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DE SAINI JOSEPH.

chrétienne , Dieu les interrompit en lui fournissant de nou- Mission, velles occasions d'exercer son zele & son amour pour le pro in Con. chain: car la ville de Lyon aïant été affligée une feconde fois GREGATION de la peste en 1643. sa divine Majesté lui donna de si fortes inspirations de ne point abandonner les pauvres malheureux qui étoient attaqués de ce mal , qu'il se renferma avec eux pour

leur administrer les remedes necessaires. Il les consoloit par des paroles de pieté & d'édification, les encourageant à souffrir patiemment pour l'amour de Jesus-Christ: & parce que cette maladie est presque toûjours suivie de la mort, il les disposoit par des inltructions chrétiennes à recevoir les Sacremens , & n'oublioit rien de tout ce qui pouvoit les préparer à bien mourir. Lorsqu'ils approchoient de ce dernier moment , il redoubloit son zele

pour leur salut , les exhortant à se confier en la misericorde de Dicu & à faire un sacrifice de leur vie à la Justice. Il leur enseignoit à faire des actes de contrition , d'amour de Dieu , & de résignation à la volonté. Il faisoit des prieres en particulier & en public pour eux , & engageoit ceux qui étoient presens à leur donner le même secours.

En s'appliquant de la forte au salut des moribonds , il ne negligeoit pas le soin des autres malades , qu'il catechisoit tous les jours , leur enseignant à se bien confesser , & à manger dignement le pain des Anges : ce qui produisit un tel effet dans le cour des pauvres malheureux, qui étoient renfermés dans ce lieu de misere , que changeant de vie ils retournoient à Dieu par une veritable & sincere penitence.

Le Pere Dom Arnaud qui, comme nous l'avons dit, dirigeoit M. Cretenet & ceux des Disciples de la Mere Magdelaine de saint François , qui avoient fait avec lui une sainte Societé , aïant été choisi dans un Chapitre de son Ordre tenu à Paris , pour aller faire un établissement à Marseille, les en avertit , afin qu'ils fissent choix d'un autre Directeur ou Superieur qui continuâtà les conduire dans la voïe de la perfection. M. Cretener qui étoit le plus zelé

de cette petite troupe , pria ce Pere de recommander cette affaire à Dieu & de dire à cette intention la Messe pendant neuf jours ; afin

que sa Majesté divine leur fîc connoître sa sainte volonté, qui leur fut enfin manifestée par la bouche de ce même

LA CON
DE SAINT
JUSIPH.

Mission- Religieux, qui après avoir fini cette neuvaine , leur conseilla NAIRES DE de reiter unis ensemble & de choisir entr'eux quelqu'un caGREGATION pable de les

gouverner :

ils

reçurent cette réponle comme venant de Dieu même ; & aïant augmenté leurs prieres , leurs jeûnes & leurs mortifications , ils le sentirent inspirés de choisir Monsieur Cretenet , qui dès lors fut regardé comme leur Maître & leur Superieur.

Ce choix d'un Laïque & même engagé dans le mariage pour conduire cette nouvelle Compagnie de serviteurs de Dieu dans laquelle il y avoit trois Ecclesiastiques , parut si extraordinaire, que l'on traita d'illusion, d'ambition, & de temerité l'acceptation que M. Cretener fit de cet emploi. Mais nonobstant toutes ces contradictions, le nombre de ses Disciples augmenta par un grand nombre d'Ecoliers , qui s'étant mis sous la conduite, devinrent la bonne odeur de Jesus-Christ & porterent par tout les fruits de sainteté & de graces que ce saint maître avoit semés dans leur cæur par

les instructions & ses bons exemples.

