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MARONI.-
TES.

,

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Moines nobles de leur Nation : ainsi elles ne manquent de rien, leurs

parensleur fournissant abondamment leurs besoins.Elles s'occupent néanmoins au travail des mains , employant le profit qu'elles en retirent à l'ornement de leur Eglise;& elles ont les mêmes jeunes & les mêmes observances des Religieux:

Monsieur Simon, Auteur du Dictionaire de la Bible , impriSimon Dic-mé pour la seconde fois à Lyon en 1703. dit : qu'on fait passer Bibl. Tome pour une chose.furprenante & tout-à-fait admirable, que 1.pag.312. depuis peu de tems il se soit établi un Couvent de filles aus au morca- Mont-Liban;ce qui ne s'étoit jamais vû en Orient. Il ajoute:

que

la Fondatrice ou Institutrice de ce nouveau Monastere , étoit une pauvre fille qui s'occupoit à l'éducation de la jeu. nesse de son sexe , leur apprenoit à lire , à écrire & toutes les » autres choses qu'elles sont obligées de sçavoir.Elle fut, dit-il, » inspirée de Dieu d'assembler les plus grandes,& celles qui se. » roient les plus propres à la seconder dans sa sainte entrepri

se;elle n'eut pas beaucoup de peine à les faire entrer dans sapensée ; & quoiqu'elles n'euffent jamais oui parler de com»munauté , elles en composerent une d'environ trente filles

qui sont non seulement l'édification des Chrétiens de ce

pays-là, mais encore des Sarasins. Leur pauvreté est extré » me;

leurs cellules qui ne sont que de chaumes, sont bâties » autour de leur Chapelle;& quoiqu'elles n'ayene rien que le mtravail de leurs inains,ellestiennent pourtant leur autel très »proprement orné,& on ne peut rien voir de plus decent que leur Chapelle.Elles éprouvent la vocation de celles qui veu

lent entrer dans leur Compagnie , par un noviciat de trois. vans:elles employent la nuit à la priere & à chanter les louan»ges de Dieu,& lejour à travailler des mains pour faire valoir » le peu de bien qu'elles possedent aux environs de leur Mo

nastere. Une autre fille, à l'imitation de cette premiere,a en» trepris le même dessein à un autre quartier du Mont-Liban;»& d'autres filles se sont retirées dans des Ermitages,où elles. » prétendent passer le reste de leurs jours dans la penitence.

Cet Auteur paroît peu informé de ce qui regarde l'histoire. Monastique d'Orient, puisqu'il dit : que l'on fait passer pour une chose adıirable , & tout-à-fait surprenante, que depuis peu de tems il se soit établi au Mont-Liban un Monastere de. filles , ce qui ne s'étoit jamais vû en Orient , à ce qu'il pretend. Les sçavans ne deineureront pas fans doute . d'ac.

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Thomassin Senila

Patriarche des Maronites.

93 MOINTS

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PREMIERE PARTIE , Chap. IV. cord avec lui , que ce n'est que depuis peu que l'on voit des MARONI. Communautés de filles en Orient ; puisque l'Histoire Eccle- TES. fiastique nous fournit une infinité d'exemples du contraire , & qu'il y a encore plusieurs Monasteres de filles , tant Grecques qu'Armeniennes ,Nestoriennes,& Melchites,en Oriene, qui sont sous la dominacion des Turcs , comme nous dirons dans la suite. M. Simon a encore été malinformé de la Regle que suivent les Maronites, lorsqu'il dit qu'ils sont de l'Ordre de saint Basile ; car il est certain qu'ils se disent de l'Ordre de faint Antoine.

