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C 101 ) SULPICE.

silence , & jeûnent tous les Vendredis , & les veilles de quel- Seminaris ques Fêtes. Les unes & les autres sont habillées de noir , PE SAINT comme les Filles Seculieres. Elles ont un mouchoir de cou en biais. Celles qui font des væux portent une petite croix d'argent, & les autres une pecite croix de bois.

Memoires donnés par les Filles de la Croix de lHótel des Tournelles à Paris, & par les Filles de la Croix de la Paroisse de saint Gervais. L'on peut consulter aufi la Vie de Monsieur Vincent de Paul, par Monsieur Louis Abelly, Evêque de Rhodez.

otem

CHAPITRE XVII I.
Des Seminaires de saint Sulpice , fondés par Monsieur

Olier, Curé de saint Sulpice à Paris , avec la Vie de ce

Fondateur.
M O NSIEUR Olier l'un de ces hommes Apostoliques

IV que Dieu suscita dans le dernier siécle pour travail-
ler à la Réforme du Cl

du Clergé, nâquit à Paris le 20. S bre 1608. & fut le second de trois enfans mâles dont la divine providence benit le mariage de Monsieur Olier Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roi , & de Marie Dolu son épouse. Aïant été baptisé sur les Fonts de la Paroisse de saint Paul , où il reçut le nom des Apôtres saint Jean & saint Jacques,il fut porté peu de tems après au fauxbourg saint Germain pour y être nourri, Dieu voulant qu'il passat les premieres années de la vie , où il devoit finir ses jours, & que la Paroisse de saint Sulpice au bien de laquelle il devoit consacrer ses plus grands travaux , fût le lieu de la premiere éducation On remarqua dès ses premieres années que ses cris ne pouvoient être appaisés par les amusemens ordinaires des enfans & que pour arrêter ses larmes & le mettre en repos , il le falloit porter à la Paroisse , où fi tộc qu'il étoit entré il étoit tranquille & paisible. Après qu'il eut passé les premieres années de l'enfance, & qu'on lui eut appris les premiers élemens de la Langue Latine , on l'envoïa au College , où il fit de si grands progrès dans l'étude , que ses parens le destinerent à l'état Ecclesiastique & le fireps

SULPICE.

SEMINAIRE pourvoir d'un Benefice ; mais dans la suite son esprit vif & DE SAINT tour de feu leur faisant doucer s'il étoit appellé à cet écar, dont

toutes les fonctions demandent beaucoup de gravité & une grande modestie , ils le lui auroient peut être fait quitter , si laint François de Sales qui se trouva en 1622. à Lyon , où Monsieur Olier le Pere étoit pour lors Intendant de Justice, ne l'eût empêché, asseurant Madame Olier qu'elle ne devoit point craindre; mais plûtôt se rejoüir, parce que Dieu dont il avoit imploré les lumieres par de ferventes prieres , lui avoit fait connoître qu'il avoit choisi cet enfant pour sa gloire & le bien de son Eglise , la priant non seulement de ne point faire attention à ses doutes, mais même de lui donner son fils du consentement de Monsieur Olier , afin qu'étant auprès de lui il pûc le former aux vertus Ecclesiastiques. La mert dece saint Prélat qui arriva peu de tems après, empê. cha l'execution de ce dessein.

Ses Humanités étant achevées il étudia en Philosophie & foutint à la fin de son cours une These en Latin & en Grec. Il posseda si bien cette derniere Langue qu'elle lui servit beaucoup dans la fuite pour l'étude de l'Ecriture-Sainte & des saints Peres. De la Philosophie il passa à la Theologie, & après avoir reçu les leçons des plus celebres Professeurs de Sorbonne pendant trois années , il prit le degré de Bachelier. Ses parens qui voïoient avec plaisir les grands talens dont il. étoit pourvû, voulant le mettre à la Cour pour l'avancer dans les Dignités Ecclesiastiques , l'engagerent à paroître dans le monde avec éclat. Il avoit grand train, il voïoit les personnes de la premiere qualité, il prêchoit même quelquefois dans les Chaires les plus considerables de Paris. Mais Dieu qui le vouloit entierement pour lui, rompir les desseins & les mesures que ses parens avoient prises,lui donnant pour cela la pensée d'aller en Italie. Monsieur Olier entreprenant ce voïage , ne prétendoit demeurer que fort peu de tems à Rome, afin de s'y appliquer plus librement à l'étude de la Langue Hebraïque; mais ce projer ne lui réüssic pas:car.

