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FILLES DE
L

'ENFANCE

voient avoir une communication particuliere avec elle, la DE Jesus. consulter dans toutes les difficultés considerables qui pou

voient survenir, & suivre ses décisions après la mort de la
Fondatrice , qui étoit l'oracle de toute la Congregation, &
qui seule avec l'Oeconome, & une autre fille nommée par la
Communauté, pouvoit recevoir l'argent , non seulement de
la Maison de Toulouse, mais encore des autres, comme il
est marqué dans le Chapitre quarante-six. Les trente trois
& trente cinq, où il étoit parlé de la nourriture, des peniten-
ces & mortifications des filles , ne les obligeoient qu'à celles
que l'Eglise impose à tous les Chrétiens. Elles ne loupoient
pas néanmoins le Vendredi ni le Samedi , excepté celles qui
visitoient les malades, qui ne pouvoient s'en abstenir qu'avec
la permission de la Superieure. Leur nourriture ne pouvoit
être
que

de viandes ordinaires ; comme beuf,veau,mouton,
pigeons & volailles ; la venaison leur étant défenduë,hors les
cas ausquels les Medecins la jugeroient absolument necessai-
re; & les filles de service devoient être traitées comme elles
l'auroient été dans les maisons particulieres. Elles ne pou-
voient sortir qu'avec une Compagne. Il ne leur étoit pas per-
mis de manger dehors. Elles devoient ordinairement aller les
Dimanches & les Fêtes à la Paroisse pour allister à la Mese,
au Prône & aux Vêpres. On ne pouvoit dire la Messe dans
leur Chapelle domestique que dans des cas extraordinaires;
mais Madame de Mondonville s'étoit reservě la liberté de la
faire dire quand elle vouloit. Elles se confessoient toutes
dans l'Eglise de la Paroille, où leur Confesseur devoit avoir
un confessionnal, avec la permission du Curé, donnée par
écrit; & ce Confesseur ne pouvoit être jamais qu'un Prêire
seculier , libre de tout engagement & liaison à toute Compa-
gnie , Congrégation ou Communauté. C'est ce qui est mar-
qué dans les Chapitres trente fix, trente huit & quarante-
un. Nous omettons les autres, qui ne regardent que les pra-
tiques des vertus , les élections des Superieures & Officieres,
& l'Oeconomie des Maisons.
Ces Constitutions trouverent des Censeurs

on écrivit contre,& on voulut persuader à M.Ciron d'en changer plusieurs articles ; mais il ne put s'y résoudre. On y fit néanmoins quelques changemens l'an 1684. par ordre de M. l'Archevêque de Toulouse; mais ces changemens ne furent

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point considerables , on retrancha seulement quelques mots MAISONS de peu de consequence & quelques pensées pieuses : en sorte ris. que ces secondes Constitutions ne differoient en rien des premieres dans l'essentiel: ce qui selon les apparences ne fut pas agréable au Roi , qui peu satisfait de ces filles , aïant voulu voir ces Constitucions tant nouvelles qu'anciennes , pour être informé de leurs coûtumes & usages, fit défense le 7. Novembre 1685. de recevoir des filles dans certe Congregation sans nouvel ordre , & par un Arrêt du Conseil d'Etat du 12. Mai 1686. il annulla la fondation de cette Congregation, cassa l'Institut, & ordonna aux filles de se retirer chez leurs parens ou ailleurs. Elles en appellerent au faint Siege la même année; mais les poursuites qu'elles firent. furent inutiles , & ne servirent qu'à faire donner une Lettre de Cachet à Madame de Mondonville leur Fondatrice pour se retirer à Coutances , cù elle a fini ses jours ; ainsi la Congregation de l'Enfance fut entierement supprimée. Elle s'étoit déja multipliée & avoit des établissemens à Toulouse,à saint Felix , à Montesquiou , à Pezenas , à Carmang & à Aix en Provence.

Constitutions des Filles de l'Enfance imprimées en 1664.00 Memoires du tems.

