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DECHAUS,

prieur le

solitude depuis la fin du mois de Septembre 1564. jusqu'à la CARMES fin du mois de Novembre de la même année, que le pere An-et Care toined'Heredie le vint trouver avec un frere laic. Ils arrive. MELITES rent à Durvelle le 27. Novembre, & passerent la nuit en prie. Se's. res pour se preparer à l'action solemnelle qu'ils devoient faire le lendemain. Le pere Antoine d'Heredie, & le pere Jean de saint Matthias ayant celebré la sainte Mesle, ils renouvellerent, étant à genoux devant le saint Sacrement, la profefsion qu'ils avoient déja faite auparavant, de la regle primiti. ve ; & après que le frere laic eût fait avec eux la même pro. fession, ils renoncerent tous trois à la regle mitigée. Ils changerent ensuite leurs noms , selon la coûtume que sainte Therese avoit introduite parmi ses filles. Le pere Antoine prit le surnom de Jesus , & le pere Jean celui de la Croix : le pere provincial les vint visiter quelque tems après, & nomma pour

pere Antoine de Jesus, & pour sous-prieur le B. Jean de la Croix.

Quoique le couvent de Durvelle ait été leur premier établiflement, il n'a pas retenu long-tems son droit de primauté; car celui de Pastrane ayant été fondé le 13. Juillet 1561. s'est toûjours augmenté de plus en plus, & a été le premier de la reforme où la regularité a écé parfaitement établie ; au lieu que l'an 1570. l'incommodité du lieu où le couvent de Duro velle étoit situé , obligea les Religieux de le transferer dans la ville de Manzere ; & le premier

Monastere ayant été abandonné, rentra dans la possession de Dom Raphaël Megia Ve. lasqués qui l'avoit donné à sainte Therese. Ses heritiers en jouirent jusqu'en 1612. que les Carmes dechaussés se

repentant d'avoir quitté le lieu où la reforme avoit commencé, le rachererent, & y firent bâtir un beau couvent qui subliste encore ; mais celui de Pastrane a toûjours pretendu la primauté, & les chapitres generaux s'y sont tenus. On pratiquoic d'abord dans ce couvent de Pastrane tant d'austerités & de mortifications, qu'il falluty apporter de la moderation.Comme le B. Jean de la Croix avoir exercé la charge de maître des novices avec beaucoup de prudence & de sagesse à Durvelle & à Manzere , il fut envoyé à Pastrane pour y exercer le même emploi. Il partit pour ce sujet de Manzere leis.O&. 1570. & érant arrivé à Pastrane, il trouva le noviciat com. posé de quatorze Religieux, sçavoir dix novices & quatre pro. Tome 1.

Yy.

DECHAUSSE'S.

CARMEs fés, à qui il donna de si bonnes instructions, qu'ils furent dans ET CAR- la suite d'excellens Religieux. Il ne fut pas neanmoins long, MELITES tems dans ce couvent, car il en sortit au commencement de l'année 1571. pour

1571. pour être prieur du nouveau monastere d’Alcala ; mais on l'obligea de retourner quelque tems après à Paftranne , pour y reprendre la direction du noviciat , à cause que celui qui lui avoit succedé dans la charge de maître des novices y avoit pensé ruiner la regularité par un zele indifcret. Le B. Jean de la Croix y fic des

changemens plus conformes à l'esprit de la regle. Il ne resta pas encore long-tems dans ce couvent; car sainte Therese qui avoit été élûe prieure du monastere de l'incarnation d'Avila son ancien couvent de profeslion, l'y fit venir pour être confefleur des Religieuses, afin qu'elles pussent par ses bons avis se soumettre à la reforme qu'elles n'avoient pas voulu embrasser ; ce qui lui réussit parfaitement; la sainte ayant vû les esprits les plus rebelles de ces Religieuses se rendre dociles & se soumettre.

