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TES.

Maisons tournât de la solitude ; mais lorsqu'on lui eut fait entendre DE RETRAI- que Dieu demandoit aussi la personne , elle s'engagea mal

gré ses répugnances au travail des retraites, mettant toute sa confiance en Dieu , qui benit tellement sa soûmission à sa sainte volonté par les grands talens qu'il lui donna pour la conduite des ames, que plusieurs personnes ont avoué que ses entretiens familiers & ses exhortations les touchoient davantage que les Sermons des plus habiles Prédicateurs. La premiere retraite se fit dans la maison du Seminaire le quatre Decembre 1674. le nombre ne fut d'abord que de douze personnes ; mais il augmenia de telle forte dans la suite qu'on y en compta jusqu'à trois cens. Pendant que l'on étoit ainsi occupé à ces retraites , on ne negligea rien pour leur donner un lieu fixe & indépendant , après que le terme de cinq années, qu'elles devoient se faire dans le Seminaire que Mademoiselle de Francheville avoit loüé pour cet effet, seroit expiré. C'est pourquoi on choisit proche l'Eglise de faint Salomon un terrein fort avantageux sur lequelon bâtit une maison , qui étant achevée en 1679. fuc habitée l'année suivante, que l'on commença à y faire la premiere retraite le 5. Mai, dans laquelle il se trouva quatre cens douze personnes ; dont le nombre fut encore plus grand aux Fêtes de Pâques ; d'où l'on peut juger du grand fruit que cette pieuse Fondatrice a fait dans cette Maison pendant quatorze ans qu'elle l'a gouvernée.

Après la mort de M. de Kerlivio , qui arriva le 21. Mars 1685. dans le tems qu'il avoit déja commencé à agrandir d'un nouveau corps de logis la maison de retraite des hommes, Mademoiselle de Francheville se fit une espece de Rel gion , de remplir les dernieres volontés de ce faint homme en faisant achever l'ouvrage qu'il laissoit imparfait ; & cela en reconnoisance de ce qu'il avoit cooperé au succés de ses defleins,qui enfin après lui avoir attiré l'estime des hommes, lui merita la grace de mourir de la mort des Justes le 23. · Mars 1689. âgée de soixante neuf ans , aïant eu la consolation de voir de son vivant dans la Bretagne quatre établissemens semblables au sien, l'un à Rennes , un autre à saint Malo, le troisiéme à Quimper & le quatriéme à saint Paul de Leon. Comme ces maisons destinées aussi pour des retraites ont été fondées en parije par ses soins & qu'elles suivent

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les Reglemens de la maison de Vannes, elles reconnoissent Marsons pareillement Mademoiselle de Francheville pour Institu- Dzkeraaitrice.

Le Pere Hubi qui a eu tant de part à l'établissement de ces Maisons de retraites, étoit aussi originaire de Bretagne. Il nâquit à Hennebont le 15. Mai 1608. & reçut le nom de Vincent sur les Fonts de Baptême. Il fit ses Humanités au College des Jesuites de Rennes, & son p.re aïant appris le deffein qu'il avoit d'entrer parmi eux , l'envoïa à Paris pour y faire son cours de Philosophie dans un des Colleges de l'UDiversité ; mais le changement de lieu ne changea rien dans son dessein. Il en poursuivit l'accomplissement avec tant d'ardeur , que le Pere Cotton se crut obligé de le recevoir dans la

