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Pritres Enfin M. Eudes mourut à Caen , cù il fut regretté gene-J ^"hb*" râlement de tout le monde. Ce fut le dix-neuvième Août E diïes? ^s «T.11'00"611 eut appris la nouvelle dans la ville,le

u Jfts* Concours du peuple à venir voir ce fidèle serviteur de Dieu fut si grand, qu'on eut beaucoup de peine d'avoir la liberté de l'enterrer. L'empressement de tout le monde à lui rendre les derniers devoirs , les louanges qu'on lui donnoit & qui retentissoient de toutes parts, firent assez voir que Dieu honore dans le Ciel celui à qui tant de monde rendoit par avance tant d'honneur fur la terre.

C'étoit un homme doûé de toutes les vertus chrétiennes Sc Ecclésiastiques. Sa foi étoit si pure, si vive & si ferme , qu'il demandoit souvent á Dieu la grâce de la sceller de sor» sang. II avoit une telle expérience de la Providence de Dieu sur lui qu'il esperoic dans les choses mêmes où il sembloit qu'il y eût moins à espérer. Son amour pour Dieu étoit si> ardent, que son cœur poussoit des aspirations continuelles vers le Ciel. Deux vertus qui lui furent singulières le faisoient aimer de Dieu & des nommes, son humilité & sa simplicité. Tout prêchoit en lui, sa modestie dans le public, fort recueillement à la prière & à l'Autel,lui attiroientune vénération profonde de ceux qui le voioient. Quoiqu'il prêchâc avec tant de force que les plus grands libertins se sentoienc portés à quiter leurs vices par la crainte qu'il imprimoic dans leurs cœurs : néanmoins au Tribunal, il avoit beaucoup de dòuceur,sur tout envers ceux qu'il trouvoit disposés à profiler des grandes vérités qu'il leur avoit annoncées, se conduisoit en cela selon l'esprit de Dieu qui sçait mortifier & vivifier à propos. Personne ne lui a jamais reproché une douceur mondaine & complaisante. II conservoit en toutes occasions la fermeté Evangélique , & souvent plein de charité pour les pauvres pécheurs qui s'adressoient a luìr il se puniûoit lui même pour, obtenir de Dieu les grâces dont ils avoient besoin. Tous ceux qui l'ont connu ont été les témoins de fa mortification & de ses austérités : enfin comme son principal soin avoit été de former les Prêtres qui étoient de fa Compagnie , il y avoit emploie tous les moïens que son zele lui avoit suggérés , & il y réussit íi bien, qu'il les laissa remplis de son esprit & héritiers de fies vertus,,

Voila eu peu de mots le caractère de M. Eudes Instituteur Pretru des Prêtres qui portent son nom & qu'on appelle commune- Mlss,ONment Eudijles. M. BlouetdeCamilii,Grand-VicairedeCou- Ai-pc*"'» tances son successe,ur,a íuivi son dessein & sesexemples, jus- Ettd'fith qu'à ce que son grand â^e &. ses infirmités l'obligerentá convoquer une Assemble'een Tannée 1711. en laquelle fut élu en fa place,un peu avant samort,M. de Fontaines deNeiiilli Grand- Vicaire de Baïeux, qui est présentement Supérieur de cette Congrégation. N

Les Eudiltes ne font aucun vœu. La charité est le seul lien qui les unit ensemble > & presque tous ceux qui sont incorporés dans la Congrégation y rtltent toute leur vie,quoique chacun ait toujours la liberté d'en sortir,& qu'on puisse aussi les renvoïer s'ils tomboient dans quelque dérèglement. Leur habit n'est point distingué de celui des autres Prêtres , & comme ils sont membres du Clergé , ils font profession de suivre les règles qui sont prescrites par les Saints Canons. Ils ont pour maxime d'emploïer le revenu de leurs patrimoines & des Bénéfices qu'ils peuvent avoir en œuvres pieuses : & plusieurs ont beaucoup contribué à fonder & bâtir leurs Maisons & à y fournir les choses nécessaires. Ils ont pour principe que lorsqu'ils demeurent dans la Congrégation ils sont obligés d'obéir au Supérieur , & ils s'acquittent de ce devoir avec la même fidélité que s'ils en avoienc fait vœu. 11s enseignent ordinairement la Théologie dans chacune de leurs Maisons & la Philosophie en plusieurs j ôí on fait prendre à grand nombre d'entr'eux les Degrés de Docteurs & de Bacheliers. Les fins de leur Institut sont de former les Clercs aux fonctions de la Clericature , & de travailler à faire des Missions dans les villes & à la campagne. Ils en font par tout où ils sont appellés, & Dieu répand de si grandes bénédictions fur leurs travaux qu'il est aisé de juger combien ils sont agréables à fa divine Majesté.

