fois qu'ils sortiroient de leurs maisons pour aller à l'Office Divin , ou qu'ils paroitroient en public pour leurs propres affaires, & comme cec Ordre avoit été institué pour la pro. pagation de la foi, il voulut que l'on n'y reçut aucune perlonne suspecte d'heresie, & obligea les Chevaliers avant que de proceder à l'élection d'un nouveau Chevalier , de faire serment qu'ils n'éliroient aucune personne heretique ni sus. pecte d'herefie.

Cet Ordre qui du vivant du Fondateur avoit été approuvé par le Pape Eugene IV. l'an 1433. fut confirmé par Leon X.l'an 1516. Ce Pontife accorda aux Chevaliers plusieurs privileges , entre autres il donna pouvoir au Chancelier de l'Ordre dont l'Office est toûjours exercé par un Prélar ou personne constituée en dignité Ecclesiastique, de les absoudre , aufli-bien que les Officiers, de tous cas reservez ; de commuer leurs veux ; d'accorder une indulgence pleniere chaque année & à l'article de la mort. Il permit aux Cheva. liers de manger des aufs & du lairage en Carême , de choifir deux Autels dans une Eglise , à la visite desquels il attacha toutes les Indulgences des Stations de Rome. Il leur permit aussi de faire célébrer la Messechez eux, & à leurs femmes & filles d'entrer dans les Monasteres de l'Ordre de sainte Claire & des autres Religieuses avec le consentement des Superieurs. Quoique cela leur ait été contesté depuis le Concile de Trente ; ils ont néanmoins conservé ce Privilege en Espagne.

Les Chevaliers de cet Ordre étoient autrefois élus à la pluralité des voix dans les Chapitres , & le nombre avoit été fixé à cinquante un par l'Empereur Charles V.comme nous avons dit ; mais Philippe 11. voulant que la création de ces Chevaliers dépendît entierement de lui & des Souverains de

1:ON

l'Ordre , il obrint l'an 1572. du Pape Gregoire XIII. un ORDRE DE Bref qui lui accordoit le pouvoir de conferer cet Ordre, OR IN quand bon lui sembleroit, & à celles personnes qu'il vou. ESPAGNE. droit sans la participation des Chevaliers ; ce que Clement VIII. accorda ausli à Philippes III. l'an 1596. & le nombre des Chevaliers n'est plus limité. Les Chapitres de l'Ordre se tenoient d'abord tous les ans, ils se tinrent ensuite tous les trois ans, & furent enfin laillés à la disposition & volonté des Rois d'Elpagne. Il y a eu un grand nombre de Souverains à qui ils ont envoïé le collier de cet Ordre , car sans parler de tous les Empereurs qui ont succedé à Charles V. jusques à présent qui sont au nombre de douze , François Premier , François II. & Charles IX. Rois de France, Edouard IV. Henry VII. & Henry VIII. Rois d’Angleterre, des Rois de Bohême, d'Hongrie , de Naples , de Sie cile, de Portugal, de Pologne, de Dannemarck & d'Ecofle, & un grand nombre de Princes Souverains d'Allemagne & d'Italie, se sont fait un honneur d'être de cet Ordre. Charles II. Roi d'Espagne étant mort l'an 1700. & aïant appellé à la succession universelle de la Monarchie d'Espagne Philippes de France Duc d'Anjou , second fils de Louis Dauphin de France , & petit Fils de Louis XIV. & de Marie Therese d'Autriche , fæeur du même Charles II. Roi d'Espagne; ce Prince après avoir pris possession de cette Monarchie , sous le nom de Philippes V. envoïa le Collier de l'Ordre de la Toison d'Or à Louis Duc de Bourgogne , & à Charles Duc de Berry ses Freres, qui le reçurent de la main du Roi Louis Xiy. son aïeul , auquel il avoit donné une commission pour cet effet. Les Ducs d'Orleans & de Vendôme & plusieurs Seigneurs François ont depuis reçu cer Ordre, que l'Archiduc d'Autriche', Charles second fils de l'Empereur Leopold , a donné aussi à plusieurs Gentilshommes en qualité de Roi d'Espagne , dont nonobstant la juste possession de Philippes V. il a pris le titre , & qu'il conserve encore aujourd'hui , sans aucun fondement, avec la dignité Imperiale, où il fut élevé en 1711. par une partie des Électeurs de l'Empire , qui contre les Loix concoururent à son élection, malgré l'absence des Electeurs de Baviere & de Cologne, après la mort de l'Empereur Joseph son frere , quiar. riva cette même année.

