Page images
PDF
EPUB

NEVIEVED

choles necessaires, dont elle avoir un cabinet bien garni, pour Filles et tous ceux qui avoient recours à la charité.

Après qu'elle eut marié Mademoiselle de Miramion à M. de Nesmond , elle crut ne devoir plus songer qu'à sa propre perfection : c'est pourquoi elle rechercha avec empressement tout ce qui pouvoir y contribuer. Elle retira chez elle en 1630. vingt-huit Religieuses des frontieres de Picardie , dont les Couvens avoient été ruinés par les guerres : elle les nourrit à fes dépens pendant plus de lix mois, & ne cessa cette heroïque charité qu'après avoir trouvé moïen de les placer dans d'autres maisons, ou de les renvoïer chez elles, lorsqu'ellespurent y retourner sans aucun danger.

Nous avons déja rapporté dans le Chapitre X. de quello maniere elle contribua à l'établissement des Millions écrangeres, pour la conversion des Infideles.; mais sa charité n'en demeura pas là : car les desordres de la guerre & la minorité du Roi aiant occasionné & fait triompher le vice, cette généreuse Servante de Jesus-Christ travailla à en diminuer le progrès, en faisant enfermer dans la Communauté des Filles de fainte Pelagie, qui subfiste encore aujourd'hui,quelques filles des plus scandaleuses, dans l'esperance que les autres intimidées se contiendroient davantage,& même pourroient changer de vie.

Ce fut par un effet de cette même charité, que pour executer le projet qu'elle avoit fait depuis long-tems d'établir une Mailon de filles , qui tiendroient de petites Ecoles à la campagne, penseroient les blessés, & affiteroient les malades ; elle alla demeurer en 1661. dans la ruë saint Antoine, où avec quelques filles qu'elle trouva disposées à se sacrifier pour le prochain , elle vêcut en Communauté sous la

prote&tion & le titre de la sainte Famille , & dans l'observance de: quelques Reglemens , que M. du Festel son Directeur leur avoir fait quelque tems avant sa mort : ce qui dura jusqu'à ce qu'étant allée demeurer dans la Paroille de saint Nicolas du Chardonnet, Dieu,qui par les inspirations étoit l'auteur de ce pieux dessein, lui donna les moïens de le perfectionner: ce qui arriva de la maniere suivante.

Dès l'an 1636. une Communauté de Filles sous le titre de : sainte Genevieve, avoit été établie par Mademoiselle Blosser, comme nous l'avons déja dit. Ces filles s'occupoient au traTome. VII.

EF.

SAINTI GI.
NEVIEVE.

FILLFS DE vail, recitoient le petit Office de la Vierge en commun, fré

quentoient les Sacremens, & étoient asiduës aux Offices divins de la Paroille de saint Nicolas du Chardonnet, dans laquelle elles demeuroient. Elles visitoient les malades , s'exerçoient dans la pratique de toutes les vertus , & tâchoient d'inspirer le même esprit aux autres personnes de leur sexe, autant par les instructions charitables qu'elles leur donnoient, que par leur bon exemple. Pour ce sujer elles prenoient des Pensionnaires, tenoient les petites Ecoles, faisoient des Conferences entr'elles, & écoient dans le dessein de recevoir aux Exercices 1pirituels celles qui desireroient se retirer chez elles , lorsqu'elles auroient assez de logement pour cela,comme aussi d'aider les pauvres gens de la campagne, en y allant enseigner & établir des Maîtresses d'Ecoles. Elles avoient pris sainte Genevieve pour leur Patrone , à cause qu'elles demeuroient au pied de la montagne, sur laquelle reposent les facrées Reliques de cette sainte Bergere, & elles étoient établies en Corps de Communauté Seculiere sous l'autorité de l'Archevêque de Paris, &

