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femme tâchoic d'engager toutes celles dont on lui donnoit Fitm Du connoissance : ce qui lui réussit principalement à l'égard ^"^pai" d'une jeune fille , qui aïant quelque dessein de se retirer du désordre y trouvoit toujours des obstacles qui lui paroissoient insurmontables. Car cette nouvelle Propagatrice de la pénitence en aïant étéavertie,alla coucher chez une de ses amies dans le quartier de cette pauvre malheureuse , qu'elle alla trouver dè grand matin, & elle la persuada fi bien de la nécessité de la pénitence , qu'elle abandonna tout & la suivit sans différer davantage l'heureux moment de fa conversion.

Le nombre de ces nouvelles Disciples de la pénitence augmentoit si considérablement tous les jours , qu'il auroit été impossible fans un miracle qu'une étrangère dénuée de biens comme étoit Madame de Combé les eût pu entretenir de tous les besoins de la vie j mais ía confiance en Dieu lui tenant lieu de rentes & de possessions elle n'en refusoit aucune: ce qui lui mérita des secours encore plus extraordinaires que ceux qu'elle avoit reçus jusqu'alors. Car comme elle n'avoit plus de place pour les pauvres filles qui s'adressoicnt à elle , une Dame la vint voir & s'engagea à fournir deux cens livres par an pour loiier une maison un peu plus grande qu'elle trouva dans la rue du cherche midi, où furent jettes les fondemens de la Communauté du Bon Pasteur , dont les filles gagnoient leur vie du travail de leurs mains , qui ne suffisant pas quelquefois, obligeoit Madame de Combé à aller de porte en porte demander de quoi les faire subsister. Mais un jour que tout lui manquoit, voïant fort bien qu'il ■ n'y avoit que Dieu seul qui pût lui donner ce qui lui étoit nécessaire, elle courut à saint Sulpice où prosternée au pied de l'Autel & priant le Seigneur de ne point abandonner son troupeau , un homme inconnu lui mit en main une bourse, òù il y avoit cinquante écus d'or , la priant d'agréer cette petite aumône.

Un événement si miraculeux augmenta fa confiance jusqu'à un tel point que les accidens les plus fâcheux n'étoient pas capables de l'e'branler. Tel fut celui de la Dame qui aïant retiré la parole qu'elle avoit donnée de païer deux cens livres pour le louage de la Maison du Bon Pasteur , mettoit cette Communauté en danger de ne pouvoir subsister Titus Do long-tems : car la sainte Fondatrice au lieu de íe chagriner Bon Pas- ne gc qUe (e recommander à Dieu , qui récompensa cette nouvelle confiance par un songe dans lequel il lui sembloic 'qu'elle exposoit au Roi le malheureux écat de ses filles, 8c que ce Prince en étoit si touché qu'il lui promettoit une maison & sa protection , & que prenant ensuite à pleines mains de l'or & de l'argent, il le jettoit dans son tablier : ce que l'effet vérifia j car un jour qu'elle racontoit ce songe à son Confesseur comme une chose fort consolante pour elle, un Commissaire entra chez elle & lui dit qu'il venoit de la part du Roi & du Lieutenant Général de Police la mettre en possession d'une maison appartenante à un Calviniste , qui avoit quitté leRoïaume & s'étoit réfugié à Genève. C'étoic le 15. Mars 1688. Cette maison qui avoit été abandonnée étoit en si mauvais état qu'on estima que lés réparations monteroient à plus de deux mille livres. Cependant quoique Madame de Combé ne fût pas en écat de faire une dépense de cette conséquence, elle ne laiUa pas de commencer à y faire travailler ,pleine de foi & d'espérance que Dieu ne lailseroit pas son ouvrage imparfait} & que lui aïant donné une maison , il la rendroit logeable. Sa confiance ne fut point vaine 1 car elle reçut peu de tems après une ordonnance de quinze cens livres de la part du Roi, qui lui fit sentir les effets de ses libéralités dans beaucoup d'autres rencontres.

La bonne odeur de cette Maison de Pénitentes se répandant insensiblement dans Paris , il y vint plusieurs personnes qui en furent ii édifiées, qu'elles y laissèrent des aumônes considérables, par le moïen desquelles les logemens furent bien-tôt agrandis & capables de recevoir plus de quarante Pénitentes. Une Dame y envoïa un ornement, quoiqu'il n'y eût point encore de Chapelle dans la maison , & que les filles sortissent pour aller entendre la Messe C'est ce qui fit penser à Madame de Combé d'en avoir une. Le Curé de saint Sulpice eut d'abord quelque peine à donner son consentement, mais il le donna enfin après avoir examiné laneceflïté qu'il y avoit de tenir ces filles dans la retraite. L'Archevêque de Paris accorda fa permission , & envoïa son Grand-Vicaire pour bénir la nouvelle Chapelle, oh. la première Messe fut célébrée le jour de la Pentecôte de Tannée 1682.