X x iij

LIERS DU

ORDRED:S Nous avons dit cy-devant quel étoit l'habillement de ces
CHEVA- Chevaliers. Legrand Collier elt composé de fusils & decail-
ER D'or lous d'où sortent des écincelles de feu , & au bas du collier
EN FRANCE pend une Toison d'or. Il n'étoit pas permis d'y rien ajoûter

ni de l'enrichir d'aucunes pierreries ; mais cela a été permis
dans la suite , & il y a de ces sortes de Colliers qui sont d'un
très grand prix, selon la quantité & la qualité des pierreries
dont ils font enrichis. Les Statuts de l'Ordre qui avoient d'a-
bord été donnez en François aux Chevaliers, furent mis en
Latin, par Philippes Nigri Prévôc d'Harlebek & Chancelier
de l'Ordre, & Nicolas Nicolai Greffier du même Ordre, les
mit en plus beau François. Il ne s'est trouvé que le Duc
d'Urbain Guy Ubald de la Rouere, qui aïant été fait Che-
valier de la Toison par Philippes II. Roi d'Espagne ne vou-
lut pas recevoir les Statuts en François, à caule de son aver-
fion pour la France. Il se trouve néanmoins de ces Statuts
imprimés en plusieurs langues.

Guillaume de Tournay. La Toison d'or. Laurent Bouchel, Bibliotheque ou Trésor du Droit François. Favin , Theatre d'honneur & de chevalerie. Bernard Giustiniani , Hift. di tutti gli ord. Militari. Du Belloy, origine des Ordres de chevalerie. Schoonebeck Histoire des Ordres Militaires. Toison d'or ou recüeil des Statuts de l'ordre de la Toison d'or. JeanBaptiste Maurice, le Blafon des Armoiries des Chevaliers de la Toison d'or. Le mausolée ou tombeau des Chevaliers de l'ore dre de la Toi in dor, Memoires dutems.

CHAPITRE I V.
De l'Ordre des Chevaliers du Fer d'or eg des Ecuiers du

Fer d'argent , en France.

TEAN Duc de Bourbon fils de Louis II. Instituteur des J Ordres du Chardon & de l’Ecu d'or, dont nous avons parlé dans le Chapitre XLVII. inftitua dans l'Eglise de Notre-Dame de Paris l'an 1414. L'Ordre des Chevaliers du Fer d'or & des Ecuïers du fer d'argent, & fic sçavoir qu'il l'établissoit, tant pour éviter l'oisiveté & le signaler par des faits d'armes, que pour acquerir la gloire & les bonnes

INFRANCE.

graces d'une très belle Dame qu'il seryoit. Seize gentils- ORDREDES hommes seulement, partie Chevaliers & partie Ecuiers y de- HSV voient être reçus. Ces Chevaliers aussi bien que le Duc de Fer D'OR Bourbon qui en étoit le Chef, étoient obligez de porter tous les Dimanches à la jambe gauche un fer de prisonnier pendant à une chaîne; & y manquant, ils devoient donner quatre sols parisis aux pauvres. Le fer des Chevaliers étoit d'or & celui des Escuiers d'argent. Les premiers Chevaliers qui recurent cet Ordre furent les sieurs Barbazan, du Chastel, Gaucourt , de la Huze, Gamaches , saint Remy, de Mousfures, Bataille, d'Asnieres, la Fayette , & Poulargues. Les premiers Escuiers furent les fieurs Carmalet, Cochel & du Pont.