Le Supérieur de cette Congrégation est chargé de mettre de tems en tems un nouveau Supérieur particulier dans chaque Maison.qui soit agréé par l'Evêque Diocésain, & ils re

Îjardent ce changement comme une Règle fondamentale de eur Société. Ils font des Assemblées pour y traiter des moïens de perfectionner leur Institut & retrancher tous les abus qui pourroients'y glisser.

eoNORE- Monsieur Eudes avoit encore écabli fa Congrégation St

CATION DE r . »x T.1 •■ <í» ° ■• » 1

Saint Ga- Rennes avant la mort,8c depuis M. Blouet a aulu envoie de B*ui. ^es associés en d'autres Diocèses , & toutes ces Maisons & Communautés ont été unies & aggregées aux premières fous le même nom & le même titre de Jésus & Marie par les Leu tres d e'tablissemens des Evêques des Heux , les Patentes du Roi les Arrêts d'enregistrement des Farlemens de leur ressort : ensorte que toutes ces Maisons & Communautés forment une efpece de Congrégation , par rapport à l'Eglise Sc à l'Etat. Elle a un Supérieur qui la gouverne : il est élu dans une Assemblée générale à la pluralité des voix. Le Gouvernement Canonique en est fondé fur les pouvoirs accordés par chaque Evêque des Diocèses où elle est établie, qui ont été autorisés fie confirmés par les Patentes du Roi. C'est pourquoi les Evêques font les Protecteurs de cette Congrégation &c on s'y fait un devoir essentiel d'être entièrement fous leur Jurifdiction.

L'Histoire des ordres Religieux de M. Hermant parle des Eudtstes.

Chapitre XXII.

De la Congrégation de saint Gabriel, avec la Vie du Ve~ nerable Serviteur de Dieu César Bianchetti, Sénateur de Boulogne, Fondateur de cette Congrégation-,

LA Congrégation de S. Gabriel reconnoît pour Fondateur César Bianchetti, issu de la Famille de ce nom,quï prétend tirer son origine de Robert Blanchet, neveu du grand Theodoric, dit le Saxon, Duc de Bourgogne, lequel etantvenu s'établir à Boulogne vers Tan 804. y eut pour fils Gunibert Bianchetti, 6c y donna ainsi commencement à cette illustre & ancienne Famille,de laquelle font sortis de grands hommes, qui par leurs écrits & la force des armes , ont pris la deffence de l'Eglise Romaine. Cefar Bianchetti eut pour pere Marc Antoine Bianchetti Sénateur de Boulogne fitChevalier de Calatrava, & pour mere Alessandra de Carminati d'une famille distinguée de Milan. Ces deux illustres perfennes vivoient dans une fi parfaite union , que leur bonheur heur eut été parfait sans fe chagrin qu'ils ávoient de voir- comoriqu'aucun de leurs enfans mâles ne pou voit parvenir auneu- Saint'gaviéme mois , ni survivre à l'enfantement malgré toutes les précautions humaines qu'ils prenoient pour empêcher cette disgrâce. Dans cette peine ils eurent recours à l'interceffion de sainte Catherine de Boulogne, pour obtenir par son mbïen un héritier qui empêchât l'extinction d'une famille ft ancienne. Leurs prières eurent un plus heureux succès que tous les autres moïens dont ils s'étoient servis jufqu'alors.Car aïant été exaucées, ils eurent le 8. Mai 1585. cet enfant de bénédiction , qui fut nommé César fur les Fonts de Baptême. 11 fit paroître dès fa jeunesse de grandes dispositions à la pieté & aux sciences, & apprit en très peu de tems, outre la langue Latine, les langues Espagnole, Allemande & Esclavone. Le Cardinal Laurent Bianchetti son oncle, charmé* du récit qu'on lui avoit fait de ses bonnes qualitez , & far tout de fa pieté, voulut l'avoir auprés de lui, & le fit venir à Rome, où il connut par lui-même la justice qu'on avoit rendue à son neveu , ne pouvant assez admirer sa sagesse & sa conduite. Car dans un âge où on ne respire que les plaisirs, il faisoìt paroître tant d'éloignement pour les divertissemens de la jeunesse , & une si grande aversion pour le jeu , qu'il fit vœu de ne jamais jouer, ce qu'il a inviolablement observé jusqu'à la fin de ses jours.

