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mais il passa pardessus avec le même mépris, & redoublant la Vis di S.
marche il arriva enfin à la montagne, où il trouva un vieux ANTOINE,
château abandonné des hommes, dans lequel plasieurs ani-
maux faisoient leur demeure , qui s'enfuirent aussi côc que le
Saint y fut entré, dans la resolution d'y demeurer. Il en fer-
ma la porte , ayant fait la provision de pain pour six mois. Ses
amis qui le venoient visiter,& qui étoient contraints de passer
souvent les jours & les nuits au dehors à cause qu'il ve le lais-
soit voir à personne, lui en jettoient pardessus le toit deux
fois l'année; & il demeura ainsi vingt ans dans cette retraite.

Plusieurs personnes qui vouloient suivre ses exemples & se joindre à lui, & ses ainis même,ayant voulu rompre la porte, il en sortit pour devenir le pere d'une infinité de Solitaires qui peuplerent l’Egypte. Les uns demeurerent auprès de lui à l'orient du Nil en un lieu nommé Pisper ; les autres à l'occident vers la ville d’Arsinoé; & ce fut pour lors, c'est-à-dire, vers l'an 305. que plusieurs embrassant la vie Monastique par les frequentes exhortations de notre Saint , il se fic

plusieurs Monasteres, qu'il gouvernoit tous comme leur pere. Ces saints Solitaires s'occupoient continuellement au chane , à l'érude, au jeûne, à la priere & au travail, pour pouvoir donner l'aumône ; conservant entr'eux une grande charité & une grande union. Saint Antoine leur faisoit des discours de tems en tems , pour les exciter à vivre dans leur profession avec toute la ferveur qu'ils devoient ; & ces disciples instruits par un si sçavant maître, devinrent comme des Anges sur la terre.

Environ l’an 311. la persecution étant allumée contre les Chrétiens par la fureur du tyran Maximin; Antoine qui brûloir du desir du martyre , quitta son desert, où les autres se retiroient pour l'éviter , & vint à Alexandrie. Il ne voulut pas néanmoins se livrer lui-même ; mais il servoit les confesleurs dans les mines & dans les prisons, il encourageoit devant les Tribunaux ceux qu'on y faisoit venir ; & les accompagnoit jusques au supplice. Le Juge voyant fa fermeté & celle de ses

compagnons, défendit à aucun Moine de paroître dans les jugemens,& de sejourner dans la ville. Antoine méprisant cette ordonnance, se mit le lendemain dans un lieu élevé, & avoit exprès lavé son manteau qui étoit blanc, afin qu'on le vît plûtôt : mais Dieu qui le reservoir pour l'instruction des Solitaires ne permit pas qu'il souffrît le martyre.

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VIE DE S.

La persecution étant cessée , il retourna à son Monastere ANTOINE. où il demeura quelque tems enfermé, sans vouloir ouvrir à

ceux qui le venoient importuner pour être guéris de leurs maux; mais ils ne laissoient pas d'être délivrés,en se tenant allis hors du Monastere, & priant avec foi. Enfin voulant fuir la vanité & conserver la retraite,il resolut d'aller dans la haute Thebaïde ou il étoit inconnu. Comme il ne sçavoit pas

le chemin,il se joignit à des Sarasıns qui alloient de ce côté-là ; & ayant marché avec eux trois jours & trois nuits , il arriva à une 'inontagne très-haute , où il y avoit une fontaine & quelques palmiers. Ce lieu lui plut, & il y resta, ayant pris du pain de ces Sarasins qui l'avoient conduit , & qui y repassoient exprès pour lui en donner. Cette montagne est à une journée de la Mer-rouge, & on la nomme presentement Colzim , ou Mont-Saint-Antoine. Il fut neanmoins encore obligé de quitter cette solitude pour retourner une seconde fois à Alexan. drie , afin d'assister l'Eglise dans la guerre que lui avoient des clarée les Ariens; & dans le temns que ces Heretiques déchiroient la reputation de saint Athanafe, il demeura toûjours ami & attaché à ce saint Prelat.

Nous avons suffisamment parlé dans le Chapitre precedent de la visite qu'il rendit à S. Paul Ermite ; & pour ne nous pas éloigner du dessein que nous avons de faire seulement un abregé de sa vie, aussi bien que de celles des autres fondateurs d'Ordres; nous passons sous filence les guérisons miraculeuses qu'il a faites, les disputes avec plusieurs Philosophes qu'il confondit, la lettre que l'Empereur Constantin lui écrivit,& la réponse qu'il y fit en faveur de saint Athanase.

Il rendit visite aux Moines qui étoient dans la montagne exterieure, selon sa coûtume;& dit à deux de ses disciples qui étoient auprès de lui, sçavoir Macaire & Amatas, qui le fervoient depuis 15. ans à cause de sa vieillesse, qu'il alloit mourir ; mais qu'il leur recommandoit de ne pas permettre que son corps fìt porté en Egypte, de peur qu'on ne le gardât dans les maisons, comme c'écoit la coûtume des Egyptiens, qui croyoient ainsi honorer leurs morts. Partagez, leur dit-il, mes habits. Donnez à l'évêque Athanase, une de mes peaux de brebis , avec le manteau sur lequel je couche, qu'il m'a donné tout neuf, & que j'ai usé. Donnez à l'évêque Serapion l'autre peau de brebis ; & gardez pour vous mon cilice. Le

De Tillem.

