Page images
PDF
EPUB

NERI

qui peut

la gloire de Dieu. Le saint Fondateur alloit ensuite visiter Prerres plusieurs Eglises où il étoit suivi par un grand nombre de PE'ORA les disciples,qui y aslistoient aux Offices tant de nuit que de PHILIPPE jour , avec une pieré & une devotion,qui les rendoit la bonne odeur de Jesus-Christ. Il y en avoit trente ou quarante qu'il avoitchoisis entre tous les autres , & qu'il distribua en trois bandes

pour aller aux Hôpitaux de la ville assister les malades : & certains jours de l'année, principalement pendang les jours de Carnaval, il assembloit le plus de monde qu'il pouvoit pour aller visiter les sept Eglises, afin que ne pouvant arracher au demon toutes les conquêtes qu'il fait dans ces tems de fulies & de libertinage , il en diminuât au moins le nombre en attirant à ces pratiques de devotion des gens

être sans cela n'auroient pas évité les pieges de cet esprit tentateur. Cette devotion se pratique encore tous les ans à Rome le jour du Jeudi gras , & on y observe le même ordre

que

le Saint y avoit établi. Il s'y trouve quelquefois jusques à quatre ou cinq mille personnes , ausquelles on donne à manger , mais avec la même frugalité dont usoit le saint Fondateur à l'égard de ceux qui l'accompagnoient dans ce faint pelerinage ; car on ne leur donne à chacun qu'un pain , une tranche ou deux de sauslison , qu'on appelle en Italien mortatella , un cuf, un morceau de fromage, & environ une chopine de vin. Ce qui se fait dans une vigne, c'est à dire dans un grand jardin, où l'on trouve tour disposé : en forte que lorsqu'on arrive , on n'a qu'à s'asseoir sur l'herbe chacun dans son canton , car chaque état & condition a le lien , qui est separé des autres par de petites barieres faites exprès, en sorte que les Religieux, de quelque Ordre qu'ils soient, ont le leur, qui est le plus proche de celui des Cardinaux , ensuite celui des Seculiers, & ainsi des autres. Pendant ce repas , qui dure environ une demi-heure, on donne à toute l'Assemblée le plaisir de la musique , qui est placée au milieu de toutes les baricades ; en sorte qu'on entend les voix de tous côtés , ensuite dequoi un enfant de huit à dix ans fait un petit discours sur le sujet de cette devotion , après lequel tout le monde se leve pour continuer ce Pelerinage qui ne finit que sur les quatre ou cinq heures du soir. Un si faint exercice ne put être à l'abri de la médisance Tome VIII,

C

ce ,

PRET RES & de la calomnie. Il s'éleva de faux bruits dans la villecon. TOIRE D z tre le Saint. On accusa ceux qui le suivoient dans la visite S. PHILIPPE des sept Eglises, de n'y aller que pour contenter leur gour

mandise , & vivre grassement des mets exquis qu'on leur donnoit en abondance: on en murmuroit hautement, & les plaintes en furent portées au Vicaire du Pape. Philippe fut déferé à son Tribunal, comme un homme ambitieux, qui introduisoit des nouveautés, & tenoit des Assemblées dangereuses contre la foi. Ce Prélat prévenu contre lui, le fit venir en la présence; & après l'avoir traité fort rudement, il lui interdit le Confessional,lui défendit de prêcher sans permission,& le menaça de le mettre en prison s'il menoit davantage des Compagnons avec lui , & s'il tenoit avec eux des Assemblées. Le Saint qui n'avoit rien à se reprocher sur les accusations qu'on avoit faites contre lui répondit en veritable enfant de l'Eglise, c'est-à-dire, avec beaucoup d'humilité & de soûmillion, à celui qui tenoit la place du Vicaire de Jesus-Christ, qu'aïant commencé cet ouvrage par obéissan

