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íi grande utilité au public ,& des monumens éternels à làposteriré de leurprofonde érudicion. S'il s'y rencontre quelques matières qui n'ayent pas été traitées avec toute l'exactitude possible -, ce font des fautes legeres, qu'on doit pardonner à ces grands hommes, dont les ouvrages íbnc d'une trop vaste étendue pour ne.s'y être pas glissé quelques fautes.

P A RA G R. A P-H B V ITT.'

Que sainte Sjncletique a fondé les premiers Monajìeres

de Filles.

TO u s les Ecrivains ne demeurent pas d'accord que sainte Syncletique ait fondé les premiers monastères

I— II T 1 * I J

Athanase, de tilles. Les uns le croyent certainement,les autresen doutcm t. f*S. tent,quelques-uns le nient 5 &.toutes ces différentes opinions DcTiiicm. roulent fur celle que l'on doit avoir de J'auteur de la vie de mem. fou* cetre Sainte: Nicephore Caliste a été le premier qui l'a attri7W -8£cc/'buée à saint Athanafe,étant autorisé de quelques manuscrits t*g. 711. qui portent son nom -, &. cette opinion, selon M. Herman ôc M. deTillemont, a été.embrassée comme certaine, par. des ■ Arnaud personnes les plus habiles &l les plus judicieuses de notre íie

d And.V tes *. r r 11 < c- 1 j

du fp.*.xrCie , qui pour ce lujet ont appelle cette Sainte la mere des Religieuses, ík. la. première fondatrice des monastères de Filles , comme saint Antoine a fondé les premiers monastères parfaits de.Solitaires. .

Ils ont fans doute prétendu mettre de ce nombre M. Ar^naud d'Andilli, qui dans fa préface de la vie de cette Sainte., qu'il a traduiteen notre langue, dit aussi , en suivant l'opi-nion de Nicephore ^ qu'il n'y appoint de Vierge, après celles qui ont été honorées de la couronne du martyre ., plus illustre, ni .plus fameuse qu'elle 5 parce que Dieu s'en est servi pour fonder les premiers monastères de filles, comme de faine Antoine pourfonder les premiers monastères de.Solitaires, & l'a-renduela.mere des Religieuses, comme ce Saint le père des Religieux: qu'enfin, Dieu a permis que ces deux Sàints,qui dévoient íervir d'exemple aux períònnes consa*. crées à Dieu par la profession monastique, eussent pour EcrL vain de leur vie le Grand saint Athanasc ■> & il ajoute qu'il ie-tr.ou.ve un. manuscrit dans la bibliothèque de l'Escurial .

traduis: traduit par Col ville Ecoffois, qui est indubitablement la vraie Baro vie originale de cette saince écrite par S. Athanase. Le cardi- n"-inM"'nal de Baronius a aussi suivi cette opinion , & a seulement re-jk„. gretéla perte de cet original dont il n'avoit point de con- Boiknd. noissance: Bollandusaété de même avis. M. Cotelier a jugé CÒkÎ.m*que cet ouvrage n'avoit rien d'indigne de la pieté &. de la doc- num. £«/. trine de ce saint. M. Herman n'a point fait difficulté de le re GrÂC-T-f* connoître pour l'auteur de cette vie, & le pere Alexandre dit Heim! vu que c'est le sentiment des sçavans. dt s

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Cependant il se trouve d'autres manuscrits, ou fans nom 1 f' d'auteurs , ou fous celui d'un Polycarpe Ascète, ou sous ce. Natal.Aieluid'Aríène de Pegades. C'est ce qui fait que quelques écri- TMf'j-"£s vains en ont tiré des conséquences, pour prouver que cette 4 t.6.*rt. vie n'étoit point de saint Athanase , ou du moins ils en ont *• douté. II a semblé aux uns que cette histoire n'étoit pas aussi naturelle que celle de saint Antoine j ôcque ne contenant pas aflez de faits historiques, elle ne pouvoit appartenir à saint Achanaíe. Les autres ont cru qu'on ne devoit pas le reconnaître pour l'auteur de cette vie, à cause que les comparaisons y étoient beaucoup plus fréquentes que dans les autres ouvrages de ce saint ; & enfin il y en a qui le font imaginés que ces comparaisons étoient trop puériles ; & par conséquent qu'elles ne convenoient pas à ce pere de l'Eglise , mais plutôt à un Moine. , ■

M. deTillemontadelapeineàserefoudreen faveur de qui il doit opiner. II ne veut pas avouer qu'elle soit de saint Athanase , il ne le nie pas non plus absolument j mais il dit qu'il y a sujet de croire qu'elle n'est pas de S. Athanase, à cause que le stile est diffèrent du fiemc'est pourquoi dans le dénombrement qu'il a fait des ouvrages de ce saint, il l'a placée, non pas entre les ouvrages supposés, mais entre les douteux & contestés.

