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détermina au Sacerdoce, seulement, par le conseil d'un sage Prïtxi» Directeur: & Dieu voulant en faire un saint Prêtre, & un ^"j?*" digne Ministre de l'Evangilejil lui donna dans la cérémonie • de la tonsure, qu'il reçut alors, tout le dégoût du monde, Euii'^'s'

2ui dispose à la vie Apostolique, dont il devoit faire proseson. Etant persuadé qu'on ne consulte & qu'on n'écoute Dieu parfaitement que dans la retraite, il regarda la Maison des Prêtres de l'Oratoire comme un lieu propre pour se préparer au Sacerdoce, auquel il aspiroit: néanmoins il ne voulue y entrer qu'après en avoir obtenu la permission de son pere , qu'il ne lui accorda qu'au bout de trois ans, qu'U emploïa à í'étude de la Théologie Scholastique, à laquelle il íe donna tout entier. Si l'humble Serviteur de Dieu avok suivi le conseil de ses amis, il auroit pris ses degrés j mais son pere lui aïant enfin lahTé la liberté d'exécuter son dessein, il aima mieux entrer dans l'Oratoire. Ce fut le 15. Mars de Pan 1613. qu'il y fut reçu à l'âge de 13. ans. Les instructions qu'il y reçut, & les pieux exercices ausquels il s'appliqua, augmentèrent encore son zele & sa ferveur pour son propre salut & celui du prochain.

M.le Cardinal de Berulle remarqua en lui de grands talents pour laprédication:c'est pourquoi il lui fitfairequelquesDiseours, avant même qu'il fût dans les Ordres sacrés:en quoi il réussit iì avantageusement au goût de ce digne Supérieur, quepouren tirer tout le fruit qu'on en devoit attendre,aïant dessein de l'engager au ministère de la parole, il lui fit recevoir les saints Ordres > & enfin le Pere Eudes célébra fa première Messe le jour de Noël de Tannée 1616.

Dès qu'il fut revêtu du caractère auguste díi Sacerdoce, il n'épargna rien pour s'acquitter dignement du ministère de la prédication j mais Dieu arrêta pendant quelque tems les effets de son zele, en lui envoïant une maladie qui dura deux ans entiers, & qui lui interdit Texercicede ce ministère pendant ce tems là,qui ne laissa pas de lui être utile pour I'étude del'Ecriture- Sainte,dont il raisoitle sujet de ses méditations, & dans laquelle il trouva des sources inépuisables de science & de sainteté.

II ne fut pas plutôt rétabli de cette maladie, qu'il commença ses travaux Apostoliques par une action héroïque de eharìté : car étant touché des ravages que la peste faisoit Tome VIU. X

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Pritri! dans le Diocèse de Sées, plein de confiance en Dieu, il y VaikÌs^ courut avec la permission de ses Supérieurs, afin de secourir >pptLLts ces pmvres affligés, d'autant plus a plaindre, qu'ils étoient * abandonnés de leurs propres Pasteurs. Quand il y fut arrivé, il se retira chez un bon Prêtre, qui voulut être le Compagnon de íes peines & de ses fatigues,' lesquelles étoient très grandes & très dangereuses pour leurs propres personnes , puisque durant quatre mois que dura la peste, après avoir célébré la sainte Messe de grand matin, & consacré plusieurs hosties qu'ils portoient dans une boète d'argent, ils alloient de maison en maison pour instruire, exhorter, confesser, donner le saint Viatique, & administrer l'Extrême-Onction à ceux que la contagion avoit fait abandonner par les personnes mêmes ausquelles ils dévoient être les plus chers. Les plus infectés étoient ceux que le P. Eudes recherchoit avec plus d'empressement, & soulageoit avec plus de tendresse.

