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Stuinar. suite fit un très grand progrès, & devint une école de vertus Bisnes S. sous la conduite de M. Olier que Dieu qui l'avoit destiné

à cette entreprise, voulut éprouver en le tenant pendant les deux années qui précéderent cet établissement, dans un état de souffrance & d'abjection si grande , que celui qui devoit être le Chef des autres, paroilloit pendant ce tems. là le rebus des hommes.

Ces saints Ecclesiastiques s'étant ainsi unis dans l'intention de former un Seminaire, lorsque la Divine Providence leur en fourniroit quelque occasion favorable , s'occuperent pendant ce tems là à faire plusieurs Missions , jusqu'à ce que s'étant arrêtés à Chartres, ils esfaïerent d'y en établir un ; mais y aïant demeuré huit mois sans que personne se joignîc à eux, ni que l'entreprise eût aucun succes, ils crurent que l'heure de cet établissement n'étoit pas encore venuë , & que Dieu reservoit cette æuvre à un autre tems : ainsi ils juge. rent qu'ils devoient recommencer des Missions. Mais dans le tems qu'ils s'y disposoient, &que plusieurs étoient en differentes Provinces pour diverses affaires, un de ces Ecclesiastiques étant venu à Paris , & dans un entretien qu'il eut avec une personne de piecé, lui aïant fait le recit de leur dellein & du mauvais succès qu'ils avoient eu à Chartres , elle lui répresenta qu'il ne falloit pas abandonner cette entreprise, qui pouvoit leur réüssir , s'ils vouloient venir demeurer à Vaugirard proche Paris. Elle fit de si grandes instances pour cela , qu'elle obligea ce bon Prêtre d'en écrire à ceux de la Compagnie , dont plufieurs ne voulurent pas écouter cette proposition:M. Olier s'y opposa même allez long-tems. Mais enfin persuadé que Dieu dans l'execution de les defseins se sert quelquefois de ce qui paroît le plus opposé au jugement des hommes , il ne méprisa pas tant cet avis qu'il ne consentît à la priere qu'on lui fit de recommander cette affaire à la Divine Majesté. S'étant retiré pour cet effer au commencement de l'année 1641. à une maison de campagne aux environs de Paris, pour y faire les exercices Ipirituels & demander les lumieres du Ciel, il se trouva sur la fin de la retraite , si encouragé à l'entreprise de cet établissement, que ne dourant point que ce ne fût la volonté de Dieu, il porta plusieurs Ecclesiastiques à se joindre à lui pour ce lujęt. Il fic dans le même tems. une seconde retraite, où

SULPICE.

Dieu le confirma dans ce desfein, & le remplit de l'esprit qu'il Seminar. devoit inspirer à la Communauté qu'il établit enfin à Vau- RES DE SO girard où il loua , pour cet effet, une maison au commencement de l'année 16 42.

Dieu donna aulli-tôt une telle benediction à cette entreprise, que quoique ce saint Instituteur fût logé avec ses Ecclesiastiques dans une des plus petites& des plus pauvres maifons du village, & que les dépenses qu'ils avoient faites pour leurs Missions& pour l'établissement du Seminaire de Chartres les eussent réduits à y vivre des liberalités d'une personne de pieté qui les y entretenoit, néanmoins dés les premiers mois, plusieurs personnes considerables par leur naissance& par leur pieté s'estimerent heureuses d'être reçuës dans cette sainte Compagnie pour se former aux vertus & aux fonctions Ecclesiastiques sous la conduite de Monsieur Olier. Ils n'eurent pas demeuré quatre mois à Vaugirard, que la

