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Soïur» Di-tnêmes rendre aux malades les services nécessaires , il Fuc Kir*\H A résolu qu'il falloit établir des Servantes des pauvres qui fussent emploïées à ce Ministère fous la conduite des Dames. Cela fut exécuté par les foins de M. de Paul, qui aïant proposé ce dessein à des filles dans la campagne , il s'en trouva plusieurs qui s'offrirent de-fe consacrer toute leur vie à cet emploi. Ces filles quoique dépendantes des Dames de la Paroisse > n'a voient aucune liaison ni aucune correspondance entr'ellcs : ce qui faisoit qu'elles ne pou voient être bien instruites pour le service des pauvres , ni pour leurs exercices de pieté > en forte que lorsqu'il en falloit changer quelquesunes ou en donner pour de nouveaux établissemens , on n'en trouvoit pas aisément qui fussent toutes dressées. C'est pour-' quoi M. Vincent de Paul crut qu'il étoit nécessaire d'unir ces filles en Communauté fous la conduite d'une Supérieure, afin qu'elles fussent dressées aux exercices de charité & qu'il y en eût toû jours pour en fournir au besoin: 8c ne trouvant personne qui fût plus digne de cet Emploi que Mademoiselle le Gras dans laquelle il avoit reconnu depuis tant d'années une prudence consommée & une pieté exemplaire , tl lui mit entre les mains quelques filles pour les loger en fa Maison & pour les faire vivre en Communauté. Euedemeuroit pour lors proche saint Nicolas du Chardonnet, où elle commença cette petite Communauté le xi. Novembre de l'an 1633.

Après que Mademoiselle le Gras, se fut chargée de la conduite de ces filles , elle eut tant d'amour pour cette vocation que Tannée suivante le jour de l'Annonciation de la sainte Vierge , elle s'y engagea par un voeu qu'elle fit pour cet effet, renouvellant en meme tems celui de viduité qu'elle avoit fait dès l'an 1613. Ce fut pour lors que cette sainte femme se voïant engagée plus étroitement avec Jésus-Christ qu'elle venoit de prendre par ces vœux pour son partage & ion héritage , rappella toute sa ferveur & ne chercha plus qu'à s'unir à lui par toutes sortes de bonnes œuvres > mais particulièrement par la sainteCommunion qu'elle lui offroit très souvent, tant pour le remercier de la grâce qu'il lui avoit faite de l'appeller à cet état, que pour attirer sa bénédiction sur ce que son amour pour sa divine Majesté lui faisoit entreprendre pour le soulagement des pauvres. De si saintes dispositions soutenues d'une parfaite confiance en la Provi- Sotuns Bi dence , ne pOuvoient pas manquer de lui mériter un heu-£*TE?HA" reux succès. Aussi Dieu qui se plaît à faire sentir les effets de fa bonté à ceux qui ont le cœur droit &. qui se laissent conduire par les dispositions adorables de fa volonté, fit bientôt paroître combien elles lui écoient agréables , en lui procurant les fonds nécessaires pour soutenir les dépenses convenables tant à fa Communauté qu'aux œuvres de miséricorde à l'égard des pauvres malades, & cela par l'érection d'une Compagnie de Dames de Paris, dont la qualité & les richesses étoient plus que suffisantes pour pourvoir non seulement aux pauvres de la ville 5 mais encore à ceux des. Provinces les plus éloignées ausquels elles firent sentir dans la fuite les effets de leur charité.

