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SOEURS D
IA CHA.
RITE'

Sueurs de Majesté en disposa autrement. Car peu de tems après aïant

perdu son pere & se trouvant obligée de prendre un parti , elle s'engagea dans le Mariage l'an 1613. & eut pour époux à l'âge de vingt deux ans Monsieur le Gras Secretaire de la Reine Marie de Medicis, dont la famille s'étoit signalée par l'amour des pauvres en fondant un Hôpital dans la ville du Puy. Dès les premieres années de son mariage , elle s'appliqua à visiter les pauvres malades de la Paroille où elle demeuroit. Elle leur donnoit elle même les bouillons & les remedes, faisoit leurs lits , les instruisoit, les consoloit , les exhortoit à recevoir les Sacremens , & les ensevelissoit après leur mort. Elle ne se contenta pas d'aslister les malades dans leurs maisons ; elle alloir les vilicer dans les Hôpitaux, & y attira plusieurs Dames par ses conseils & par les exemples, faisant pour lors l'essai d'un grand ouvrage qu'elle devoit entreprendre pour le soulagement de tous les pauvres.

Dieu benit son mariage par la naissance d'un fils qu'elle éleva avec un soin particulier, & qu'elle fic pourvoir dans la suite d'une charge de Conseiller en la Cour des Monnoïes. Elle perdit ton mari fur la fin de l'année 1625. & elle commença dès lors à n'avoir point d'autre Epoux que JesusChrist,conformément au vou qu'elle en avoit fait le 4. Mai 1623. lorsque voïant son mari dangereusement malade, elle forma le du sein, si Dieu en dispoioit, de garder la Viduité, selon le conseil de faint Paul', comme effectivement elle l'executa après que la mort le lui eût enlevé, ne songeanc plus pour lors qu'à redoubler ses devotions & ses prieres, & à se fan&tifier de plus en plus par la frequentation des Sacremens , par les cuvres de charité, par les lectures, les meditations, les jeûnes & les austerités.

L'Evêque du Bellay Jean-Pierre Camus, sous la direction duquel elle s'étoit mise, la vosant dans le dessein de s'appliquer uniquement aux quvres de piecé , & ne pouvant toûjours être présent pour la conduire à l'état de perfection cù elle souhaitoit arriver , ne crut pas la pouvoir confier à un meilleur Directeur, qu'à Monsieur Vincent de Paul, qui commençoit pour lors fa Congregation dans le Colege des Bons- Enfans; ce qui obligea Mademoiselle le Gras, de venir demeurer en 1626. dans la Paroille de saint Nicolas du Chardonet proche de ce College, dont le voisi

nage

nage lui donnant occasion d'être informée des actions decet SOEURS DE homme Apostolique , qui s'occupoit incessamment dans "A CHA:

xita'. tous .es exercices de la charité, elle le lentic plus animée que jamais de consacrer la vie au 1ervice des pauvres. Elle communiqua son deffein à ce sage Directeur, qui ne jugeant pas propos de seconder pour lors ses defies , & vous lant connoître là c'étoit l’Esprit de Dieu qui agitoit en elle, en differa l'accomplissement jusqu'en 1629. qu'il lenvoïa visiter les Confrairies de Charité qu'il avoit éiablies dans piulieurs vil ages pour le secours des pauvres malades. Elle reçuc les ordres de Monsieur de Paul avec beaucoup de joïe & de loûmission , & elle lui rendit une obéissance li parfaite , que depuis-elle n'entreprit rien que par ses avis & par son ordre , le regardant comme le Ministre & l'Interprete des volontés de Dieu.

Le premier voïage qu'elle fit pour ce sujet fut à Montmirail, dans le Diocese de Soissons. Avant que de faire ces voïages , elle prenoit une instruction par écrit de la main de ce saint Fondateur touchant ce qu'elle avoit à faire. Le jour de fon départ elle communioit pour recevoir de Jesus-Christ une communicacion plus, abondante de la charité , & un ga- ' ge plus affûré de la protection & de la conduite. Elle étoit ordinairement accompagnée dans ces voïages , de quelques Dames de pieté; & elle les faisoit dans des voitures penibles, souffrant beaucoup d'incommodités , vivant & couchant fort pauvrement, afin que se conformant à la misere des pau. vres, elle pût les encourager à fouffrir patiemment leurs peines. Elle procura de pareils établissemens à Paris. Le premier fut à fà Paroisse de saint Nicolas du Chardonet l'an 1630. L'année suivante il y en eut dans celles de saint Benoît & de saint Sulpice, les autres suivirent leur exemple, & ces établissemens le répandirent ausli par ses soins à la campagne.

