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i elles ne parlent à aucune personne de dehors , non pas mê. Fillis po

me à leurs parens au premier degré. Elles ont tous les jours ESANT une heure d'oraison mentale ; & outre les prieres vocales, & plusieurs exercices de pieté qu'elles font en commun, elles disent toutes les Fêtes le grand Office de l'Eglise. Tous les ans elles font les exercices spirituels pendant huit jours ; & tous les mois elles ont un jour de recuëillement. Le jour qu'elles communiene elles portent le cilice pendant la matinée. Trois fois la semaine elles prennent la discipline. Outre les jeûnes de l'Eglise, elles jeûnent encore tous les Vendredis , les Samedis, & toutes les veilles des Fêtes de la sainte Vierge. A certains jours elles font publiquement des mortifications. Elles s'occupent beaucoup au travail manuel, comme à faire toutes sortes d'ouvrages à l'aiguille , à dessiner , à peindre, & plusieurs autres. Elles apprennent le plain-chant, à jouer des orgues, du clavessin, de la balle de viole, & autres instrumens de musique, qu'elles enseignent aussi à d'autres filles qui demeurent chez elles en qualité de Pensionnaires, dont le nombre ne doit pas exceder celui de trente.

Outre cela elles doivent recevoir gratuitement pendant huit ou dix jours les filles qui voulant faire leur premiere Communion , leur demandent à se recirer chez elles pour s'y préparer & se faire instruire de ce qu'elles doivent sçavoir pour recevoir avec fruit cet auguste Sacrement. Elles reçoivent de la même maniere les filles qui veulent embrasser l'état Religieux, afin de les exercer dans les pratiques de la vie religieuse; & font faire pendant huit ou dix jours les exercices spirituels aux filles & aux femmes, veuves ou mariées qui avec la permission du Cardinal Vicaire & le consentement de leurs maris ou de leurs parens se veulent retirer chez elles. Cette Communauté fut d'abord établie dans une Maison qui étoit à la place Margana, proche fainte Marie in Campitelli. Elle fut ensuite transferée à sainte Praxede & enfin proche saint Laurent in panis Sperna , où elle subsiste à present avec beaucoup d'édification."

Carlo: Bartholom , Piazza Eufevolog. Romano. part. I. Tract. 4. Cap.7. & Philipp Bonanni, Catalog. Ord. Religios. part. 2.

FILLES DE
L'ENFANCE
DE Jisus.

CHA PIIRE XX VII.
De la Congregation des Filles de l'Enfance de Notre-

Seigneur Jesus-Christ.
N

Ans le tems que les Filles de l'Enfant Jesus à Rome

commençoient à former leur Congregation , comme nous avons dit dans le Chapitre précedeut, l'on en établit en France une autre que l'on nomma de l'Enfance de Nôtre. Seigneur Jesus-Christ, qui eut pour Fondatrice Madame de Mondonville Jeanne Julliard veuve de Claude de Turle Seigneur de Mondonville, Conseiller au Parlement de Touloule. Cette pieuse Dame avoit déja établi conjointement avec M. l'Abbé de Ciron Chanoine de la Cathedrale & Chancelier de l'Université de Toulouse,quelques maîtresses pour l'éducation & l'instruction des nouvelles Catholiques & des pauvres filles de la Paroisse de saint Etienne de la même ville ; mais voulant changer cet établissement en une Congregation de Vierges Chrétiennes , qui sans porter l'habit de Religieuses , pratiquasient les vertus de Religion , & se donnassent tout à Dieu & au service du prochain , elle se retira en 1657. dans la maison qu'elle avoit achetée pour l'instruction des nouvelles Catholiques. Elle y assembla par les avis de M. de Ciron un fi grand nombre de filles, que cette maison n'étant pas suffisante pour les loger toutes , elle en acheta une autre l'an 1661. où sitôt qu'elle fut logée avec toutes celles qui s'étoient mises sous la conduite,elle demanda pour sa Congregation naissante des Reglemens & des Constitutions à l'Archevêque de Toulouse, Pierre de Marca , qui ne pouvant refuser une demande si fainte & fi juste, commit par une Ordonnance du 25. Mai 1661. M. de Ciron pour travailler à ces mêmes Constitutions. Elles ne furent pas plûtôt finies que Madame de Mondonville & quatre de Tes files présenterent une Requête à ce même Prélat au mois de Janvier de l'année suivante, pour le prier de les approuver , & d'ériger leurCongrégation sous le titre de l'Enfance de Notre-Seigneur Jesus-Christ, & le væu simple de stabilité auquel elles vouloient s'engager. Le Grand-Vicaire de l'Archevêque répondit à la Rcquêre, & érigea les Suppliances &.