née de son âge. Au sortir du Noviciat il fit une année de Rhetorique à Rennes, selon la coûtume de ce tems-là, trois ans de Philosophie à la Fleche, trois ans de Regence à Vannes , & quatre ans de Theologie à Paris. Il retourna ensuite à Vannes où il enseigna la Rhetorique pendant un an,& fut Préfet des Classes pendant une autre année. Après avoir fait sa troisiéme année de Noviciat, il fut envoïé à Orleans, où il fit sa profession solemnelle le 18. Septembre 1648. Les huit années sùivantes les Superieurs voulant menager sa santé , qui étoit foible & delicate , ne l'occupoient qu'à la Préfecture des Classes & à enseigner la Theologie Morale à Orleans , puis à Vannes, ce qui n'empêchoit pas qu'il ne s'emploïâc au salut des ames pour lequel il avoit un si grand zele qu'il s'offritau Pere Rigoleu pour l'accompagner dans ses Missions. Quoique ce fût l’emploi pour lequel il avoit plus de talent & d'inclination , cependant on l’en retira pour l'appliquer au gouvernement en le faisant Recteur de Quimper ; mais Dieu asant fait connoître par les dispositions de la Providence que le Ministere Apostolique étoit fon partage, on l'y remic & il vint à Vannes rejoindre le Pere Rigoleu , après la mort duquel il passa ses trente dernieres années avec un zele infatigable à l'avancement des retraites des hommes & des femmes, & mourut en odeur de sainteté le 22. Mars 1693. âgé de 8s. ans , dont il en avoit passé soixantehuit dans la Compagnie de Jesus. Son corps fut exposé pendant deux jours pour contenter le peuple qui accouroit en

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fue's pe foule pour le voir. La maison de retraite des femmes demanSANTIG: da son cæur , & la demande aiant été appuïée de la recom

mandation de l'Evêque de Vannes , on ne put le lui refuser.

Pierre Phonamic , Vie des Fondateurs des Maisons de Retraites. M. de Kerlivio , le Pere Vincent Huby , Mademois selle de Francheville,

C HA ΡΙΙΑ Ε Χ Χ Ι Χ.
Des Filles de sainte Genevieve, communément appellées les

Miramiones, avec la Vie de Madame de Miramion,
leur Fondatrice.

UOIQUE la Communauté des Filles de fainte Géne

viéve à Paris ait écé fondée dès l'an 1636. par Made. moiselle Blosset , néanmoins l'union qui a été faite de cette Communauté avec une autre , qui fut fondée par Madame de Miramion, les grands biens que cette Dame lui a procurés , & les Reglemens qu'elle lui a prescrits , lui ont fait donner avec justice le titre de Fondatrice des Filles de sainte Genevieve. Elle nâquit à Paris le 2. Novembre 1629. & reçut le nom de Marie sur les Fonts de Baptême. Elle eut pour pere facques Bonneau Seigneur de Rubelle , & pour mere Marie d'Yvri. Des l'âge de neuf ans qu'elle perdit la mere, elle jugea du malheur qu'il y a d'être feparé de Dieu éter. nellement, par l’affliction qu'elle eut d'être separée de celle qu'elle aimoit le plus ici-bas : c'est pourquoi afin de s'assurer la posse Tion de ce bien infini ,toute jeune qu'elle étoit , elle fusoit les plaisirs & les divertissemens autant qu'il lui étoit possible, persuadée qu'ils étoient très préjudiciables à l'ame.

A l'âge de douze ans elle prenoit loin des malades de la maison ; & un jour des Rois un Palfrenier fe mourant, au moment que tout étoit en joïe, elle se déroba pour aller le voir expirer : ce qui fit une telle impression sur son esprit & fur ses sens qu'étant retournée dans l'Assemblée, elle se dispenta de danser à un bal, sous prétexte qu'elle ne se porroic pas bien : ce qui paroissoit veritablement lur son visage, qui étoit tout changé par les reflexions que ce triste spectacle lui faisoit faire, qui étant suivies du chagrin qu'elle eur de la

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mort de son pere , qui arriva pendant un voïage qu'elle fit Filles DI aux eaux de Forges, avec une de ses tantes , acheverent de AUNTYG la déterminer à prendre le parti de la piecé & de la devo. cion , dont elle commença dès lors à faire ses principales occupacions.

