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MAISONS

les persecutions que l'enfer leur suscita dans le commence ment; mais avec le secours du ciel & la protection que leur : RETRAldonna l'Evêque de Vannes, la tempête le dislipa peu à peu & Dieu benit visiblement leur entreprise. M. de Kerlivio & le Pere Huby dresserent ensemble tous les Reglemens qui regardent la conduite des retraites , & le premier ne cessa de faire jusqu'à la mort de nouvelles dépenles pour agrandir & embellir la maison. Il y fonda l'entretien de quatre Peres pour en être les Directeurs , & pendant vingt-six ans, il emploïa son pouvoir & son zele pour donner vogue à ces retraites , ausquelles il invitoit tout le monde

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des billets qu'il envoïoit & faisoit publier & afficher dans les Eglises , engageant les Curés, les Prédicateurs , les Missionnaires & les Prêtres à ces retraites, afin d'y attirer le peuple par leur exem. ple:ce qui lui réussit si bien qu'il eut la consolation de les voir fréquenter par les Ecclesiastiques, la Noblesse , & par toutes sortes de personnes de différentes conditions.

Les grands fruits que cette Maison produisoit, donnerent licu à un pareil établissement pour les femmes. Mad. de Francheville qui en fut la Fondatrice, nâquit le 21. Septembre 1620. au château de Truscat dans la presque. Ille de Ruys en Bretagne. Elle eut pour Pere Daniel de Francheville, & pour Mere Julienne de Cillart, l'une & l'autre riches & de familles distinguées dans la Province. Elle reçur du Ciel un naturel heureux & facile qui commença de briller dès les premieres années de son enfance. A mesure que son esprit s'ouvroit aux lumieres de la raison &de la grace , so

so ceur se rendoit sensible aux miseres du prochain , & l'on remarquoit qu'elle n'avoit point de plus grand plaisir que de donner l'aumône aux pauvres quand elle en trouvoit l'occafion.

Après que Dieu l'eut privée de ceux qui lui avoient donné la vie, elle vint à Vannes chez son frere où elle demeura quatre ans ;, pendant lesquels on lui proposa beaucoup de partis considerables pour le mariage ; mais Dieu qui la deftinoit à un autre état, lui faisoit toûjours trouver quelque chose de désagreable dans la personne ou dans la fortune de ceux qui se présentoient , excepté une fois qu'elle s'étoit déterminée à épouser le Doïen des Conseillers du Parlement de Bretagne, qui charmé de ses belles qualités, lui avoit fait

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Marsons faire des propositions de mariage qu'elle avoit enfin accepDIKET RAI- tées. Mais la Providence divine en disposa autrement; car

en entrant dans le Fauxbourg de Rennes, où elle étoit allée pour conclure cette affaire , le premier objet qui se présenta devant ses yeux, fut le convoi funebre de celui qu'elle esperoit avoir pour époux, dont on portoit le corps à l'Eglise de Notre-Dame de bonne nouvelle.

Un spectacle si criste & si imprevû nelui permettant pas de douter que Dieu ne la voulût détacher du monde , elle ne pensa plus qu'à s'en retirer. Dès qu'elle fut de retour à Vannes, elle renonça à ses plaisirs & à ses vanitez, & feconsacra aux exercices de pieté, quoiqu'elle n'eût alors que trente un an. Les premieres marques qu'elle donna de la sincere & veritable devotion, furent de distribuer aux Eglises ses bijoux & ses pierreries, & de faire servir à l'ornement des Autels les habits mondains qu'elle avoit portez jusqu'alors, ne voulant plus se servir que de vêtemens simples,modestes & d'une étoffe commune. Non contente d'orner les temples des dépoüilles du monde , elle commença d'emploïer au soulagement des pauvres ses revenus qui étoient considerables. Elle contribua beaucoup au bâtiment de l'Eglise des Jesuites , ausquels elle donna d'abord trois cens Louis d'or, & durant le cours de treize années seize cens livres

par an. Outre cela elle entretenoit des Missions à ses dépens, en fondoit de nouvelles en beaucoup d'endroits, & païoit souvent la pension de plusieurs personnes, que leur indigence auroit empêché d'entrer dans la Maison de retraite qu'on avoit déja établie

les hommes, comme nous l'avons dit cidessus.