par

Lettres Patentes du Roi. La conformicé qu'il y avoit entre cette Communauté & celle de la sainte Famille établie par Madame de Mramion , porta certe sainte femme à vouloir unir sa Communauté avec celle de sainte Geneviévei & Dieu aïant inspiré à plusieurs des filles de cette derniere Communauté un grand desir de s'unir aussi à Madame de Miramion & à ses filles, elles ne purent s'empêcher de lui en faire la proposition,& à M. Feret, Superieur des deux Communautés', qui fic plusieurs Assemblées pour conferer sur l'utiliié & sur les moïens de faire réüslir cette union, qui enfin après plusieurs prieres & bonnes cuvres que l'on fit pour obtenir de Dieu des lumieres & la declaration de sa volonté, fut concluë le 14. Aoûr veille de l'Afsomption de la sainte Vierge, en présence & du consentement de M. Feret. Le Contrat fui fait avec l'agrément de l'Archevêque de Paris, Hardouin de Pere fixe, le 14. Septembre 1665. & cet Institut fut approuvé & confirmé en 1668. par le Cardinalde Vendôme, Legar à Latere en France.

Ces deux Communautez aïant été ainsi réunies, Madame de Miramion donna soixante mille livres pour fonder plusieurs places , & M. Feret travailla à des Constitutions, qui, outre qu'elles renfermoient les Reglemens de l'une & de

[ocr errors]

SAINTEGR
NEVIEVS.

l'autre de ces Communautés, ( excepté quelques uns dont Filles DE l'experience avoit fait connoître beaucoup de difficulté dans l'execution , ) étoient remplies de saintes pratiques capables d'entretenir le bon ordre dans la maison, & le bon exemple au dehors. Ces Constitutions furent approuvées par M. de Harlay de Chantalon Archevêque de Paris, au mois de Février 1674. on les presenta ensuite au Roi, qui par de nouvelles Lettres Patentes qui furent enregistrées au Parlement la même année, autorisa l’union qui avoit été faite de ces deux Communautés , & les changemens qui avoient été faits aux premiers Reglemens. Madame de Miramion qui avoit été éluë Superieure, & qui encourageoit les filles de Ste Genevieve par son exemple à la pratique exacte de leurs Regles, leur fit acheter l'an 1670. la maison où elles sont prélentement sur le Quay de la Tournelle, & leur donna encore dix mille livres. Jusques là elle avoit fait toute la dépense de la maison ; mais voïant que les filles par leur æconomie & par la reception de celles qui avoient embrassé l'Ioftitut écoient en état de subsister par elles mêmes ; elle ne leur donna plus que quinze cens livres par an pour la penfion , qu'elle leur a toûjours païée jusqu'à sa mort, vivant comme les autres sours , & ne voulant point de distinction, quoique la santé fût fort foible & sujette à de grandes infirmités, & elle leur déclara qu'elle vouloit executer les Conftitutions en se démettant de la Superiorité perpetuelle. Mais ces filles persuadées qu'elle leur étoit encore nécessaire, eurent recours à M. Ferer leur Superieur , & enfin à l'Archevêque de Paris , qui lui ordonna de n'abandonner la Superiorité qu'avec la vie.

La reputation de ces filles aïant passé dans les Provinces, une Communauté établie depuis long-tems à Amiens députa l'an 1670. deux filles à Madame de Miramion pour

lui demander ses conseils. Elle les retira chéz elle pendant un mois, &les renvoïa charmées de ce qu'elles avoient vû. Il en revine d'autres qui lui demanderent l’union de leur Communauté, avec celle de ses filles, leur habit & leurs Constitutions, ce qui étant appuïé de la recommandation de M. l'Evêque d'Amiens & de M. Chauvelin, Intendant de Picardie, elles obtinrent ce qu'elles souhaitoient ; l union fur faire dans les formes & Madame de Miramion alla à Amiens, où elle

[ocr errors]
[ocr errors]

FILLES DE laissa deux filles de la Communauté, qui firent faire le Nou
NEVIEVE. viciat, & reçurent à l'institut celles qui avoient demandé

l'union. Une autre Communauté établie à la Ferté sous
Joüare aïant aussi demandé en 1695. l’union avec les filles
de sainte Genevieve , Madame de Miramion les fic toutes
venir à Paris l'une après l'autre pour les instruire , & alla
ensuite à la Ferté sous Joüare les établir en présence de l'Evê-
que de Meaux M. Benigne Bossuet, qui prêcha sur ce sujet
avec beaucoup d'éloquence.

