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MiîtioM- sentir la pesanteur de son bras , par la peste qui y causoit des rÂ'RcoN- ravages si funestes , que cette grande ville, autant célèbre cRtcATioN par fon commerce, que par le grand nombre de les habitans, Jouíh!nt se vit en peu de jours changée en un désert, tant par la fuite de ceux qui l'abandonnerent, que par la mort d'un grand nombre de personnes. II ne fut pas plutôt arrivé dans cette ville, qu'il se mit chez un Maître Chirurgien,où le Démon tendit des pièges à fa pureté par le moïen d'un de ses Compagnons , qui lui découvrit que leur Maître entretenoit une fille, dont il pourroit aussi jouir quand il voudroit, lui conseillant de profiter de l'occasion. Mais le saint] jeune homme s'étant apperçu de la malice de l'Esprit tentateur, sortit de cette maison, pour s'exposer au service des pestiférés: ce qui lui procura un établissement de la manière suivante.

La peste étoit si enflammée à Lion, que presque tous les garçons Chirurgiens, qui pensoient les pestiférés , étoient morts, & la plupart des Maîtres s'étoient retirés à la campagne pour se mettre à couvert de ce fléau terrible. Les Magistrats pour obliger les garçons Chirurgiens, qui écoient encore dans la ville, à s'exposer au danger, firent publier par tout que ceux qui serviroient les pestiférés, gagneroient leur Maîtrise. M. Cretenet, qui avoit quitté son Maître pour éviter le péché ,embraíla le parti que Dieu lui présentoir, & se donna de bon cœur au service des pauvres malades abandonnés. Ce fut au mois d'Avril de Tannée 1619. qu'il commença cet exercice charitable. La première personne qu'il traita de la peste, fut une jeune veuve, qu'il servit avec tant d'honnêteté & d'affection,que sa merc la lui promit en mariage , s'il pou voit la guérir, & se faire recevoir Maître Chirurgien. Dieu, qui lui avoit destiné cette veuve, bénit tellement le soin qu'il prit d'elle, qu'aïant été guérie en peu de tems,on ne pensoit plus qu'à l'execution de la promesse qu'on lui avoit faite. Lorsque la peste cessa , les Maîtres Chirurgiens revinrent de la campagne , & s'opposèrent à Tenterinement des Lettres que leurs Garçons avoient obtenues desMagistrats: ce qui étant un obstacle au projet du mariage de M. Cretenet, lui fut un nouveau su jet d'adorer les dispositions de Dieu fur lui, & de redoubler ses prières pour obtenir la grâce de connoître fa volonté, & de s'y conformer en toutes choses j mais principalement dans ce mariage,qu'il Mmsiomne souhaitoit qu'autant qu'il leroit agréable à fa divine Ma- """ô", jesté, & utile au salut de son ame: ce qu'il demanda avec ««hation une si parfaite soumission aux ordres du Ciel, que nonob- JomïhÍ"1 fiant cet obstacle , qui paroissoit invincible , il en obtint la conclusion de son mariage, & reçut la bénédiction nuptiale le io. Novembre.

Aïant obtenu des Lettres de Maîtrise quelque tems après, il régla tellement fa maison, que l'on y vivoit comme dam un Monastère le plus regulier,prenant lui-même le foin de conduire ses domestiques dans le chemin du salut, & de les former à la vie Chrétienne par les saintes maximes de l'Evangile qu'il leur enfeignoit. Souvent il leur faisoit des entretiens particuliers pour leur inspirer 1 horreur du peché,& Famour de la vertu. La prière le faisoit en commun le soir & le matin,& il vouloit qu'ils y assistassent, qu'ils allassent tous les jours à la MesTe,qu'ils fissent des lectures spirituelles,& qu'ils fréquentassent souvent les Sacremens. Non content de bannir de fa maison toutes sortes de jeux, de débauches, de juremens & de paroles libres > il fit de sages Reglemens, & les y fit observer indispensablement.