La peste aïant cessé au Diocèse de Sées,il retourna à Paris, d'où il fut envoie à Caën. II y trouva encore une autre occasion de s'immoler pour ses frères: car le Supérieur de la Maison de l'Oratoire de cette ville aïant été frappé de peste, avec deux autres Prêtres de la même Maison , il les aífista tous trois jusqu'au dernier soupir > mais avec tant de charité, que ses vertus jointes aux autres talents dont il étoit doué, ne permirent pas qu'on jettât la vûé' fur d'autre que fur lui , pour remplir la place de ce Supérieur. Ce fut alors que se voïant chargé de ce nouvel Emploi, il redoubla son zele pour s'en acquitter dignement, & s'appliquant à la prédication,nonpar le désir deplaire,mais de convertir les pécheurs; il se mit peu en peine de flater les oreilles, pourvu qu'il touchât leurs cœurs. II reprenois hardiment le vice, & persuadoit la vertu avec tant de force & d'onction, que sa réputation se répandit dans les plus grandes villes du Roïaume,8c même jusqu'à la Cour, où-la Reine Regente Anne d'Autriche, Mere de Louis XIV. l'entendit plusieurs fois avec beaucoup de satisfaction ; mais il n'étoit jamais plus content que quand il annonçoit la parole de Dieu aux pauvres & aux gens de la campagne, comme il arriva en plusieurs Missions qu'il fit, étant encore dans la Congrégation de l'Oratoire.Dieu répandit de si grandes bénédictions fur celles qu'il entreprit, que les plus grands pécheurs touchés par la force

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de ses discours se convertissoienc, & entreprenoient les plus Pritxii austères pratiques de la pénitence. De fi heureux succès at- îf"'I,OMI" tiroient un si grand nombre de personnes à l'entendre ,que 'app> Iui' dans une Miiiion qu'il fit dans l'Eglise de l'Abbaïe de saint EltdiJl*s* Etienne de Caën,elle se trouva trop petite pour contenir l'affluence extraordinaire du peuple qui y accouroit de toutes parts , quoique ce Temple loit un des plus grands vaisseaux du Roïaume.

Ce fut alors que le Perc Eudes connut dans les Missions le grand besoin qu'on avoit de bons Pasteurs & de Prêtres zélés pour en conserver les fruits, & soutenir les peuples dans les bons sentimens qu'ils y avoient conçus. Dans cette vûë il médita l'e'tablissement des Séminaires pour en formerj mais comme il se défioit de ses propres lumières , il ne crut pas devoir se déterminer de soi même à une telle entreprise. 11 en consulta donc les oersonnes les plus distinguées par leur science & leur pieté, qui approuvèrent le projet qu'il en avoit fait, & crurent qu'il devoit se priver des douceurs qu'on trouve dans des Communautés formées, pour se livrer avec confiance à toutes les peines qui font inséparables des nouveaux établissemens. Le Pere Eudes qui n'envisageoic que la gloire de Dieu, défera donc à leurs sentimens.

Après être sorti dë l'Oratoire, il travailla à l'érection d'un Séminaire dans la ville de Caën: les premières Lettres Patentes aïant été obtenues du Roi le 16. Mars de Tannée 1643. & s'étant associé huit Prêtres, tous remplis de l'esprit Ecclésiastique, il jetta les fondemens de la première Maison de sa Compagnie. Un de ses associés fut M. Bloiiet de Than, connu par fa grande pieté, & par le rang que fa Famille occupe dans la ville, & qui fut le Fondateur de cette Maison. Ce ne fut pas fans beaucoup de contradictions que se fit cet établissement} mais M. Eudes & ses associés les surmontèrent par le silence, la douceur & îa patience. Plusieurs Evêques instruits des grands fruits que faisoient ces hommes de Dieu dans le Séminaire de Caën,en voulurent avoir chacun dans leur Diocèse > & leur Compagnie augmentant tous les jours en sujets distingués par leur verra & leur mériter Monsieur Eudes en envoïa à Coutances, à Lisieux,à Rouen, & à Evreux j & les Communautés qu'on érigea dans ces quatre villes,avec celle de Caën,pour élever les jeunes Clercs, Pkitkis & fairea ux peuples desMiffions,furent autorisées fous lenom Mission- &le titre de Jésus & Marie, par les Lettres des Prélais,ìes ^'ni-í Patentes du Roi,& les Arrêts d'enregistrement du ParleEniistn. mgnt} pOUr £cre unies & aggregées ensemble, ne faire qu'un même Corps, & une même Congrégation, qui étoit gouver-; née par M. Eudes.

On vit en peu de tems un si grand changement dans le Clergé de Normandie.que plusieurs Prélats Faïant faitconnoître à l'Assemblée générale du Clergé tenue en l'année 1646. elle approuva le zele de M. Eudes, l'exhorta à continuer ses travaux Apostoliques,&à se tenir prêt d'aller dans les autres Diocêses,ou il pourroit être appelle parlesEvêques.

