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TEUR.

Filles ou sement de leur Institut dans trois autres maisons , dont il y Bon. Pas en a une à Langres. Q:10ique l'Ecrivain de la Vie de M.

Joly donne à ces Holpitalieres le titre de Religieuses ; elles ne fonc pas néanmoins de veux solemnels. Elles font cinq ans de Noviciat , après lesquels elles font seulement trois væux simples de chasteté , d obéissance & de charité envers les ma'ades. Elles font tous la conduite de l'Evêque pour le spirituel, & des Administrateurs de leurs Hôpitaux pour le temporel. Les Superieures sont éluës tous les six ans. Leur habillement qui est noir & tel que nous l'avons fait graver, eft,comme nous l'avons dé a dir, semblable à celui des filles de Sie Agnés d'Arras,& de la sainte Famille de Doüay,dont l'lnsticut est d'élever de perites filles orphelines & abandonnées jusqu'à ce qu'elles soient en âye d’être mariées ou d'entrer en service. Eiles font aussi trois væux simples , & ont eu pour Fondatrice Mademoiselle Jeanne Biscot née à Arras l'an 1601. & qui mourut le 27. Juin 1664. âgée de 63. ans.

Le Pere Beaugendre Benedidin , vie de M. Foly , ime

Hospitalieres,& perles filles de la Societé de Ste Agnés d'Arras,

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CHAPITRE X X XII.
Des Filles du Bon Pasteur, avec la Vie de Madame de

Combé, leur Fondatrice.
ADAME de Combé Fondatrice des Filles du bon Pa-

iteur, étoit fille de Jean deCyz fils d’un Gentihomme Hoilandois qui s'étant signalé da is les guerres des Pais Bas n'en eut pas une fortune plus avantageuse, puisqu'il laissa si peu de bien à son fis,qu'il fut obligé d'abandonner sa Province, où il n'avoit pas de quoi se soutenir selon la condition, pour aller s'établir à Lyde, où s'étant marié il eut six enfans, du nombre desquels fuc Madame de Combé qui nâquit en 1656. & reçut sur les Fones de Baptême le nom de Marie. Cette enfant qui quoiqu'élevée dans l'Herélie étoit choisie de Dieu pour l'execution d'un nou reau deslein de la misericorde pour les ames égarées de la voix du falar , fit paroître tant d'inclination pour la Religion Catholique à mesure que

TŁUR.

la raison se développoit en elle, que cela excita un bon Prêtre Filles DN caché à Leyde pour y soûtenir les Fideles qui dans le chan Bon Pasgement de Religion écoient demeurés fermes dans la foi Catholique, à cherchur les moïens de l'instruire des verités de nôtre sainte foi & de la prévenir contre les fausserés de l'erreur & du mensonge , en quoi il réüssit si bien qu'il jetta dans son cæur une divine semence qui a donné lon fruit dans son tems. Avec la foi , les vertus croilloient en l'ame de la jeune Marie , principalement son amour pour Dieu & sa charité pour le prochain : heureuse si elle eut perseveré dans de si beaux commencemens ; mais l'ennemi du genre humain qui en craignoit les luites , les troubla par le moïen de ses parens, qui irrices de ce qu'elle ne laissoit échaper aucune occasion de prendre le parti de l'Eglise Romaine contre les Herériques, n'oublierent rien pour lui faire sentir les effets de leur ressentiment : ce qui eut un effet fi funeste sur son cour , qu'elle négligea peu à peu ses exercices de piecé, & sacrifia à son repos , par un amour propre trop ordinaire aux personnes de son sexe, les verités que Dieu lui avoit fait connoître; mais aigrie plutôt que gignée par leur conduite à son égard, elle palla en Angleterre où elle demeura trois ans chez une Dame amie de la famille.

