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PILLIS DU

TUR.

Filles oo sticut ne fût que pour des Penitentes volontaires, elle ne laisBon Pase soit pas d'en retenir quelquefois malgré elles, lorsque Dieu

lui inspiroit de s'opposer à la tentation qui les poussoir à leur fortie & à leur perce. Elle en arrêta un jour une par la main comme elle gagnoit la porte sans rien dire; vous ne sortirez pas, ma fæur, lui dit elle d'un ton severe , nous verrons qui lera le plus fort, de Dieu ou du Demon. Elle se crut obligée de parler dans cette occasion avec un ton de maîtreffe & de Superieure, ce qui ne lui étoit pas ordinaire. Car les moïens dont elle se servoit pour engager ses filles à se ranger à leur devoir , étoient des discours remplis d'une charité douce & comparissante capable de gagner leurs cæurs. Elle les faisoit postuler quelque tems avant que de les recevoir. Après les avoir reçuës, elle les tenoit en retraite avant que de les mettre dans les exercices de la Communauté, & là , par le moïen des Sæurs qui leur parloient & qui les vosoient, elle tâchoic de discerner leur esprit , leurs dispositions & leurs motifs. Ensuite elle leur faisoit une vive peinture de la vie austere que l'on menoit dans la maison, adoucissant néanmoins ces idées effraïantes par la consolation & la recompense que Dieu destine aux Penitens. Tour conserver parmi ces filles Une estime reciproque , & l'union sainte , qui est le lien & le soûtien des Communautez, elle avoit établi , que sans distinction de condition & de richesses, elles fussent toutes habillées & entretenuës d'une maniere uniforme. Bien loin d'avoir ces soins empressez qu'on voit dans des Superieures, qui ne sont occupées que de la subsistance de leur maison & qui voudroient que les autres ne pensassent qu'à cela , Madame de Combé auroit volontiers étendu fa charité sur tous les pauvres , ausquels si elle eur été cruë , on auroit distribué chaque jour, ce qui restoit aprés la subsistance de ses filles ; ne pouvant fouffrir qu'on lui parlât de faire des reserves. Un jour venant de recevoir cent francs de la pension, elle rencontra une Demoiselle, dont elle connoifoir les besoins, elle lui en donna cinquante & se fit violence pour ne lui pas donner la somme entiere Une Dame de qualité extrémement riche , voulur donner une grosse somme à la Communauté du Bon Pasteur, le Notaire apporta le contrat tout > dressé à Madame de Combéqui le refula : à Dieu ne plaise, * disoit-elle,que j'affoiblisle par un fonds fi considerable la con

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fiance que nous ne devons mettre qu'en Dieu feul. Une - Fills

DU KUN autre Dame aïant resolu de faire en sorte que cette maison PaileUR. fût fondée, elle la remercia encore de ses bonnes intentions. Plus elle vivoit , plus la confiance augmentoit. Enfin Dieu voulant l'en recompenser, elle mourut le 16. Juin de l'année 1692. âgée seulement de 36. ans , après avoir souffert pendant deux ans des douleurs continuelles, dans lesquelles elle donna des preuves incontestables de fa pacience & de la parfaite soumission à la volonté de Dieu. Elle fut enterrée selon les desirs, dans le petit cimetiere de laint Sulpice destiné principalement pour les pauvres. :D

La Maison du Bon Pasteur est composée de deux sortes de personnes ; de filles que l'on nomme seurs, dont la conduite a toujours été reguliere ; & de filles Penitentes. Les Sæurs se consacrent gratuitement à la conversion & à la sanctification des filles qui sont tombées dans le desordre : & les filles Penitentes pour expier leurs pechez,émbrassent volontairement une vie de mortification de travail & de retraite. On ne fait point de distinction de païs, ni de Paroisse, on ne demande qu'une bonne volonté; on ne reçoit point de pension quelque modique qu'elle soit ; on se contente de demander la premier robe, on ne reçoit point non plus de femme , tant que leur engagement subliste, ni celles qui sont enceintes ou attaquées de quelque maladie qui pourroit se communiquer.

Les robes des Filles Penitentes font de bure ou de gros drap brun; elles sont serrées & contiennent deux largeurs de drap, le cou fermé & attaché par une agraffe. Il y a deux plis arrêtez sur les épaules ; les manches sont larges d'un bon tiers & descendent jusqu'au bas du poignet. Elles ont une ceinture de cuir noir , large d'environ un pouce & arrêtée par une boucle de fer noirci. Leur coëffe est d'étamine assez épaisse pour ne pas voir au travers , elle est d'une aune demi quart: au dessous elles portent une autre coëffe d’éramine en forme de cornette longue de deux tiers & profonde d'un quart, compris le rendouble, dans lequel on met un morceau de bougran noir pour la tenir en état ; le repli de cette coëffe est droit & sans aucune avance, afin de bannir entierement la vanité, d'un habit qui ne prêche que la mo destie & la mortification. Elles ont une pointe qui avance sur

Bo

PA

TLUR.

Fries du la moitié du front en forme de bandeau , & portent à leur BON PAS ceinture un gros chapelet de bois brun où il y a une croix, sur

laquelle est un Christ de cuivre jaune. Elles se servent de bas de laine qu'elles font elles mêmes , & au lieu de souliers elles ont des sandales de bois couvertes de cuir ou de chapeau.

Les Sæurs qui gouvernent la maison forment comme un corps de Communauté. Elles y peuvent être reçuës à l'âge de vingt-trois ans & aprés deux années d'épreuve. Quand quelque Saur est admise à la pluralité des voix, on marque un jour pour la cérémonie publique de la reception, à laquelle elle se dispose par trois jours de retraite, pour demander à Dieu la grace de connoître & d'accomplir la sainte volonté. Le jour destiné à la cérémonie, elle commence avant la Messe de Communauté le Pseaume Miserere , qui est continué par le Chæur, pendant qu'elle demeure profternée. Sur le point de recevoir la sainte Eucharistie, elle prononce ces paroles d'une voix distincte : Sufcipe me sesundum eloquium tuum á vivam, * non confundas me ab expectatione mea ; & après qu'elle a communié , le Chæur chante le Ý. Gustate da videte quam fuavis eft Dominus ; Beatus vir qui sperat in eo. La Melle étant finie, elle embrasse toutes les filles qu'elle doit servir à table au dîner, & ausquelles elle doit ensuite baiser les pieds , pour marquer l'engagement qu'elle a pris d'être leur servante. Ces Sæurs sont habillées comme les Penitentes , excepré que leurs coëffes sont de taffetas, & il n'y a nulle distindion entre elles & les mêmes filles Penitentes , loit pour le logement, soit pour la nourriture.

L'utilité de cet établissement a paru si grande, qu'outre les établissemens dont nous avons déja parlě ci-dessus , il s'en est fait trois autres à Paris en moins de d

ont sainte Theodore, sainte Valere & le Sauveur.

Vie de Madame de Combé;imprimée à Paris en 1700.Herm, Hist. des Ordres Religieux , Tom. IV. & de la Marre, Traité de la Police de Paris, Tom. I.

CHAPITKI

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