Page images
PDF
EPUB

GRES.

vres de quelqu'âge qu'ils fussent , qui se trouveroient les HospitaFêtes & les Dimanches aux Catechisines & aux exhorta- DERES DE tions qu'il feroic dans la Chapelle de saint Vincent,& cette De Lan liberalité étant secondée par celle de plusieurs personnes charitables , attira un si grand nombre de pauvres , que la Chapelle se trouva trop petite dans la suite. Ce ne furent

pas seulement les pauvres qui vinrent écouter ses instructions il y eut aussi un grand nombre de personnes de tout sexe & de toutes sortes d'écats qui s'y trouverent. Les personnes les plus accom nödées de la ville crurent qu'ils devoient profiter de l'occasion pour faire mieux instruire leurs domestiques qu'ils ne l'auroient pu faire chez eux. Il y eut même des Ecclesiastiques d'un merite & d'une piece distinguée qui animés par son exemple, s'offrirent de

pariager avec lui le travail

. Plusieurs Prélars que les affaires de leurs Eglises obligerent de passer à Dijon , aiant oüi parler avantageusement du grand fruit que produisoient ces inItructions , voulurent bien eux mêines en être les témoins, & entre les autres M. le Goux de la Berchere Archevêque de Narbonne , qui se faisoit un plaisir particulier de venir en cette Chapelle pour y autoriser par la présence ces exhortations.

Le zele que M. Joly avoit pour le service de l'Eglise, lui fit aussi entreprendre de donner de pareilles instructions aux Clercs qu'on élevoit dans le Seminaire de la Magdelaine , où il vint faire la demeure à la priere du Superieur ; ce qui n'empê choit pas que

nonobstant l'éloignement de l'Eglise de faint Ecienne & les grandes occupations, il n’alistât à Matines & aux autres Offices ausquels il se rendoit exactement dans les tems mêmes les plus fâcheux, aussi bien qu'aux assemblées Capitulaires, & aux autres obligations de son Benefice ; mais toutes ces fatigues jointes aux grandes austeritez qu'il pratiquoit, épuilerent tellement les forces qu'il tomba dangereusement malade , & fut obligé d'interrompre ses Offices de charité, & de retourner à la maison Canoniale, après qu’on eut emploïé l'autorité de son Directeur pour l'y faire consentir. A peine eut-il recouvert sa lancé qu'il recommença avec plus de ferveur ses instructions dans la Chapelle de faint Vincent:où comme elles attiroient un grand nombre de pauvres, il crur que pour les y engager davantage

LIERES DE
DIJON ET

Hospita: il étoit à propos d'y établir une Confrairie dont les bons Rex

glemens les pullent foûtenir dans les sentimens de pieté qu'il DEI SI A N. leur inspiroit , & leur faire supporter avec patience l'esat de

pauvreté où Dieu les avoit mis ; mais plusieurs personnes ri-
ches & de pieté, aïant voulu être de cette Confrairie, elle
s'est trouvée dans la suite composée des plus considerables de
la ville, fans que pour cela elle ait perdu le nom de Confrai-
rie des pauvres , puisque c'est à eux, que tout ce que l'on y
fait de bon se rapporte.
Ce faint homme ne se contenta

pas

seulement d'exhorter les pecheurs à la penitence & à changer de vie, il voulut encore leur ôter les occasions du peche ; c'est ce qui lui fit entreprendre l'établissement de la Communauté du bon Pasteur, qui non seulement serc de refuge & d’azile aux filles débauchées qui ont dellein de quitter leur vie dereglée, mais encore de retraite & de lieu de Correction à celles que leurs parens , pour prevenir le des honneur de leur famille, jugent à propos d'y renfermer, & à celles qui sont condamnées à y être renfermées pour punition de leur vie scandaleuse, comme il elt porté par les Lettres Patentes que le Roi donna l'an 1687. pour l'établissement de cette Communauté. Il établit aussi une societé qu'on nomme la Chambre de la Divine Providence, en faveur des pauvres servantes qui se trouvent sans condition. Sa charité n'étoit pas moins grande pour les pauvres malades qu'il visitoit , & consoluit par ses exhortations, par les aumônes qu'il leur faisoit , & les services qu'il leur rendoit, avec tant de douceur & d'assiduité que l'Evêque de Langres lui confia la direction spirituelle du grand Hôpital de Dijon,ce qui donna lieu à l'établissement des Filles Hofpitalieres, dont il a été l'Instituteur, de la maniere suivante. Il