il le quitteroit de même ; mais qu'il n'avoit eu d'autre intention que celle de travailler pour la gloire de Dieu & le salut des ames. Le Prélat qui devoit êcre édifié d'une si grande soûmission à ses ordres,n'en conçut au contraire que du mépris pour lui & le chalsa de la présence : ce qui fuc pour nôtre Saint un contre-tems qui persuada à plusieurs personnes, & même à des Ecclesiàtiques qui demeuroient avec lui, qu'il n'étoit qu'un ambitieux , & dès ce tems-là il les eur pour adversaires ; mais Dieu qui humilie quelquefois ses Saints pour faire paroître leur gloire avec plus d'éclat , ne laissa pas long-tems fon Serviteur dans cette épreuve: car aïant fait connoître sa sainteté, on lui permit de continuer ses exercices : ce qui non seulement augmenta beaucoup le nombre de les Disciples, mais le remit dans un li haut degré de réputation , que les Florentins qui étoient habitués à Rome , aïant fait bâtir une Eglise dans cette ville , sous le titre de saint Jean-Baptiste l'an 1564. pour ceux de leur nation, le prierent de la vouloir bien desservir. Le Saint fic difficulté d'accepter cet Emploi: ce qui obligea les Florentins d'avoir recours à l'autorité du Pape Pie IV. qui asant ordonné à Philippe de se charger de cette Eglise , il fic prendre les Ordres sacrés à quelques-uns de ses Disciples ,

S. PHILIPPE
DI NERI,

qui fut

qui furent Baronius , Fideli & Bordia , que le Pape Clement PRĘTRES VIII. choisit dans la suite pour son Confesseur, & qui fut ToiRE DE ausli Archevêque d'Avignon.

Ces zelés Disciples de ce saint Fondateur furent les trois premiers qui allerent demeurer à l'Eglise des Florentins, où ils furent bien-tôt suivis par Tarruggi & Velli,

premier Superieur de la Congregation après faint Philippe de Neri; & c'est proprement à ce tems-là que l'on doit rapporter l'établissement de cette Congregation, qui prit le nom de l'Oratoire , à cause de l'Oratoire que le saint Fondateur avoit dressé à saint Jerôme de la Charité , où il demeura encore quelque tems , pendant lequel ses Disciples qui demeuroient à l'Eglise des Florentins l'alloient trouver trois fois le jour. Le matin ils se confessoient à lui, & retournoient ensuite chez eux. Après le dîné ils alloient à l'Oratoire pour y entendre le Sermon , ou pour prêcher à leur tour, d'où ils alloient chanter les Vêpres à leur Eglise, & retournoient encore à l'Oratoire pour assister aux autres exercices, sans que les ardeurs du Soleil en Eté, ni les rigueurs du froid, ou le mauvais tems en Hyver les en empêchallent. Ils étoient dans une si parfaite union, qu'ils distribuerent entre eux les Offices de la Maison, qu'ils faisoient tour à tour, trois fois la semaine , ou pour un tems plus considerable : ils servoient à table , avoient soin des provisions , & faisoient la cuisine : ce qu'ils tenoient d un fi grand honneur, que Baronius étant à la cuisine, & souhaitant de demeurer toûjours dans cec état d'humiliation , écrivit sur la cheminée en gros caracteres , Baronius , Cuisinier perpetuel. Souvent les grands Seigneurs & les personnes de Lettres qui recherchoient la conversation de ce grand homme, le trouvoient avec un tablier autour de lui, écurant les chaudrons, & lavant la vaisselle, Germain Fideli, frere de celui dont nous avons parlé, * Octave Paravicini, éleve de Baronius , & que son merite éleva dans la suite au Cardinalat, au:li-bien que son Maître, faisoient la lecture au Refectoire, & chacun à son tour avoit foin aussi de balaïer l'Eglise tous les Samedis,de parer l'Autel, de préparer tout ce qui étoic necessaire pour le Dimanche; pendant lequel & les jours de Fêtes, ceux qui étoient Prêtres s'emploïoient à entendre les confessions , & à annons cer la parole de Dieu.

PRETRES

DE NERI.

[ocr errors]

Une vie si sainte & si profitable au prochain,charmant de Peitorai plus en plus les Florentins , leur fit chercher les moïens de S. Philir pe les fixer entierement au service de leur Eglise : c'est

pourquoi voïant qu'ils ne pouvoient aller trois fois par jour l'Oratoire de faint Jerôme de la Charité sans beaucoup de fatigues , ils prierent saint Philippes de transferer ses exercices chez eux, & lui firent bâtir pour ce sujet un Oratoire fort ample : ce qu'aïant accepté l'an 1574. avec la permission du Pape Gregoire XIII. il y fit ses Assemblées, & y continua ses Exhortations ordinaires. Comme la Congregation augmentoit de jour en jour,le saint Fondateur & les Compagnons jugerent à propos d'avoir une Maison qui leur appartînt, afin qu'étant indépendans, ils pussent faire leurs exercices avec plus de liberté. On leur offrit deux Eglises, qui pouvoient convenir à ces mêmes exercices , & toutes deux dédiées en l'honneur de la sainte Vierge, l'une sous le titre de Monticelli, & l'autre fous celui de la Vallicella. Cette derniere étoit plus petite ; mais sa situation étoit plus avantageuse, à cause qu'elle étoit au milieu de la ville, & par consequent plus du goût du saint Fondateur,qui ne cherchant que l'avantage du prochain, préferoit sa commodité à sa

