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heur eut été parfait sans le chagrin qu'ils avoient de voir Concre. qu'aucun de leurs enfans mâles ne pouvoit parvenir au neu- Saint Gaviéme mois, ni survivre à l'enfantement malgré toutes les BRIEL précautions humaines qu'ils prenoient pour empêcher cette disgrace. Dans cette peine ils eurent recours à l'interceffion de sainte Catherine de Boulogne, pour obtenir par son moïen un heritier qui empêchât l'extinction d'une famille fi ancienne. Leurs prieres eurent un plus heureux succès que tous les autres moïens dont ils s'étoient servis jusqu'alors.Car aïant été exaucées , ils eurent le 8. Mai 1585. cet enfant de bénédiction, qui fut nommé Cesar fur les Fonts de Baptême. Il fit paroître dès sa jeunesse de grandes dispositions à la piecé & aux sciences , & apprit en très peu de tems, outre la langue Latine , les langues Espagnole, Allemande & Efclavone. Le Cardinal Laurent Bianchetti son oncle, charmé du recit qu'on lui avoit fait de ses bonnes qualitez', & sur tout de sa pieré, voulut l'avoir auprés de lui, & le fic venir à Rome, où il connut par lui-même la justice qu'on avoit rendue à son neveu , ne pouvant assez admirer sa sagesse & sa conduite. Car dans un âge où on ne respire que les plaisirs, il faisoit paroître tant d'éloignement pour les divertissemens de la jeunesse, & une si grande aversion pour le jeu , qu'il fit veu de ne jamais joüer, ce qu'il a inviolablement observé jusqu'à la fin de ses jours.

De justes raisons l'aïant obligé de retourner cħez son pere après avoir passé quelques années dansRome auprès du Cardinal son oncle , il lui donna en le quittant une nouvelle preuve de cet esprit de pieté & de Religion qui animoit tou. tes ses actions car cette Eminence l'aïant fait entrer dans une gallerie pleine de raretez & de piéces curieuses de très grand prix , le pressa avec de grandes instances de choisir ce qui lui agréoit le plus ; mais le jeune Bianchetti regardant toutes ces raretez & ces bijoux comme des bagatelles , les méprisa toutes , à la reserve d'un Crucifix de simple stuc, qu'il prito quoiqu'à regarder la matiere & le travail,il n'eût rien de confiderable. Un choix si peu attendu surprit & édifia extrémement tous ceux qui étoient présens , & le Cardinal en particulier à qui le jeune Cesar dit qu'il le vouloit garder pour l'amour de lui. Il tint la promesse, & le conserva toûjours: précieusement, le s'en étant défait qu'en faveur de la conTome VIII,

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CONGR L

grégation de saint Gabriel où on le garde encore aujourd'hui SAINT GA: en memoire de cet illustre Fondateur. SRIEL

Il n'avoit pas encore vingt ans lorsque les parens longerent à le marier. Ce ne fut que par une soumission aveugle à leurs volontés qu'il consentit à prendre cet état tout à fait opposé à son inclination, qui l'avoit porté à recevoir la Tonsure & les quatres Mineurs après ses études, afin de se consacrer au service de Dieu dans l'Etat Ecclesiastique. Il épousa donc en 1602.Ermeline deGambalunga d'une ancienne Famille de Rimini, dont il eut neuf enfans, trois garçons & fix filles,cinq desquelles embrasserent l'écatReligieux,& la derniere fut mariée à Scipion Butrigeri, d'une Famille illustre de Boulogne. L'aîné des garçons fur le Comte Georges-Louis , en faveur de qui Ion pere se demir de la dignité de Senateur , & qui épousa Anne Marie de Lorenzo Ratta. Le second fut le Comte Julles , Colonel d'un Regiment du Pape ; qui fut marié trois fois , & eut de la derniere femme Marine Diplovatasi , le Comte Cesar Senateur de Boulogne qui vit encore, & qui a herité des biens de la maison de GambaLunga qui est éteinte. Le troisiéme nommé Jean prit le parti de l'Eglise, & fur Abbé de Monte Armato & de saint . Gaudonne de Rimini , Protonotaire Apostolique & Prélat de la sacrée Consulte.