Mais ne pourroit-on pas répondre à cet illustre historien ce qu'il dit à ceux qui ont eu la même opinion que lui touchant l'auteur de cette vie, à cause qu'il leur a semblé que Phistoire n'en étoit pas aussi naturelle que celle de saint Antoine , & qu'elle ne contient pas assez de faits historiques. Car il leur a répondu, que ce n'étoit pas une raison pour croire qu'elle ne fût pas de íaint Athanase. Erasme aïant aussi douté que le traité de la virginité qu'on attribue à ce saint fût de lui, à cause que le stile lui a paru assez bas j M. de TiUemont a répondu Tome I, G

3ue cette raison n'étoit pas considérable. On pourroit donc ire avec raison la même chose à M. deTillemont, & à tous ceux qui rejettent des ouvrages fur la différence du stile. C'est Henri, ce que M. l'Abbé Fleuri appelle un excès de critique. C'est T'dtrlist votu°ir tout sçavoir , dit-il, & vouloir tout deviner. Pourri/, quoi ne veut-on pas que ce qui arrive tous les jours dans la plupart des écrivains de ce tems, dont le stile n'est pas toujours égal, ne soit arrivé dans ceux des premiers siécles ?& ne voïons-nous pas tous les jours, que les discours des plus habiles Orateurs, soit de la chaire ou du barreau, ne sont pas toujours également fleuris &. élegans.

M. Du Pin est celui qui a trouvé dans la vie de sainte Syncletique des comparaisons qui lui ont semblé puériles, & qui conviennent mieux à un Moine qu'à saint Athanase j c'est ce qu'on lisoit dans la première édition du quatrième siécle de fa bibliothèque des auteurs ecclésiastiques qu'il donna en 1687. &c on étoit surpris de ce que dans la seconde édition cjuiparuten1689.il y avoitencorelaiflece qu'ilavoitditdans la première, de ces comparaisons puériles qui convenoient mieux à un Moine qu'à S. Athanase. 11 sembloit que cela dut être retranché pour rendre cette seconde édition plus correcte ; mais il l'a fait enfin dans la troisième qu'il a donnée en 1709. & il a bien vû que c'étoit faire injure à tant d'illustres écrivains, qui ont composé dans la solitude du cloître de si beaux ouvrages qui ont mérité à quelques-uns avec justice le titre de pere & de docteur de l'égliíe. II y en a même qui ont prétendu que saint Athanase a été lui-même Ascète, c'est-àdire Moine, & même disciple de saint Antoine. C'est le sentiBaron, ad ment de Baronius & des Bénédictins de la congrégation de *»• i 1 saint Maur, qui assurent : que dans toutes les anciennes édiAthan. tions & les manuscrits de la traduction d'Evagre, on lit ces opirn.edit. paroles de saint Athanase dans la vie de saint Antoine : Frer'i 'part 1uenter eum vifitavi, & qua ab eo didici , qui ad prabendam et 1 794.aquam, non paululum temporis cum eo feci &c.

Si M. Du Pin, pour prouver que la vie de saint Antoine est véritablement de saint Athanase, dit qu'il a proportionné son stile dans cette vie, & à la matiere&.à la capacité des Moines pour qui il l'écrivoit ^ y a.t-il plus d'inconvénient de dire la même chose à l'égard de la vie de sainte Syncletique ; puisqu'il l'écrivoit pour des filles qui avoient moins de capacité que des hommes ì&c s'il avoue qu'il y a un manuscrit qui por- . te Je nom de saint Athanase ; Nicephore n'a-t-il pas pûavec raison lui attribuer cette vie ? & doit-on conclure qu'elle n'est pas de lui j parce que personne n'en a point parlé avant Nicephore , comme prétend encore M. Du Pin?