L

CHAPITRE XXV II I.
Des Maisons de Retraites fondées en Bretagne en d'au-

tres Provinces
A fondation des Maisons de Retraites a été aussi glo-

rieuse à ses Fondateurs qu’utile à toutes les personnes de l'un & de l'autre sexe. Le premier à qui Dieu inspira ce dessein fut Loüis Eudo de Kerlivio, qui nâquit à Hennebont ville de Bretagne le 14. Novembre 1621. Son pere

François Eudo de Kerlivio d'une famille ancienne de la Province & considerable par ses alliances , & fa mere Olive Guillemette Flabelle,étoient riches, vertueux & ficharitables,qu'on attribué à leurs grandes aumônes les benedi&tions que le Ciel a répandues sur leurs enfans. Louis de Kerlivio, aprés : avoir fait ses humanités à Rennes & la Philosophie à Bourdeaux, étant de retour à Hennebont commença à voir ls.

DERETRAI.
TIS.

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Marsons grand monde & conçur de l'inclination pour une jeune De

moiselle d'une rare beauté, mais sans biens, & l'engagement
alla si loin qu'il lui promit de l'épouser. Son pere & la mere
n'omirent rien pour l'en détourner , & lui défendirent enfin
de la voir. Cette défense,qui lui causa un chagrin mortel,lui
fit prendre la résolution de faire un voïage à Paris : ce que
ses parens lui permirent aisément dans l'esperance que l'éloi-
gnement amortiroit sa passion. Pendant son séjour dans cette
ville , la Demoiselle moins constante que lui en épousa un
autre : ce qui fit un sensible plaisir à ses parens , qui lui en
donnerent avis avec ordre de revenir au plûtôt pour l'établir
selon leurs desseins ; mais Dieu,qui avoit les siens bien diffe-
rens des leurs, se servant de ce contre-tems fatal à ses amours,
lui inspira un grand mépris pour le monde & pour ses vani-
tés. Cachant néanmoins fa pensée à ses parens , il les pria de
lui permettre de rester encore à Paris dans le dessein de faire
une retraite chez les Carmes des Billetes , où il passa fix se-
maines en solitude sous la conduite du Pere Donatien de
saint Nicolas, homme fort éclairé dans la conduite des ames,
qui l'assurant que Dieu l'appelloit à l'Etat Ecclesiastique &

à la Religion , il ne longea plus qu'à suivre la voix
du Seigneur , qu'il cruc lui être manifestée par la bouche de
ce faint homme.

Aïant donc pris la résolution de se donner à Jesus-Christ dans l'état du Sacerdoce , il alla se présenter au Seminaire des bons Enfans à Paris , où il fut reçu par M. Vincent de Paul Instituteur des Prêtres de la Congregation de la Mis fion. Après y avoir passé quelques jours dans la retraite , il fit sçavoir à son pere & å sa mere sa résolution , les priant de lui donner leur agrément & leur benediction. Cette nouvelle à laquelle ils ne s'attendoient pas , leur causa beaucoup de chagrin. Ils refuserent sa demande & n'omirent rien pour le détourner de son dessein. Mais la grace l'aïant rendu insensible aux attraits de la chair & du lang , il pric les Ordres sacrés dans la vingt-quatriéme année de son âge , & demeura ensuite quatre ans dans le même Seminaire pour étudier en Theologie dans la celebre Université de cette ville.

Sa mere étant morte pendant le cours de ses études , son pere le rappella en Bretagne où étant arrivé il s'occupa à des

non pas

DERETRAL

exercices continuels de piecé. Son pere qui n'avoit pas

d'a. MAISONS bord approuvé la conduite , en fut tellement touché qu'il pis. se rendit imitateur de ses vertus & le prix pour son Confefleur & Directeur. Après la mort, Louis Eudo se voïant maitre de tout son bien emploïa presque tout son revenu en bonnes euvres , commençant par l'Hôpital d'Hennebont qu'il acheva de bâtir & meubler , & où il fonda encore deux Sæurs de la charité outre les deux que son pere y avoit fondées pour avoir loin des malades. Non content de cela il donna une maison pour recevoir les pauvres Orphelins , avec une somme d'argent pour leur faire apprendre des mê. tiers , & faisoit subsister plusieurs familles honnêtes, que la honte empêchoit de déclarer leurs necessités. Il se retira ensuite dans l'Hôpital d'Hennebont, où il avoit fait faire un appartement pour lui, dans la veuë d'y emploïer le reste de ses jours à servir les pauvres en qualité de Chapelain & de Confesseur, s'acquittant parfaitement deces devoirs de charité , fur tout à l'égard des malades qu'il visitoit plusieurs fois le jour, les conlolant & les assistant dans leurs besoins.