Les troupes qui passerent ou séjournerent à Melun l'an 1673. y aïant cause des maladies contagieuses, personne n'osoit soûlager les malades qui y mouroient au nombre de plus de cent par jour , & la plûpart dans les ruës abandonnés de tout le monde, & privés de tout secours humain. -Madame de Miramion en fut si touchée qu'elle y alla elle-même accompagnée de Chirurgiens & des Seurs de la Charité, ranima par son exemple, ceux qui par leur condition devoient aslister les malades , engagea les Magistrats de donner un lieu pour faire un Hôpital , dans lequel elle fit porter les meubles de la Terre de Rubelle, qui n'étoit pas éloignée de certe Ville, y établit des Sæurs de la Charité, & y fic transporter les malades qu'elle pensoit elle même , les exhortant à souffrir patiemment leurs maux, & à recevoir la mort avec soầmillion aux ordres de la Divine Providence , qu'elle les forçoit en quelque façon d'adorer par les charitables soins qu'elle avoit d'eux, & par les secours qu'ils recevoient de les liberalités. L'Hôpital Général n'en ressentit pas moins les effets dans quelques années de disette, aussi bien que les pauvres, pour lesquels elle ranima son zele dans le tems de la famine , dont la France fut affligé en 1694. Car sans parler de ceux ausquels elle donnoit l'aumône, elle s'appliqua avec une charité heroïque à soulager ceux qui étoient malades à l'Hô:el-Dieu , dont le nombre se montant à six mille. avoit obligé les Religieules de cet Hôpital à en mettre plusieurs dans un même lit, qui étant attaqués de differentes maladies , qu'ils se communiquoient , étoient dans un état si déplorable, que cette sainte femme penetrée de compassion pour eux, conseilla aux Administrateurs de cette maison des pauvres, d'ouvrir l'Hôpital de faint Louis; ce qui aïant été approuvé, & le soin lui aïant été donné de préparer tout

SainTIGE-
NEVIEVE.

ce qui étoit nécessaire pour

les

у recevoir , on y en trans- Filles de porta une partie, qui en laissant plus de place à ceux qui restoient à l'Hôtel Dieu , s'en trouverent eux-mêmes beaucoup soulagés & moins en danger de perdre la vie , comme l'experience le fit connoître par le grand nombre de ceux qui en rechapoient. Elle n'oublioit pas pour cela les pauvres honteux de la Paroille , & faisoit faire chez elle de deux jours l'un du

potage pour eux, emploïant utilement les charitez du Roi, dont Sa Majesté l'avoit chargée après la mort de Ma. demoiselle de Lamoignon qui avoit eu aufli le même emploi. L'année suivante l'Hôpital Général ne pouvant soûtenir ses dépenses, les Directeurs voulurent renvoïer la plus grande partie des pauvres : mais Madame de Miramion trouva des resources pour l'empêcher, aussi bien que pour maintenir l'Hôpital des Enfans trouvez, qui se trouvoit fort embarraflé de pourvoir à la subsistance de ces pauvres Innocens.

Sa maison avoit toûjours été ouverte aux personnes de son sexe qui s'y présentoient pour s'y retirer à dufsein d'y faire chacune en particulier les exercices spirituels ; mais aïant entendu parler du fruit que faisoient en Bretagne les maisons de Retraite , dont nous avons parlé dans le Chapitre précédent , & qui s'établissoient aulli pour les hommes au Noviciat des Jésuites de Paris, elle entreprit d'exercer la même charité pour les femmes ; elle en obrint l'agrément du Roi, quoique ce Prince l'eût refusée quelques années auparavant à des personnes de pieté qui avoient eu le même dessein , Sa Majelté voulut même y contribuer , en lui envoïant fix mille livres. L'Archevêque de Paris approuva aussi ce dessein , nomma des Confesseurs pour les Retraites, & voulut qu'à l'avenir la maison de Madame de Miramion fût honorée de la présence perpetuelle du Saint Sacrement, & qu'on l'exposât tous les soirs pendant le salut , tant que dureroient les Retraites. Comme pour ces exercices publics , il falloit agrandir la maison , on en acheta une voisine, qui couta soixante-quinze mille livres, dont Madame de Miramion en donna quinze, Madame de Guise fix, Madame Voisin & Madame Duhousset autant, & plusieurs personnes inconnuës envoïerent aussi des sommes considerables. La maison fut reparée, & divisée en cinquante chambres ou cellules sé

F f iij

« PreviousContinue »