Le premier dessein que cette Assemblée de Dames se pro

{josa , étoirde donner quelque soulagement aux malades de
'Hôtel-Dieu. Mademoiselle le Gras & quelques autres aïans
reconnu dans les visites de ces pauvres , qu'il leur manquoii
beaucoup de douceurs que l'Hôpitalne leurpouvoit four-
nir, en communiquèrent avec M. de Paul qui leur conseilla
de faire des Assemblées pour chercher les moïens de pour-
voir à ces besoins. La première se fit l'an 1634. chez Mada-
me la Présidente Goussauc , où se trouvèrent Mesdames de
Ville-Savin& deBailleulavec Mademoiselle PolaillonFon-
datrice des Filles de la Providence. La seconde fut plus gran-
de que la première. Madame la Chanceliére l'honora de ía
présence avec Madame Fouquet. Elles y résolurent que l'on
donneroit tous les jours aux malades de cet Hôpital des con-
fitures , de la gelée , & autres douceurs par manière décol-
lation, qui leur seroient présentées par les Dames chacune à
leur tour>, accompagnant de quelque consolation spirituelle
cette action de charité s & pour rendre l'Assemblée plus
réglée , on y établit trois Officières , une Supérieure , une
Assistante & une Trésoriere- Cela resta ainsi jusqu'à ce que
M. de Faul aïant remarqué par expérience qu'il étoit difficile
que les memes personnes pussent s'occuper aux œuvres de
miséricorde spirituelle & corporelle, jugea qu'il falloit choi-
sir tous les trois mois quatorze Dames entre celles qui -
seroient les plus capables d'exhorter & d'instruire, lesquelles
visiteroient les pauvres deux à deux chacune leur jour par

c „. femaine,& leur parlcroient des choses nécessaires à Jeur salut

SoIURSDE - . r, 'a r ... __,

Ik Cha dune manicre touchante & familière. Tous ces exercices KlXi' de pieté se faisoient avec d'autant plus de ferveur que toutes ces Dames étoientanimées par l'exemple de Mademoiselle le Gras qui s'y appliquoit avec tant d'ardeur que M. de Paul fut obligé de modérer son zele.

Mais pour bien exécuter cette oeuvre de charité, il falloir, * avoir des Servantes qui prissent le foin d'acheter & de pré- * parer toutes les choses necessaires,& qui aidaíTentles Damés dans leurs visites & dans la distribution des collations. Mademoiselle le Gras qui commençoit d'en élever pour les dévouer à toutes les occasions où il s'agiroit de l'interêt des pauvres , en donna quelques unes à la prière des Dames, qui les logèrent près de l'Hôtel- Dieu. Dès la première année de l'institution de cette Assemblée, elle fit tant de fruit dans l'Hôpital par les visites & les instructions de ces Dames j qu'outre un grand nombre de Catholiques qu'elles disposèrent à une bonne mort , ou à un changement de vie dans ceux ausquels Dieu renvoïoit la santé, elles eurent la consolation de convertir plus de sept cens Hérétiques & quelques Infidèles qui embrassèrent nôtre sainte foi, dont ils reconnurent la vérité dans les productions d'une charité si ardente & si étendue : Paris n'étant pas assez grand pour la contenir., elles se chargèrent dans la fuite non'feulement de toutes les Provinces du Roïaume , mais encore de l'entretien de quelques Missions dans les païs des Infidèles qui se sont resíentis de leurs bienfaits.

Pendant que cette Assemblée Générale de Dames de tous les différents quartiers de Paris s'appliquoit à ces œuvres de pieté dans l'Hôtel-Dieu , il se formoit dans les Paroisses de la même ville des Confrairies particulières de charité pour assister les pauvres & les Artisans milades dans leurs maisons. M. de Paul voïant le progrès qu'elles faisoient, y mit la derniere perfection, secondé du zele de Mademoiselle le Gras. Elles etoient composées des Dames des Paroisses, & gouvernées fous la conduitedes Pasteurs, par trois Officières choisies d'entr'elles, qui étoient une Supérieure qui recevoit les malades, une Trésoriere qui avoit les aumônes en dépôt,& uneGarde-meuble qui avoit foin du linge & des autres meubles nécessaires. Mais la plus grande partie des Dames n'étant pas en état de servir elles-mêmes les malades ìmvks M on leur donna aussi des filles de la Communauté de Made- ^*r^HA" .moiselle le Gras engagées par leur profession à ce service charitable. Le nombre des filles qui y entroient s'augmentant tous les jours , elle acheta une maiíon au village de la Chaoelle proche Paris,qu'elle trouva un lieu très commode & tres conforme à ses inclination^ , tant pour avoir l'avantage de s'approcher de M. de Paul qui avoit obtenu Tan 1631. la Maison de saint Lazare pour les Prêtres de fa Congre, ation, que pour y élever fa Communauté naissante dans un esprit de Servantes des pauvres , & la former dans la vie pauvre , humble , simple & laborieuse de la campagne , sur laquelle elle régloit leur nourriture, leurs habits & leurs Emplois.Cette sainte Fondatrice y alla loger au mois de Mai 1636. & y établit un Catéchisme qu'elle faisoit elle-même aux femmes & aux filles les Dimanches & les Fêtes, avec des Ecoles où ses Filles eníèignoient les enfans de leur sexe : ce qu'elles continuent encore dans les lieux où elles font établies. Mais comme les emplois de charité se multiplioient tous les jours & augmentoient la nécessité d'un commerce plus fréquent avec toutes les personnes qui y prenoientpart, Mademoiselle le Gras résolut,par l'avis de M. de Pauî,dequiter la Chapelle & de venir loger avec fa Communauté au fauxbourg saint Denis vis à vis saint Lazare où elle loua d'abord en 1641. une maison qu'elle acheta quelque tems après. ~>