Ils faisoient ferment de s'entr’aimer comme freres, de se procurer du bien, de ne point souffrir que l'on parlât mal d'eux , & de deffendre leur honneur à quelque prix que ce fût. Leurs armes sur tout étant dediées au service des Dames qui imploreroient leurs secours, ils étoient resolus de se batre ensemble dans deux ans pour l'amour d'elles, soit à pied, ou à outrance, armés de haches , de lances, d'épées, de dagues, & même de bâtons , le tout au choix des adversaires ; ce terme de deux ans n'étant pris pour le combat , qu'à con, dition qu'ils ne pourroient pas plùiôc trouver dix-sept Chevaliers ou Escuïers sans reproche,qui voulussent en venir aux mains & s'éprouver contre eux : que s'ils y étoient outrez

( c'est le terme de la fondation ) ils demeureroient entre les mains des victorieux & deviendroient leurs prisonniers, ou bien donneroient pour rançon n fer avec sa chaîne semblable à celui de leur Ordre, les Chevaliers un fer d'or , & les Ecuïers un fer d'argent, ou que s'ils se rachecoient par quelque present, les Ecuïers leur donneroient un bracelet d'argent & les Chevaliers un bracelet d'or;que s'ils y étoient assommés, ou bien que par maladie ou autrement ils vinssent à mourir, en ce cas leurs fers ausf-bien que les chaînes seroient envoïés à la Chapelle de l'Ordre & lå attachez devant l'image de la sainte Vierge ; qu'alors les Confreres pour l'ame de chaque deffunt feroient dire un service & dix. Tepr Messes chacun, où ils aslısteroient en habit de deüil, & qu'enfin quiconque tomberoit dans quelque faute seroit challé de la Compagnie. Quoique le Duc de Bourbon fûc l'Instituteur de l'Ordre, il

LIRS DU

ne se reserva pas néanmoins la nomination des Chevalier som ORDRE DES CHEVÄ une place vacante devoit être remplie par l'avis de la meil

leure partie ou de tous les Chevaliers ensemble. Il ne con IN France serva d'autreSuperiorité ni d'autre droit que celui de contri

buer plus largement qu'eux , aux dépenles qui se devoient faire à frais communs, de leur fournir les Lettres du Roi dont ils avoient beloin, & de leur faire içavoir le jour qu'il partiroit,quand il faudroit aller en Angleterre. Mais il ordon

prendre devoïage ni faire autre chose qui pûc i'empêcher de fe trouver au rendez-vous, au tems du combat.

Il paroît que cet Ordre à proprement parler n'étoit qu'un combat à outrance de dix sept contre dix-sept', ou ie. Duelistes facrifioient leur vie & leur honneur pour des femmes & peut être pour des concubines , & néanmoins il fut fondé dans l'Eglile de Nôtre-Dame de Paris , en une Chapelle appellée Nôtre-Dame de Grace, au nom de la sainte Trinité & de saint Michel. Ils s'obligerent de plus , de faire peindre. dans cette Chapelle une image de Nôtre Dame avec les armes de leurs maisons & y mettre un fer d'or semblable à celui qu'ils portoient, mais fait en chandelier afin d'y placer un cierge allumé qui brulât continuellement jusques au jour du combat. Ils s'obligerent encore de faire dire à neuf heures tous les Dimanches une Messe haute de la fainte Vierge & une balle à pareille heure, les autres jours , & pour cela de fournir de Calices , chasubles & autres ornemens necelfaires ; & que fi c'étoit le bon plaisir de Dieu qu'au combat general ils batissent leurs adversaires ; chacun d'eux en particulier , non seulement y fondroit la Meffe & un cierge à perpetuité ; mais encore's'y feroit représenter avec sa cotte d'armes & les autres armes qu'il avoit en combattant,& même y donneroient les bracelets des vaincus que Dieu leur auroic donnés ce jour-là ou autres de pareille valeur. Cet Ordre dura peu & même les Chevaliers ne se batirent point au jour fixé. A la verné le Duc de Bourbon passa en Angleterre au tems porté , ou à peu près , par les Lettres de la fondation ;. mais en qualité de prisonnier de guerre & non pas de Chevalier du Fer d'oro, & il y mourut après dix neuf ans de prison. Memoires communiquez par M. de Clairambaut.

CHAPIIRE

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