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F p. i R r $ tes & lesDimanches étoit de visiter lesEglises,d'assisterau ferhkd°n1t vice divin , & d'entendre la prédication & le Catéchisme. l\ Tauh Rs.aimoit la priere,s'appliquoit à la connoiflance de foi même,à mortifier la chair, & à la soumettre à l'esprit : de sorte qu'en peu de tems il arriva à une haute perfection. II acquit tanc de re'putation, qu'on lui donna le nom de bon Henri, qui lui est toûjours demeuréjn'aïant jamais dégénéré de fa première ferveur.

Comme il étoit jeune , & qu*il avoit besoin de quelque exemple sur lequel il pût régler ses actions > tant à l'égard de Dieu qu'à l'égard de son prochain, il choisit pour modelé saintCrespin & S. Crefpinien, Patrons des Cordonniers. Le premier honneur qu'il leur rendit, fut de les imiter, en détachant comme eux son affection des biens de la terre, en re* nonçanc à foi même, & allant de ville en ville, afin de gagner des ames à Dieu par le moïen de son travail, à l'exemple de ces deux grands Saints, qui étant nobles, s'ábbaisserent à faire le métier de Cordonnier , pour convertir plus facilement les Païens à la faveur de ce métier, qui étant assez incompatible avec la science , ôtoit aux ennemis de Jésus- Christ les soupçons de ce qu'ils entreprenoient pour la gloire de son saint nom, qu'ils prêchoient à ceux qui les recherchoient pour leurs ouvrages. Des modelés fi accomplis de l'amour de Dieu, & de la charité du prochain, firene dans Henri tout l'effet qu'on pouvoit en attendre: car il s'appliqua avec courage à procurer les besoins spirituels & temporels aux Garçons & Compagnons Cordonniers,dont la plûpart, quoique Chrétiens, avoient besoin qu'on leur annonçât les vérités du salut. 11 les alloit chercher dans les cabarets , dans les berlans, dans les boutiques , & dans les chambres 3 & s'insinuant dans leurs esprits avec douceur, il les entretenoit de saints discours, se servant de paroles si enflammées du feu de l'amour divin, qu'elles pénetroient dumême feu les cœurs de ceux qui l'écoutoient. S'il s'en trouvoit qui fussent dans un mauvais état,il ne les quittoit point qu'ils ne lui eussent promis de faire uneConfeífion eénérale,& les conduisoitau Confesseur) il les instruisoit, les portoit à fuir !es mauvaises compagnies & les occasions du péché , à s'approcher des Sacremens, à s'appliquer à l'oraison, & à se rendre assidus à l'Oífice divin, & a la prédication les

Dimanches. Dimanches & les F êtes,à chercher les compagnies des gens rúitii de bien , à lire les bons Livres, òl principaiement à ne man- OM" quer jamais de faire à genoux quelques prières, & à s'exa- Tailliuks. miner soir & matin , en s'efforçant de produire des actes de contrition, d'actions de grâces, & autres, leur en apprenant 1 la manière. Ainsi dans les pais voisins de l'Allemagne ,où il étoit pour lors , & où tout étoit rempli d'Herttiques 8c de Catholiques grossiers, presque abandonnés de leurs propres Pasteurs, Dieu se servoit d'un simple Artisan pour les éclairer & les mettre dans la voie du salut, pour les consoler dans leurs peines.les retirer de leurs vices, & les faire entrer dans la pratique des vertus Chrétiennes.