Providence divine permit qu'il eut si mal aux yeux pendant son séjour à Rome, qu'il se vit privé du plaisir de l'étude,& en danger de perdre la vûë: Dans cette appréhension il euc recours à la sainte Vierge, & fic vou d'aller de Rome à NôtreDame de Laurette. Il fit ce voïage à pied dans les plus grandes

RES DE S.

PCE

chaleurs de l'Eté : ce qui lui causa une fiévre violente, dont SMINAIil ressentit plusieurs accès ; mais en arrivant à Laurette, il se site.de trouva parfaitement guéri de cette fiévre, & du mal qu'il avoit aux yeux.

Après qu'il eut satisfait à ses devotions dans ce saint lieu, il retourna encore à pied à Rome ; mais la mort de son pere qui arriva quelque tems après, l'obligea de revenir à Paris, où dans une retraite qu'il fit à fainc Lazare chez les Pretres de la Million , il se disposa à recevoir le Sousdiaconat & fut associé par M. Vincent de Paul à la compagnie des Ecclesiastiques qui s'assembloient tous les Mardis à saint Lazare. Dès lors il conçut un fi grand zele pour l'instruction des pauvres gens de la campagne , qu'il douta s'il devoit demeurer à Paris pour se mettre sur les bancs,ou suivre les mouvemens de son zele qui le portoit à travailler aux Missions & à prêcher dans les villages. A ïant consulté d'habiles gens , ils lui conseillerent de preferer le fruit que les peuples pouvoient retirer de fes instructions & des études qu'il avoit faites, à la reputation qu'il pouvoit acquerir en prenant le bonnet de Docteur en Theologie : il regarda ce conseil comme une déclaration de la volonté de Dieu, & l'executa avec tant d'ardeur , qu'avant qu'il eût atteint l'âge requis pour recevoir la Prêcrise, il avoit fait faire des Mile fions à les dépens presque dans tous les lieux où il avoit du bien ou de l'Eglise ou de son Patrimoine. Il n'aidoit pas seulement les ouvriers de la Million ; mais il travailloit fous leur conduite , & faisoit aslidument le Catechisme & des prédications. Il ne rencontroit pas un pauvre qu'il ne l'inftruisît , il se détournoit même de son chemin pour catechiYer les Laboureurs. Il s'arrêtoit encore dans les ruës de Paris pour instruire les pauvres qui lui demandoient l'aumône, il les menoit chez lui & les disposoit à faire des Confessions générales.

Si-tôt qu'il fut élevé au Sacerdoce, son zele s'augmenta de telle sorte ; qu'après avoir célébré sa premiere Meffe l'an 1633. il quitta Paris pour aller secourir les ames les plus abandonnées. Il arrira avec lui plusieurs Ecclesiastiques d'une naissance distinguée , & les engagea d'aller ensemble en Auvergne (ou étoit scituée son Abbaïe de Pebrac ) pour y faire des Millions dans les montagnes de cette Province. Il

R : DE S. SLIPICH.

S MINAL se prépara à ce voïage par une retraite qu'il fic encore à saint

· Lazare au mois de Mars de l'année 1634. Ilest difficile d'exprimer quels furent les travaux de ce faint Prêtre dans le cours de ses Missions en Auvergne , où après avoir demeuré six mois, il-fut obligé ( par les poursuites de ceux qui s'oppofoient à la reforme de lon Abbaïe de Pebrac qu'il avoit entreprise de revenir à Paris, où écant arrivé il le défic de son carrosse & de tous ses domestiques, à l'exception d'un qu'il garda par obéissance à son Directeur qui le lui ordonna

