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PREMIÈR

lui faire connoître ; & brûlant d'ardeur d'aller voir ce faint VIIDES.

PAUL homme; il marcha appuïé sur son bâcon, sans sçavoir où il alloit ; mais se confiant sur ce que Dieu lui feroit voir son ser- ERMITI. viteur, il endura avec joie une fatigue extrême pendant trois jours , au bout desquels il découvrir enfin la caverne où saint Paul s'étoit retiré il y avoit quatre-vingt-dix ans. Saint An: toine ne vit rien d'abord; à cause que l'entrée étoit obscure. Il avançoit doucement , s'arrêtoit de tems en tems pour écouter, marchoit legerement ; & aïant apperçu de loin quelque lumiere, il se hâta, & choqua des pieds contre une pierre. S. Paul entendant du bruit, ferma la porte qui étoit ouverte. S: Antoine se prosternant devant, y demeura assés long-tems, le priain d'ouvrir en lui disant: Vous sçavez qui je suis , d'où je viens, le sujet qui m'amene; je sçai' que je ne merite pas de vous voir ; toutefois je ne in'en irai point sans vous avoir vû, je mourrai plâcôt à votre porte-, & vous enterrerez mon corps. Ce n'est point en menaçant que l'on demande, répondit Paul; vous étonnez-vous que jene vous reçoive pas , puisque vous n'êces venu que pour mourir ?

Alors il lui ouvrit la porte en fouriant,&en's'embrasfánt ils fe faluerent par leurs noms, fans jamais avoir oui parler l'un de l'autre. Après avoir rendu ensemble graces à Dieu, & s'être donné le baiser de paix, Paul demanda des nouvelles du genre humain : si l'on bâtissoit encore des maisons dans les villes : quel prince commandoit pour lors dans le monde : en quel étac étoient les affaires de l'Eglise: & fi les Tyrans la laissoient " en paix. Ce fut pendant cet entretien qu'un corbeau, qui de. puis plus de soixante ans apportoit tous les jours à saint Paul la moitié d'un pain , en apporta un entier ce jour-là, pour le dîner de ces saints Solitaires. Il y eut une dispute entr'eux qui pensa durer jusques au soir , pour sçavoir qui romproic ce pain. Paul alleguoit l'hospitalité, Antoine l'âge. Enfin ils convinrent

que

chacun le tireroit de son côté, après avoir bâ un peu d'eau de la fontaine , ils passerent la nuit en prieres.

Le jour érant venu, comme faint Paul 'n'ignoroit pas que Pheure de la mort étoit proche, il dic à saint Antoine , qu'il y avoit long-tems qu'il sçavoit qu'il demeuroit en ce païs, que Dieu lui avoit promis qu'il le verroit ; mais parce que l'heure de la mort étoit arrivée, il l'avoit envoïé pour enterrer son

PREMIER
ERMITE.

Vilds s. corps. Saint Antoine fut frappé d'une douleur profonde vorant PAUL qu'il étoit sur le point de perdre un si grand tresor au mo

ment qu'il le découvroit.Il le prioit de ne le point abandonner & de l'emmener avec lui ; & comme il paroissoit qu'il étoit resolu de ne le point quitter , au moins jusques à sa mort, fainc Paul pour lui épargner la douleur qu'il en ressentoit, le pria de Jui aller querir le manteau que lui avoit donné faint Achanase , afin d'envelopper son corps , & qu'il ne fût pas enterré nud.

Saint Antoine étonné de ce qu'il lui avoit dit de ce manteau , crut voir Jesus-Christ present en lui, & n'osa rien repliquer ; & n'écoutant point les dentimens de tendresse qui lui faisoient souffrir avec peine la separation qu'il lui ordonnoit , il courut à son Monastere avec tant de promtitude, que ce fut un autre miracle qu'il pût faire tant de diligence à cause de la vieillesse, & de son corps épuisé de jeûnes. Deux de ses disciples qui le servoient, allerent avec joie au devant de lui pour le recevoir , & lui demanderent où il avoit demeuré li long-tems. Mais ce saint tout occupé de ce qu'il avoit vû, & ne songeant qu'à retourner promptement, dit seulement ces paroles : Ah malheureux pecheur que je suis, je porte bien à faux le nom de Moine ! J'ai vû Elie , j'ai vû Jean dans le desert, j'ai vû Paul dans le paradis. Il ne s'expliqua pas davantage, & frappant plusieurs fois fa poitrine , il pric le manteau & s'en alla. Ses disciples le prierent de leur dire plus clairement ce qu'il avoit vû ; mais il leur dit, il y a tems de parler , & tems de se taire.