Pour ce qui est de ses enfans, il n'épargna ni son bien ni ses peines pour les élever dans la pieté. Outre les instructions qu'il leur donnoit lui-même, il leur choisit des Maîtres pour veiller de plus prés à leur conduite:ce qui leur réussit si heureusement , que les deux enfans qui lui restèrent , dont l'un étoit garçon & l'autre filIe,feconsacrerentau service de Dieui le garçon entra dans la Congrégation des Missionnaires,donï ion pere fut dans la fuite l'Instituteur, &la fille se fit^Religieuse du Tiers Ordre de saint François de la plus étroite Observance dans le Monastère de Kouanes , où elle vêcut avec tant de sainteté, qu'elle fut choisie pour faire rétablissement du troisième Monastère de cet Ordre à Lyon»

Une conduite si sainte & si utile au prochain, ne pouvoic être que fort agréable à Dieu, qui prévenant son Serviteur de ses bénédictions, lui donna un si ardent désir d'arriver à la perfection, qu'il rechercha avec empressement la conversation des personnes capables de lui en enseigner les voïes.Il demanda à la divine Majesté par de ferventes & continuelles prieres,qu'elle voulût bien lui procurer cette grâce par 1er

B b i].

Mijjion- moïen de quelques unes de ces aines choisies, qui quoiquô tv'"con* ^ans un corPs mortel, vivoient dans le monde comme si elles Crigation n'y e'toient pas,& dont toute la conversation étoit dans le Ciel. JoapH*."*1 La Mere Madelaine de S. François, première Superkure du premier Monastère du Troisième Ordre de S. François I .dans la ville de Lyon,à laquelle plusieurs personnes s'addref

soient pour apprendre à faire l'orailon, & à pratiquer les autres exercices de la vie spirituelle,fut celle dontDieu se servit

Í»our l'accomplissement du désir de M. Cretenet, qui par les oins de cette sainte fille, fit un si grand progrès dans la pratique de toutes les vertus qui conduisent à la perfection Evangélique, que se trouvant en état de marcher seul dans les voies les plus étroites du salut, il s« résolut d'y servir de guide au prochain , en enseignant aux ignorans les obligations de la vie Chrétienne, & en conduisant ceux qui ea étoient instruits,à une vie plus parfaite,selon les Règles qu'U en avoit reçues de cette charitable Maîtresse, que Dieu récompensa enfin,la faisant passer de cette vie à une meilleure le 13. Juin 164.1.

Après la mort de cette sainte fille, dix ou douze de ses Disciples dans la vie spirituelle se joignant à M. Cretenet,se mirent sous la conduite du Révérend Pere Dom Arnaud , pour lors Prieur des Feiiillans de Lyon, dont Dieu se servit pour faire connoîcre le mérite de son Serviteur. Car ce zélé Directeur étant fort occupé,soit dans son Couvent & dans les autres de son Ordre , dont il étoit toujours ou Prieur ou Provincial , soit à prêcher des Avents & des Carêmes , dans la ville de Lyon & ailleurs , renvoïoit à Monsieur Cretenet, les personnes qui venoient à lui pour le consulter dans leurs besoins spirituels, comme à celui qu'il connoissoit le plus capable de les soulager dans leurs peines: ce qui établit.si bien fa réputation , que tous ceux qui lui étoient ainsi envoïés , Jion contens de la consolation qu'ils trouvoient dans ses discours & ses entretiens particuliers , ne manquoient pas dans la fuite aux Conférences spirituelles qu'il faisoit une fois la semaine dans fa maison ou dans quelqu'autre , afin d'allumer dans le cœur de ses Auditeurs le feu de l'amour divin & un ardent désir d'arriver à la perfection. Mais dans le tems qu'il ne fongeoit qu'à continuer ces saints exercices d'uac charité véritablement chrétienne, Dieu les interrompit en lui fournissant de nou- Mrssiowvelles occasions d'exercer son zele & son amour pour le pro cô" chain : car la ville de Lyon aïant été affligée une leconde fois «shïsahom de la peste en 1643. fa divine Majesté lui donna de si fortes Josìph!*1'1 inspirations de ne point abandonner les pauvres malheureux qui étoient attaqués de ce mal, qu'il se renferma avec eux

Í>our leur administrer les remèdes nécessaires. 11 les consooit par des paroles de pieté & d'édification , les encourageant à souffrir patiemment pour l'amour de Jésus-Christ: & parce que cette maladie est presque toujours suivie de la mort, il les disposoitpar des instructions chrétiennes à recevoir les Sacremens, & n'oublioitrien de tout ce qui pou voit les préparer à bien mourir. Lorsqu'ils approchoient de ce dernier moment , il redoubloit son zele pour leur salut , les exhortant à se confier en la miséricorde de Dieu & à faire un sacrifice de leur vie à sa Justice. 11 leur enseignoit à faire des actes de contrition , d'amour de Dieu , & de résignation à fa volonté. 11 faifoit des prières en particulier & en public pour eux , ôcengageoit ceux qui étoient presens à leur donner le même secours.

