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DIEU.

FILLES DE le jour de saint Barnabé de l'an 1652. M. Talon Curé de LA PROVI: saint Gervais, & Grand-Vicaire de Paris, posa la Croix DINCE DE

sur la grande porte de la Maison. La Reine honora de la présence cette cérémonie , qui étoit comme le sceau dont la Providence de Dieu se servoit pour approuver & ratifier la confecration que ces bonnes filles avoient faite de leurs personnes pour procurer la Gloire de Dieu & le salut du prochain. Elles s'y appliquoient avec tant de zele, dans l’éducation qu'elles donnoient aux filles qui étoient sous leur conduite,qu'oubliant leurs propres interêts, elles négligerent encore la verification de leurs Lettres Patentes au Parlement. Ce défaut de vérification les aïant obligées en 1677.d'avoir recours une seconde fois à la bonté du Roi, pour arrêter l'effet d'une Déclaracion, portant suppression de l'établissement de toutes les Communautés, dont les Lettres patentes n'avoient pas été verifiées au Parlement, Sa Majesté leur donna en cette occasion de nouvelles preuves de la protection. Car elle autorisa non seulement ce qu'elle avoit déja fait en leur faveur ; mais elle leur assura par de nouvelles Lettres patentes tout ce que leur avoit donné le Roi Louis XIII. son pere, avec tous les privileges , droits , & exemptions accordés aux Hôpitaux de fondation Roïale. Il les confirma encore dans la possession de la maison que la Reine sa mere leur avoit donnée, & leur fit une remise de toutes les finances & des droits que Sa Majesté pouvoit prétendre pour le présent & pour l'avenir. Cet Institut fut encore autorile par les Lettres de confirmation de M. François de Harlay de Chanvalon , Archevêque de Paris, & les Lettres patentes du Roi furent enregistrées au Parlement , après que ces filles eurent encore obtenu le consentement du Prévôt des Marchands & des Echevins de Paris.

Après que tout ce qui regardoit la seureté & confirmation exterieure de leur établissement fut ainsi terminé, il ne restoit plus à Madame de Polaillon que de mettre la derniere main à ce qui concernoit la perfection interieure de son Institut , en prévenant les effets de l'inconstance humaine. C'est pourquoi elle proposa à ces sept filles qui avoient été choisies pour former la Communauté , de renouveller avec elle leur association : ce qu'elles firent au mois d'O&tobre de la même année, sur la fin d'une retraite , où elles le confirs

DENCE DE

merent dans les resolutions qu'elles avoient prises d'imiter FILLES DE autant qu'il leur seroit possible la vie & les actions de Notre- Paovi. Seigneur Jesus-Christ qu'elles avoient choisi pour modele Dieu. du nouveau genre de vie qu'elles alloient établir ; & parce que les sentimens que Dieu leur donna à ce sujet , furent à leur égard comme une marque assurée de la sainte volonté sur leur vocation , elles en firent leur premiere regle d'union , qui fut redigée par écrit en la maniere suivante:

Au nom de Dieu , Pere , Fils , & Saint Esprit, fous l'Invocation de la sainte Vierge ; la Providence Divine aïant difposóque nous filles Seculieres de diverses Provinces, assemblées Jous la conduite d'une sainte veuve notre Superieure toute consacrée à Dieu & à la charité du prochain , aïant eu pendant quelques années une mutuelle communication des sentimens de pieté qu'il a plu à Dieu nous inspirer; nous avons reconnu que les lumieres de les graces que la divine Bonté a départies à chacune de nous en particulier,fe rapportent toutes a tendent à une méme fin, qui est de nous unir af. c. par une continuelle meditation a une fidelle imitation de sa jainte vie , pour le suivre en la compagnie de ses premieres saintes disciples , qui le suivoient, ó des autres qui l'ont suivi dans tous les fica oles , cherchant les ames, & nous faisant toutes à toutes celles de notre sexe par son esprit de charité pour les lui gagner toutes , en procurant son regne par tout , profefant ses maximes Evangeliques par les auvres & par l'instruction aux filles, en demeurant unies entre nous du lien indissoluble de la dileca tion fraternelle en fon divin amour , quoique nous vinsions à étre separées en diverses Provinces o même en des païs étrangers, en nous fécourant & aidant les unes aux autres de tout ce qui nous sera possible , le tout avec l'agrément les ordres de nos Superieurs. C'est ce qu'aujourd'hui , nous au nombre de buit, avons promis à Dieu toutes ensemble , par un pur amour, en renouvellant de confirmant notre union faite cydevant , ó ce sur la fin d'une retraite de dix jours que nous achevons lo que nous avons faite devant le faint Sacrement dans un lieu retiré, Ġ après la Meffe & la Communion nous: nous sommes donné le baiser de paix , pour témoignage de notre devotion & union en Jesus-Chriftle tout à la plus grande gloire de Dieu , e à lédification de fon Eglise catholique, Apiftolique & Romaine. Amen. Fait à Paris ce jourd'hui 17.. Octobre 16320

DENCE DE
DIEU.

Fillis de Après que ces bonnes filles eurent ainsi renouvellé leur
HA PROVI, union, Dieu benit si promptement & si sensiblement cette

nouvelle Societé, que Madame Polaillon se trouva bien tộc
à la tête d'un grand nombre de Sæurs , toutes très capables
d'établir & de conduire des Communautés. L'Archevêque
de Paris satisfait & édifié de cette Societé naissante, par les
témoignages avantageux qu'une infinité de perlonnes de
merite lui en rendoient , après avoir confirmé tout ce qui
s'étoit fait dans ces commencemens, se declara le Protecteur
de cette Maison ; & pour marquer l'estime qu'il faisoit de
cer Institut , il voulut en avoir plusieurs Communautés à
Paris, dont les premieres furent celle de saint Louis dans
l'isle Nôtre-Dame, & l'Hospice de la Paroisse de saint Ger-
main de l'Auxerois,qui furent suivies peu de tems après par
celles du fauxbourg saint Germain , & de la Ville-Neuve.
Plusieurs Prélats, à l'exemple de l'Archevêque de Paris,desi-
rant avoir dans leurs Dioceses quelques-unes de ces ver-
tueuses filles , pour y établir des Couvens du même Institut,
les villes de Mers & de Sedan furent les premieres où elles,
allerent faire des établissemens ; dans lesquels outre les in-
structions qu'elles donnoient à la Jeunesse, elles s'emploïe-
rent avec beaucoup de zele à la conversion des personnes de
leur sexe, engagées dans le Judaïsme, donc le nombre est
fort grand dans la premiere de ces villes, & à faire rentrer
dans le sein de l'Eglise celles quel'Hérésie en avoit separées,
qui étoient de même en grand nombre dans la seconde. Mada-
me Polaillon établit aulli les Nouvelles Catholiques à Paris.
Elle avoit fait le projet de l'établissement d'un Seminaire de
Alles & de veuves vertueules, pour donner dans toutes les
Provinces , & même dans les païs étrangers , s'il se pouvoit,
des Sujets capables de contribuer à la conversion & à l'in-
struction des filles & femmes nouvellement converties; mais
cette pieuse Institutrice n'eut pas la satisfaction de voir l'e-
xecution de son dessein , qui, comme nous le dirons dans le
Chapitre suivant, ne réüflit qu'après sa mort qui arriva en
1657.

