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NAIRES DE
LA CON

Mission. de la Grammaire en très peu de tems , & avec une facilité

qui fit bien voir qu'il n'auroit pas été moins éminent par la GReGation doctrine, qu'il l'a été par la pieté, li ses parens ne l'avoient JÜSITANT empêché de poursuivre ses études pour substituer un de les

freres en la place : ce qui ne réüllit pas néanmoins comme ils s'en étoient Aarés ; Dieu voulant

par

là donner à connoître le tort qu'ils avoient de changer les dispositions de sa divine Providence qui réservoit l'auguste dignité du Sacerdoce à celui pour qui elle leur en avoit inspiré la

premiere pensée, & qu'elle retira pour cet effet comme un autre Abraham du sein de ses parens & du lieu de la naissance pour le conduire peu à peu à l'execution de ses desseins. Il fortit donc de son païs à l'âge de quinze ans , sans argent & fars sçavoir où il iroit s'établir ; mais avec l'esperance que Dieu ne l'abandonneroit pas. Il s'arrêta à Langres, cù il apprit la Chirurgie , & s'y comporta toujours avec tant de lageile & de pieré, que la sainte Vierge, pour laquelle il avoit une singuliere devotion , le préserva de plusieurs dangers où il se trouva engagé, & pour l'ame & pour le corps,tant dans lc tems de son apprentissage, que pendant la course qu'il fit après , selon la coûtume de ceux qui veulent se rendre

par. faits dans cette profession. Aïant achevé les courses,& étant arrivé à Lion, il se trouva sans argent & sans emploi ; mais » Dieu qui veilloit sur lui, ne l'abandonna pas, car s'étant mis en chemin pour aller de Lion à Grenoble, il rencontra le Baron de la Roche, qui d'abord qu'il le vit, se sentit touché de tant d'affection pour lui , qu'arant sçu dans la conversation qu'ils eurent ensemble, qu'il étoit Chirurgien, il lui offrit la maison & de l'emploi sur ses Terres. M. Cretenet admira la bonté de Dieu sur lui, & après l'en avoir remercié interieurement, il accepta les offres de ce Seigneur , qui dans la suite fut si satisfait de ses services, qu'il le mena peu de tems après au château d'Amnistie, qui est entre Nîmes & Uscz, où il étoit envoïé par le Roi pour reprimer les Huguenots revoltés. Ce fut là que la douceur & les autres bonnes qualités de M. Cretenet , le firent aimer de tous ceux qui le conversoient , & qu'il acheva de gagner le cour de fon Maître, qui le fit manger à sa table, lans que cela donnâi la moindre jalousie à les Compagnons , parce qu'ils l'aimoient tous tendrement, & qu'ils admiroient l'humilité &

las

DE SAINT
JOSIPH.

la charité qu'il avoit pour supporter les foiblesses de son pro. MISSIONchain. Pendant quelques années qu'il fut dans ce château, il NAIRES DE traitoit les malades du voisinage ; & comme il avoit

pour

le GREGATION moins autant de soin & d'empressement de la santé de leurs ames , il ne les quittoit jamais sans leur avoir parlé de Dieu, & tâché de leur insinuer quelques maximes de pieté.

Ce zele si rare dans les jeunes gens de la profession, non seulement lui acquit l'estime de tous ceux qui avoient quelque disposition à la vertujmais même le fit aimer d'une jeune fille de la meilleure famille d'Amnistie. Il ne fut pas absolument insensible aux amitiés qu'elle lui témoigna. Il y répondit, & ils s'aimerent tous deux, mais d'une amitié fi reglée , qu'il ne se passa rien ni dans leurs entretiens ni dans leur fréquentation , qui ne fût de la derniere retenuë, & d'une modestie toute Chrétienne , quoiqu'ils s'aimassent dans le dessein de se marier ensemble. Mais comme il n'entreprenoit rien sans avoir auparavant recours à Dieu , il fit dire plusieurs Messes,afin qu'il lui fîc la grace de lui déclarer la sainte volonté : ce qui ne fut pas sans effer : car priant un jour avec ferveur pour

ce sujet , il entendit interieurement une voix qui lui dit: Ce n'est pas ici le lieu où je te veux , je te montrerai où tu iras pour ma gloire.