Outre les biens de la fortune & de la naissance que ces trois enfans ( dont les deux premiers eurent une nombreuse posterité ) reçurent de leur pere, ils eurent l'avantage de recevoir celui d'une sainte éducation , les faisant souvent resouvenir de ce que dit saint Jerôme qu'il faut s'appliquer ici bas à des sciences qui puissent passer avec nous dans le Ciel , & ne les laissant jamais sortir de la maison sans leur dire auparavant quelque mot d'instruction qui pût leur inspirer la haine & l'éloignement du peché, ce qu'il faisoit avec tant de zele , & tant de tendresse, qu'ils en sortoient toûjours extremément touchez, & avec une resolution vive d'éviter toute occasion d'offenser Dieu.

Il y avoit dix ans qu'il étoit marié, lorsqu'il apprit la mort du Cardinal Bianchetti son oncle, que lon merite encore

sa naissance avoit fait parvenir à cette éminente dignité, & qui se vit deux fois sur le point d'être élu Pape. Ce grand personnage avoit pris les degrès de Docteur en

plus que

l'un & l'autre droit dans l'Université de Paris. A son retour CONGREà Rome Gregoire XIII. le fit Prélat de la sacrée Consulte SATION DE & Auditeur de Rote. Pendant cinq ans qu'il exerça cette BRIELS Charge, il composa trois grands Volumes sous le titre de Decisions de la Rore, qu'on a gardez long-tems dans la Bibliotheque de Rimini, & qui font à prélent entre les mains du Comte Senateur Biancherti Gambalunga son arriere petit neveu qui doit les donner au Public. Sous le Pontificat de Sixte V. il fut envoïé en France avec le Cardinal Gaëtan, & depuis en Pologne avec le Cardinal Hippolyte Aldobrandin, qui aïant été élevé au souverain Pontificat,après la mort d'Innocent IX. l'honora de la pourpre à la promotion qu'il fit le 5. Juin 1596. le mit en même tems des Congrégations de la signature du Concile, & du saint Office, & le fit Protecteur de l'Eglise de Laurette à Rome , où après s'être distingué dans tous ces différens emplois , il mourut l'an 1612. & fut enterré dans l'Eglise du Jesus de cette même Ville.

Cesar Bianchetti fut très sensible à la perte d'un oncle de ce merite qu'il aimoit très tendrement , & la regardant comme un de ces contretems , qui prouvant l'inconstance des grandeurs de la terre, en doivent détacher le cæur du veritable Chrétien , il s'en fit un nouveau motif de se consacrer au service de Dieu. C'est pourquoi voïant sa maison assurée par la nombreuse famille , dont il avoit plu à la divine Providence de benir son mariage, il fit du consentement de fa femme , vou de chasteté pour le reste de ses jours , quoi qu'il n'eut encore que trente-cinq ans. Depuis ce tems-là il vecut plus retiré qu'il n'avoit encore fait, & lorsqu'il se fut demis en faveur du Comte Georges Louis son fils de la dignité de Senateur de Boulogne , il forma le dessein de fe recirer une partie de l'année dans une Chartreuse. Ses Directeurs qui le jugeoient necessaire au gouvernement de fa famille , l'empêcherent de l'executer ; mais il se reserva la libercé de s'y retirer en certains tems , principalement durant la Semaine Sainte qu'il passoit avec ces saints Religieux dans un oubligénéral de toutes les choses du monde. Lorsqu'il étoit à la Terre d'Ozano,il y passoit la plus grande partie du jour à la priere, & faisoit presque la même chose à Boulogne dans un appartement éloigné du bruit , qu'il s'étoit pra

SAINT GA
BRIEL.

CONGRE tiqué pour vaquer plus librement à ses exercices de pieté & SATION DE de devotion, en sorte qu'il portoit par tout l'esprit de recueil

lement & de folitude.