Lorsqu'elle eut conçu le dessein de fonder aussi une maison de retraite pour des femmes , elle le communiqua au P. Daran son Confesseur, qui benissant celui qui le lui avoit infpiré, ne songea plus qu'à chercher les moïens de l'executes. Elle avoit dans la maison deux étages partagez en plusieurs chambres & propres à loger des personnes séparément. Ils convinrent de les faire servir à ces usages , & ce zelé Directeur y envoïoit de tems en tems en retraite quelques unes de ses Penitentes pour y faire pendant huit jours les exercices qu'il leur prescrivoit . Elles n'en sortoient que

pour aller à l'Eglise & pour prendre chaque jour ses Instructions.Plu

pour

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beaucoup

fieurs Dames & Demoiselles de qualité se présentoient pour Maisons y être reçuës , & aucunes n'en sortoient lans en avoir tiré or RETKAL

de fruit & de consolation. Mais comme Mademoiselle de Francheville refusoit de prendre de l'argent pour leur nourriture , elles étoient plus reservées à y entrer:ce qui étoit un inconvenient auquel on remedia en louant une maison qu'on fic meubler , & dans laquelle on établit une Oeconome quiveilleroit à la subsistance de toutes les personnes du sexe qui voudroient y faire des retraites. À peine fur elle en état qu'on y accourue de divers endroits, même des Diocèses voisins , & les exercices ne s'y firent pas avec moins desuccès que dans celles des hommes. Mais une cuvre fi sainte ne manqua pas d'être traversée. Quelques persoanes n'approuverent pas ces assemblées de femmes , & l'un des Grands-Vicaires entrant dans leur sentiment, déclama publiquement en Chaire contre cette nouveauté, & défendic de continuer les retraites, soit dans cette maison soit ailleurs. M. de Rosmadec Evêque de Vannes , étoit alors à Paris, d'où il partit peu de tems après pour retourner dans son Diocèse", où voulant d'une part loûtenir le procedé de son Grand-Vicaire, & de l'autre favoriser le zele de Mademoifelle de Francheville , il proposa au Pere Daran son Directeur un expedient pour contenter tout le monde , qui fut de bâtir un appartement dans quelque maison Religieufe , où il sembloit que les exercices de retraites se pouvoient faire avec plus de facilité & avec plus d'édification. Cette proposition fut acceptée, & l'on choifit pour cet effet la maison des Ursulines. Mais avant que de commencer le bâtiment , Mademoiselle de Francheville voulut avoir l'agrément de ce Prélat qui étoit retourné à Paris , d'où il enyoïa son consentement à M.de Kerlivio son Grand-Vicaire qui lui avoit écrit à ce sujet. Après avoir obtenu cette permission, Mademoiselle de Francheville envoïa en secret une somme d'argent à la Superieure, qui du consentement de la Communauté, fit jetter les fondemens de cette maison, dont la premiere pierre fut posée le 20. Mars 1671. par M. de Kerlivio , qui en avoit dessiné le plan avec tant de justesse , qu'encore que le bâtiment fût situé dans l'enclos du Monastere, il n'y avoit ni commerce, ni vûë , ni entrée pour les personnes qui y venoient en retraite , & on y travailla fi diligemment qu'il fur Tome VIII.

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fort court,

Maisons achevé & meublé, & qu'on y commença les exercices dès le DEREIRAl mois d'Avril de l'année suivante.

Pendant que l'on travailloit à cet édifice, Mademoiselle de Francheville ne laissoit pas de s'occuper utilement au salur des ames : car pour ne pas perdre ce tems , qui quoique sembloit bien long à son zele pour

l'avancement spirituel du prochain, elle pria l'Evêque de permettre qu'elle assemblât au Pargo ( Maison de campagne aux environs de Vannes ) plusieurs personnes de son sexe qui defiroient y faire une retraite:ce qu'elle obrint,avec la permission d'y faire dire la Mesle,& d'y faire faire deux Exhortations par jour : ce qui y attira tant de monde , qu'il s'y trouva jusqu'à quarante líx personnes , qui en sortirent toutes remplies de ferveur, & fi enflammées de l'amour de Dieu , que quelquesunes qui n'avoient pû se determiner jusqu'alors à quitter le monde , eurent le courage de prendre le parti de la Religion. Un tel succès redoubla le zele de Mademoiselle de Francheville , & l'excita à faire de pareilles Assemblées en divers endroits des Diocèses voisins. Il s'en fit une à Ploërmel, composée de quarante cinq personnes, du nombre desquelles il y en eur plusieurs qui se consacrerent à Dieu, les unes chez les Ursulines, & les autres chez les Carmelites.