providence divine les en tira pour les établir à Paris. Elle choifit pour cela le moïen suivant , qui donna à Monsieur Olier une grande ouverture pour faire des biens inestimables dans cette Capitale du Roïaume. Monsieur de Fiesque pour lors Curé de saint Sulpice étant affligé des desordres qui regnoient dans sa Paroisse, & enouïe de l'opposition qu'il trouvoit dans plusieurs de fes Prêtres habitués qui resistoient à tous ses bons desseins , prit la résolution de quitter sa Cure. Comme il avoit entendu parler du merite de Monsieur Olier & de la vertu des Ecclesiastiques qui étoient sous sa conduite, il jetta la veuë sur eux pour l'execution de son dessein , & prit l'occasion d'une Procession qui se faisoit de faint Sul.. pice à Vaugirard , pour demander à quelqu'un du Seminaire s'il n'y avoit personne dans leur Compagnie qui voulût se charger de la Cure & permuter quelque Benefice simple contre le fien. Cette proposition ne fut point écoutée d'abord ; mais le Curé de saint Sulpice persistant dans sa résolution , fit tant d'instances , que plusieurs personnes de pieté representerent à Monsieur Olier qu'il ne devoit point negliger une occasion qui lui donnoit entrée dans une moision abondante. Ce qui ne fut pas sans effet ; car après avoir recommandé cette affaire à Dieu , il écouta les propositions de Monsieur de Fiesque,accepta sa Cure & en prit posses Gion au mois d'Août de la même année 1642. Tom VILLE

S

SEMINAI- Le fauxbourg saint Germain où est située la Paroisse de RUSODEL. S faint Sulpice l'une des plus grandes & des plus considerables

de Paris, servoit pour lors de retraite à tous les libertins & à tous ceux qui vivoient dans l'impureté & dans le defordre. Pour remedier à ces maux & ramener ces brebis égarées dans le bercail de Jesus-Christ , ce nouveau & zelé Pasteur se proposa d'y emploïer plû-tôt les bons exemples que les reproches & les poursuites violentes ; c'est pourquoi il se résolut de mener la vie la plus sainte qu'il lui seroit possible & il en fit veu dans l'Eglise Metropolitaine de Nôtre Dame, promettant à Dieu de faire le reste de ses jours ce qu'il croiroit être le plus parfait & le plus agréable à sa divine Majesté, le suppliant en même tems de lui donner des ouvriers capables de l'aider dans son entreprise. Dieu qui lui avoit confié la conduite de ces mauvais paroissiens & qui lui en avoit reservé la conversion, exauça sa priere : car il lui en envoïa plusieurs qu'il logea avec quelques-uns des Prêtres qu'il avoit amenés du Seminaire de Vaugirard, & avec lesquels il vivoit d'une maniere si édifiante qu'il ne se distinguoit d'eux que par la grandeur de son zele & par fon humilité profonde. Il n'omettoit rien de tout ce qui pouvoit servir à les établir folidement dans la vertu ; c'est pourquoi étant persuadé que la cupidité & l'amour désordonné des biens de la terre y sont un obstacle invincible, il leur recommanda trés particulierement de ne rien exiger pour l'administration du saint Viatique , & de refuser absolument tout ce qu'on leur presenteroit pour.le Sacrement de Penitence. Il voulut que toutes les retributions qu'ils recevoient des peuples, pour les autres services, fussent mises en commun, & que chaque particulier se contentât selon le desir de l'Apôțre, d'avoir sa nourriture & dequoi se vêtir : ce qui s'est toûjours observé depuis ce tems-là. Ainsi il forma une Communauté qui sans être fondée s'est toûjours soutenuë , & qui depuis son établissement n'a jamais manqué de sujets & de Prêtres pour desservir cette grande Paroisse, quoiqu'ils n'y soient attirés par aucun interêt, ni retenus par aucun engagement.

Cette Communauté aïant été remplie en très peu de tems de plusieurs ouvriers évangeliques , il travailla à la Réforine de ses Paroissiens, commençant d'abord par la conversion des Herériques qui y étoient en très grand nombre. Il entree

SULPICE.

prit en même tems l'instruction des Catholiques par les pré- Seminare
dications frequentes & paries Catechismes qu'il fauoit faire Ruspe S.
dans fon Eglite, ou il rétablit la Majesté des divins Offices &
le culte du tres faint Sacrement qui y avoient été un peu ne-
gligés. Les duels étoient si frequens dans la Paroille qu’on y
compra jusqu'à dix sept perlonnes en une mê ne iemaine
peries dans ces malheureux combats. Pour remedier à ces
desordres il perluada à plusieurs Seigneurs de faire ensem-
ble une protettazion solemnelle de n'accepter aucun appel &
de ne servir aucun ami qui voulût se battre: ce qu'ils obser-
verent fidellement , & leur exemple fut suivi par un grand
nombre de personnes avant même que l'autorité du Roi eût
arrêté le cours de ce desordre jusqu'alors si commun. Il
abolit aussi plusieurs deréglemens superstitieux qui s'étoient
répandus dans certains corps de metiers , & établic plusieurs
Confrairies pour les disposer à celebrer devotement toutes
les Fêtes. Il purgea presque tout le fauxbourg des mauvais
lieux qui y étoient, & l'on ne peut s'imaginer les soins qu'il
prit pour retirer du déréglement les pauvres creatures qui
habitoient ces lieux infames, & les dépenses qu'il fit pour les
placer dans des retraites de piece.