y avoir dans la ville de Dijon un Hôpital fort ancien, fous le nom du Saint-Esprit , qui étoit deservi par les Religieuses de l'Ordre du Saint-Esprit de Montpellier, sous la direction d'un Commandeur & de quelques autres Religieux du même Ordre. Mais cet Hôpital ne s'étant vé suffisant pour le nombre des pauvres malades ou autres qui avoient besoin d'assistance, on y joignit dans la suite du tems l'Hôpital de Notre-Dame de la Charité, qui par la quantité des pauvres qui y ont été reçus , est devenu l'Hôpital Généxal. Ces deux Hôpitaux furent assez long-tems administrez

pal

pas trou

[ocr errors]

GRES.

par les Religieuses de l'Ordre du Saint Esprit ; mais cette Hospita: union aïant changé l'écai des choses , & les Magistrats qui en bas PT avoient l'inspection, s'étant apperçu qu'il y avoit quelque De Lan. chose dans l'administration qui n'étoit pas favorable au public, s'y opposerent pendant plusieurs années:mais voïant que toutes leurs remontrances & leurs oppositions ne servoient à rien , ils jugerent que le možen le plus convenable pour remedier aux

abus , étoit de renvoïer les Religieuses à l'ancien Hôpitaldu Saint-Esprit pour y prendre soin des pauvres qu’on y recevoit, & deconfier ceux de l'Hôpital de Notre Dame de Charité, à des filles qui dépendroient pour le temporel,des Administrateurs,&

pour

le spirituel des Superieurs Ecclefialtiques qu'il plairoit à l'Evêque de Langres de leur donner. Cette refolution prise,on l'execuia,nonobstant les oppositions qu'on y fit , & qui furent levées trois ans aprés par un Arrêt du Conseil d'Etat du 22.Septembre 1688.L'Evêque de Langres informé du bon ordre qu’on gardoit dans cette maison depuis qu'il en avoit confié la conduire spirituelle à M. Joly, donna volontiers son consentement à l'établissement d'une nouvelle Communauté de Filles seculieres pour le service des pauvres , auquel elles seroient attachées

par

des veux sous l'obéissance d'une Superieure autant de tems qu'elles demeureroient dans cet Hôpital.

La nouvelle de cet établissement ne se fut pas plûtôt répanduë , que l'on fur surpris de voir à Dijon une troupe de filles pieuses qui y venoient des Provinces mêmes les plus éloignées pour s'y consacrer au fervice des pauvres. Il en vint de Paris,de Champagne & de Flandres, qui s'étant unies à celles de la ville, furent logées dans une maison qui leur avoit été préparée, en attendant qu'on les fît entrer dans l'Hôpital de Notre Dame de la Charité, où après quelques mois elles prirent enfin la place des Religieuses du Saint-Esprit,& y demeurerent en habit seculier jusqu'à ce que du consentement de l'Evêque de Langres, M. Joly donna l'habit de No. vice à quinze d'entr'elles le 6. Janvier 1685. Cet habillement eft semblable à celui des filles de Ste Agnés d'Arras & de la sainte Famille de Doüay,dont quelques unes vinrent à Dijon pour instruire ces nouvelles Hospitalieres des observances regulieres. Trois ans après,c'est à dire en 1688. le Roi accorda ses Lettres Patentes pour l'établisement de ces filles en Toma VIII.

нь

DE LAN-
GAIS.

Hospita corps de Communauté feculiere, & en 1689. elles furent en DIJON Et registrées au Parlement le 23. Märs.

Quoique M. Joly eût été établi Superieur de cet Hôpital pour le fpirituel par autorité de l'Evêque;son humilité néanmoins l'empêcha d'en accepter ni la qualité , ni la charge, dont il pria un autre Ecclesiastique de ses amis d'un merite distingué & d'une grande pieté, de vouloir bien se charger; mais s'y étant trouvé des difficultés, on conseilla à ces bonnes filles de choisir elles mêmes un Superieur , sous le bon plaisir de l'Evêque de Langres. Elles suivirent ce conseil comme le možen le plus seur pour en avoir un , qui leur fût convenable; & s'étant assemblées pour cet effet, elles élurent M. Joly, dont elles avoient déja experimenté le zele. Lorsque ce saint Prêtre en fut averti, il témoigna beaucoup de repugnance pour cet emploi ; mais il se loûmit enfin aux ordres de la Providence , en acceptant la conduite de ces Hospitalieres , dont la fidelité à remplir tous leurs devoirs l'encouragea à leur dresser des Reglemens , afin qu'il y eût entr'elles une uniformité d'actions & de pratiques.

