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tiré à Nitrie ; puisqu'après avoir vêcu vinge deux ans dans la folitude , il est mort à l'âge de soixante-deux ans ; ce qui doit être arrivé l'an 34s. Par consequent il s'est retiré sur la montagne de Nitrie avant l'an 328. puisqu'il y étoit déja dès l'an 323. selon M. de Tillemont même; quoiqu'il dise qu'il n'y a point de preuves qu'il s'y soit retiré avant l'an 328. & s’érant retiré sur cette montagne l'an 323. il peut avoir fondé les monasteres avant celui de Tabenne.

Bien loin que S. Pachome eût formé entierement son mo. nastere en 328. & qu'il y eût déja en ce tems-là un grand nom. bre de Religieux, comme M. de Tillemont veut le prouver; il nous fournit au contraire des preuves que cela ne peut pas être : nous les tirons de ce qu'il dit dans l'article troiliéme de la vie de ce Sáint, que nous rapporterons ici.

Après que Dieueut ainsi rempli S. Pachome de la grace:c. Ibid. page (dit M. de Tillemont ) il lui fit connoître qu'il le destinoit à «. 174.6soqu la répandre fur les autres. Vers la montagne où il demeu-roit , il y avoir un desert & un village sans habicans, noin-c. mé Tabenne. Il y alloit souvent par ordre de saint Palemon pour en rapporter du bois ; & il y demeuroit long-tems enco prieres, demandant à Dieu qu'il le délivrât lui & tous les autres des ruses de l'ennemi. Un jour comme il prioit ainsic. à Tabenne, il entendit un Ange qui lui ordonnoit d'y demeurer , & d'y bâtir un monastere, pour fauver ceux que c. Dieu lui envoiroit,& les échauffer par le feu

que

Dieu avoit allumé en lui. Ce fut la premiere vision qu'il cut depuis fa-c retraite sous saint Palemon ; & ainsi ce fut avant que saines · Athanase fut fait évêque en l’an 326.

Il retourna dire à faint Palemon l'ordre qu'il avoit reça, & ce saint vieillard en fut affligé ; parce qu'il aimoit Pacho-cas me comme son cher enfant,& qu'il ne vouloit pas aufli quitter le lieu de sa demeure ordinaire, Il fut néanmoins aveco lui jusques à Tabenne, où ils bâtirent une petite maison : & c. avant que de se separer , ils se proniirent de se visiter l'un c l'autre, chacun une fois par an. Ils l'executerent jusques à « la mort de saint PalemonCe Saint étant tombé dans une.rs grande maladie,où il fit paroître beaucoup de courage à re-*** prendre son abstinence ordinaire que les Medecins lui a- o. voient fait quitter d'abord, saint Pachome le vint visiter , «* l'allista jusques à la mort, & lui donna la sepulture. Tome I,

F

» On ne voit pas bien, si ce fut avant ou après la mort de » S. Palemon, que Jean frere aîné de S. Pachome, vint de» meurer avec lui à Tabenne. Le Saint le reçut avec d'autant » plus de joie, que depuis qu'il étoit revenu de l'armée, il » n'avoit jamais été chez ses proches, & n'en avoit jamais ap» paremment vû aucun. Il travailla avec son frere à étendre » son petit monastere, pour y recevoir ceux que Dieu avoit » promis de lui envoyer. Mais comme il l'étendoit plus que » Jean ne vouloit, celui ci l'en reprit avec une aigreur que le » Saint souffrit sans rien dire, mais non pas sans quelque émo» tion, d'où il prit occasion de s'humilier extrémement. Il » continua depuis à vivre avec son frere dans une douceur & » une humilité admirable, le supportant avec patience, jus» ques à ce † Dieu le tira du monde peu de tems après. . » , On parle ensuite de divers combats que Pachome eut à » soûtenir contre les démons, qui lui apparoissoient sous tou» tes sortes de figures : mais on ne marque pas précisément à » quel tems cela se rapporte. Il fut soûtenu dans ces combats » par un ancien solitaire nomméHieracapollon,qui regardoit » néanmoins déja le Saint comme le modele, & de lui & des » autres solitaires de ce quartier-là. Ce solitaire vint souvent -» depuis visiter saint Pachome, & il eut enfin la consolation » de mourir heureusement entre ses bras. » La vie du Saint marque après cela divers miracles que » Dieu accordoit à la pureté de son cœur,avant même,(dit» elle ) qu'il eût acquis la plenitude de la science. Elle ajoûte » qu'il demanda à Dieu de se pouvoir passer tout-à-fait de » sommeil pour être en état de combattre sans cesse contre » le démon, & qu'il jouit assez long-tems de cette grace, qui » a été remarquée par les auteurs des vies des Peres. Il passa » en une occasion quarante jours sans dormir. Durant quinze » ans il ne dormit que sur un banc, sans s'appuyer , même » contre la muraille. » Ce fut après cela qu'étant entré dans une isle du Nil , » près de Tabenne, avec d'autres solitaires des environs, & » s'y étant mis en prieres, pour demander à Dieu de connoî» tre sa volonté ; un Ange s'apparut à lui, & lui dit par trois » fois : la volonté de Dieu est que vous serviez les hommes » pour les reconcilier avec lui,après quoiil disparut.Pachome » ne doutant donc plus de ce que Dieu demandoit de lui ,

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que

étoit déja rempli d'un grand nombre de Religieux ? Comment cela se peut-il accorder avec ce qui est dit dans la vie de faint Pachonie, que durant quinze ans il ne dormoit que

sur un banc, sans s'appuyer contre la muraille, & que ce fut après cela , que l'Ange lui étant encore apparu , &lui ayant dic par trois fois la volonté de Dieu étoit qu'il servît les hommes pour les reconcilier avec lui, il reçut pour lors dans son Monastere ceux qui se présentoient à lui ? Ce fut donc après l'an 340. que cela arriva , & non pas l'an 328. puisque saint Pachome s'écoit retiré à Tabenne en 325. & peut-être même après.