Le zele qu'il avoit pour la gloire de Dieu & le falut des ames étoit

trop
vaste
pour

être borné au seul avancement spia rituel de ceux dont il avoit la conduite. Comme il portoit tour le monde dans fon cœur, & que fa charité s'étendoit sur tous les hommes , non seulement il prioit avec ferveur pour la conversion des Infideles, Herétiques & mauvais Chrétiens ; mais dans l'impossibilité où il étoit, à raison de son état , d'aller lui même chercher ces brebis égarées, il tâchoit d'engager ceux qui avoient choisi Jesus-Christ pour

leur partage d'entreprendre un fi saint exercice : ce qui lui réüslic enfin lelon ses desirs. Car un jour qu'il donnoit à manger à å quelques-uns de ses Disciples', la conversation tomba insenfiblement sur l'ignorance des peuples de la Campagne,& particulierement du grand besoin d'instruction qu'avoir le village de Marcignat dans le Bugey,dont un Prêtre de la Compagnie, qui avoit dit sa premiere Messe le même jour, étoit natif. Ce saint homme profita de cette occasion pour leur découvrir le dessein qu'il avoit depuis plusieurs années de les engager à se dévouer au service du prochain , & les y exhorta d'une maniere si efficace que ne pouvant résister à la force de ses discours, ils prirent la résolution d'aller instruire les pauvres gens de ce lieu fi-tôt que les vacances seroient arrivées , la plupart étudiant pour lors en Theologie. Ce Missiontems étant arrivé ils allerent recevoir leur Million du Grand- NAIRES DE Vicaire du Cardinal de Richelieu Archevêque de Lyon , czuGATION qui loüant leur zele & les encourageant à souffrir genereu- jusuph. sement toutes les peines & les farigues qu'ils auroient à foutenir , leur donna tout le pouvoir qui leur étoit necessaire. M. Cretenet fournit aux frais de leur voïage & de la Mission à laquelle ils se disposerent par le pelerinage de saint Claude qu'ils entreprirent à pied , jeûnant au pain & à l'eau , afin d'obtenir par l'intercession de ce fainc Archevêque les lumieres & les graces dont ils avoient besoin dans leur Ministere apostolique. Ils l'exercerent enfin dans le village de Martignat avec tant de satisfaction par rapport aux grands fruits qu'ils y firent ; qu'ils résolurent de consacrer à la Milfion tout le tems des vacances qu'ils auroient à la fin de chaque année de Theologie , & de s'y emploïer entierement lorsqu'ils auroient achevé leurs études.

M. Cretenet aïant connu par les fruits des premieres Misfions que ses disciples avoient faites,combien il étoit important pour le salut des ames de les continuer, s'appliqua avec beaucoup de soin à former les Ecclesiastiques qu'il croïoit être appellés de Dieu à cet emploi,dont le nombre s'augmentant tous les jours , il leur conseilla d'entreprendre toutes les Missions qui se presenteroient & d'aller dans tous les lieux où on les demanderoit. Le Bugey , la Brelse & le Dauphiné, furent les premiers champs qui eurent le bonheur d'être défrichés par ces bons Missionnaires,qui dans une Million qu'ils firent à Verjon au mois d'Octobre 1648.toucherent si vivement par leurs prédications le Marquis de Coligni & sa femme, qu'ils résolurent dès lors de se donner entierement à Dieu par un gé néreux renoncement à toutes les choses de la terre. Depuis ce tems- là ce Seigneur s'étant mis sous la conduite de ces Mil. fionnaires,& aïant reglé sa maison par leurs avis,il commença de mener une vie si Chrétienne,qu'après avoir fait l'admiration de tout le monde,il mourut très Iaintement en 1664. Ce qui ne fut pas le premier ni le seul fruit de leurs travaux Evangeliques : car sans parler d'une infinité de personnes de tous âges , sexes & conditions qui leur étoient redevables de leur conversion,ils avoient eu le bonheur dès l'an 1647.de gagner à Jesus Christ le Baron d’Atrignat,qui mourut en 1650.dans sa

GREGATION
DE SAINT
JOSEPH.

Mission. quarante-deuxiéme année, après avoir donné des preuves: MALCION d'une veritable conversion, & d'une finguliere piete.