Ces Confrairies n'aïant été établies jusqu'alors que dans des villages ou au plus dans des petites villes , les femmes qui s'y engageoient, allistoient elles-mêmes les malades, fais foient leurs lits , & leurs preparoient les nourritures & les remedes necessaires ; mais après que l'établissement en fut fait à Paris , il s'y introduisit quelque changement dans le service des malades. Car comme il y entra un grand nombre de Dames de la premiere qualité, qui ne pouvoient par elles.

Lone VIII.

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RIT.

SOF URS DE mêmes rendre aux malades les services neceffaires , il fut LACHA résolu qu'il falloit établir des Servantes des pauvres qui fuss

fent emploïées à ce Ministere sous la conduite des Dames. Cela fut executé par les soins de M. de Paul , qui aïant proposé ce dessein à des filles dans la campagne , il s'en trouva plusieurs qui s'offrirent de se consacrer toute leur vie à cet emploi. Ces filles quoique dépendantes des Dames de la Pa. roille , n'avoient aucune liaison ni aucune correspondance entr'elles : ce qui faisoit qu'elles ne pouvoient être bien instruites pour le service des pauvres, ni pour leurs exercices de pieté ; en sorte que lorsqu'il en falloit changer quelquesunes ou en donner pour de nouveaux établissemens, on n'en trouvoit pas aisément qui fussent toutes dressées. C'est pourquoi M. Vincent de Paul crut qu'il étoit necessaire d'unir ces filles en Communauté sous la conduite d'une Superieure, afin qu'elles fussent dressées aux exercices de charité & qu'il y en eût toûjours pour en fournir au besoin : & ne trouvant personne qui fût plus digne de cet Emploi que Mademoiselle le Gras dans laquelle il avoit reconnu depuis tant d'années une prudence consommée & une piecé exemplaire, il lui mit entre les mains quelques filles pour les loger en la Maison & pour les faire vivre en Communauté. Elle demeu. roit pour Tors proche saint Nicolas du Chardonnet , où elle commença cette petite Communauté le 21. Novembre de

A près que Mademoiselle le Gras, se fut chargée de la conduite de ces filles , elle eut tant d'amour pour cette vocation que l'année suivante le jour de l’Annonciation de la sainte Vierge, elle s'y engagea par un væu qu'elle fit pour cet effet , renouvellant en même tems celui de viduité qu'elle avoit fait dès l'an 1623. Ce fut pour lors que cette sainte femme se voïant engagée plus étroitement avec Jesus-Christ qu'elle venoit de prendre par ces væux pour lon partage & son héritage , rappella toute sa ferveur & ne chercha plus qu'à s'unir à lui par toutes sortes de bonnes æuvres ; mais particulierement par la sainte Communion qu'elle lui offroit très souvent, tant pour le remercier de la grace qu'il lui avoit faite de l'appeller à cet état, que pour attirer sa benediction sur ce que son amour pour la divine Majesté lui faisoit entreprendre pour le soulagement des pauvres. De si faintes

l'an 1633.

RITE

dispositions foûtenuës d'une parfaite confiance en la Provi- SOEURS ĐI
dence , ne pouvoient pas manquer de lui meriter un heu-4 CHA-
reux succès. Ausli Dieu qui se plaîc à faire sentir les effets
de fa bonté à ceux qui ont le cæur droit & qui se laissent
conduire par les dispositions adorables de la volonté, fit bien-
tôt paroître combien elles lui étoient agréables, en lui pro-- ·
curant les fonds necessaires pour solltenir les dépenses con-
venables tant à la Communauté qu'aux æuvres de miseri-
corde à l'égard des pauvres malades , & cela par l'érection
d'une Compagnie de Dames de Paris, dont la qualité & les:
richesfes étoient plus que suffisantes pour pourvoir non seu-
lement aux pauvres de la ville ; mais encore à ceux des Pro-
vinces les plus éloignées aulquels elles firent lentir dans la
fuite les effets de leur charité.