En s'appliquant de la sorte au salut des moribonds, il ne negligeoit pas le soin des autres malades , qu'il catechisoic tous les jours , leur enseignant à se bien confesser, & à manger dignement le pain des Anges : ce qui produisit un tel effet dans le cœur des pauvres malheureux , qui étoient renfermés dans ce lieu de misère , que changeant de vie ils retournoient à Dieu par une véritable & íincere pénitence.

Le Pere Dom Arnaud qui, comme nous l'avons dit,dirigeoit M. Cretenet & ceux des Disciples de la Mere Magdelaine de saint François, qui avoient fait avec lui une sainte Société , aïant été choisi dans un Chapitre de son Ordre tenu à Paris , pour aller faire un établissement à Marseille, les en avertit, afin qu'ils fissent choix d'un autre Directeur ou Supérieur qui continuâtà les conduire dans la voie de la perfection. M. Cretenet qui étoit le plus zélé de cette petite troupe, pria ce Pere de recommander cette affaire à Dieu fie de dire à cette intention la Messe pendant neuf jours > afin que fa Majesté divine leur fît connoître fa sainte volonté, qui leur fut enfin manifestée par la bouche de ce même Mission- Religieux, qui après avoir fini cette neuvaine , leur conseilfo Ía'co" °-e ^ei^er ums ensemble &. de choisir entr'eux quelqu'un caoRïGAnoN pable de les gouverner: ils reçurent cette réponle comme Juuïh."" venant de Dieu même j & aïant augmenté leurs prières v leurs jeûnes & leurs mortifications, ils le sentirent inspirés de choisir Monsieur Cretenet , qui dès lors fut regardé comme leur Maître & leur Supérieur.

Ce choix d'un Laïque & même engagé dans le mariage pour conduire cette nouvelle Compagnie de serviteurs de Dieu dans laquelle il y avoit trois Ecclésiastiques , parut íi extraordinaire,que l'on traita d'illusion , d'ambition, & de témérité l'acceptation que M. Cretenet fit de cet emploi. Mais nonobstant toutes ces contradictions, le nombre de ses Disciples augmenta par un grand nombre d'Ecoliers , qui s'étant mis íous fa conduite , devinrent la bonne odeur de Jésus Christ & portèrent par tout les fruits de sainteté &c de grâces que ce saint maître avoit semés dans leur cceur par ses instructions & ses bons exemples.

Le zele qu'il avoit pour la gloire de Dieu & le salut des ames étoit trçp vaste pour être borné au seul avancement spirituel de ceux dont il avoit la conduite. Comme il portoit tout le monde dans son cœur, & que fa charité s'étendoit fur tous les hommes, non seulement il prioit avec ferveur pour 1& conversion des Infidèles, Hérétiques & mauvais Chrétiens i mais dans l'impossibilité où il étoit, à raison de soir état, d'aller lui même chercher ces brebis égarées,il tâchoit d'engager ceux qui avoient choisi Jesus-Christ pour leur partage d'entreprendre un si saint exercice : ce qui lui réussit enfin selon ses désirs. Car un jour qu'il donnoit à manger à quelques-uns de ses Disciples , la conversation tomba insensiblement sur l'ignorancedes peuples de la Campagne,& particulièrement du grand besoin d'instruction qu'avoit le village de Martignat dans le Bugey,dont un Prêtre de la Compagnie , qui avoit dit fa première Messe le même jour , étoit natif. Ce saint homme profita de cette occasion pour leur découvrir le dessein qu'il avoit depuis plusieurs années de les engager à se dévouer au service du prochain , & les y exhorta d'une manière si efficace que ne pouvant résister à la force de ses discours, ils prirent la résolution d'aller instruire îes pauvres gens de ce lieu si-tôt que les vacances feroient

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