Dieu avoit si abondamment répandu dans le cœur de ce bon Artisan son esprit & sa charité, qu'il sembloit qu'il l'eûc établi dans le monde comme un pere au milieu de fa famille,

f>our écouter les plaintes, examiner les misères, & soulager es peine? de tous les pauvres &c de tous les affligé*. II donnoic souvent ses habits, & même jusqu'à sa chemise, pour les revêtir, & il étoit quelquefois si mal habillé, qu'il faisoic compassion à ceux qui le voioient. Il retranchoit tout ce qui lui paroissoit superflu j & il se contentoit de pain & d'eau , afin d'épargner de quoi soulager son prochain. Mais ses épargnes étant trop petites pour egaler la grandeur & letenduë de fa charité , quoiqu'elles fussent aflez considérables, parce qu'il faisoit lui seul autant de besogne que deux autres> il refolut d'ajoûter la nuit au jour,asin de trouver par un travail continuel de quoi les mieux assister > & quand il se voioit hors d'état de leur rien donner , il persuadoit à de jeunes Cordonniers ses Compagnons, de suppléer à son impuissance.

Le zele qu'il avoit pour la gloire de Dieu & pour le salut de son prochain, ne pouvant Te borner dans les Provinces de Luxembourg & du pais Messin, la Providence,qui le destinoit à de plus grandes choses, le conduisit à Paris j où aïanc trouvé de quoi exercer fa charité, il y continua ce qu'il avoit commencé dans le lieu de fa naissance & dans les villes voisines , & s'y appliqua à connoître les garçons Cordonniers, pour les instruire & les porter à la vertu. Il y avoit près de quarante cinq ans qu'il vivoit dans la bassesse & l'obícurité, ne fçachant ce que c'étoit de fréquenter les riches & les no~ Terne VIU. Z

r R E * 1 « bles. Mais Dieu ,'pour l'execution des desseins de fa sagesse ^°RRDS°" T infinie, permit qu'il eût la connoissance de quelques perTauhurs. sonnes de qualité. Le Baron de Renti.qui s'est rendu encore plus illustre par la sainteté de sa vie que par sa noblesse,fut le premier qui lui donna son amitié. Ce Seigneur aïant entendu parler du bon Henri & de sa conduite, voulut le voir, & il fut si charméde sa conversation qu'il le traita depuis cette première entrevue comme son propre frère , n'aïant point plus de joie &. de consolation que lorsqu'il l'avoit pour Compagnon de ses bonnes œuvres,nonobstant l'inégalité de leurs conditions. Elle tenoit le bon Henri dans un si grand respect pour ce saint Gentilhomme, qu'il ne pouvoit dissimuler la confusion ou le mettoit l'honneur de cette amitié & de cette union , qui fut si agréable à Dieu , qu'il la combla de ses bénédictions.

Ces deux saints personnages se regardoient réciproquement comme des instrumens dont Dieu vouloit se servir pour l'execution des ouvrages de fa Toute puissance, l'un par rapport à ses richesses, & au crédit que lui donnoient ses illustres alliances, l'autre par rapport aux inspirations qu'il recevoit du Ciel: en forte qu'ils ne se cachoient rien de ce 9 ce qui se passoit dans leur cœur : mais principalement M. de

Renty,qui trouvant dans le bon Henri un fond de lumières pour le discernement des choses les plus saintes & les plus intérieures , & une force capable d'encourager à l'execution les plus timides, n'a voit rien de réservé pour lui.

II est marqué dans la Vie de M. de Renty, que ce fut lui qui touché de l'ignorance de la plupart des pauvres passans, qui font reçus pendant trois nuits dans l'Hôpital de faine Gervais à Paris, & dont on néglieeoit les besoins spirituels, fous prétexte qu'ils y arrivent le soir & en sortent de grand matin, entreprit le premier de nourrir leur ame de la parole de Dieu, en leur faisant de petites exhortations, & en leur enseignant leur Catéchisme. Cette sainte pratique fut continuée par plusieurs Ecclésiastiques, & autres personnes de pieté, qui à son exemple s'y rendoient avec exactitude>mais principalement le bon Henri, qui voïant les fruits qu'il y avoit à faire dans cet Hôpital, où venoient des enfans prodigues , des soldats, & des gens d'une vie scandaleuse , s'y trouvoit le soir à l'arrivée des pauvres, particulièrement les

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