Il sortit fans prendre aucune nourriture ; & comme il étoit en chemin pour retourner vers Paul, il vit son ame coute éclatante de lumiere , monter dans le Ciel au milieu des Anges, des Prophetes , & des Apôtres. Il se prosterna par terre,jetra du sable sur sa tête , & dit en pleurant: Paul, pourquoi me quittez-vous? je ne vous ai pas dit adieu ; failloit-il vous connoître si card, pour vous perdre fi-tôt? Il sembla voler pen. dant le reste du chemin ; & quand il fut arrivé à la caverne, vit le corps du Saint à genoux, la têre élevée, & les mains étendues vers le Ciel. Il cruc d'abord qu'il étoit vivant, & qu'il prioit, il se mit aussi à prier ; mais ne l'entendant point soupirer à son ordinaire, il ne douta plus qu'il ne fût mort. Ill'embrassa en pleurant, il enveloppa le corps, & l'ensevelic

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il

ensuite en chantant des pseaumes suivant la tradition de V11 DE S. l'Eglise ; & n'aïant point d'instrument pour creuser la terre, PREMIER la Providence divine lui envoïa deux lions qui accoururent du Ermith, fond du desert, & vinrent droit au corps de saint Paul, le Alacant de leurs queues. Ils le coucherent à ses pieds, rugissant comme pour témoigner leur douleur ; & aïant ensuite graté la terre avec leurs ongles, jettant le sable dehors, ils firent une fosse où saint Antoine enterra le corps, & il éleva de la terre dellus , suivant la coutume. Il emporta la tunique que saint Paul s'étoit faite lui-même de feuilles de palmier, entrelacées comme dans les corbeilles. Il retourna à son Monastere avec cecce riche succession, & raconta à ses disciples tout ce qu'il avoit découvert. Il se revêtit toujours depuis de la tunique de faint Paul aux jours solemnels de Pâques & de la Pentecôte. La vie de ce saint Solitaire a été écrite par saint Jerôme. Son corps fut premierement porcé dans la suite à Venise & de là à Bude en Hongrie dans l'église des religieux de l'Ordre qui porte son nom, & dont nous rapporterons l'origine, en parlant de ceux qui suivent la regle de saint Augustin.

L’habit de faint Paul fait de feuilles de palmier, étoit extraordinaire , & elles n'avoient gueres servi qu'à faire des pa. niers, des nates pour secoucher, des sandales, des cordes & des parasols ; mais la neceilité porta le fainc Ermite à se faire une tunique de feuilles de cet arbre, ne pouvant pas trouver d'autre étoffe pour se couvrir ; & il s'est trouvé fort peu de Solitaires qui l'aïentimité dans cette façon de se vêrir.

Aymar Faucon, dans son histoire de l'Ordre de saine An- Hif. Ant. toine de Viennois, dit: qu'entre les reliques que l'on conferve capiz dans l’Abbaïe chef de cet Ordre , il y a un habillement que Janv. page quelques-unsprétendent avoir été celui de saint Paul; & d'au-150. tres celui de saint Antoine : qu'on ne peut pas connoître de quelle matiere il est, mais qu'il paroît avoir été tissu : que le dellus est raze, le dedans comme-velu, qu'il est fermé de tous côtés, n'y aïant qu'une ouverture pour passer la têce : & que les extrémités sont redoublées, de peur que se frotcant contre terre elles ne s'éfilassent. Ilajoûte que le Roi François premier l'aïant vû, crut qu'il étoit de feuilles de palmier , & que plusieurs personnes furent de ce sentiment. Mais je n'ai pas de peine à croire, qu'étant de feuilles de palmier, ce ne Joir l'habillement dont le servoit saint Paul, & qu'il s'étoit

PAUL
PREMIER

nes,

VIS DE S. fait lui-même. C'est ainsi qu'étoient faites les anciennes.cha

subles qui dès les premiers siecles étoient un habillement qui ERMITs. couvroit tout le corps, & étoit communaux Clercs, aux Moi