La mort de la femme qu'il perdit l'an 1638. lui causa une sensible affliction. C'étoit une Dame d'une pieté exemplaire, avec laquelle il avoit toûjours vêcu dans une parfaite union. Il auroit bien voulu pouvoir se retirer à la campagne dans une si triste conjoncture ; mais cela étoit incompatible avec les dignités qu'il possedoit encore , dont une des principales étoit celle d'être un des Gardiens des Clefs du Palais public, Charge d'une grande distinction qui ne se confere qu'à des Senateurs , & qui s'est conservée long tems dans la famille des Bianchetti, sans parler de celle de Gonfalonier de la justice, dignité à laquelle il étoit élevé pour la troisiéme fois, & dont l'autorité étoit si grande que l'on crut devoir la limiter en quelque sorte , en bornanc à deux mois l'exercice & la possession de cette Chatge, dans laquelle il se comporta, aussi bien que dans tous les autres emplois dont il fut honoré, d'une maniere qui merita l'approbation universelle de tous les Concitoïens qui l'honoroient comme pere

de la Patrie.

Le zele dont ce saint homme étoit animé pour le salut des ames ne lui permettoit pas de voir avec indifference le peu de soin que l'on avoit d'instruire la jeunesse & les ignorans, en sorte qu'il se trouvoit non seulement des enfans, mais même des personnes d'âge & de toutes sortes de conditions, qui ne sçavoient pas les principaux misteres de la foi ni les obligations du Chrétien les plus necessaires au salut. Il y avoit eu autrefois des écoles de la Doctrine Chrétienne, instituées à cet effet; mais elles étoient tombées par la négligence de ceux qui devoient y avoir l'oeil. On avoit reglé que les Ecoles seroient gouvernées par un Senateur , qui sous le titre de Recteur ou de Préfet en auroit la Surintendance ; cependant il ne se trouvoit plus personne de ce rang qui voulât s'en charger. Les Nobles à qui on avoit attribué cette Charge pour donner plus d'autorité aux Ecoles,l'aïant dédaignée,comme étant au dessous d'eux, Cesar entreprit de les rétablir , & aïant communiqué son desfein aux puissances Ecclesiastiques, il fit nommer pour présider à cette sainte entreprise , le Pere Cesar Maruffi de la Compagnie de Jesus , Ferrarois , hom

le

me également distingué par la sainteté de sa vie & par sa ca- CONGREpacité. Il obtint en même tems du fuffragant du Cardinal CaTuONDE Borghele Archevêque de Boulogne,l'institution d'une Con- BALL. frairie de Gentilshommes dans l'Eglise de sainte Lucie, pour travailler au rétablissement des Ecoles, dont il fur fait Surintendant Général, nonobstant toutes les difficutés qu'il fic pour accepter cet emploi de charité, duquel il se croïoit incapable

. Il commença par donner l'exemple d'une pieré & d'une humilité veritablement Chrétienne , allant lui mê ne le Crucifix à la main chercher les enfans dans les ruës de Boulogne pour les conduire à ces Ecoles faintes , où on les instruisoit : & quand on lui représentoit que par ces actions bafses & humiliées, il des honoroit en quelque façon sa dignité; Enseignez moi, disoit il, un emploi plus noble & plus important que celui d'instruire les ignorans des choses necelsaires à leur salut, & je laisserai celui-ci pour prendre l'autre. Il.. ne se contenta pas de les instruire lui même de vive voix,il le fit encore par écrit en composant un petit livre incitulé, Maniere d'instruire les ignorans, auquel il joignit un dialogue qu'il traduisit. de l'Espagnol, où l'on enseignoit la maniere de faire des Actes de Contrition.

Pour rendre les effets de son zele plus durables , il entreprit d'établir une Congrégation de Gentilshommes qui s'engageassent à procurer l'avancement de la Doctrine Chrêtienne , & qui sans demeurer en Communauté s'assemblafsent à certains jours dans un lieu marqué, pour y vaquer aux exercices de pieté & prendre des mesures efficaces , touchant l'execution de leur deslein. Cette Compagnie fut d'abord établie dans l'Eglise Paroissiale de saint Donat , sous le nom de Jesus & Marie, & ensuire transferée dans un autre lieu où les Confreres firent bâtir une Chapelle sous l’Invocation de saint Gabriel, dont le nom est demeuré depuis à cette Congrégation. Outre cette premiere institution, il en fit dans la luite une seconde, composée de personnes zelées, qui vivant en Communauté concouroient au pieux dessein des premiers d'autant plus efficacement que débarassez de tout autre soin, ils en faisoient leur unique affaire. Ces seconds furent appellez Conviventi comme vivant ensemble, à la difference des premiers qu'on appella Confluenti, comme personnes qui se rendoient à certains jours dans un même lieu destiné pour

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