C'est ainsi sans doute que M. Bulteau a compté, lorsqu'il dit

que l'on peut mettre l'établissement du Monaftere de Tabenne par S. Pachome entre les années 340. & 350. & quoique ce monastere eût été commencé en 325. on ne le pouvoit pas appeller un Monastere reglé,& où l'on pratiquoit les exercices de la vie Monastique, puisque personne n'y demeuroit. Mais quand l'on ne voudroit compter ces quinze années de grandes austericés de S. Pachome que depuis la retraite, qui fur en 314. (ce qui n'est pas vraisemblable) il se trouveroic qu'il n'auroir cominencé à recevoir du monde dans son Monastere , qu'après l'an329. & non pas l'an 328. comme dit M. de Tillemont. Ainsi saint Ainon s'étant reciré à Nicrie en 323.

il a pû avoir des disciples, & avoir fondé des Monasteres Observar, considerables , avant ceux de S. Pachome. Le P. de Monc. Sur la Le!- faucon precend même qu'il y avoit déja des Monasteres sur lon de la le mont de Nitrie, lorsque saint Ainon s'y retira , & qu'il vie cont augmenta seulement ceux qui y étoienr , & qui n'étoient aupart, 2. P4

tres que ceux des Therapeutes qui avoient les premiers habité cette montagne.

Le P. Papebroch ne veut point non plus admettre de Monasteres avant S. Pachome. U sembloit que dans ses Epheme

rides des Moscovites, au vingt-deuxiéme Avril,il avoit même Apud Bol-prétendu que la vie Monastique n'écoit qu'une nouveauté du 1 Mis.pag commencement du quatrième liecle, puisqu'il le témoigne 19. Col 1. allez par ces paroles: Nolumus credere Monachatus initia DioE hemerid. Moscou

cletiani ætate vetuftiora ; & le P. Sebastien de saint Paul ExSebastian à provincial des Carmes de Flandre , avoit raison de l'accuser S. Paul.

de n'avoir point voulu admettre la vie Monastique avant l'au Exhib. crror. 300.Mais dans la réponse que le P. Papebroch fait au P. Paul

rag. z.pag. 109.

Papebid B.

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I 22.

de saint Sebastien, il rapporte la conference de saint Antoine Daniel.paavec les disciples de S. Pachome, dont nous avons ci-devant pebrochii, parlé, & dic: que c'est ce qui lui a donné occasion de mettre le troisième paragraphe qui se trouve au commencement de Daniel la vie de faint Pachome; Cænobialis vitæ , feu perfe&tioris mo

p. naficæ initium &exemplum, an à fancto Pachomio acceptum ? Sebastian. & qu'ayant répondu affirmativement, c'est une preuve qu'il a S. Paulo

. A’a entendu parler que de la vie Cænobitique dont S. Pachome est l'auteur qui a ausi fondé les premiers Monasteres, n'y en ayant point eu avant lui, foit en Egypte, foic en au- ibid. cun autre lieu : apparct enim quæftionem mihi effe & femperfuiffe, de Cænobitica scu Monaftica perfeétiori , ad quam existimo non perveniffe ula monafteria , vel in Ægypto, vel alibi , ante Pachomium.

Comme on croiroit peut-être que le P. Papebroch par la vie Cænobitique parfaite, n'a entendu parler que de plusieurs Monasteres unis ensemble sous un chef; il s'explique plus bas en disant:qu'il prétend non seulement parler de ceux-là; mais encore des Monafteres particuliers, où plufieurs Religieux demeuroient ensemble. ( C'eft toûjours en répondant Ibid. m. au P. Sebastien, ) ut ut eft : apparet falso me accusari-, quasi 1250 negem

Monachatum incepisse ante annum 300.cùm tam manifedeclarem me agere de perfecto, id eft Cænobitico Monachatu, & quidem tali qui non folùm multos in unum colligebat Monafterium ; fed uni Monafterio ejusque Abbati plurima alia fubji. ciebat tanquam capiti ; quemadmodùm nunc fit in Religiosis Or. dinibus ; eft enim hæc regiminis forma proculdubio optima & perfeétillima. Nititur paternitas tua contrarium probare ex fanétis Patribus : fed hi omnes intelligi possunt de folitariis fimplicibus loqui , eorumque celas appellari Monafteria.

Il n'y avoit donc point, selon le P. Papebroch, de Monasteres avant saint Pachome. Cependant le P. Sebastien , pour prouver l'antiquité de la vie Monastique, lui apporte pour exemple le martyre de sept Moines , arrivé sous l'Empire de Maximin , dont il est fait mention dans le Martyrologe Romain au dix-neuviéme Octobre.Le P. Papebroch lui répond, quecer exemple n'est pas valable pour prouver l'antiquité de la vie Monastique ; puisqu'ils ont souffert sous l'Empire de Maximin, qui commença à regner en Egypte l'an 310. auquel cems il reconnoît qu'il y avoir des Monasteres : Et

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