De si heureux progrès sembloient devoir mettre ces zelés Missionnaires à couvert de la persecution : mais Dieu, qui veut éprouver les Justes,permit qu'il s'éleva contre eux trois bouraiques en trois differentes années , non seulement par la malice des méchans , dont ils combattoient les vices, mais même par la trop grande facilité de quelques personnes de pieté, qui mal informées de leur conduite, & prévenuës contre M. Cretener , sur qui, comme sur leur Chef, tomboit le plus gros de la tempête , crurent qu'ils feroient un grand service à Dieu & à l'Eglise , s'ils pouvoient contribuer à détruire cette Societé naissance avant qu'elle augmentât. Dans l'une de ces persecutions, l'Archevêque de Lyon publia un Mandement, par lequel il déclaroit excommunié un certain Chirurgien qui se mêloit de gouverner des Prêa tres , & défendoit à ces mêmes Prêtres de se conduire à l'avenir par les conseils de ce Laïque , leur ordonnant de comparoître au plûtôt devant lui pour être interrogés sur ce fait. Mais ce Prélat après les informations qu'il fit, aïant été desabusé des mauvaises impressions qu'on lui avoit données revoqua tout ce qu'il avoit fait contre les Missionnaires, leur permit de consulter M. Cretenet, comme auparavant,& leur donna même des pouvoirs beaucoup plus amples que ceux qu'ils avoient reçus de son Grand. Vicaire, afin qu'ils pussent sans aucun obstacle, continuer leurs Millions dans son Diocese.

Dans une autre persecution qui s'éleva contre eux au même Diocèse, & dans celui du Puy en Velay, on prêcha publiquement contre leur Doctrine; on les traita de Cabalistes & de Sectaires , qu'il falloit éviter comme Heretiques. L'on distribua par tout des libelles diffamatoires ; l'on fit même graver à Lyon une estampe qui representoit les Heretiques Vaudois , qui avoient eu pour Chef un Marchand de cette ville , & au dessous de l'estampe on avoit mis des discours injurieux contre M.Cretener & concre ses Missionnaires pour les rendre odieux : ce qui fit qu'on les insultoit par tout, & qu'on les chargeoit d'injures , principalement M. Cretenet, contre lequel on fit des vers satyriques, qui furept imprimés. & affichés aux coins des ručs, & qu'on venoit insulter

jusques jufques dans la maison. Mais enfin cet orage cessa l'an 1656. Mision. la verité prévalur sur le mensonge , & la malice des ennemis LACONGRE de M. Cretenet & des Missionnaires fur confonduë par le té- SATION DE moignage autentique qu'une infinite de gens de bien rendirent en leur faveur : en sorte que l'on commença à honorer ceux qu'on avoit méprisés ; & Dieu pour récompenser la patience de fesServiteurs, leur procura d'illustres Protecteurs & de puissans amis. Monsieur le Prince de Conty fut de ce nombre, & les emploïa aux Millions qu'il fit faire dans son Gonvernement de Languedoc.

Quelques années après l'Archevêque de Lyon persuadé du bien qu'ils faisoient dans son Diocese pour l'instruction des peuples , consentit qu'ils fissent un établissement à Lyon. Pour cet effer, M. le Prince de Conti leur obtint des Lettres Patentes du Roi, qui leur permettoit de s'établir dans cette ville, à l'Ifle. Adam dans le Diocese de Beauvais & à Bagniol, en Languedoc : & le Marquis de Coligni , dont nous avons parlé,& la femme fournirent aux frais de la fondation de Lyon avec tant de générosité & d'humilité qu'ils ne voulurent pas même prendre le nom ni la qualité de fondateurs quoiqu'ils en fissent toutes lesdespenses. Un si heureux succès donna bien de la joie à M. Cretener,il en remercia Dieu & le: pria de proteger certe Communauté naissante,de benir les sujers quida devoient composer,& de verser abondamment fes graces

sur tous leurs travaux. Cette nouvelle maison étant achevée,ce zeléFondateur proposa aux Missionnaires de faire une retraite spirituelle avant que d'y aller demeurer,ce qu'ils accepterent avec joïe, & voulurent même la faire l'un après l'autre dans sa maison. Lorsqu'elle fut finie, ils allerent dans leur maison, ou ils commencerent leur établissement & continuerent à suivre les reglemens qu'ils avoient observés depuis si long tems par les Conseils de M. Cretenet , qu'ils ont toûjours reconnu comme leur pere & le veritable Instituteur de leur Congrégation , à laquelle ils donnerent le nom de faint Joseph, quoique dans quelques lieux ou les appellâtles. Creteniftes.

Quelque tems après ces Miffionnaires prierent leur Instituteur de prendre un appartement dans leur maison , mais il

se prévalut point de cet avantage, & voulut païer le loïer des chambres qu'il occupoit , comme s'il eût été un étrangers; Iome VIII.

C.c.

ne

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