Elle épousa en 1645. Jean-Jacques de Beauharnois. Seigneur de Miramion, Conseiller au Parlement de Paris, qui touché des pieux exemples de la femme, voulut les imicer, & mourut dans cette heureuse disposition à l'âge de vingtsept ans , la laissant grosse de quatre mois & demi , âgée leulement de seize ans. Etant malade à l'extrêmité dans les couches, elle fit un vou à la sainte Vierge, afin que son enfant reçût le Baptême; & elle accoucha heureusiment d'une fille, qui fut dans la suite mariée à Monsieur de Nesmond Maître des Requêtes, & qui depuis a été Président à Mor. tier. La seconde année de son veuvage , on lui fit des propofitions de mariage, ausquelles elle ne voulut point entendre: ce qui irrita si fort la passion de celui qui la recherchoit,que peu de tems après il la fit enlever, lorsqu'elle aloit faire ses devotions au Mont-Valerien, avec Madame de Miramion sa belle-mere. Dès qu'elle se vit entre les mains des Ravisseurs, elle demanda à Dieu de lui conserver tout son jugement, de lui donner du courage & des forces pour se défendre, & sur tout de lui faire la grace de ne le point offenser. Elle fut plus de quarante heures sans manger, c'est-à dire , depuis son enlevement juíqu'à ce qu'elle fut arrivée à Launoy, à trois lieuës de Sens, au château de M. de Bussi-Rabutin , auteur de l'enlevement, à qui on avoit persuadé qu'elle écouteroit les propositions de mariage qu'il lui feroit , lorsqu'elle seroit en lon pouvoir : mais voïant la fermeté,& craignant les suites de son entreprise , il cessa de la solliciter , & la rendit maîtreffe de son sort & de la liberté. On fit des poursuites contre M. de Bussi, mais elle lui pardonna chrétiennement, à la priere de Monsieur le Prince, à condition qu'il ne se prés senteroit jamais devant elle.

Au retour de cet enlevement, elle fut malade à la mort, & reçut l'Extrême-Onction , avec tous les sentimens de piece que l'on pouvoit attendre d'une ame qui se disposoit à aller jouir de la présence de Jesus-Christ, qu'elle avoit choisi pour son Epoux: mais la Providence qui vouloit s'en servir

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Filles de pour le bien spirituel a tempore du prochain,lui aiant ren. SANTIGE voïé la santé, elle songea plus que jamais à servir Dieu. Un

jour de l'Epiphanie, demandant à Dieu ce qu'elle pouvoit lui offrir, à l'exemple des Rois , qui eurent le bonheur de l'adorer dans la crèche, elle se fentit toute émuë , & cruc entendre une voix qui lui disoit: C'est ton cæur que je veux, & qu'il soit à moi sans partage : ce qui eut pour elle tant d'attraits & de charmes , qu'elle resta en medication quatre heures, pendant lesquelles elle goûtoit de si grandes consolations, que son ame en étoit penetrée d'une joïe toute fainte & salutaire. Elle fit à l'âge de dix-neuf ans une retraite chez les Sæurs de la Charité, dont nous avons parlé dans le Chapitre douziéme , pendant laquelle elle conçut le dessein de se faire Carmelite ; mais son Confesseur l'en'aïant empêché, à cause de sa fille, qui avoit besoin de ses soins elle se contenta de faire væu de chasteté dans une autre retraite qu'elle fit peu de tems après celle dont nous venons de parler.

Sa charité pour le prochain étoit fi grande , qu'elle nourrifloit une vingtaine de petites filles orphelines dans une maison proche saint Nicolas des Champs, & leur fournissoit des Maîtresses pour leur apprendre à servir Dieu & à travailler. Elle aslistoit souvent les malades de l'Hôtel. Dieu, afin de se mortifier, étant naturellement délicate & propre. Son Dire

cteur l'engagea à une retraite d'un an, pour vaquer unique ment à la perfection, sans s'addonner aux æuvres de pieté à l'égard du prochain,dont on ne lui permit l'exercice qu'à la fin de l'année. On la fit Trésoriere des pauvres de la Paroille de S. Nicolas des Champs;& comme c'étoit dans le tems des guerres civiles,& que le nombre des pauvres étoit fort grand dans Paris, son zele trouva de quoi s'exercer , leur faisant distribuer plus de deux mille potages par jour, fans parler des autres charités fecrettes qu'elle faisoit aux pauvres honteux avec tant de générosité, que la misere augmentant, & ses revenus n'y pouvant pas suffire, elle vendit fon collier de perles vingi quatre mille livres , & un an après sa vaisselle d'argent, dont le produit lui servit à faire des Missions, à établir des Ecoles pour la Jeunesse , & à des charités pour les pauvres malades de la campagne, dont elle voulut prendre elle même le soin , apprenant pour cet effet à saigner, à médicamenter les plaïes , & à composer des onguents,& autres

choses

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