Ses parens la rappellerent à l'âge de dix-neuf ans pour la marier à un Gentilhomme nommé de Combé, dont les richesses étoient assez gran des pour faire le bonheur de leur fille, G Dieu, qui est admirable dans ses Saints , n'en eût disposé aucrement, en se servant de son humeur violente & déréglée , pour punir l'infidelité de celle dont il ne vouloit pas la mort, mais la conversion & la vie. Comme elle n'avoit pas une patience à toute épreuve , au bout de dix huit mois elle demanda la separation , & l'obrint. Son mari étant mort six mois après, un autre Gentilhomme,considerable par ses biens & par son credit charmé de la grande beauté, qui étoit soutenuë d'un esprit folide , d'une huineur douce, & de manieres insinuantes,la rechercha en mariage; mais ce qu'elle avoir souffert avec son mari l'en dégouta li fort, qu'elle y renonça pc

Quelque tems après sa sour & son beau frere la menerent en France , où les premiers sentimens de Religion se renouvellerent, & lui donnerent de grands remor is de conscien

BON PAS-
TIUA.

FILLES Du ce : mais la commodité de celle qu'elle avoit embrasiée par Bon Pas- les mauvais traitemens de ses parens,& les compagnies mon

dainęs qu'elle aimoit, & où elle étoit bien reçuë , l'empêcherent de longer sérieusement à la conversion jurou'à ce qu'en fin après avoir negligé pendant deux ans les graces du Ciel, se sentant un jour follicitée par cette même grace à sortir du

funeste état où elle s'étoit malheureusement engagée , elle » s'écria : Que voulez-vous, Seigneur ? vous sçavez que je » n'ai pas assez d'esprit pour faire le discernement de la verita» ble Religion. Si je m'adresse à un Calviniste, il me dit qu'il » enseigne vôtre Doctrine dans sa pureté. Le Lutherien me » veut entraîner dans son parti ; le Catholique me loûrient » qu'il n'y a point de salut pour moi hors l'Eglise Komaine. ." Ah! je ne veux pas me damner ; mais que puis-je faire dans "cette incertitude, sinon de m'addresser à vous ? Eclairez” moi , conduisez-moi , vous êtes mon Dieu. Sentant augmenter son agitation & son trouble, elle se jetta aux pieds de son lit fondant en larmes ; & là redoublant sa nriere, elle

disoit avec la naïveté d'un enfant ( car c'étoit son caractere) ” Quoi, vous ne me parlerez pas, mon Dieu ? il y a fi long”tems que je crie & vous ne faites pas semblant de m'enten* dre? Je veux me sauver , & vous ne le voulez pas ? Je vous ” cherche, ce me semble de fi bon cour , & vous ne voulez " point de moi : Montrez moi vôtre voïe, faites-moi connoî" ire la veritable Religion, mon Seigneur & mon Dieu : je * vous rends responsable de mon salut. Après avoir passé une

partie de la nuit à prier & à pleurer , épuisée & accablée de tristesse, elle se jetta sur son lit toute habillée & s'endormit.

Soit que son imagination encore échauffée retraçât les mêmes idées que venoient de faire en elle de si vives impressions, ou que ce fût un de ces fonges que Dieu envoïe , felon le Prophete Joël, aux enfans de la nouvelle alliance , Madame de Combé demandant à Dieu avec de nouvelles instances, toute endormie qu'elle étoit , qu'il ne la laissât pas dans le sommeil de la mort, elle s'éveilla en sursaut, entendant ou crosant entendre une voix qui lui disoit : Levezvous, & allez à la fenêtre , vous y connoîtrez la veritable Religion. Frappée de cette voix, elle y courut aussi tôt,& vit passer un Prêtre qui portoit le saint Viatique: alors fe proIternant en terre, & adorant le très saint Sacrement,elle s'é

"PASTEUR.

cria : Je vous connois, ô mon Dieu ! me voici Catholique ; . FILLES Loïez beni à jamais, je ne veux plus servir que vous feui. D! BON

Son beau-frere ne fut pas long-tems sans s'appercevoir qu'elle étoit convertie; parce que craignant que Jesus Christ ne la renonçât devant son Pere, si elle rougissoit de lui devant les hommes , elle ne s'en fit point un mystere. Le faux zele du Calviniste,joint à un esprit dur, hautain & emporté, fit entrer ce Gentilhomme dans un tel excès de colere, qu'il la menaça de la perte de ses biens qu'elle avoit en Hollande,

& la chargea d'injures & de reproches outrageans. Ces · mauvais traitemens ne servirent qu'à affermir & purifier la

foi de la nouvelle Catholique, qui quoique d'une hu douce & patiente , ne laissa pas de tomber malade, par la violence qu'elle se fit pour ne rien répondre à des invečtives, qu'elle avoit si peu meritées. Cette maladie qui d'abord n'étoit pas fort considerable, ne laissa pas de la reduire à l'extremité , par la malice ou l'ignorance de ceux qui lui donnerent une medecine , dont l'effet fut si violent , qu'elle perdit ses dents , & que son temperamment en fut alteré le reste de ses jours.