Comme d'autres villes souhaitoient joüir du même bonheur, on en fit deux autres en differens tems à Quimperlé & autant au Quilio Paroisse du Diocèse de Quimper, & tout le monde y accouroit avec tant d'affluence qu'on ne sçavoit où les loger. Telles furent les occupations de Mademoiselle de Francheville jusqu'à ce qu'on eut achevé le bâtiment des Ursulines, dans lequel on commença pour lors à faire les retraites sous la conduite de ces Religieuses , qui concoururent de tout leur pouvoir à la fanctificacion des personnes de leur sexe, avec les Ministres de Jesus-Christ.

Mais ce qui réjouissoit le Ciel , allarma l'enfer, & les Démons exciterent une horrible tempête pour détruire cet ouvrage. La calomnie publia mille faussetés , & l'envie noircit les choses les plus innocentes & les plus saintes : ce qui arriva dans des circonstances d'autant plus fâcheuses que

M. de Rosmadec aïant été transferé à l'Archevêché de Tours, le Pere Daran étant mort, M. de Kerlivio érant disgracié, le Pere Huby n'étant pas ecouté du nouvel Evêque qui

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étoit prévenu par ceux qui l'approchojent,il ne se trouva per- Maisons sonne qui ofât se déclarer en faveur de la retraite des femmes , qui fut enfin interdite dans le tems qu'elle commençoit à donner des marques de la plus belle esperance ; & Mademoiselle de Francheville eut encore une fois le déplaisir de voir ses bons delfeins traversés par ceux qui les devoient soutenir & de qui elle devoit attendre plus de secours. Ce coup lui fur si sensible qu'elle ne put s'empêcher de verser des larmes & de déclarer ce qu'elle avoit caché jusqu'alors; que le logement que l'on avoit bâti chez les Ursulines s'étoit fait à ses dépens : ce qui aïant également surpris & touché ceux qu'elle fic les confidens de la peine , on lui conseilla de leur demander , qu'elles obtinssent la permission de continuer les retraites, ou qu'elles lui remboursaffent l'argent emploïé à cet usage. Les Religieuses lui accorderent sa demande, & après avoir fait de vaines tentatives auprès de l'Evêque, non seulement elles rendirent les deniers qu'on avoit avancés ; mais encore les meubles , les Reglemens & generalement tource qu'on avoit fait à l'usage des retraites.

Cette bourasque ne dura néanmoins qu'un tems. L'esprit du Prélat se calma, & il consentit enfin à la priere de Mademoiselle d'Argouges, dont on avoit interposé le credit , au rétablissement des retraites pour les femmes , & il en donna la direction tant pour le spirituel que pour le temporel à M. de Kerlivio, qui sans perdre de tems chercha une maison qui fût propre pour cela ; mais n'en aïant point trouvé d'affez grande , Mademoiselle de Francheville profita de l'offre qu'on lui fit de lui louer pour quelques années la maison du Seminaire , qui venant d'être achevée étoit inhabicée faute d'argent pour la meubler , à condition néanmoins qu'elle la mettroit en état d'y pouvoir loger. C'est pourquoi comme elle connoissoit l'intelligence & le zele de M. de Kerlivio, elle le chargea du soin de cet ouvrage en lui mettant d'abord deux mille écus entre les mains, avec lesquels il fic travailler avec tant de diligence , qu'en peu de mois la maison fut difposée pour les retraites.

La premiere vûë de Mademoiselle de Francheville étoit seulement de contribuer à ces retraites de son bien & non pas de la personne , soit qu'elle crût n'avoir pas les talens necesfaires pour cet emploi , ou qu'elle craignît que cela ne la dé

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