C'en fut assez pour obliger ce Serviteur de Dieu à sufpendre la poursuite de ce mariage, quelque avantage qu'il y trouvât, & à renoncer à l'inclination qu'il avoit pour cette personne, dont il estimoit encore plus la vertu que la beauté & les autres qualités naturelles dont elle étoit douée : néanmoins comme ses amis, qui ne sçavoient encore rien de ce qui se passoit dans son cæur, avoient pris jour avec les pa rens de la fille pour passer le contrat, & convenir du jour du mariage: il se rendit auchâteau d'Amnistie à l'heure asignée; mais à peine y fut. il entré, que se sentant plus pressé que jamais de suivre la voix de Dieu qui l'appelloit ailleurs, il remercia la compagnie de l'honneur qu'on lui vouloit faire, sous prétexte qu'il avoit un frere à Paris , & qu'il seroit bien aise de leconsulter sur cette affaire avant que de la conclure. Il demanda ensuite son congé au Baron de la Roche, qui n'oublia rien pour le retenir , & ne consentit qu'à regret à son éloignement II arriva à Lyon l'an 1628. dans le tems que Dieu y faisoie Tove VIII

Bb .

GREGATION
DE SAINI

le vit en peu

Mission. sentir la pesanteur de son bras , par la peste qui y causoit des NA' CON ravages li funeltes , que cette grande ville , autant célébre

par fon commerce, que par le grand nombre de ses habitans, JOSEPH.

de jours changée en un desert, tant par la fuite de ceux qui l'abandonnerent, que par la mort d'un grand nombre de personnes. Il ne fut pas plûtôt arrivé dans cette ville , qu'il se mit chez un Maître Chirurgien, où le Demon tendit des pieges à la pureté par le moïen d'un de ses Compagnons , qui lui découvrit que leur Maître entretenoit une fille, dont il pourroit aussi jouir quand il voudroit , lui conseillant de profiter de l'occasion. Mais le saint jeune homme s'étant apperçu de la malice de l’Esprit tentateur, sortit de cette maison, pour s'exposer au service des pestiferés : ce qui lui procura un établissement de la maniere suivante.

La peste étoit fi enflammée à Lion, que presque tous les garçons Chirurgiens , qui pensoient les pestiferés, étoient morts , & la plupart des Maîtres s'étoient retirés à la gne pour se mettre à couvert de ce fleau terrible. Les MagiItrats pour obliger les garçons Chirurgiens , qui étoient encore dans la ville, à s'exposer au danger, firent publier par tout que ceux qui serviroient les peftiferés, gagneroient leur Maîtrise. M. Cretenet, qui avoit quitté son Maître pour éviter le peché, embrasla le parti que Dieu lui presentoit, & se donna de bon coeur au service des pauvres malades abandonnés. Ce fut au mois d'Avril de l'année 1629. qu'il commença cer exercice charicable. La premiere personne qu'il traita de la peste, fut une jeune veuve , qu'il servic avec tant d'honnêteté & d'affection , que la mere la lui promit en mariage , s'il pouvoit la guerir , & se faire recevoir Maître Chirurgien. Dieu , qui lui avoit destiné certe veuve, benit tellement le soin qu'il prit d'elle, qu'aïant été guérie en peu de tems,on ne pensoit plus qu'à l'execution de la promesse qu'on lui avoit faite. Lorsque la peste cessa , les Maîtres Chirurgiens revinrent de la campagne , & s'opposerent à l'enterinement des Lettres que leurs Garçons avoient obtenuës des Magistrats: ce qui étant un obstacle au projet du mariage de M. Cretener , lui fut un nouveau sujet d'adorer les dispofitions de Dieu sur lui, & de redoubler ses prieres pour obtenir la grace de connoître la volonté, & de s'y conformer en toutes choses ; mais principalement dans ce mariage, qu'il Mission. ne souhaitoit qu'autant qu'il seroit agréable à la divine Ma. NAIRES PE jesté, & utile au salut de son ame : ce qu'il demanda avec GREGATION

DE SAINT une si parfaite loûmission aux ordres du Ciel, que

que nonob

JOSEPH. ftant cet obstacle, qui paroissoit invincible , il en obrint la conclusion de son mariage, & reçut la benediction nuptiale le 20. Novembre.