celles qui se joindrvient à elles en Societé & Congregation, Fieres or sous le titre & de la maniere qu'elles souhaitoient, pour va- L'ENFANCE quer à l'éducation Chrétienne des jeunes filles, à l'instruc- De Jas's. tion de celles qui étoient nouvellement converties à la foi Catholique, au secours & à l'aslistance des pauvres malades honteux & autres , avec le væu simple de Itabilité, sous la conduite de leur Fondatrice & Institutrice. Il approuva les Constitutions qui avoient été dressées par M. de Ciron , à condition néanmoins qu'aucune fille ne pourroit être reçuë à faire le væeu de stabilité dans la Congregation , avant qu'il y eût un A&te public de la donation que la Fondatrice avoit promis de faire pour l'entretien de huit filles : ce qu'elle execura la même année, & fic la premiere ce væu de stabilité le 4. Mars. Elle envoïa ensuite à Rome les mêmes Constitutions, pour en avoir la confirmation du saint Siege, que le Pape Alexandre VII. accorda par un Bref du 6. Novembre 1662. Le Roi donna aulli ses Lettres Patentes pour cet établissement le 21. O&obre 1663. & elles furent enregistrées au Parlement de Toulouse le 17. Novembre suivant. Tels furent les commencemens de la Congregation des Filles de l'Enfance, qui ne subsisterent pas long. tems, comme nous le verrons dans la suite.

Les Constitutions qui furent dressées par M. de Ciron, contenoient cinquante-trois Chapitres. Le premier traitoic de la fin de l'Institut , qui étoit d'honorer tous les états de l'Enfance de Nôtre Seigneur Jesus-Christ ; mais particulierement celui dans lequel il commença d'instruire les hommes & de se séparer de ses parens , pour s'appliquer plus particulierement aux affaires de son pere : ce que les filles qui embrassoient cet Institut devoient imiter , en procurant au dedans & au dehors de leurs maisons l'instrudion & le secours spirituel & temporel du prochain, autant que la modestie de leur écar le pouvoit permettre. Le second Chapitre déterminoit les Emplois des filles de cette Congregation, dont le principal étoit d'élever les jeunes filles des leur enfance dans la connoissance des obligations de leur Batême, dans l'estime & la pratique des promesses qu'elles y ont faites à Dieu, dans la haine du monde, & de ses pompes, ausquelles elles ont renoncé, & dans l'amour de Jesus Christ, & des maximes de son Evangile. Le troisiéme traitoit de la maniere que les filles

Di JESU S.

Fitues o de l'Enfance devoient s'appliquer à cette éducation, en preL'ENFANC nant des Pensionnaires dans leurs Maisons, & en tenant des

Ecoles publiques. Le quatrieme & le cinquiéme regardoient le gouvernement des Pensionnaires & des Ecoles. Le fixiéme · enleignoit la maniere avec laquelle ces filles devoient le com