Pendant que Monsieur Olier étoit ainsi occupé au service de sa Paroise , il ne laissoit pas de veiller à la conduite de sa Communauté & de travailler à obtenir des Lettres Patentes: du Roi pour l'érection de son Seminaire, qui après quelques oppositions, qu'il fut obligé de lever , & après en avoir obtenu le consentement de l'Archevêque de Paris, fut enfin établi à Paris dans la ruë du Colombier. Il ne tarda gueres à être rempli de plusieurs saints Ecclesiastiques que ce zelé Superieur prenoit la peine de former lui même

pour

les Millions, sans parler de ceux qu'il y préparoit à recevoir dignement les Ordres ; mais dans le tems qu'il commençoit à jouir du fruit de ses travaux, Dieu , aux yeux duquel il étoit agreable , voulant éprouver sa constance & fa fidelité, permit que l'ancien Curé, sollicité par quelques personnes mal intentionnées, fir quelques démarches pour rentrer dans la Cure, prétendant que le Benefice qu'on lui avoit donné à la place n'écoit

pas de la qualité ni du revenu qu'on lui avoit fait croire. Il 'n'en fallut pas davantage:quelques esprits turbulans ennemis de la paix & du bon ordre, soit par vengeance

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r Seminar. de la guerre que ce faint homme faisoit à leurs vices , soit SULPICE." par quelques raisons d'interêt,aïant repandu ce bruit parmi

la populace , & s'étant écriés que l'on faisoit injustice à leur ancien Pasteur , une troupe de miserables s'étant armés de tout ce qu'ils trouverent sous leurs mains , vinrent en foule à la chambre de cet homme Apostolique, l'en tirerent avec violence , le chargerent de plusieurs coups , & lui renant le pistolet fous la

gorge , le traînerent honteusement au milieu de la ruë , où ils ne le laisserent en vie que pour aller profiter du pillage que les compagnons de leur audace faisoient dans la maison Presbiterale, pendant que quelques-uns de les amis pour le mettre en seureté l'obligerent de se retirer au Palais d'Orleans. L'affaire aïant été portée au Parlement il fut aufli tôt rétabli dans la Cure ; mais le même jour qu'il retourna dans son Presbitere ces malheureux recommencerent leurs violences , s'efforcerent d’en rompre la porte & d'y mettre le feu : ce qu'ils auroient enfin executé si leur fureur n'eût été arrêtée par quelques compagnies du regiment des Gardes, que la Reine eur la bonté d'y envoïer. Enfin au bouc de quarante jours cette persecution étant cessée, il profita de la paix & de la confiance qu'avoient en lui les personnes les plus considerables de la Paroisse pour y affermir le bon ordre qu'il y avoit déja établi avant cette disgrace. Les guerres civiles qui arriverent en France dans les années 1649. & 1652. lui donnerent lieu d'augmenter la charité non seulement à l'égard de les Paroilliens , mais encore à l'égard de ceux qui venoient de la campagne se refugier à Paris dans le fauxbourg saint Germain. Il pourveut à la sublistance d'un grand nombre de Religieuses de differens Ordres qu'il fit vivre en Communauté autant que la diversité de leurs Institurs le pouvoit permettre, pour empêcher que le commerce du monde ne leur fîc perdre l'esprit de leur vocation , & il prit aussi loin de plufieurs Anglois & Irlandois qui s'étoient refugiés en France pour y vivre dans la foi Catholique & éviter la persecution des Herétiques.

Après avoir servi la Paroisse environ pendant dix ans, il fut attaqué la même année 1652. d'une violente maladie, dont croïant qu'il ne releveroit pas, il se fit administrer les derniers Sacremens de l'Eglise, & fe demit de sa Cure entre les mains de l'Abbé de S.Germain des Prez,& celui-ci la cons

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