Le premier deffein que cette Assemblée de Dames se pro-
posa , 'étoit de donner quelque soulagement aux malades de
I'Hôtel-Dieu. Mademoiselle le Gras & quelques autres aïants
reconnu dans les visites de ces pauvres, qu'il leur manquoic
beaucoup de douceurs que l'Hôpital ne leur pouvoit four-
nir , en communiquerent avec Mi de Paul qui leur conseilla
de faire des Assemblées pour chercher les moïens de pour-
voir à ces besoins. La premiere se fit l'an 1634. chez Mada-
me la Préfidente Goullaut , où se trouverent Mesdames de
Ville-Savin & de Bailleulavec Mademoiselle Polaillon Fon-
datrice des Filles de la Providence. La seconde fut plus gran-
de que la premiere. Madame la Chanceliere l'honora de la
presence avec Madame Fouquet. Elles y résolurent que l'on
donneroit tous les jours aux malades de cet Hôpital des con-
fitures , de la gelée , & autres douceurs par maniere de col-
lation, qui leur feroient presentées par les Dames chacune à
leur tour, accompagnant de quelque consolation spirituelle
cette action de charité ; & pour rendre l'Affemblée plus
reglée, on y établit trois Officieres', une Superieure , une
Allistante & une Trésoriere. Cela resta ainsi jusqu'à ce que
M. de Faul aïant remarqué par experience qu'il étoit difficile
que les mêmes perlonnes pullent s'occuper aux auvres de
misericorde spirituelle & corporelle, jugea qu'il falloir choi-
fir tous les trois mois quatorze Dames entre celles qui-
feroient les plus capables d'exhorter & d'instruire, lesquelles
vifiteroient les pauvres deux à deux chacune leur jour par

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SOEURS DE

RITI.

semaine,& leur parleroient des choses necessaires à leur salut LA Çha d'une maniere touchante & familiere. Tous ces exercices

de piecé le faisoient avec d'autant plus de ferveur que toutes ces Dames étoient animées par l'exemple de Mademoiselle le Gras qui s'y appliquoit avec tant d'ardeur que M. de Paul fut obligé de moderer son zele.

Mais pour bien executer certe æuvre de charité, il falloit. avoir des Servantes qui prissent le soin d'acheter & de pré- • parer toutes les choses necessaires, & qui aidassent les Dames dans leurs visites & dans la distribution des collations. Mademoiselle le Gras qui commençoit d'en élever pour les dévoüer à toutes les occasions où il s'agiroit de l'interêt des pauvres , en donna quelques-unes à la priere des Dames , qui les logerent près de l'Hôtel-Dieu. Dès la premiere année de l'Insticution de cette Assemblée , elle fit tant de fruit dans l'Hôpital par les visites & les instructions de ces Dames i qu’outre un grand nombre de Catholiques qu'elles disposerent à une bonne mort , ou à un changement de vie dans ceux ausquels Dieu renvoïoit la santé, elles eurent la consolation de convertir plus de sept cens Herériques & quelques Infideles qui embrasserent nôtre sainte foi , dont ils reconnurent la verité dans les productions d'une charité si ardente & si étenduë : Paris n'étant pas assez grand pour la contenir, elles se chargerent dans la suite non seulement de toutes les Provinces du Roïaume , mais encore de l'entretien de quelques Missions dans les païs des Infideles qui se sont relsentis de leurs bienfaits.

Pendant que cette Assemblée Genérale de Dames de tous les differents quartiers de Paris s'appliquoit à ces æuvres de piecé dans l'Hôtel-Dieu , il se formoit dans les Faroilles de la même ville des Confrairies particulieres de charité pour assister les pauvres & les Artisans malades dans leurs maisons. M. de Paul vosant le progrès qu'elles faisoient, y mit la derniere perfection , secondé du zele de Mademoiselle le Gras. Elles étoient composées des Dames des Paroisses, & gouvernées sous la conduite des Pasteurs , par trois Officieres choisies d'entr'elles , qui étoient une Superieure qui recevoit les malades , une Trésoriere qui avoit les aumônes en dépôt,& une Garde-meuble qui avoit soin du linge & des autres meubles necessaires. Mais la plus grande partie des

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