Mais lorsque le B. Jean de la Croix travailloir si efficacement pour le bien de la reforme, il eut une grande persecu. tion à souffrir de la part des Carmes mitigés, qui regardant cette reforme comme une rebellion contre les superieurs de l'Ordre, voulurent le traiter comme un fugitif & un apos. tat. Ils envoyerent une troupe d'archers & de soldats quienfoncerent la porte de l'hospice où il demeuroit , le faifirent, & l'emmenerent en tumulte dans les prisons de leur couvent, L'estime & la veneration publique où étoit ce saint homine dans Avila , leur fit apprehender qu'on ne le leur enlevât ; c'est pourquoi ils le transfererent à Tolede , & le renfermerent dans un cachot, où le jour n'entroit que par une ouver. ture de trois doigts. Il y demeura neuf mois traité au pain & à l'eau, quoiqu'il y fût toûjours malade , & ce fut par une es. pece de miracle qu'il ne mourut point; mais Dieu le servit du credit & de l'industrie de sainte Therese pour le delivrer & lui donner la liberté.

Il n'y avoit pas à s'étonner que des personnes qui écoient fi fort opposées à la reforme, fillent ce qu'ils pussent pour perdre ceux qui en étoient les auteurs. Sainte Therese avoit experimenté elle-même , jusqu’où pouvoit aller leur paffiun ; puisque leurs calomnies & leurs medisances ayant été écoutées trop facilement par le general Rubeo qui lui avoit

me,

été auparavant li favorable pour l'avancement de la refor. CARMES

il lui fic défense de faire de nouvelles fondations , & lui ET CARmarqua comme pour prison un couvent où elle devoit se ren- DECHAUSfermer. Mais de quelle douleur cette sainte n'auroit-elle se's. point été penetrée , si elle avoit vû la persecution que les Reformés , les propres enfans, susciterent au bienheureux Jean dela Croix, qu'ils devoient regarder & respecter comme leur pere? Avant que ces desordres arrivassent, cette sainte étoit morte à Albe l'an 1582. en revenant de Burgos, où elle avoit encore fondé un Monastere de filles. Elle étoit âgée de loixante-sept ans six mois & quelques jours, & avoit passé quarante-sept ans en religion, sçavoir vingt- lept parmi les Carmelites anciennes ou mitigées, & vingt parmi les dechaussées de son institution.

Ce ne fut donc qu'après sa mort que les reformés qui avoient traité le bienheureux Jean de la Croix avec beaucoup d'indignité, le priverent de tout emploi dans un chapitre general, & le chasserent honteusement de l'assemblée comme une peste publique : ils le releguerent dans le plus miserable couvent qu'ils eussent à la campagne, avec ordre d'empêcher qu'il ne fut visité de personne ; & voulant se defaire de lui, ils resolurent de l'envoyer aux Indes, sous pretexte de quelque mission , mais Dieu l'arrêta par une violente maladie, & les superieurs l'envoyerent dans le couvent d'Ubeda ville de l’Andalousie. Il y fut porté tout couvert d'ulceres partout le corps , & y trouva le prieur , homme vindicatif, qui ne put diflimuler la satisfaction qu'il avoit d'avoir en sa puissan. ce celui qu'il regardoit comme son ennemi , parce qu'il l'avoit repris de quelques defauts lorsqu'il étoit son superieur. Il lui refusa tous les foulagemens necessaires , & défendit mê. me aux Religieux de l'aller consoler. Ce fut au milieu de ces maux & de ces persecutions, que ce saint homme, après les avoir soufferts avec beaucoup de patience , de douceur, & d'humilité, rendit tranquillement son esprit à son Createur le 14.Decembre de l'an 1591. Dieu fic connoître après sa mort la sainteré & la gloire de son serviteur par plusieurs miracles , qui ont enfin obligé le pape Clement X. à le beatifier l'an 1675.

Sainte Therese avoir eu la consolation en mourant de voir plus de dix-sept couvens, de filles, & quinze d'hommes de

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MELITES
DECHAUS-
SE's.

neraux.

CARMEs fa reforme. Son institut fut porté de son vivant aux Indes, &

après sa mort il s'étendic en Italie, en France, dans les PaysBas, & dans toutes les provinces de la Chrétienté. Ces maisons de reforme demeurerent d'abord sous l'obéissance des anciens provinciaux mitigés, ayant seulement des prieurs particuliers pour maintenirla nouvelle discipline. Cette union subsista jusqu'en l'an 1580. que Gregoire XIII. à la prière de Philippe II. roi d'Espagne, separa entierement les reformés d'avec les mitigés , Tous l'obeïssance d'un provincial particulier , soứmis neapmoins au general de tout l'Ordre, Sixte V. en 1587. voyant que les couvens se multiplioient ordonna qu'ils seroient divisés par provinces, & leur permit d'avoir un vicaire general, ce qui subsista jusqu'en l'an 1593, que le pape Clement VIII. separa entierement les reformés d'avec les mitigés , & permit aux reformés d'élire un general : le mêine pape en 1600. separa encore les reformés en deux congregations differentes, ļaus deux differens ge.

