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. Monsieur Vachet ne fut pas plûtôt de retour à la maison FILLES DA de son pere, que la mort lui aïant enlevé une sæur , qui le UNION

2,9 " CHRETIEVE laissa seul heritier de tous les biens de la Famille , les parens NE. voulurent l’ergager dans le mariage, & lui proposerent un parti avantageux. D'un côté la soumission qu'il avoit à leurs volontés le portoit à les suivre aveuglément; & de l'autre il appréhendoit de déplaire à Dieu , en s'engageant dans un érat où il ne se sentoit point appellé. Cela lui donna des inquiétudes qui le réduisirent dans une langueur dont on Craignoit les suites ; mais aïant consulté le Seigneur sur le choix qu'il devoit faire , il se sentit si fortement inspiré de se consacrer à son service, que renonçant à toutes les vanités du monde, il laissa la pompe & l'appareil de ses noces, abandonnant ses parens , ses biens & son païs,comme autant d'obItacles au sacrifice qu'il vouloit faire à Dieu de son cæur & de sa volonté. A peine fut il sorri de la maison de son pere, qu'il donna son habit à un pauvre qu'il rencontra dans son chemin;& s'écant revêtu de la dépouille , il s'embarqua pour Avignon , où étant arrivé, il se vit reduit à mandier son pain. Il alla ensuite à Nôtre Dame de Laurette, où les vieux haillons dont il étoit couvert le firent d'abord traiter fort india gnement; mais on reconnut dans la suite quelque chose de fi extraordinaire en lui, qu'on lui fit une glorieuse reparation du mépris qu’on avoit eu pour sa personne. Ce fut dans cette sainte Chapelle, que prévenu des benedi&tions du Ciel, il se consacra au service de Dieu par les trois væux qu'il fit, de chasteté, de pauvreté & d'obéissance. Etant de retour en France, il acheva ses études à Dijon, où il vivoit d'aumônes , & pratiquoit des mortifications fi extraordinaires, que peu s'en fallut qu'il n'y succombât. Sa mere étant devenuë veuve, & aïant Içu comme par miracle le lieu où il étoit,lui écrivit de la venir trouver pour être la consolation dans sa viduité. Ce fut pour lui un nouveau sujet d'inquiétude, par la crainte qu'il avoit de se laisser vaincre à la tendresse d'une mere dont il n'avoit que sujet de se loüer. Mais par une admirable disposition de la divine Providence , qui avoit ses desseins , la chose réüssit tout autrement. Car au lieu d'être obligé de reprendre les maximes du monde, ce qu'il craignoit , il eut au contraire le bonheur de persuader à sa mere de se faire Religieuse. Elle le fit avec beaucoup de courage,

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FILES D s'enfermant chez les Filles de la Présentation de Notre Dame
I'ÜN ON 1
CHRETIEN, à l'âge de ss. ans.

Monsieur Vachet se voïant pour lors libre & maître de ses biens , les vendit & en donna l'argent aux pauvres, ne se reservant que ce qu'il lui falloit pour se faire un titre dans le dessein qu'il avoit d'entrer dans le Sacerdoce. Il quitta son pais & vint à Paris,où s'étant fait Prêtre il travailla avec un zele infatigable & une charité ardente au salur des ames , dans les Millions, où il s'emploïa pendant vingt-cinq ans. Sa plus grande occupation étoit d'instruire les pauvres dans les Hôpitaux , & de diriger plusieurs Communautés celebres , & tout cela avec un li grand desinteressement que si on le forçoit quelquefois à recevoir quelque récompense , c'étoit toûjours pour en faire des aumônes aux pauvres , & aux prisonniers qu'il alloit souvent visiter , tâchant de les gagner à Dieu par ces secours & de les engager à faire des Confeffions generales. Enfin il n'y eut point de faintes entreprises de son tems ausquelles il n'eût quelque part. lla vû naître & former les Communautés Seculieres dont nous avons parlé dans les Chapitres précedents & a beaucoup contribué à leur établissement par fes foins & par les conseils. Mais ce qui lui est le plus glorieux , c'est d'avoir été l'Instituteur du Seminaire des filles & veuves de l'Union Chrétienne , que Madame Polaillon avoit projecté comme nous l'avons dit.