Quoique ce zélé Instituteur & ses associés s'emploïassent avecbeaucoup de ferveur à l'éducation des Clercs,ils ne négligeoient pas pour cela l'autre fin de leur Institut.quiest de faire des Missions. L'on en compte jusqu'à cent dix , où M. Eudes a travaillé lui-même, fans parler de plusieurs autres qu'on fit fous ses ordres dans les principales villes du Roïaume. Cet abrégé ne permet pas d'en faire le détail, ni de rapporter le nombre infini de conversions, de restitutions & de reconciliations que ces Missions produisirent, principalement à Paris, où ce grand Serviteur de Dieu fit en diíFerens tems des Missions à saint Sulpice, aux Quinzê- vingts,à saint Germain des Prez,à Versailles & à saint Germain en Laye. Souvent ces heureux succès furent traversés par des contradictions j mais c'étoit pour lors que le zele & le courage de ces dignes Ouvriers s'augmentoit & s'affermissoit davantage, n'espérant jamais plus de fruit d'une Mission, d'une retraite, d'un Avent ou d'un Carême, que quand Dieu permettoit qu'ils fussent rebutés.

Monsieur Eudes croïant devoir laisser par écrit ce que lui & ses Compagnons avoient long- tems pratiqué dans les Missions,composa deux Livres j l'un , auquel il a donné le nom de Bon Conjeffeur , instruit les Missionnaires de tout ce qui concerne le Ministère de la Confession i l'autre qui est intitulé le Prcdicatiur Apostolique, mzrcpie à tous ceux qui ont l'honneur d'annoncer la parole de Dieu, les règles & les moïens de le faire utilement pour le prochain , & d'éviter ce qui faisoit le sujet de la crainte de saint Paul, c'est- à dire, qu âpres avoir péché Us autres , ils ne soient eux-mêmes •prouvés. Ces deux Livres sont très utiles pour former des Pritrm "Confesseurs fidèles , exacts & prudents , & des Prédicateurs 5"',TM"" Evangéliques qui doivent autant instruire d'exemple que lfPF,!f■'■ de parolesj mais principalement le premicr,qui a ete si uni versellement estimé, qu'avant la mort de son Auteur, on en avoit fait plus de neuf éditions, & qu'un des plus illustres Archevêques de France en ordonna la lecture à tous les Prêtres de son Diocèse par un Statut particulier. On passe sous íìlence plusieurs autres Livres que le même Auteur à composés pour apprendre au peuple à bien prier, à s'approcher des Sacremens &c. & ceux qu'il a fait en l'honneur du cœur de Jésus & de celui dj Marie , ausquels il avoit une singulière dévotion , qu'il a si vivement exprimée dans les Offices qu'il a composés & qu'on chante le jour de leurs Fêies,dont il a obtenu rétablissement dans quelques Diocèses.

Non content d'édifier l'EgHle & les Fidèles en toutes ces manières M. Eudes entreprit encore un établissement donc le succès fut une preuve d'une charité fans bornes & d'un zelequi l'avoit rendu capable de poursuivre les plus hautes entreprises.C'est l'Ordre des Filles de Nôtre-Dame de Charité, qu'il commença en l'an 1645. & qui fut approuvé du íaint Siège Tannée 1666. nous en avons parlé dans la troisième Partie de cette Histoire. Après ce grand ouvrage ce digne Fondateur n'attendoit plus que la mort précieuse qui dévoie terminer le cours de fa vie , comme il le dit lui mê.ne dans un Sérmon qu'il fit à ses Religieuies.il étoitpour lors âgé de 79. neuf ans & usé de travaux, aïant été obligé de se servir d'une voiture incommode dans un voïage , & en aïant éié blessé dangereusement , les remèdes qu'il fit ne servirent qu'à aigrir son mal : en sotte que fa mort en fut accélérée. 11 vêcut néanmoins encore cinq à six mois dans des douleurs aiguës & continuelles, qu'il supporta avec une patience admirable , en ranimant sa foi, sa constance , son espérance & son amour pour Dieu. Il avoit eu la prévoïance de convoquer une Assemblée dans laquelle on établit en fa place au gouvernement de fa Congrégation , M. Blouet de Camilly recommandable à tout le monde par fa douceur, & cher aux siens par le grand amour qu'il a toûjours eu pour eux,&par les services qu'il a rendus a fa Congrégation. II étoit oncle Àc M. de Camilli Evêque de Toul.

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