Dès l'an 1586. ils avoient obtenu un couvent à Gennes , le papeClement VIII. leur offrit un autre établissement à Rome l'an 1597. qui est celui qu'ils possedent presentement sous le nom de Notre Dame della Scala. Mais les Espagnols s'y opposerent, pretendant que la reforme de sainte Therese ne devoic

pas sortir hors du royaụme d'Espagne, & le roi Philippe II. ordonna même à son Ambassadeur à Rome d'empê. cher que ces Religieux ne s'y établissent. Nonobstant ces oppositions, le pape voulut qu'ils prissent possession de cette Eglise de Notre-Dame della Scala le 2. Fevrier 1596. c'est ce qui a donné lieu à la division des Carmes dechaussés en deux congregations differentes. Car ce pontife par un bref du deuxième Mars 1597. ordonna que les couvens de Gennes, de Rome, & un autre de Religieuses qui écoir aussi à Gennes, ne dependroient plus du general ni des Religieux Espagnols, & seroient soûmis à la jurisdiction du Cardinal Pinelli, pour lors protecteur de l'Ordre ; & l'an 1600. il érigea ces trois couvens en congregation, leur donnant un commissaire general. Ils ont eu dans la suite un general, & cette congre, gation qui se nomme de saint Elie s'est fi fort multipliée qu'elle a presentement dix-sept provinces en France, en Ita, lie, en Allemagne, en Pologne, en Flandre & en Perse,

Carme:

3

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dans lesquelles il y a plus de trois mille Religieux.

Celle d'Espagne qui a fix provinces, & qui s'est étendue et CARjusques dans les Indes, n'est pas moins nombreuse, & les deux MELITES Congregations ont des maisons professes , noviciats & colle-DECHAYSE. ges. Quelques-uns de ces couvens ont des rentes, d'autres ne poffedent rien. Dans chaque province il doit y avoir un ermitage ou desere , dont nous parlerons dans le chapitre suivant, en rapportant aussi les observances qu'on y pratique. Quant à celles des autres maisons , les' Religieux se levent à minuit pour dire Marines, excepté dans les maisons d'études ou colleges. Ils ont deux heures d'oraison par jour, l'une le matin, l'autre après vêpres. Ils prennent la discipli. ne tous les lundis, mercredis & vendredis après complies. Ils ne mangent jamais de viande , à moins qu'ils ne soient sur mer ; dans les voyages ils peuvent manger des legumes ou herbages cuit avec la viande. Ils jeûnent depuis la fête de l'exaltation de sainte Croix jusqu'à Pâques, tous les vendredis de l'année : les veilles des fêtes de la Vierge, du Prophete Elie , du Saint sacrement, la veille de faint Marc, fi elle n'arrive pas un dimanche, & les trois jours des Rogations. Aux jeunes d'Eglise on ne leur donne à la collation que quelques fruits sans pain , ou un peu de pain sans fruits, & le Vendredi-Saint ils le jeûnent au pain & à l'eau. Leurs freres donnés ou convers font deux ans de noviciat , après lefquels ils ne font que des væux simples. Lorsqu'ils ont demeuFé cinq ans dans l'Ordre , ils sont admis à un second noviciac d'un an, après lequel ils font profession solemnelle ; mais s'ils ont resté six ans dans l'Ordre , fans deinander à faire la profession solemnelle, ils n'y sont plus reçûs dans la suite , & doiyent demeurer dans leur vocation sous l'obligation des yæux simples.

Les Religieuses sont soumises aux superieurs de l'Ordre en quelques endroits , &en d'autres aux ordinaires des lieux, Elles doivent vivre d'aumône & sans aucuns revenus aux villes riches ; autant que cela se peut faire commodément, & aux lieux où elles ne peuvent pas vivre des aumônes seules,il leur est permis d'avoir du revenu en commun. Aux Monafteres qui sont rentés l'on n'y peut recevoir plus de quitorze filles, jusqu'à ce qu'il y ait du revenu suffisant pour en avoir dayantage , li ce n'est que quelqu'une apportất à la vêcure

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