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Le Concile de Sarragoce en Espagne tenu l'an 380. qui condamne la conduite des Clercs qui affectoient de porter des habics Monastiques; est une preuve que dans le quatrième fiecle, il y avoit des religieux dans ce royaume. Ce qui est encore confirmé par la lettre qu'Immerius évêque de Tar. Mabin. ragone écrivit au Pape Sirice , où il lui demande son avis, sur media. Tel'ordination des Moines ; ce qui fait croire au pere Mabillon , me 1. lib. i. qu'il y en avoit déja en Espagne, avant que saint Donat y eûc art. 12. passé d'Afrique avec soixante-dix disciples; & qu'il eût'fondéle Monastere de Sirbite.

Saint Augustin archevêque de Cantorberi , ayant été envoyé en Angleterre parle Pape S. Gregoire l'an 596. pour y prêcher la foi , introduisit en même tems dans ce royaume l’érat Monastique dont il faisoit profession, érant religieux de l'Ordre de S. Benoît. Cet état Monastique y fit un sigrand progrès, & y étoit dans une si haute estime, qu’un Protestant de nos jours, dit avec admiration; que dans l'espace de deux cens ans, il y a eu en ce royaume trente rois & reines , qui ont preferé l'habit Monachal à leurs Couronnes , & qui ont fondé de superbes abbayes , où ils ont fini leurs jours dans la retraite & dans la solitude. Il avoue que la vie Monastique y étoit aussi ancienne que le Christianisme & qu'ils y ont fait également de progrès. Il reconnoît que pendant un très long Lems les Monasteres étoient des seminaires de saints & de personnes sçavantes ; & que ces lumieres de la Chrétienté , Bede , Alcuin , Vvillibrod , & plusieurs autres, en sont sortis. Il deplore ce jour fatal où tant de beaux Monafferes furent démolis, dontil ne reste plus que les ruines, qui sont encore des monuments de la pieté de leurs peres

& de leurs ancêtres , & il ne regarde qu'avec horreur la profana, tion des temples qui étoient consacrés à Dieu , & qui song maintenant changés en des écuries , où des chevaux sont at. tachés au même lieu, où l'on offroit autrefois le sacrifice adorable de nos autels. Enfin il regarde comme des extrava&

gens passionnés, ceux qui disent que les Ordres religieux sont fortis du puits de l'abîme , qui est le langage ordinaire de plusieurs Heretiques. Jam dudum ( dit-il) Diem Joann. fatalem obierunt Monafteria nojtra ; nec præter semirutos parictes Marsham, er deploranda rudera , supersunt nobis avitæ pietatis indicia .... Monaftio, Videmus heu!Videmus augustissimą templa ; & stupenda Æterno Anglic, Tome I,

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gants & des

Deo dedicata monumenta ( quibus nihil hodie spoliatius) sub fpetiofo eruendæ superstitionis obtentu, fordidisimo conspurcari vitus perio,extremamque manere internecionem : ad allaria Christi fta. bulati equi , Martyrum effosfæ reliquiæ ; sunt quidam Zelatores adeo religiosè delirantes, ut Religiosos veterum ordines, ex abilli puteo prognatos aiunt:Ita licenter sibi indulget præconcepta pallio. C'est neanmoins un heretique qui parle ; & c'est ce qui doit remplir de confusion les autres hereciques , qui ne peuvent parler de la religion Catholique & de la vie Monastique, qu'en invectivant, & faisant paroître la passion dont ils sont preve. nus:Ita licenter fibi indulget præconcepta pallio.

La profession Monastique fut aussi introduite dans l'Irlande par le ministere de faint Patrice, qui est reconnu pour l'Apôtre de ce royaume ; & elle s'y multiplia si prodigieusement, que cette isle fût appellee l’ille des Saints , à cause dugrand nombre& de l'eminente sainteté des Religieux dont elle fut remplie. Enfin il n'y eut presque point de royaume & de province , qui ne reçût le même avantage ; & l'on peut juger par-là, du grand progrès de l'Ordre Monastique.

M

PARAGRAPHE X. Que les Religieux n'ont rien changé des mæurs des

coûtumes des anciens. ONSIEUR l’Abbé Fleuri fait une excellente apolo

Fleuri Maurs des Chrétiens

gie de la vie Monastique, lorsqu'il dit ; qu'elle est une pag. 320. preuve sensible de la providence de Dieu , & du foin qu'il

a eu de conserver dans son église jusques à la fin des liecles, non seulement la purere de la doctrine , mais encore la pratique des vertus ; & que si l'on considere la vie des premiers Chrétiens ; & qu'on la compare , avec les usages presents des Monasteres bien reglés , on verra qu'il y a peu de diffe

En effet si l'on considere le zele des premiers Chréciens, leur detachement

pour

toutes les choses de la terre, leur application à la priere , soit en commun ouen particulier, qu'ils se relevoient même la nuit à cet effet , que le silence leur étoit recommandé , qu'ils étoient unis ensemble , qu'ils exer

rence.

S. sint

apud. Ror

çoient charicablement l'hospitalité envers leurs freres , que les noins de peres & de freres leur étoient donnés selon l'age & la dignité; on trouvera que c'est aujourd'hui la pratique des Monasteres.