porter dans la visite des malades, & la distribution des boüil.
lors. Le septiéme ce qu'elles devoient faire à l'égard des nous
velles Catholiques. Le huitiéme & le neuviéme le soin qu'el-
les devoient avoir des Hôpitaux & des pauvres en tems de
peste. Le dixiéme parloit des retraites qu'elles devojent faire
pendant huit jours tous les ans. Les onziéme,douziéme,trei-
ziéme &quatorziéme,regardoient la reception des filles. Il de-
voit y en avoir de trois fortes ; les premieres étoient des De-
moiselles de noblesse d'épée ou de robe, qui pouvoient seules
avoir voix déliberative dans toutes les choses qui deman.
doient les suffrages de la Communauté, comme aussi voix
a&tive & pallive dans les élections aux Charges de Superieure,
Intendante & Oeconome de la Maison. Dans le second rang
étoient les fillesd'une condition inferieure,qui pouvoient avoir
part à tous les Emplois de la Congregation, aussi bien que les
premieres comme de Maîtressesdes Écoles, du Gouvernement
des Pensionnaires, de la visite des pauvres, distribution des
boüillons , & autres choses semblables : elles étoient seule-
ment excluës des Charges de Superieure , Intendante &
Oeconome. Enfin dans le troiliéme rang étoient les Suivan-
tes, Femmes de Chambre & Servantes du gros emploi , qui
devoient toûjours demeurer dans la condition que la nail-
sance leur avoit donnée, sans qu'elles pussent en être tirées
pour quelque cause que ce fût. Avant que ces filles fissent le
væu de stabilité, elles devoient être éprouvées pendant
deux ans , lesquels expirés, la Fondatrice avoit droit de les
recevoir elle seule, & après sa mort, ce droit appartenoit à la
Communauté. Celles qui étoient admises devoient faire væu
de stabilité en cette maniere. Je promets fincerement & libre-
ment, da je vouë à l'honneur de la sainte de facrée Enfance
de Notre-Seigneur Jesus-Christ, stabilité perpétuelle dans la
Congregation des Filles de l'Enfance , pour y vivre le reste de
mes jours, conformément à ses Statuts & Reglemens, sans clô.
ture & sans aucune liaison de væu folemnel, é fans aucune
affectation d'habit fingulier. Dieu me fasse la grace d'y étre

fidelles.

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fidelle. L'épreuve de deux années fe nommoit l'essai , & la Fillys DE profession la liaison, afin de n'avoir rien de commun avec les L'ENFANCE autres Congregations Regulieres & Seculieres. C'est pour cette raison que le dixneuviéme Chapitre ordonnoit que les Maisons de cette Congregation de l'Enfance feroient à la maniere des maisons des bons Bourgeois , & qu'on ne bâtiroit point sur tout ni Dortoirs , ni Refectoirs, ni chauffoirs, & que les lieux destinés à ces usages n'en devoient avoir ni la forme ni le nom. Le quinziéme défendoit de recevoir des veuves. La Fondatrice devoit être en cela seule privilegiée ; & fi quelque autre veuve vouloit faire quelque nouvel établissement, on devoit lui permettre seulement de passer huit jours dans la Maison de six mois en fix mois. Le seiziéme exclut toute singularité. Les Maisons ne pouvoient avoir de Chapelles exterieures, de clocher , ni de cloche, que de la grosseur necessaire pour être entenduë dans toute la Maison. Les filles ne devoient point changer le nom de Batême, ni celui de leur famille, & ne devoient point s'appeller Sours. conformément au dix-septiéme : elles ne devoient point affecter d'écoffe particuliere ; mais devoient se servir indifferemment suivant les saisons, de celles qui sont au dessous de la pure loïe, simples & unies, sans passemens d’or & d'argent, ou de foïe. Il ne devoit point non plus y avoir de couleur affectée ; mais elles pouvoient choisir indifferemment le noir, le gris,le blanc, le feüille-morte, ou autre couleur. Les habits des Demoiselles suivantes & des Femmes de Chambre , ne devoient être que de laine avec quelque difference , soit dans la nature des étoftes, loit dans la forme des habits. Le dix-huitiéme prescrivoit quels devoient être les ameuble. mens des filles. Les Chapitres dix-neuf & vingt concernent les laquais, les carrosses, les chevaux & les chaises à porteurs. Il étoit dit dans le vingtiéme Chapitre que les laquais ne pouvoient pas être reçus s'ils avoient servi des filles dans le monde ; & que les cochers devoient être mariés. Il devoit y avoir beaucoup d'union entre les filles d'une même maison, & cette union devoit être reciproque entre toutes les maisons de l'Institut, comme elle est recommandée dans les Chapitres vingt-sept & vingt-huit. La Maison de Toulouse devoit être le centre de l'union des autres,à cause qu'elle avoit reçu les premices de l'esprit de l'Institut: c'est pourquoi elles de

Tome VIII.

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