Les filles, qui après deux ans d'épreuve , sont aggregées dans la Communauté de la Maison de la Providence à Paris, font à l'âge de vingt ans des væux simples de chastecé, d'obéissance, de servir le prochain , selon les Constitutions de

DENCE DE

l'Institut, & enfin de stabilité perpetuelle dans la Maison ; FillES DE dans laquelle on reçoit aussi,moïennant une pension raison- la Provie nable, les filles vertueuses , qui sans engagement à la Com. Dieu. munauté, veulent paller tranquillement leurs jours dans ce Seminaire de vertus , où l'on n'admet jamais aucune fille qui ait fait faute contre son honneur. A l'égard de celles qui y sont reçuës pour y être instruites, elles ne doivent pas avoir plus de dix ans, doivent être tellement pauvres, qu'elles soient destituées de tout secours humain. Comme cette Maison a été établie par les liberalités de plusieurs Dames , dont la Providence divine s'est servi pour cela, il étoit bien juste qu'elles eussent quelque part dans le gouvernement de cette Communauté : c'est pourquoi outre la Superieure, qui est éluë tous les trois ans , & le Superieur désigné par l'Archevêque de Paris, il y a encore deux Dames de pieté & de vertu, qui sont presentées par le Superieur & la Communauté à Ï'Archevêque, pour être admises en qualité de Bienfaictrices & Administratrices de cetHôpital de la Providence. Ces Dames doivent se trouver aux Afremblées avec le Superieur, la Superieure, & les Conseilleres ou Aslistantes , pour les affaires importantes,& aux Assemblées de toutes les Sæurs Vocales, lorsqu'on en convoque pour les affaires de la Maison ; comme pour la reception des filles de la Communauté, ou l'élection des Officieres, sans néanmoins y avoir voix ; & elles examinent tous les trois mois les comptes de la Depositaire ; & les arrêtent à la fin de chaque année. Outre les Sæurs du Seminaire, il y a encore des Sæurs Données, destinées pour les gros ouvrages de la Maison. Celles du Seminaire sons habillées de noir & leur habit est fait comme celui des Seculieres:ies Sæurs Données sont habillées de gris. Leurs Constitutions furent d'abord imprimées à Paris l'an 1657. & M. de Noailles Archevêque de Paris,ensuite Cardinal, leur donna d'autres Reglemens, en explication des pre. mieres Constitutions,qui ont été aussi imprimées à Paris l'an 1700.& qu'on peut consulter.

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Des Filles & Veuves des Seminaires de l'Union Chré

tienne , avec la Vie de M. le Vachet Prêtre , leur Instituteur.

Ous avons vû dans le Chapitre précedent que MaI dame de Polaillon non contente d'avoir fondé la Communauté des Filles de la Providence de Dieu , & d'avoir donné naissance à plusieurs autres Communautés, tant dans. Paris qu'en differentes Provinces, avoit aussi voulu former un Seminaire de veuves & de filles vertueuses, pour donner dans toutes les Provinces du Roïaume , & même dans les païs étrangers, des Sujets capables de contribuer à leur conversion & à l'instruction des personnes de leur sexe nouvellement converties , mais que la mort l'avoit empêché d'executer ce projet. La gloire de cet établissement étoit réservée à M. Vacher, qui avoit beaucoup assisté de ses conseils Madame de Polaillon dans ceux qu'elle avoit entrepris. Il vint au monde au commencement du dernier hécle, dans la ville de Romans en Dauphiné, & reçut au Batême le nom defeanAntoine. Son pere Gabriel Vachet, & fa mere Alix Cot , alliés aux Familles les plus considerables de la Province,n'é. pargnerent rien pour son éducacion;& dès ses premieres années on remarqua en lui de fi fortes inclinations pour le bien, qu'on ne douta point qu'il ne fîc de grands progrès dans la vertu. Il fut envoïé à Grenoble pour y étudier chez les Peres Jesuites ; & après y avoir achevé sá Philosophie,il eut dessein de se retirer dans quelque solitude ; mais aïant confulté plusieurs Religieux, ils l'en décournerent , l'assurant que Dieu le deftinoit pour un autre état. Un oncle qu'il avoit à Grenoble le regardant comme son heritier , parce qu'il n'avoit point d'enfans, voulut lui donner une Charge de Conseiller; mais ne se sentant point d'attrait ni aucune disposition à suivre le Barreau, il le pria de le dispenser de cet Emploi; & craignant de ne pouvoir resister aux pressandes sollicitations qu'il lui pourroit faire dans la suite, il prio le parti de retourner à Romans , où ses parens le demandoitas

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