Les Religieux n'ont point pareillement introduit de nou. veauté , & n'ont point cherche de singularité dans leurs babits. Les Fondateurs d'Ordres qui ont d'abord habité les dé. Athan Dis. ferts & les solitudes , n'ont donné à leurs Religieux que les habics cominuns aux paysans: car si nous remontons au tems veid pag. de faint Antoine;faint Athanase parlant des habits de ce pere 59.6 Hice des Cænobites , dit qu'i's consistoient dans un Cilice , deux pag. 7s. peaux de brebis & un manteau. Saint Jerome dit : que saint Hilarion n'avoit qu’un Cilice , une faye de paysao , & un manteau de peaux. Il en est de même de ceux qui les ont suivis jusqu'au tems de saint Benoît , qui reçur des mains de saint Romain un habit de peaux, dont il se revêrit dans le desert de Greg. lib. Sublac. Il paroît même qu'il donna un pareil habit aux cap. 17 disciples qu'il aisembla dans ce defert, avant que d'avoir écric la Regle; puisque faint Placide , après avoir été retiré de l'eau par saint Maur , dit qu'il avoit vân deffus sa tête la pelisse de l'Abbé ; ce qui marque , dit le pere Delle, que S. Delle AnPlacide prenoit saint Maur pour S. Benoît ; parce qu'il étoit tiq.monal vêcu comine lui. Ainfiil y a bien de l'apparence que les peaux ch.p. 4. de brebis etoient déja , tant en Orient qu'en Occident, l'ha bit commun des Bergers & des paysans, qui demeuroient dans les montagnes ; comme il est encore en usage parmi ces forces de gens en Italie, qui appellent pelifles ces fortes d'ha. billements,

Mais quand ces saints Fondateurs eurent écrit des Regles; prevoyant

bien leurs Religieux. ne demeureroient pas toujours dans les deserts, & qu'ils viendroient demeurer dans les villes ; ils leur prescrivirent des habillements qui étoient communs aux petites gens & aux pauvres, tels que la Cucule dont il est parlé dans les Regles de saint Antoine & de faint Benoît , qui étoit une espece de capoe ou de chappe , qui étant coininude pour

le froid , est devenu aufli commode à cout le monde dans les fiecles suivants , & est encore en usage parmi les mariniers & la plupart des voyageurs, qui en porrent de même , qu'on nomme cappes de Bearn. On les pelloit aulli Coules ou Guules, d'où vieut que les Religieux de

que

ap

Tome 1. ebap. 7.

Cîteaux appellent encore coules leurs Chappes. Non seulement les Clercs & les gens de Lettres ; mais les nobles même & les courtisans, portoient encore des Chapperons en France sous le regne de Charles VII. les gens d'église & les Magiltrats ont été les derniers qui les ont conservés ; & un nommé Patrouille t ayantamenelamode des bonnets quarrés:ils ont quitté le Chapperon, qu'ils ont fait descendre de la tête sur l'épaule & quiclt restépour marque de Do&eurou de Licentie aux Arts , en Theologie , Jurisprudence & Medecine. Ainsi il ne faut pas s'étonner si les Jeluates & quelques autres Reli

gieux ont porté de ces sortes de Chapperons. Delle And Quant à la couleur des habits,lep. Delleremarqueque comsiq. Monaft me les Religieux sont morts au monde, & que leur profession

les engage à la mortification , & à la penitence ; ils se sont habilles dès les premiers siecles de leur établissement , comme des personnes qui portoient le deuil, & qui étoit dans l'affliction. C'est pourquoi dans la Syrie, dans la Palestine , dans la Thrace & dans la Grece , ils prenoient des habits noirs , & dans l’Egypte des habits blancs.

Je ne parle point de la nourriture , des jeûnes, des austeri

tés & des autres pratiques des Monasteres ; l'on peut voir ce Fleuri. qu'en a dit M. Fleuri, qui, après avoir montré la conformité ageurs des qu'il y a deces saintes pratiques avec celles des premiers Chrézage 3 27. tiens, & même des anciens Payens les plus reglés, fait ainsila

comparaison des Monasteres avec les maisons des anciens

Romains. pag. 230.59. Je m'imagine , dit-il,trouver dans les Monasteres des vel

tiges de la disposition des maisons antiques Romaines telles

qu'elles sont décrites dans Vitruve & dans Palladio. L'é. o glise qu'on trouve la premiere, afin qae l'entrée en soit libre » aux seculiers, semble tenir lieu de cette premiere salle que les

Romains appelloient Atrium.De là on passoit dans une cour „environnée de galleries couvertes,à qui l'on donnoit ordinai

rement le nom de Peristile; c'est justement le cloître,où l'on ,, entre de l'église,& d'où l'on va ensuite dans les autres pieces, » comme le Chapitre qui est l'Exhedre des anciens,le refectoi„re qui est le Triclinium & le jardin qui est ordinairement der

riere tout le reste; comme il étoit aux maisons antiques. 248, 231.

Ce qui fait paroître aujourd'hui les Moines si extraordin .. naires, dit encore ce sçavant Historien, est le changement

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رز

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