La Chapelle & la Maison se trouvèrent bien toc trop pe- j^""^" tites pour les filles dont le nombre augmenta jusqu'à soixante «ur. *" & dix, & en moins d'un an il y en eut encore davantage , qui toutes pénétrées des sentimens d'une tendre & sincère pénitence s'y étoient retirées pour reparer les outrages qu'elles a voient faits à la Majesté de Dieu, par les déréglemens de leur viepaíTée. Mais le Démon jaloux de ces progrès & irrité de ce qu'on lui. enlevoit ainsi tant d'âmes , qu'il avoit déja soumises à son empire , mit tout en usage pour faire échouer un si saint établissement, en rendant Madame de Combé suspecte aux puissances & aux gens de bien, dans l'esprit desquels il la voulut faire passer pour une hypocrite, qui se traitoit aulfi délicatement qu'elle traitoit rudement ses pauvres filles, & qui après avoir fait fa bourse en France, retourneroit en Hollande , où elle cmporteroit cinquante mille écus qu'on l'accusoit d'avoir dans un coffre fort, ce qui ne laissa pas de faire impression fur quelques esprits credu es, qui par leurs plaintes réitérées furent cause qu'on la cita devant les Magistrats , & que l'Official alla visiter fa maison de la part de l'Archevê que. Mais le Lieutenant Général de Police prit hautement la défense de cette sainteFondatrice. & le Roi informé des intrigues que la malice & la crédulité formoient contre fa Communauté, se déclara plus ouvertement que jamais pour elle, en ordonnant au Marquis de Seignelay d'écrire à l'Archevêque de fa part pour lui recommander cette Communauté persécutée, qu'il prenoit sous ía protection Roíale. Ce qui obligea l'Archevêque d'envoïer fur le champ à Madame de Combé pour l'assurer qu'il la protegeroit contre tous ceux qui l'inquieteroient.

Après que cet orage eut été dissipé , la Maison du Bon Pasteur fut en si grande estime , qu'on y vint de plusieurs Provinces de la France pour en prendre l'esprit & les Règles. Orléans, Angers, Troyes, Toulouse, & Amiens demandèrent à Madame de Combé des .Sœurs & des Filles Pénitentes , pour former de pareils établisse mens, qui réussirent fort heureusement par la capacité des sujets qu'elle leur envoïa pour cet effet; Dieu lui aïant donné un discernement íì juste, qu'elle ne se trompoit presque jamais dans les jugeroens qu'elle faifoit de l'esprit de ses filles, de leur disposition & des emplois qui leur convenoient. Quoique son In

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Fitirs Do stitut ne fut que pour des Pénitentes volontaires, ellene laifT°u1.pas* pas d'en retenir quelquefois malgré elles, lorsque Dieu lui inspiroit de s'opposer à la tentation qui les pouíloit à leur sortie & à leur perte. Elle en arrêta un jour une par la main comme elle gagnoit la porte sans rien dire > vous ne sortirez

Í>as, ma sœur , lui dit elle d'un ton severe, nous verrons qui era le plus fort, de Dieu ou du Démon. Elle se crut obligée de parler dans cette occasion avec un ton de maîtresse & de Supérieure, ce qui ne lui éioitpas ordinaire. Car les moïens dont elle se servoit pour engager ses filles à se ranger à leur devoir , étoient des discours remplis d'une charité douce 8c compatissante capable de gagner leurs cœurs. Elle les faisoit postuler quelque tems avant que de les recevoir. Après les avoir reçues, elle les tenoit en retraite avant que de les mettre dans les exercices de la Communauté , & là, par le moïen des Sœurs qui leur parloient & qui les voioient, elletâchoic de discerner leur esprit, leurs dispositions & leurs motifs. Ensuite elle leur faisoit une vive peinture de la vie austère que l'on menoit dans fa maison, adoucissant néanmoins ces idées effraïantes par la consolation & la recompense que Dieu destine aux Penitens. I our conserver parmi ces filles une estime réciproque , & l'union sainte , qui est le lien & le soutien des Communautez, elle avoit établi, que fans distinction de condition & de richesses , elles fussent toutes habillées & entretenues d'une manière uniforme. Bien loin d avoir ces foins empressez qu'on voit dans des Supérieures* qui ne font occupées que de la subsistance de leur maison & qui voudroient que les autres ne pensassent qu'à cela, Madame de Combé auroit volontiers étendu fa charité fur tous les pauvres , aufquels si elle eut été crue , on auroit distribué chaque jour , ce qui restoit aprés la subsistance de ses filles j ne pouvant souffrir qu'on lui parlât de faire des reserves. Un jour venant de recevoir cent francs de fa pension* elle rencontra une Demoiselle, dont elle connoissoit les besoins , elle lui en donna cinquante & se fit violence pour ne lui pas donner la somme entière Une Dame de qualité extrêmement riche , voulut donner une grosse somme à la Communauté du Bon Pasteur, le Notaire apporta le contrat touc *. dressé à Madame de Combéqui le refusa : à Dieu ne plaise, » disait-elle.que j'affoiblisse par un fonds fi considérable la con». r

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