Martyrologe des Copres ajoûte , qu'il laissa son bâton à saint Vitors. Macaire , appareminent l’Egyptien qui avoir été son disciple. AntoiNE. Après avoir ainsi parlé, il les embrassa ; & s'étant couché, il demeura quelque temsen cet état avec un visage gai,comme s'il eût vû les ainis le venir voir , & mourut ainsi le 17. Janvier de l’an 356. érant âgé de cent cinq ans.

Il paroît par cecce distribution que saint Antoine fit de ses habits à ceux qui lui étoient les plus chers ; qu'il avoit reçu deux manteaux de saint Athanale, l'un dont il avoit enveloppé le corps de S. Paul Ermite lorsque quinze ans auparavant ou environ, il lui avoit donné la sepulture ; & l'autre depuis ce tems, qui étoit tout usé, & sur lequel il se couchoir ; mais celui dont il se servoit ordinairement étoit une peau de brebis, qu'il metroit pardessus sa tunique que l'on nommoic ordinairement Cilice;& qui étoit faire de poil de chevre. Il avoit Adem: pour deux de ces manteaux de peaux de brebis, qu'on appelloit het. Eect: mellotes ; puisqu'il en donna un à saint Athanale, &l'autre à Tom.7. progle S. Serapion; l'on prétend aussi qu'il avoit un capuce fait com- "13 me un cafque. On a donné plusieurs significations au mot d’E. pendytes dont il est parié dans la vie de ce Saint: Lavit Ependytem suum. Les uns ont prétendu que cela devoic s'entendre d'un habillement qu'on metroit pardessus les autres. Il y en a qui veulent que ce soit un scapulaire, d'autres un camail, d'autres un manteau, d'autres enfin une espece de surplis , ou d'aumuce. M. d'Andilli a neanmoins donné le nom de robe à ce mot d'Ependytes dans la vie de faint Antoine. M. l'Abbé Fleuri. Fleuri dit : que lorsqu'il alla à Alexandrie dans le dessein d'y hifi. Eccl. souffrir le martyre,bien loin de se cacher comme les autres fai. soient, il le mir en un lieu élevé, ayant exprès lavé fon habic Bolland. de dessus qui étoit blanc,afin qu'il parût davantage. Mais Bollandus prétend que dans la vie de ce S. Ependytes est pris pour 119. melottes & ces melotres n'étant autre chose que desmanteaux faits de peaux de brebis ; c'étoient des manteaux faits de peaux de brebis blanches avec le poil, dont se servoit S. Antoii ne. Quant à ceux que Athanase lui avoit donnés, ils devoiene être bien plus longs;puisque l'un avoit servià ensevelir le corps de S. Paul Ermite,& que l'autre servoit de lit à saint Antoine.

Il est resté quelques ouvrages de ce Saint qui furent traduits en grec,&du grec en latin. Entre ces ouvrages; il y quelques lettres dont on n'avoit connoissance que de sepe

Tom. 2. pag

67 6.

A.SS. 1.75 janu. Pag

a

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l'Orient.

P11 di s. avant qu'Abraham Echellensis en eût publié vingt, qu'il a
ANTOINE. traduites de l'arabe en latin , & qui furent imprimées à Paris

en 1641. Il y a ausfi une regle sous le nom de faint Antoine
adressée aux Moines de Nacalon qui la lui avoient demandée.
Mais quoique M. de Tillemont dise qu'elle a sans doute été
suivie par les Moines d'Orient qui prennent encore aujour-
d'hui le titre de Moines de saint Antoine,comme font ceux du
munt Liban ; il est neanmoins certain que les Maronites qui
demeurent au mont Liban ne suivent point cette regle , non
plus que quelques Armeniens,les Jacobites,les Coptes & les
Abyssins, quoiqu'ils se qualifient tous Moines de l'Ordre de S.
Antoine , ils ne gardent même aucune regle particuliere ,
n'ayant que quelques observances tirées des Ascetiques de S,

Basle qui sont communes pour les Monasteres de chaque fe&te. Bulteau. L'on ne parloit point encore d'Ordre de S. Antoine au conbit Monat

mencement du septiéme siecle. Ce Saint ni ses disciples n'apage 849. voient pas formé d'Ordre particulier. Ils étoient censés ce

qu'on appelloit en general l'Ordre Monastique ; mais dans la suite des tems la regle de saint Basile s'étant fort étendue parmi les Grecs, & ceux qui en faisoient profession s'éranc alors distingués des autres Religieux, en se qualifiant Moines de l'Ordre de saint Basile ; plusieurs autres Solitaires de diverses Nations, qui avoient toûjours conservé beaucoup de veneration pour saint Antoine qu'ils reconnoissoient pour leur pere & leur patriarche, se distinguerent aussi , en prenant la qualité de Moines de l'Ordre de S. Antoine;quoique leurs observances eussent pour fondement les Alcetiques de S. Basile qu'ils avoient reçues aussi bien que les Grecs. C'eft pourquoi

Ñ. l'Abbé Renaudot, si celebre parmi les sçavans, pour la Leppermite grande connoissance qu'il a de l'Histoire & des Langues Tom.s.Ch. Orientales, principalenient pour ce qui regarde la Religion 6.p. 297. des Orientaux , fait observer : qu'on ne doit point mettre de

distinction entre les Religieux de saint Antoine, & de faint Basile , ou de quelques autres Ordres ; puisque tous pratiquent la même Regle , & qu'ils ont les mêmes abftinences & les mêmes exercices fpirituels : que les Regles de saint Bafile, comprises dans ses Ascetiques ayant été reçûes par tous les Religieux d'Orient, il y a en cela une entiere conformité entre les Grecs , les Armeniens, les Egyptiens, les Echiopiens, & toutes les Nations ; sans que la difference des lectes

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