& aux gens.du monde. On l'appelloit aussi manteau, & la chasuble que porte le diacre en carême, est encore nom. mée manteau dans l’Ordinaire de Besançon, & dans le Cere. monial de l'Eglise de Reims de l'an 1637. La couledes Moines est aussi appellée chasuble en plusieurs endroits, comme dans la regle de saint Macaire, dans la vie de faint Gregoire, & dans celle de saint Fulgence ; ainsi que le remarque DomClau

de de Vert, dans son explication des ceremonies de l'Eglise. Tome 2. Comme les Solitaires étoient presque toujours occupes au page.3.13. travail, hors le tems de la priere ; & que cette sorte de chasuble

qu'il falloit retrousser für les bras, les auroit incommodés ; ils ne s'en servoient pas ordinairement. Mais il y a tout lieu de croire que faint Paul dans la retraite , qui n'étoit occupé qu'à la priere & à la meditation, & qui n'avoit pas besoin de travailler pour sa subsistance , puisque Dieu .y pourvosoit miraculeusement ; s'étoit fait un habillement pareil à ces sortes de chasubles & qui étoit même plus aisé à faire avec des feuilles de palmier qu'il entrelassoit les unes avec les autres, que de faire une tunique à laquelle il y auroit eu des manches ; d'ailleurs ces chasubles pouvoient bien passer pour tuniques, puisqu'elles couvroient tout le.corps ; c’elt pourquoi nous avons fait representer saint Paul avec un pareil habil. lement.

La plâpart des Anachoretes d'Orient étoient vêtus de cili. ces, ou de tuniques faites de poil de chevre. Plusieurs étoient couverts de peaux de brebis, ou de chevres, ou de quelques autres animaux, quelquefois avec la laine ou le poil, d'autres fois sans laine & fans poil ; ainsi le Solitaire faint Jacques de

Nisibe, selon Theodoret, étoit couvert d'une tunique, & Theodoret ďun petit manteau de gros poil de chevre;& il dir que des Juifs Hif. Belia: qui alloient pour quelques affaires dans une ville de Syrie, qu'il ne nomme point,

furent surpris par une pluïe si épaille , & un vent si furieux, qu'ils s'égarerent de leur chemin ; & marchant dans la solitude lans trouver aucun lieu pour se mettre à l'abri, ils se virent comme exposés sur mer à perir par, la .çempête; mais qu'ils arriverent enfin comme dans un port à la caverne de Simeon l'ancien qui faisoit horreurà voir , tant il étoit cras.

ز

PREMIER

;
des peaux toutes déchirées,

see on
dont il couvroit ses épaules, & qui lui servoient de manteau:
que ce Saint les salua fort honnêteinent:& qu'après les avoir ERMITS.
fait reposer,il leur donna deux lions pour les remettre dans
leur chemin. Mais l'habillement du Solitaire Barradat, dont
parle le inême Theodoreț, devoit encore plus épouvanter ibid. 6.27,
ceux qui le voyoient , & leur causer plus de frayeur ; car il
avoit une cunique de peaux qui le couvroit depuis les pieds
jusques à la tête , & n'avoit que deux petites ouvertures vers
le nez & la bouche pour respirer. Il fait encore mention du zbid.e. sas
Solitaire Zenon,qui étant fort riche, & ayant quitté la pro-
fession des armes qu'il avoit embrassée, ie retira dans un se-
pulchre proche la ville d'Antioche, & n'avoit pour tout ha-
billement

que de vieilles peaux. Un autre Solitaire nommé Serapion , dont parle Pallade, n'eut point d'autre habit qu'un Pallad: linceul , ou un grand morceau de toile dont il se couvroit ; Lauf.6.83. ce qui lui fit donner le nom de Sindonite. Enfin il y en avoit qui n'avoient point d'autres habits que ceux que la nature leur avoit donnés, comme celui dont parle Sulpice Severe , Dialog. 1. sur le rapport d'un Religieux François qui revenoit d’Egyp-c. 11 te , & qui l'affûra avoir vû un Solitaire caché dans une caver. ne du mont Sinaï depuis cinquante ans, qui n'étoit couvert que de ses cheveux & des poils de son corps; ce que

ce que confir. me aussi l'Auteur du Pré spirituel, qui fait mention d'un Ana

Joan. chorete, nommé Gregoire , qui avoit passé trente-cinq ans Mosch. tout nud dans les deserts ; & d'un autre , nommé Sophrone

Prat. Spirit. qui demeura dans une caverne auprès de la Mer morte, aussi 159. tout nud, pendant soixante-deux ans, ne se nourrissant que d'herbes.

Voyez pour la vie de faint Paul: Hieronym. Opera. Tom.4. Edit. Benedi&t. pag. 68. Rosveid , Vit. PP. Fleuri, Hift. Eccles. Tom. 2. & 3. Bolland Ait. SS. 15. Jan. Bulteau, Hiff. Monaft. d'Orient, pag. 5o.

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cap. 191.

.

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