Il passa plusieurs années à cet ouvrage , auquel il s'étoic disposé par le jeûne & la priere, afin d'implorer le secours & les lumieres du ciel ; & après avoir consulté les personnes les plus éclairées dans ces matieres , il les fit pratiquer pendant quelques années , afin que l'experience lui en aiano fait connoître les défaurs & les inconveniens , il pût les retoucher , comme il fic effectivement, en y retranchant plusieurs choses superfluës ou difficiles à observer , & y en ajoûtant d'autres qui lui semblerent plus conformes à l'efprit de cet Institut & plus proportionnées à la foiblelle de ces filles , ausquelles il les fit oblerver jusqu'à la veille de fa derniere maladie, que lui paroissant sans défaut , il prit la resolution de les faire approuver , & les présenta pour cet effer à l'Evêque de Langres qui les fic examiner par son Confeil & par des personnes spirituelles experimentées en ces sortes d'affaires, & les lut aussi avec beaucoup d'attention. Mais M. Joly n'eut pas la consolation de les voir approuvés de son vivant, ne l'aïant été que quelques jours après sa mort qui fut causée par une espece de maladie contagieuse qui suivit immédiatement la diserte des grains, dont la France fut affligée en 1693. & 1694. Carce saint homme s'em

GRES,

ploïa au secours spirituel&corporel de ceux qui en étoient at- Hospitataqués avec tant d'ardeur & si peu de ménagement pour la DIJON DE santé, qui n'étoit pas encore bien rétablie d'une maladie qu'il DE LANavoit eue, qu'il ne put rélister à la malignité de ce mal,dont il regarda les premieres attaques comme un avertissement qu'il devoit achever son sacrifice ; c'est pourquoi il s'y prépara par une Confession générale, & reçut le faint Viatique dans des transports d'humilité, de reconnoissance &d'amour qui tirerent les larmes des yeux de tous les assistans. Enfin après avoir souffert pendant dix jours des douleurs excessives fans qu'il lui échapât aucune plainte, sentant approcher le moment auquel il devoit quitter le monde, pour aller jouir de la présence de son Créateur & de son souverain bien, il demanda l'Extréme-O&tion , répondit lui-même à toutes les prieres marquées dans le Rituel pour la recommandation de l'ame, & mourut sur les neuf heures du soir le 9. Septembre 1694. étant âgé de cinquante ans. Peu de jours avant la maladie aïant donné son propre lit à des pauvres, il eut la consolation de mourir sur un lit d'emprunt après avoir prodigué sa vie pour le soulagement des miserables : aussi les

pauvres le regardant comme leur Pere, le titre lui en est resté après fa mort. Il y eut contestation entre les Chanoines de faint Etienne, & les filles Hospitalieres à qui auroit son corps,

sur une clause de son Testament ; mais il fut adjugé aux Hospitalieres comme étant leur Fondateur. Il furenterré dans le cimetiere de l'Hôpital, & son cæur fut donné aux Chanoines de saint Etienne.

Douze jours après sa mort le 22. Septembre,l'Evêque de Langres approuva avec éloge les Reglemens qu'il avoit faits pour les Hospitalieres , ausquels il ajoûta quelques modifications , qui étoient plûtôt des marques de l'exactitude avec laquelle il les avoir lus , que des corrections qu'il y eût faites. Ces filles étant demeurées en habit de Novices l'espace de près de douze ans, firent leurs premiers væux le 25. Février 1696. dix huit mois après la mort de M. Joly, qu'elles reconnoissent

pour leur seul & veritable Instituteur , dont elles imitent encore à présent la charité pour les pauvres malades, ausquels elles donnent toutes les assistances dont ils ont befoin : ce qu'elles font avec tant d'édification, que la bonne adeur de leur pieté & de leur charité a donné lieu à l'établic

« PreviousContinue »