Le Pere Rigoleu & le Pere Huby de la Compagnie de Jesus , écant venus faire une Mission à Hennebont, y eurent plusieurs conversations avec M. de Kerlivio,& ils contracterent une si grande amitié avec lui & une union si parfaite que rien ne fut jamais capable de l'alterer, & dès lors M. de Kerlivio prit le P. Huby pour son Directeur. Le P. Rigoleu lui aïant communiqué ses vûës touchant l'établissement d'un Seminaire , où les jeunes gens qui aspirent à l'état Ecclesiastique fussent élevés dans la piecé en même tems qu'ils étudieroient au College,ce saint homme offrit d’emploïer ses biens & sa personne même s'il étoit necessaire, pour executer ce dessein. Etant venu à Vannes pour en traiter avec le Recteur des Jesuites, il acheta au nom de ces Peres un jardin joignant le College , & pour commencer à y bâtir, il donna une grosse somme au Pere Rigoleu ; mais ils avoient leurs vûës , & Dieu avoit les siennes. Leur intention étoit de bâtir un Seminaire , & celle de Dieu étoit de bâtir une maison de retraite.

Cependant la Providence qui vouloit que M. de Kerlivio servîc à l'execution de l'un & de l'autre de ces desseins lui en procura les moïens, en inspirant à M. de Rosmadec Evêque

DERETRAI

TIS.

Maisons de Vannes, de le faire son Grand Vicaire. La nouvelle lui

en fut portée par le Pere Hubyson Directeur qui après bien de la peine le tira enfin de son Hôpital & lui persuada d’accepter cet emploi, dont il s'acquiia avec une fidelité & une vigilance qui égaloient la grandeur de son zele & de fa pieté : ce qui n'empêchoit pas qu'il n'eût toute l'attention possible pour la continuation de son Seminaire, dont l'autorité qu'il avoit dans le Diocese lui faisoit esperer un succès. avantageux. Mais lorsqu'il fut achevé, il eut le déplaisir de voir que lon Evêque , après l'avoir agréé, avoit changé de sentiment, & que la chose aïant été proposée dans le Synode qui se tint en ce temslà, tous les Curés s'y opposerent en invectivant contre lui & contre les Jesuites : ce qu'il souffrit avec toute la moderation possible.

Voïant que tout le Clergé s'étoit déclaré contre lui , il lui vint en pensée de quitter la Charge de Grand. Vicaire & de se borner au soin de la Paroisse de Plumergat que son Evêque l'avoit obligé d'accepter en qualité de Curé. Cependant ne voulant rien faire fans consulter le Saint-Esprit , il se mit en retraite avec son Directeur , afin que par leurs continuelles & ferventes prieres il pussent obtenir les les lumieres nécessaires pour la resolution qu'il devoit prendre. Leurs Vaux joints ensemble furent exaucez. Car M.. dc Kerlivio qui demeuroit déja dans un petit appartement de cetie maison qu'il avoit destiné pour un Seminaire, entendit par trois fois en divers tems une voix qui lui disoit distindement, faites une maison de Retraite. Il communiqua cette inspiration au Pere Huby qui avoit eu aussi la même pensée, & ils conclurent d'emploïer le nouveau bâtiment à faire des retraites de huit jours. M. de Kerlivio en fit la proposition à l'Evêque de Vannes qui la reçut avec joïe, & voulut que ses Oficiers fussent les premiers à y faire une retraite , emplorant toute son autorité à les solltenir dans ce pieux dessein & à y attirer tout le monde par le mandement qu'il envoïa pour cet effet le 11. Janvier 1664. dans toutes les Paroisses de fon Diocèse.

Nonobstant le Mandement de ce Prélat, beaucoup de Curez & de personnes distinguées, se déclarerent contre ces Retraites & contre les Auteurs d'un si faint établissement: Ilseurent besoin d'un courage invincible,pour solltenir toutes

graces &

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