M. de Tillemont n'a pas voulu, selon les apparences, appuïer les preuves de M. Du Pin -, puisqu'il ne le cite pas, se contentant de marquer Oudin, les continuateurs de Bollandus, ôc les Bénédictins , quiontdouté ou nié absolument que cette vie fut de saint Athanase ; & comme il y a beaucoup plus d'auteurs pour l'affirmative, je croi qu'on peut d'autant plus embrafler leur sentiment, que selon M. Herman & M. ae Tillemont, comme nous avons dit, ce font des personnes les plus habiles & les plus judicieuses de notre fiecle -, 8c je ne croi pas que M. Baillet ait voulu leur refuser la qualité de sçavans 5 quoique dans ses vies des Saints il ait dit que les fçavans ne croioient pas que celle de sainte Syncletique eûc été écrite par S. Athanase. II a mieux aimé cependant opiner pour ceux qui sont ce saint auteur de cette vie , en disant r qu'elle étoit née dans le siécle où. Dieu fítparoître S. Antoine, afin que les deux sexes eussent chacun leur modelle à suivre«„«r. dans le renoncement que l'on doit faire au monde. Car quoiqu'il diíe que c'est fans aucune certitude qu'il a avancé que sainte Syncletique étoit née dans ce tems-là, & que cette opinion n'est appuïée que fur le sentiment de ceux~qui ont fait saine Athanase auteur de sa vie 5 il est certain qu'il a préféré cette opinion à celle des sçavans dont il a voulu parler j & il devoit nousdirece qu'ils peníoientdu temps où elle a vécu. Mais que ce soit saint Athanase, ou Polycarpe , ou Arsène , ou quelques autres' qui aïent écrit fa vie ; M. Herman mettant fa mort à la fin du troisième siécle, le cardinal Baronius Pan 3 J o.M.Bulteau l'an 358. M. deTillemont disant qu'on ne doit pas la mettre beaucoup plus tard que l'an 365. &tous lesauteurs demeurans d'accord qu'elle a vécu quatre-vingtquatre ans ou environ, & qu'elle s'est retirée fort jeune dans la solitude ; il sera toujours vrai de dire qu'elle vivoit au tems de saint Antoine , & qu'elle a pu fonder les premiers Monasl teresde filles, comme saint Antoine a fondé les premiers Mo- , nasteres parfaits de Solitaires. M. Bulceau prétend que c'est sainte BaUluîe qui a formé la ^ JJJ nast. fo- première communauté de filles ; mais les circonstances de la rient, pag. yje ^ cette sainte paroissent bien apocryphes, & on a de la Ibid.f. ii. peine à croire ce que dir M. Bulceau -, que l'orage de la persécution deDiocletien s'étant élevé dans l'églile , sainte Basilisse & S. Julien son mari offrirent d'ardentes prières à Dieu pour le salut de ceux qu'ils avoient convertis: que Dieu exauça sainte Baíìlisse en la retirant du monde, après avoir accordé la même grâce à près de mille religieuses qu'elleavoit formée à la vertu : que saint Julien lui survêquit : qu'il repandit son sang pour la foi dans la même persécution ; & qu'il étoitpere de dix mille religieux. II n'y a pas d'apparence qu'avant que la paix eut été rendue à l'église, il y ait eu un fi grand nombre de religieux sous la conduite de saint Julien -, & ce qui regarde sainte BasiliíTe auroit été plus croïable , si les mille vierges ou religieuses, dont elle étoit la supérieure, avoient plutôt souffert le martyre , que d'être mortes toutes avanc sainte Baíìlisse ,& celapresque dans le même tems. 7 ■■

PARAGR APHE IX.

Du grand frogres de f état Monastique , tant en Orient

qu'en Occident,

CO M M E la vie de saint Posthume qui se trouve parmi celle* desperesdu désert, est regardée par de íçavans critiques comme fausse & supposée, je ne m'arrête pas aussi à ce que dit l'auteur de cette vie -, que saint Macaire avoit le soin & la conduite de cinquante mille moines que S. Antoine lui avoit laissés en mourant. Je veux même croire qu'il s'est glissé quelque erreur dans le texte de la préface que saint Jérôme a mise vìt f T. a ^a l&te de la règle de saint Pachome qu'il a traduite,où il dit, *t"dRoív. que les disciples de ce saint s'assembloient tous les ans à pareil '*13 J' nombre, pour célébrer la fête de la passion & de la résurrection de notre Seigneur ; & il se peut faire que Pallade ne s'est point trompé, lorsqu'il n'a mis que sept mille Moines de cet Ordre. Mais au moins faut-il avouer, qu'après la mort de saint Antoine & de saint Pachome, le nombre des Moines 6c Rnf-rfr. des solitaires étoit infini 5 puisque Rufin qui fit le voïage d'ORoív r*ent en 373- c'est-à-dire envirpn dix-sept ans après la mort de é$i\ "'íaint Antoine j nous assure, comme témoin oculaire, qu'il y

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