De justes raisons l'aïant obligé de retourner chez son pere après avoir passé quelques années dansRome auprès du Cardinal son oncle , il lui donna en le quhtant une nouvelle preuve de cet esprit de pieté & de Religion quianimoit toctes ses actionsicar cette Eminence l'aïant fait entrer dans une gallerie pleine de raretez & de piéces curieuses de très grand

Erix , le pressa avec de grandes instances de choisir ce qui ai agréoit le plus ; mais le jeune Bianchetti regardant toutes ces raretez & ces bijoux comme des bagatelles , les méprisa toutes , à la reserve d'un Crucifix de simple stuc, qu'il prhy quoiqu'à regarder la matière & le travail,il n'eût rien de con» hderable. Un choix si peu attendu surprit & édifia extrêmement tous ceux qui étoient présens, & le Cardinal en particulier à qui le jeune César dit qu'il le vouloit garder pour l'amour de lui. 11 tint sa promesse, & le conserva toujours: précieusement, ì.e s'en étant défait qu'en faveur de laCon-TomeFIIh X

Congre- grégation de saine Gabriel où on le garde encore aujourd'hui Saint G" en mémoire de cet illustre Fondateur. •mil. ii n'avoit pas encore vingt ans lorsque ses parens songèrent à le marier. Ce ne fut que par une soumission aveugle à leurs volontés qu'il consentit à prendre cet état tout à fait opposé à son inclination, qui l'avoit porté à recevoir la Tonsure & les quatres Mineurs après ses études , afin de se consacrer au service deDieu dans l'EtatEcclésiastique. II épousa donc en ióoi.Ermeline deGambalunga d'une ancienne Famille de Rimini, dont il eut neuf enfans,trois garçons & six filles.cinq desquelles embrassèrent l'étatReligieux,&la derniere f ut mariée à Scipion Butrigeri, d'une Famille illustre de Boulogne. L'aîné des garçons fut le Comte Georges-Louis , en faveur de qui Ton pere se démit de sa dignité de Sénateur , & qui épousa Anne Marie de Lorenzo Ratta. Le second suc le Comte Julles , Colonel d'un Régiment du Pape ; qui suc marié trois fois , & eut de fa derniere femme Marine Diplovatasi , le Comte César Sénateur de Boulogne qui vit encore, & qui a hérité des biens de la maison de GambaLunga qui est éteinte. Le troisième nommé Jean prit le parti de î'Eglise, & fut Abbé de Monte Armato & de saint Gaudonne de Rimini, Protonotaire Apostolique & Prélat \ de la sacrée Consulte.

Outre les biens de la fortune & de la naissance que ces trois enfans ( dont les deux premiers eurent une nombreuse postérité ) reçurent de leur pere, ils eurent l'avantage de recevoir celui d'une sainte éducation , les faisant souvent resouvenir de ce que dit saint Jérôme qu'il faut s'appliquer ici bas à des sciences qui puissent passer avec nous dans le Ciel , & ne les laissant jamais sortir de la maison sans leur dire auparavant quelque mot d'instruction qui pût leur inspirer la haine & l'éloignement du péché, ce qu'il faisoit avec tant de zele, & tant de tendresse, qu'ils en sortoient toûjours extremément touchez, & avec une resolution vive d'éviter toute occasion d'offenser Dieu.

11 y avoit dix ans qu'il étoit marié, lorsqu'il apprit lamorc du Cardinal Bianchetti son oncle, que ion mérite encore plus que fa naissance avoit fait parvenir à cette éminente dignité , & qui se vit deux fois fur le point d'être élu Pape. Ce grand personnage avoit pris les degrés de Docteur en

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