L'état funeste où elle se vit reduite lui faisant craindre que la mort ne prévînt sa reconciliation avec l'Eglise , elle envoïa sa femme de chambre ( qui étoit Catholique ) à saint Sulpice, afin qu'on lui envoiât un Prêtre pour recevoir son abjuration: ce qui ne se fit pas sans difficuté: car le Vicaire de cette Paroisse lui aïant été envoïé pour cet effet , il ne put lui parler ; jusqu'à ce que l'aïant obtenu par autorité de la justice, qui lui fit ouvrir la porte de la maison de son beaufrere , qui étoit fermée aux Catholiques, il reçut son abjuration, & lui administra les Sacremens de la Penitence, de l'Eucharistie & de l'Extrême Onction. Elle les reçut avec tous les sentimens d'une veritable conversion à Dieu, qu'elle commença dès lors à regarder comme son seul & unique bien & comme son partage, prévoïant bien que s'il lui renvožoit la santé, elle n'avoit rien à esperer de ses parens ; en quoi elle ne se trompoit pas : car irrités plus que jamais de l'action qu'elle venoit de faire,ils n'oublierent rien pour s'en venger, en lui ôtant la Garde, dont elle ne pouvoit se passer , & lui refusant même jusqu'à la nourriture necessaire ; mais Dieu ne la laissa pas sans consolation : car M. de la Barmondier

BON PAS.

EILLIS DU Curé de saint Sulpice , prit d'elle un soin particulier, la fit TEL'R.

transporter dans une Communauté de Filles vertueuses, se chargea de son instruction & de fa subsistance, obrint pour elle deux cens livres de pension sur l'Oeconomat de l'Abbaïe de saint Germain des Prez, & se chargea de ce qu'il fal.oit de plus pour son honnête entretien.

Sa santé étant un peu rétablie , & aïant témoigné un grand desir pour la retraite,on la mena à la campagne dans un Couvent, dont la Superieure éclairée & pleine de charité, servit infiniment à la confirmer dans la foi & dans la pratique des bonnes cuvres : elle revint ensuite à Paris,où elle voulut de. meurer dans la même Paroisse où elle avoit reçu tant de graces. Le Prêtre du quartier l'étant allé voir à la priere d'une pieuse Demoiselle qui la logeoit , fut surpris du fond de Re. figion qu'il trouva dans cette Néophyte, qui de son côté fut fi édifiée de la sage conduite de cec Ecclesiastique , qu'elle le prit ensuite pour son Directeur. Le desir qu'elle avoit de s'avancer dans le chemin de la perfection , lui fit prendre la resolution de s'associer avec une pauvre fille, qui passoit pour vertueule, afin qu'étant en la compagnie, elle put profiter de sa conversation , & être solltenuë dans la pratique de la pieté; mais au lieu de recevoir quelque soulagement de cette fille, avec laquelle elle partageoit fa petite pension, elle n'en reçut au contraire que des mortifications & des ingratitudes, qu'elle supporta avec une patience heroïque, s'estimant trop heureuse d'être estimée digne de souffrir des injures & des mépris pour la gloire de Jelus Christ, qu'elle préferoit à toutes les consolations & vanités du monde. C'est pourquoi afin de l'imiter plus parfaitement, elle vendit fes habits de foïe pour en distribuer le prix aux pauvres, & fe fit un habit de bure, li fingulier , qu'il lui attira les risées de plusieurs personnes , & l'indignation de son Confesseur , quiaïant fait fon possible pour l'empêcher de prendre un habit si penitent, & voïant que nonobstant ses avis elle avoit executé ce defsein, la renvoïa fort rudement, lorsqu'elle se présenta à confesse : ce qui joint à quelques remontrances qu'il lui fit, lui aïant donné quelque fcrupule , que ce ne fût plûtôt un effet de fon amour propre qui l'eût portée à cela, que de la volonté de Dieu,qui se déclaroit par la bouche de fon Con felfeur ; elle se mit d'une maniere qui n'aïant plus rien de lin

gulier,

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