Pendant son séjour dans cette Ville , il fur fort sollicité par un Evêque d'une insigne pieté de vouloir prendre sa place, & se charger de son Evêché: ce Prélar y emploïa même les sollicitations de M. de Paul,qui avoit beaucoup d'autorité sur l'esprit de M. Olier : mais aïant formé le destein d'aller en Canada pour y prêcher la Foi ; il prétera à cette dignité les fruits qu'il esperoit faire dans cette Mission : cependant il ne réüllit pas selon ses désirs,n'aïant pu découvrir aucune ouverture pour ce voïage. Dieu ne permit pas néan. moins que son zele fùc inutile;car aïant trouvé les moïens de retourner en Auvergne, il partit de Paris avec plusieurs Ecclesiastiques , qui pendant dix-huit mois firent des Millions dans tous les quartiers de cette Province & du Vellay. M. Olier n'y contribua pas moins de sa personne & de fes biens que la premiere fois ; mais avec cette différence, qu'il eut pendant tout ce tems-là de grandes mortifications. Il fut traversé dans tous ses desseins par des usurpateurs du bien de fon Abbaïe, qui ne pouvant souffrir qu'il leur refiftât, soûleverent une infinité de personnes contre lui , ce qui lui fut fort sensible. Pendant le tems qu'il demeura en Auvergne, il parcourut tous les cantons des Diocèses de Clermont,de saint Flour & du Puy, dont le Clergé & les peuples devinrent la bonne odeur de Jesus-Christ. On voïoit les Chanoines, les Curés & les Prieurs , travailler avec une fainte émulation à instruire le peuple, à entendre les Confessions générales des Païsans, à faire faire les exercices spirituels aux Prêtres & à visiter les Hôpitaux. Tout le monde admiroic la modestie & la piecé avec laquelle on célébroit l'Office Divin dans les Eglises depuis le tems de la Mission: ce qui fit concevoir tane de vénération pour M. Olier , qu’un Chapitre députa en

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Cour , afin de le demander au Roi pour leur Evêque. Ceux S. yinato nêmes qui l'avoient persecuté, reconnurent leur faute & le RES DE S. vinrent trouver, lui amenant leurs familles pour recevoir la bénédiction.

Cette Mission étant finie , il se sentit pressé par un mouvement interieur de la Grace,de se transporter en Bretagne, où l'évenement fit voir que Dieu le conduisoit pour la reforme d’un Monastere de Religieuses qu'il entreprit, & dont il vint à bour. Il retourna ensuite à ses exercices ordinaires & aux Missions. Pendant qu'il y travailloit , le Cardinal de Richelieu lui écrivit que le Roi l'avoit nommé à la Coadjutorerie de l'Evêché de Chaalons sur Marne , & lui en envoïa en même tems le brevet. M. Olier reçut cet honneur avec beaucoup de reconnoissance : mais ne pouvant se persuader que Dieu le voulût dans cette dignité, il remercia le Cardinal de Richelieu, & le pria de persuader au Roi qu'il nommât une autre personne pour remplir cette place. Ce refus étonna tout le monde , & fit peine à ses parens qui ne pouvoient gouter une conduite si extraordinaire , selon le monde ; mais Dieu qui le destinoit à être l’Insticuteur de beaucoup de Communautés ou Seminaires d'Ecclesiastiques, qui devoient faire l'ornement & le bon exemple de plulieurs Diocèses, ne permit pas qu'il se fixât à la conduite d'un seul, dans lequel il auroit été obligé de borner son zele, lui donnant pour cet effer un esprit de force & de sagesse pour mépriser les discours du monde & les interêts de la famille,aulquels il préfera ceux de Jesus-Christ & de son Eglise, qu'il croïoit servir plus utilement par ses Millions qu'il avoit dessein de continuer. Mais la divine Providence en disposa autrement.

Le Pere Charles de Condren qui étoit pour lors Général de la Congrégation de l'Oratoire & qui n'étoit pas moins zelé pour le bien universel de l'Eglise, que pour l'accroissement & la perfection de la Compagnie , desirant depuis long tems voir l'établissement de quelque Seminaire, dans lequel on disposât les jeûnes Clercs aux Ordres &aux fonctions Ecclesiastiques, en communiqua avec plusieurs Ecclesiastiques d'un merite distingué, qu'il avoit sous sa direction, du nombre desquels étoic M. Olier, qui tous approuvant ce de Tcia s'unirent ensemble pour en former un, qui dans la

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