Aïant obcenu des Lettres de Maîtrise quelque tems après, il regla tellement la maison, que l'on y vivoit comme dans un Monastere le plus regulier, prenant lui-même le soin de conduire ses domestiques dans le chemin du falut, & de les former à la vie Chrêrienne par les saintes maximes de l'Evangile qu'il leur enseignoit. Souvent il leur faisoit des entre tiens particuliers pour leur inspirer l'horreur du peché,& l'amour de la vertu. La priere le faisoit en commun le soir & le marin,& il vouloit qu'ils y afsiftassent, qu'ils allassent tous les jours à la Melle,qu'ils fissent des lectures spirituelles,& qu'ils frequentassent souvent les Sacremens. Non content de bannir de la maison toutes sortes de jeux, de débauches, de juremens & de paroles libres ; il fit de sages Reglemens, & les У

fit observer indispensablement.

Pour ce qui est de ses enfans, il n'épargna ni son bien ni ses peines pour les élever dans la pieté. Outre les instru&ions qu'il leur donnoit lui-même, il leur choisit des Maîtres

pour veiller de plus prés à leur conduite ce qui leur réüssit si heureusement, que les deux enfans qui lui resterent , dont l'un étoit garçon & l'autre fille, se consacrerent au service de Dieu; le garçon entra dans la Congregation des Missionnaires,dont fon pere fut dans la fuite l'Instituteur , & la fille se fit Religieuse du Tiers Ordre de saint François de la plus étroite Observance dans le Monastere de Roüanes , où elle vêcut avec tant de sainteté, qu'elle fut choisie pour faire l'établissement du troisiéme Monastere de cet Ordre à Lyon.

Une conduite si fainte & fi utile au prochain, ne pouvoic être que fort agréable à Dieu , qui prévenant son Serviceur de ses benedictions, lui donna un si ardent desir d'arriver à la perfection, qu'il rechercha avec empressement la converfation des personnes capables de lui en enseigner les voïes. Il demanda å la divine Majesté par de ferventes & continuelles prieres, qu'elle voulůt bien lui procurer cette grace par

le

DE SAINT
JOSEPH.

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Mission- moïen de quelques-unes de ces ames choisies, qui quoique
NAIRES DE dans un corps mortel, vivoient dans le monde comme si elles
GREGATION n'y étoient pas,& dont toute la conversation étoit dans le Ciel.

La Mere Madelaine de S. François, premiere Superieure
du premier Monastere du Troisiéme Ordre de S. François
dans la ville de Lyon, à laquelle plusieurs personnes s'addres-
soient pour apprendre à faire l'oraison, & à pratiquer les au-
tres exercices de la vie fpirituelle,fut celle dont Dieu se servit
pour l'accomplissement du desir de M. Cretenet , qui par les
loins de cette sainte fille , fit un si grand progrès dans la pra-
tique de toutes les vertus qui conduisent à la perfection
Evangelique , que se trouvant en état de marcher seul dans
les voïes les plus étroites du salut , il se resolut d'y servir de
guide au prochain , en enseignant aux ignorans les obli-
gations de la vie Chrétienne, & en conduilant ceux qui en
étoient instruits,à une vie plus parfaite, selon les Regles qu'il
en avoit reçuës de cette charitable Maîtresse, que Dieu ré-
compensa enfin,la faisant passer de cette vie à une meilleure
le 23. Juin 1642.

Après la mort de cette sainte fille, dix ou douze de ses Disciples dans la vie spirituelle se joignant à M. Cretener, sc mirent sous la conduite du Reverend Pere Dom Arnaud , pour lors Prieur des Feuillans de Lyon , dont Dieu se servir pour

faire connoître le merite de son Serviteur. Car ce zelé Directeur étant fort occupé, soit dans son Couvent & dans les autres de son Ordre , dont il étoit toûjours ou Prieur ou Provincial , soit à prêcher des Avents & des Carêmes dans la ville de Lyon & ailleurs , renvoïoit à Monsieur Cretenet , les personnes qui venoient à lui pour le consulter dans leurs besoins spirituels, comme à celui qu'il connoissoit le plus capable de les soulager dans leurs peines : ce qui établit si bien sa réputation , que tous ceux qui lui étoient ainsi envoïés , non contens de la consolation qu'ils trouvoient dans ses discours & ses entretiens particuliers , ne manquoient pas dans la suite aux Conferences spirituelles qu'il faisoit une fois la semaine dans sa maison ou dans quelqu'autre , afin d'allumer dans le cæur de les Auditeurs le feu de l'amour divin & un ardent desir d'arriver à la perfection. Mais dans le tems qu'il ne songeoit qu'à continuer ces saints exercices d'une charité veritablement

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