L'estime que la Sæur Renée des Bordes s'étoit aquise dans l'établislement des Filles de la Propagation de la foi à Metz, aïant engagé ce saint Ecclesiastique à choisir cette servante de Jesus-Christ pour jetrer les fondemens du Seminaire de l'Union Chrétienne , il la fit revenir à Paris & la joignit à la Sæur Anne de Croze jeune Demoiselle, qui pour vaquer plus librement aux exercices de piecé s'étoit retirée au village de Charonne près Paris dans une maison qui lui appartenoit , où la premiere Communauté de l'Union Chréiienne fut commencée en 1661. par deux des sept premieres filles qui s'étoient jointes à Madame Polaillon , dont l'une étoit la Sæur des Bordes ; lesquelles fous la conduite de M. Vachet & aidées de la Sæur de Croze qui leur donna la maison, furent en peu de tems suivies de plusieurs filles de pieté qui se presenterent pour embrasser le même Instituc.

Elles firent leur Noviciat avec tant de regularité & de fes

veur que dès lors le Seminaire commença à produire des Filles DI fruits de bénédiction par les bonnes cuvres qui s'y prati CHRUTENquerent. On y fecourut les pauvres & les malades des envi- Nt. rons, on y fit des instru&ions reglées aux enfans & aux perfonnes qui ignoroient les obligations du Christianisme. On y éleva de jeunes filles dans les exercices de la Religion & de la picté. Enfin on y reçur grand nombre d'orphelines & de nouvelles Catholiques qui s'y refugioient de toutes parts, tant du Roïaume que des païs étrangers. Elles y étoiene gardées & instruires avec tant de charité , que l'on ne s'ery déchargeoit après un long tems que pour leur procurer un établissement conforme à leur état , dans lequel elles puflent faire aisément leur salut & vivre avec édification."

L'intention de Monsieur Vacher dans l'établissement de ces Seminaires fut d'emploïer les Seurs qui les compose roient dans la suite , premierement à la conversion des filles & femmes Herériques , à l'exception néanmoins de celui de Charonne dans lequel elles ne recevoient que celles qui avoient fait leur abjuration:secondement à retirer & instruire des filles & veuves de qualité destituées de biens ou de prorection , qui ne pouvant être reçuës en d'autres Communautés , voudroient entrer dans l'Institut,ou apprendre & se disposer à vivre saintement dans l'état où il plairoit à la di. vine Majesté de les appeller"; & troisiémement à élever de jeunes filles à la vertu & dans la pieté & leur enseigner non feulement les verités de la Religion,mais encore à lire, écrire & travailler à des ouvrages qui conviennent à des personnes de leur sexe.

Ce premier Seminaire établi d'abord à Charonne & depuis transferé à l'Hôtel de saint Chaumont, ruë saint Denis à Paris , où elles demeurent depuis l'an 1685. fit en peu d'années des progrès fi surprenans que Monsieur Vacher eut la consolation de voir plusieurs Communautés établies par les filles de ce même Seminaire à Paris & dans les Provinces Ces Communautés reçurent toutes les Reglemens qu'il avoic dressés & fait approuver l'an 1662.parM.de la Brunetiere qui après avoir été Archidiacre de Paris & l'un des Administrateurs de ce Diocese pendant la vacance du Siége, fut ensuite Evêque de Xainres. La maison de Metz établie du vivant de Madame Polaillon par la Sæur des Bordes , reçut la.

Iome VIII.

NE.

FULLTs D E premiere ces Reglemens qui quelque tems après furent ap-
L'UNION prouvés par le Cardinal de Vendôme Legat à Latere en
CHRETIEN