Ce fut dans cette Maison qu'elle commença d'exercer l'hospitalité, y recevant un grand nombre de filles des frontières de Picardie, qui aïant été obligées d'abandonner leurs maisons par la crainte des ennemis qui étoient entrés dans cette Province, & qui avoient assiégé la ville de Corbie , étoient venues se réfugier à Paris. Non contente de leur fournir par charité le logement & lâ nourriture du corps, elle voulut y ajotiter l'aumône spirituelle, par une Mission qu'elle leur procura. Cette Maison fut aussi ouverte pour les personnes de son sexe qui y voulurent faire des retraites spirituelles , à l'exemple de celles que M. de Paul avoit établies pour les hommes dans fa Maison de saint Lazare. Ce Serviteur de Dieu aïant donné commencement àl'Hô^ital des En" fans Trouvés, en donna le foin à Mademoiselle le Gras & à Soiuri De ses filles i & l'an la ville d'Angers aïant eu recours à, iait9 HA elle pour obtenir aussi de ses filles pour le service des malades de son Hôpital , elle alla elle même faire cet établissement au mois de Novembre, nonobstant ses infirmités &. la rigueur de la saison..

Ce fut pendant ce voïage qu'elle apprit que la Reine Anne d'Autriche avoit auíli demandé de ses filles pour le service des malades de Fontainebleau. Cette Princesse entretenant pendant le siège de Dunkerque un Hôpital pour les Soldats malades &. blessés, leur en confia encore le íoin. Quoique Mademoiselle le Gras vît fa Compagnie chargée de tant d'occupations dans Paris, à la campagne, & dans les Provinces, elle ne perdit point pour cela courage > au contraire, redoublant son zele & ses soins, elle embrassa encore des emploi* dans les Roïaumes étrangers, en donnant de ses filles à la Reine de Pologne, Loiiife Marie de Gonzagues , qui les* établit l'an 1651. à Varsovie. Cette ville étant pour lors affligée de la contagion, fut un rude apprentissage, & une dangereuse épreuve pour ces charitables filles ,qui à leur arrivée se virent chargées du foin des pestiférés. Cette Princesse, aïant encore fondé un Hôpital dans la même ville pour y recevoir les pauvres filles orphelines ou délaissées de kurs parens, en commit aussi le foin & la conduite à ces Servantes de Jésus-Christ. Elles furent pareillement chargées à Paris du gouvernement & de l'occonomie, aussi bien que du service des pauvres de l'Hôpital du nom de Jésus, que l'on fonda l'an 1643. dans cette Capitale du Roïaume,pour quarante pauvres de l'un & de l'autre sexe: ce qui a été l'ori

Î'ine de l'Hôpital Général..II ne restoit plus à Mademoiselle e Gras pour remplir l'étënduë de ion zele, que de se charger des pauvres aliénés d'esprit ,.& renfermés dans l'Hôpital des petites Maisons. Elle accepta cet emploi l'an 1645. ^ur ^a prière qui lui en fut faite par l'Assemblée du grand Bureau des pauvres, si célèbre dans Paris, par la qualité & le mérite des personnes qui la composent > & comme il y a daps cet Hôpital, outre les insensés, un grand nombre de vieillards, qui y font entretenus par ordre de ce Bureau, elle s'engagea-, encore de les faire assister dans leurs maladies.

11 ne sufBsoit pas«à cette zélée Fondatrice d'avoir formé wncCompagnie de Filles pour les emploïer au service des,

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