propre

satisfaction. Cependant craignant de se tromper dans son choix , il ne voulut rien faire sans avoir consulté le Pape, qui lui conseilla de s'arrêter à celle de la Vallicella. Comme cette Eglise étoit Paroissiale, celui qui en étoit Curé la ceda l'an 1575

moïennant une pension viagere; & le Saint envoïa pour la desservir Germain Fideli & Jean-Antoine Luccio. Quelque tems après on y jetta les fondemens d'une magnifique Eglise , où l'on commença à célébrer les Offices divins l'an 1577. & ce fut pour lors

que l'on commença à mettre en pratique les Constitutions

que

le Saint avoit dressées deux ans auparavant pour sa Congregation, qui fut approuvée la même année par Gregoire Xill. qui donna aulli son consentement pour transferer l'Oratoire de l'Eglise des Florentins à celle de sainte Marie de la Vallicella , qui porte présentement le nom de la Chiesa Nuova;c'est-à-dire l'Eglise Neuve; & ce changement donna occasion à faint Philippe de changer la methode de ses premiers exercices : car au lieu des Conferences , il y eut tous les jours, excepté le Samedi , une lecture fpirituelle , suivie de quatre Sermons : ce qui se pratique en

Di L'ORA-
TOIRE DE

DE NERI.

core aujourd'hui dans la même Eglise, avec tant d'édifica- PRETRES tion, qu'un faint Prêtre, qui pendant sa vie n'avoit jamais manqué d'aslister à ces Sermons, voulut,& ordonna par son S.PHILIPPE Testament qu'après sa mort son corps seroit enterré dans cette Eglise, vis à vis la Chaire du Prédicateur, & que l'on mettroit sur la tombe ces paroles du Prophete Ezechiel,off a arida audite Verbum Domini. Le saint Instituteur voulut aussi qu'à la fin des Sermons l'on chantâc quelques Hymnes & Prieres pour les necessités de l'Eglise.

L'Eglise de sainte Marie de la Vallicella étant en état d'y faire les exercices, comme nous venons de dire , & le logement pour la demeure des Prêtres étant achevé, une partie de ceux qui demeuroient à l'Eglise des Florentios y vinrent aussi demeurer la même année 1577. & élurent pour Superieur saint Philippe de Neri , qui ne quitta pas pour cela sa demeure à saint Jean des Florentins, où il demeura jusqu'en 1583. qu'à la priere de ses Disciples, qui étoient à lainte Marie de la Vallicella , & par obéissance au Souverain Pontife,qui le lui ordonna , il vint demeurer avec eux. Il en étoit resté encore quelques-uns chez les Florentins; mais par un Decret de la Congregation, qui fut fait l'an 1588. il fut ordonné qu'ils viendroient tous demeurer à sainte Marie de la Vallicella. Ainsi tous les Prêtres qui formoient la Congregation de l'Oratoire de Rome se virent réünis ensemble.

Čet Institut étoit trop bien établi , & fondé sur une trop grande pieté pour tarder long tems à faire beaucoup de progrès, ausli dès l'an 1586. Taruggiavoit fait des établissemens à Naples & à Milan ; il s'en fit un aussi la même année à SanSeverino, & il y en eut encore deux autres , l'un à Fermo,& l'autre à Palerme ; mais celui de Milan ne subsista ps. Les Peres de l'Oratoire de Rome voïant que leur Institut semultiplioit , firent un Decret, par lequel ils refolurent de n'avoir jamais de Maisons hors de Rome qui dépendissent de leur administration, excepté celles de Naples & de San Severino; mais afin qu'on ne crût pas qu'ils désaprouvassent les établissemens de pareils Oratoires, ils ajoûterent au Decret, qu'il étoit néanmoins permis à l'Oratoire de Rome d'envoïer li bon lui sembloit,des personnes pour établir des Maisons du même Institut, à condition qu'ils reviendroient après les avoir établies , sans que ces établissemens pussent être anne.

« PreviousContinue »