France du Pape Clement IX. comme il paroît par ses Leto
tres données à Paris le 15. Mai 1668. Lá Sæur des Bordes
qui avec les Sæurs du Seminaire de Charonne avoit déja
fait un troisiéme établissement à Caën, en fit un quarriéme
& un cinquiéme dans les années 1672. & 1673. l'un à Lou-
dun & l'autre à Sedan, qui furent suivis de ceux de Noyon
& de Libourne au Dioi êle de Bourdeaux en 1675. &' de
ceux de Tours , Luçon, aux Sables d'Olone & à Angou-
lême dans les années suivantes. Monsieur Vachet voïant
que Paris étoit rempli de Filles que la necessité reduifoit à se
mettre en service, & souvent sans sçavoir de quelle maniere
elles devoient s'y comporter tant pour le bien de leur ame ,
que pour l'interêt & l'avantage des personnes qu'elles ser-
voient, d'où il s'ensuivoit beaucoup de negligence pour leur
salut & peu de capacité pour contenter ces mêmes person-
nes , entreprit par une charité peu commune de former
une Communauté où les Dames engagées dans le monde
pussent prendre des femmes de chambres & des servantes
après qu'elles y auroient été élevées dans la pieté & dans le
travail , & qui pût être un azile pour ces filles quand elles
seroient sorties de condition. Ce dessein paroissoit difficile à
cause des sommes d'argent qu'il falloit pour établir cette
Maison ; mais rien n'étant impossible à celui qui animé d'une
charité ardente & d'une foi vive , espere en la Providence
de Dieu , ce faint Prêtre eut le bonheur de le voir réüssir
lorsqu'il y pensoit le moins, & cela par les soins de Monsieur
de Noailles pour lors Evêque Comte de Châlons , à present
Cardinal & Archevêque de Paris. Ce Prélat touché de l'é-
tat malheureux auquel ces Filles sont exposées , en parla à
Mademoiselle Lamoignon fille du premier Président de ce
nom & à Mademoiselle Mallet toutes deux d'une piese insic
gne; mais particulierement la premiere, laquelle aïant herité
de la pieté de ses ancêtres avoit part à toutes les bonnes æu-
vres qui se faisoient dans Paris : ce qui avoit obligé le Roi
de lui confier la distribution de ses aumônes. Elles lui furent
d'un grand secours pour cet établissement, que ces trois illu-
stres personnes resolurent enfin après une meure délibera-
tion , & qui fut executé en 1679. par l'eredion d'une nou-

velle Communauté qu'on nomme ordinairement la petite FILLES DE Union pour la distinguer du Seminaire qui est à l'Hôtel de CHRETINN. faint Chaumont. Monsieur Berthelot & la femme y contri. Ne. buerent beaucoup, en donnant une maison qu'ils avoient fait bâtir à la Villeneuve pour retirer les soldats estropiés & invalides , jusqu'à ce que le Roi les eût logés dans le superbe Hôtel-Roïal des Invalides. Sa Majesté confirma cette donation par ses Lettres Patentes de la même année , & permit aux Seurs du Seminaire de l'Union Chrétienne d'en prendre possession pour y vivre conformément à leur Initicut. Monsieur Vachet ne vécut pas beaucoup après cet établisa Sement. Il y avoir déja du tems qu'il étoit attaqué d'une maladie, qu'il supporta pendant trois ans avec une patience admirable, & il mourut enfin l'an 1681. âgé de soixante & dix-huit ans après avoir reçu les Sacremens de l'Eglise avec: une pieté qui répondoit à la vie. Il fut enterré à faint Germain l'Auxerois.

Après la mort l'Institut des Filles de l'Union Chrétienne a fait de nouveaux établissemens à Poitiers , à Auxerre, à, saint Lo, à Bayonne , à Pau, à Partenay,à Alençon , à Mantes,à Chartres à Fontenay: le-Comte, sans compter plusieurs : Hospices formés sur le modelle de ces Communautés. Quoique dans les Lettres que le Cardinal de Vendôme donna pour l'approbation de cet Institut , la Sæur des Bordes loit nommée la premiere,& que même dans la Préface des Constitutions imprimées l'an 1703, on lui donne la qualité de Fondatrice & d'Insticutrice de la Congregation, la Sæur Anne de Croze est néanmoins la veritable Fondatrice de : l'Institut conjointement avec Monsieur Vacher. Ce fut son humilité qui lui fit donner ce titre à la Sæur des Bordes,qui: mourut quelques années avant elle. Il est vrai que ses infirmités ne lui permettant pas d'entreprendre de longs voïages, elle n'a pas fait de nouveaux établissemens comme la Sæur des Bordes ; mais elle n'étoit pas moins necessaire à Paris pour y loûtenir par son exemple le poids de la régularité de ces Communautés,où elle formoit les Seurs, qui après avoir pris l'esprit du Seminaire sous la dire&tion , étoient trouvées dignes de remplir les places de Superieures dans les autres , Maisons. Cecte sainte fille nâquit le 30. Avril 1625. elle donna dès,

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