Les Religieux & les Religieuses qui y demeurent , dependent entierement du Patriarche qui est aussi Religieux, & qui fait sa demeure au Monastere de Canobin situé dans un affreux Desert, dans lequel il y a environ vingt-cinq ou trente Religieux. Son revena peut monter à vingt mille livres pár an, & consiste en vin , froment , huile , foye & bétail ; il paye environ mille livres au Bacha de Tripoli, & a sous lui six ou fepe Evêques , avec un Abbé mitré , qui demeure au Mo. nastere de Mar-Antonois.Il prend le titre de patriarche d'Antioche, que plusieurs Papes lui ont accordé, & elt vêtu d'une longue veste ou soutane de bleu turquin. Il porte un gros turban de toile de même couleur, ausfi bien que les Evêques; mais quand ceg Prelats vont à l'église ou ailleurs ils ont sur la sourane une robe noire sans collet, avec un capuce de mê. me couleur , comme on peut voir dans la figure du Patriarche que nous avons fait graver. M. Richard Simon ('autre que celui dont nous avons parlé ) faisant mention de l'élection de ce Patriarche , dit: que le peuple y a beaucoup de part, car elle depend du Corps de leur Republique qui doit reconnoître celui qui a été élu ; mais que comme les Ecclesiasti. ques tiennent le premier rang dans l'écat, ausfi contribuent, ils le plus à l’éle&tion. Douze des principaux Prêtres s'assemblent dans le Monastere de Canobin , où ils procedent à l'élection du Patriarche par la voie du scrutin ;

& quand ils sont tous d'accord, la Republique qui est assemblée , c'està-dire , les Ecclesiastiques & le Peuple , donnent leur con.

* Tous les Voyageurs donnent à ce Monastere le nom de Canobin parce qu'ils l’entendent ainsi nommer;mais il y a de l'apparence que les Maronites , ne le nomment ainsi que par excellence , comme étant le principal Monastere & le plus conliderable du Mont-Liban; car Canobin en Arabe, veut dire Monaftere ou Couvent. Ceft ce qui a été remarqué par M. l'Abbé Renaudot, .

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94 HISTOIRE DES QRDRES RELIGIEUX, MOINES

sentement à cette élection. Comme il est néanmoins difficile -MARONIO TES, que coutes les voix concourent ensemble dans le scrutin , il

y a une seconde maniere de proceder., qui est une espece de compromis ; c'est-à-dire que de ces douze prêtres , l'on en choisię trois au sort: & ces trois font le Patriarche , qui est même élu à deux voix : ensuite le peuple confirme cette élection par son consentement, le Patriarche reçoit du Pape les bulles de confirmacion.

Dans ce Monastere de Canobin, aussi-bien que dans celui de S. Antoine,& dans un autre,qui est au Desert de S. Elisée, demeure ordinairement un évêque , il y a des cloches ; mais dans les autres couvents, & même dans les paroisses, ils n'ont pour appeller le peuple qu'une planche de bois lựlpendue avec des cordes à quelques arbres, contre laquelleils frappent avec des massues de bois.

Ce fut sur le Mont-Liban que M. Galaup de Chasteuil, gentilhomme de Provence, le retira vers l'an 1631. pour y mener une vie solitaire & penitente. Les Turcs troublerent souvent le repos de la solitude durant les guerres contre l'émir Fecke - Edin, mais son merite faisoit iinprelion sur l'esprit même des Barbares. Il étoit si connu des Maronices,& ils en faisoient une si grande estime , qu'après la mort de leur Patriarche Georges Amira , ils le prierent d'accepter cette dignité: il refusa cet honneur , & se retira ensuite à Mar-Elicha, dans un Monastere de Carmes Déchaussés, où il redoubla ses austerités, qui lui causerent une maladie dont il mourut le is. Mai de l'an 1644. Il avoit composé dans la solitude quelques ouvrages sur la Bible qui resterent avec ses autres livres aux Garmes Déchaussés. Sa vie a été donnée au public en 1666.

Franc. Quaresm. Elucidat. Terr. Sanet. Daviti , Defcrip. de l' Afie & de l'Afrique. Le Fevre, Theatre de la Turquie. La Croix, Turquie Chrétienne. Eugene Roger, Voyage de Terresainte. Maimbourg, Schisme des Grecs. Jerôm. Dandini, Voyage au Mont-Liban,avec les remarques de M. Richard Simon.& Philipp, Bonanni, Catalog. Ord. Religios. part. 1.

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